Europe Ecologie, mains vertes et tête haute
Les Verts entre populisme, moralisme et égoïsme
Publié le 19 octobre 2009 à 18:28 dans Politique
Mots-clés : Europe Écologie

Laurence Vichnievsky et Eva Joly.
La désignation de Laurence Vichnievsky comme tête de liste d’Europe Ecologie en région PACA précise encore les contours du projet de ces Verts néolibéraux, finalement assez inquiétants. Laurence Vichnievsky, souvenons-nous, fit la une des journaux quand elle s’attaquait à l’affaire ELF en compagnie d’Eva Joly, ce fjord luthérien qui fait de Robespierre un modèle de chaleur humaine et qui elle, a déjà été élue députée européenne avec Cohn-Bendit en juin dernier.
Décidément, ces gens-là, quand ils font dans le people, aiment bien les juges. On se rappelle ce tandem, Vichnievsky et Joly, qui aurait pu inspirer une certaine sympathie dans sa volonté de nettoyer les écuries d’Augias mais qui par son instrumentalisation des médias comme bouclier, son utilisation de la détention préventive comme moyen de pression, son discret populisme qui consistait à jouer systématiquement l’opinion contre les élus, aura beaucoup fait pour discréditer les politiques en les désignant comme des salauds intégraux, tous partis confondus. Laurence Vichnievsky tenta même de s’attaquer sans aucun succès à Robert Hue et au financement du PCF. Il n’y avait pas de raisons que les communistes échappent au lot commun, car pour cette dame, apparemment, faire de la politique était déjà, en soi, suspect1.
Il m’a toujours semblé étonnant qu’on ne souligne pas, d’ailleurs, dans les multiples causes qui amenèrent Le Pen au second tour en 2002, cette variation obsessionnelle sur le thème “tous pourris” jouée par ces idiotes utiles du néo-poujadisme ambiant de ces années-là (je féminise ce concept léniniste, il n’y a pas de raison, la parité ne se partage pas).
La façon dont madame Vichnievsky parle de la politique à l’occasion de son investiture ne trompe pas et prouve qu’elle garde, au bout du compte, le même mépris pour cette activité : “J’étais juge, je le suis. Je représente une autre manière de faire, qui va à l’encontre de ce qui se fait en politique.” Je traduis : avant elle, avant qu’elle ne daigne affronter les électeurs (au cours d’un scrutin de liste), il n’y eut que des incapables ou des salauds, des élus totalement étrangers à l’intérêt public. Vêtue de probité candide et de lin blanc, la dame poursuit, nuançant légèrement son propos pour mieux lancer la flèche du Parthe : “Non, tous les politiques ne sont pas pourris, même en PACA. Je suis attachée à la règle de droit, j’ai envie qu’elle soit respectée par tous, en PACA peut-être plus qu’ailleurs. Quand je lis, dans la presse, qu’il y a à l’instruction une affaire de détournement de subventions accordées par le conseil régional, ça me choque.”
Il faut absolument que quelqu’un m’explique en quoi cette déclaration de principe ne pourrait pas être cosignée par le FN, époque “mains propres et tête haute” ou monsieur Bompard et ses identitaires de La ligue du Sud, pénibles décalques à la badiane et au pistou du grotesque Umberto Bossi.
Europe Ecologie, plus prosaïquement, se voit déjà le fossoyeur du Parti Socialiste. Entre le score de juin aux européennes, celui de leur candidate battue de justesse au second tour dans l’ancienne circonscription de Boutin et celui de Lipietz au premier tour contre Douillet dans la douzième des Yvelines, ils auraient tort de se priver. Ils sont le mouvement politique idéal de la bourgeoisie éclairée, celle qui fait partie des gagnants de l’économie de marché mais veut se montrer d’une grande tolérance sur les sujets de société, ceux qui ne coûtent pas chers, en tout cas à leurs enfants surprotégés : sexualité, drogues, droits particuliers. L’alliance objective de Cécile Duflo avec Sarkozy dans l’affaire de la taxe carbone, prouve que le Vert nouveau n’a plus rien à faire de l’électorat populaire.
Son écologie, c’est celle du tri sélectif, des pistes cyclables et des marchés bio, c’est aussi celle des associations nimby (not in my backyard, en gros, pas dans mon jardin) qui pétitionnent contre les antennes relais sur le toit d’en face, la construction d’un parking en centre-ville ou la présence d’un incinérateur dans un rayon de cinquante kilomètres. Mais ce n’est certainement pas celle qui se développe en ce moment dans les propositions du Parti de Gauche, par exemple, et qui souligne une banalité de base oubliée par ces Verts mutants : l’écologie est définitivement incompatible avec le capitalisme et ses modes de productions suicidaires dans une planète devenue trop petite.
Et Marx et Engels de nous rappeler, dans le Manifeste, par leur définition du “socialisme bourgeois”, qu’Europe Ecologie a de tout temps existé, qu’il y a un transcendantal d’Europe Ecologie comme, dirait Badiou, il y a un transcendantal pétainiste : “Notez que, par transformation des conditions de la vie matérielle, ce socialisme n’entend aucunement l’abolition du régime de production bourgeois, laquelle n’est possible que par la révolution, mais uniquement la réalisation de réformes administratives sur la base même de la production bourgeoise, réformes qui, par conséquent, ne changent rien aux rapports du Capital et du Salariat et ne font, tout au plus, que diminuer pour la bourgeoisie les frais de sa domination et alléger le budget de l’Etat.”
- Que Jérôme me pardonne cette intrusion mais il y avait d’autant moins de raisons que le PC échappât aux juges que sa gestion municipale n’était pas, me semble-t-il, un modèle de vertu. Passons. EL. ↩
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Pasdutout dit
“La désindustrialisation, voulue par les Verts et dont l’extrême gauche se rend largement complice, est incompatible avec tout projet de progrès social puisqu’elle ne peut déboucher que sur une société largement tertiarisée, éclatée et individualiste…”
Grave erreur, le tertaire n’est jamais qu’un parasite du secondaire, le service ne peut exister que grace aux gains de productivité de l’industrie. Bref la désindustrialiasion la vraie (la france reste très industrielle même si on prétends le contraire), mène inéluctablement vers une société rurale et agraire donc solidaire et communautaire.
D.H. dit
Pourquoi parlais-je d’Israël, P. Mandon?
J.C. Milner, dont j’ai dit que je sentais maintes fois planer son ombre sur ce site, désire redonner du punch identitaire à l’Europe, à l’Occident, défendre ses valeurs, ce dont il était plus ou moins question finalement dans notre conversation. Pour lui je crois, l’écologie doit faire partie de ces valeurs lénifiantes véhiculées par le libéralisme ou le mondialisme.
Par ailleurs, il veut lier irrémédiablement le destin de l’Europe à Israël.
Je ne voudrais pas voir importer ici le(s) conflit(s) du Proche-Orient.
Patrick Mandon dit
DH, si j’ai pu vous donner l’impression de vous attribuer de bons ou de mauvais points, c’est que je me serai mal exprimé. Au contraire, je découvre progressivement l’intérêt de votre conversation. Mais, dans votre dernier billet, je m’interroge sur l’arrivée d’Israël dans le débat ? Que vient donc faire Israël ici ?
D.H. dit
P.S.: mon dernier commentaire n’était pas seulement un exercice à la Raymond Roussel, pour réunir dans un long et méchant calembour, les termes “maussade” et Israël…
D.H. dit
Ma réflexion n’était pas maussade, P. M., c’est au contraire avec intérêt que j’entretiens cette discussion. Evitons toutefois de nous distribuer de bons ou mauvais points, comme à l’école justement (d’autant qu’après avoir douté du bien-fondé de mon approche, vous la confirmez plus ou moins dans la suite de votre post).
Ne moquons pas le souci écologique, qui témoigne du fait que le nihilisme n’a pas tout emporté.
Je ne suis pas anti-patriote, j’aime la spécificité culturelle française.
Le problème politique est de savoir comment atténuer la lutte de tous contre tous, sans rediriger notre violence contre la planète, par le biais du consumérisme.
Je vois hélas certains préférer la solution de l’enrégimentement (en particulier occidentaliste : plane parfois ici l’ombre de J.-C. Milner, qui fustige l’Europe décadente et veut lier sans conditions son destin à celui d’Israël).
des pas perdus dit
Excellent, réjouissant et juste.
Je crois que je faire quelques copier-coller pour en recommander la lecture sur mon blog… ce qui devrait ravir quelques bobos de gôche mou-derne…
Patrick Mandon dit
DH, l’école de Jules Ferry en fournisseur de bons soldats… Moyen.
L’esprit de la revanche, certes, animait toute la société. Fallait-il accepter les choses, l’humiliante guerre de 1870, l’annexion ? Il eut été préférable de ne pas déclarer cette guerre épouvantable, bien sûr, mais que vient faire l’école dans l’affaire ? L’école comme élément fondateur du patriotisme ? Mais le patriotisme («le joujou patriotisme», superbe pamphlet de Rémy de Gourmont) est peut-être un passage nécessaire dans la formation de l’esprit moderne. Il est vrai que le nationalisme vient avec la formation de l’État nation, au XIXe siècle. Mais le nationalisme n’est pas le patriotisme. Tout cela est tout de même plus complexe que ne le suggère une réflexion maussade.
Nous y reviendrons, ainsi que sur la légendaire hanse de la Baltique.
mouche dit
@PM : je ne pense pas de mal de vous. On ne peut pas réduire une personne à qqs textes glanés sur un forum. Disons que le type de discours qu’on trouve dans l’article de JL et dans certains de vos écrits paraît historiquement daté. Je n’accuse personne d’archaïsme : il est daté d’aujourd’hui, de ce moment où une embarcation qu’on croyait sûre, appelons-la productivisme/centralisme, se trouve un brin déstabilisée par une vague d’écologie. On ne sait si celle-ci va durer mais reconnaissons qu’elle a atteint une hauteur inédite. Forcément ça fait des éclaboussures et certains passagers s’énervent. Il ne faudrait pas que cette eau fasse rouiller nos marchandises (dont des moteurs v6 encore vaillants), mettent en cause notre mode de vie, fasse oublier le but du voyage, la révolution toujours remise à une date ultérieure; Ce n’est pas seulement rigolo, c’est passionnant. Notamment pour ceux, dont je suis bien sûr, qui se sont gauchement agités pour produire les précédentes vaguelettes.