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Euro/dollar : assez de bobards

Le dîner et les cons

Publié le 01 mars 2010 à 9:51 dans Économie

L'euro, vous le préférez fort ou faible ?

Certains mots semblent avoir une influence magique sur l’entendement des lecteurs. Il suffit de les caser dans un article pour avoir des effets aussi spectaculaires qu’immédiats : les parties les plus développées du cerveau s’éteignent et le lecteur commence à aboyer. La dernière manifestation de ce phénomène date d’aujourd’hui. Ça a commencé avec une révélation du Wall Street Journal : “De grands hedges funds américains joueraient l’euro à la baisse.” Rien que les mots “hedges funds américains” (et encore des grands !) vous font serrer les poignes et les lèvres – qu’est-ce qu’ils nous font encore les salauds ? Vous lisez la suite et les mots clés vous cognent les uns après les autres. George Soros – qui a joué et gagné lui-même contre la banque d’Angleterre en 1992 – est dans le coup. Et puis il y avait ce dîner à New York le 8 février dernier, où quelques gérants de hedges funds “anglo-saxons” (c’est-à-dire sans scrupules) ont décidé de faire tomber l’euro, le poussant, selon les sources de WSJ, jusqu’à la parité avec le dollar !

“Il y a plein fric à faire” : c’est le leitmotiv des conversations au dîner du 8 février, nous dit le Wall Street Journal, qui est en mesure de nous livrer la méthode des commensaux : l’effet de levier ! Il suffirait de miser 5 millions de dollar pour en gagner 100 ! En fait, ces deux chiffres avancés par le journal américain signifient autre chose. Ces fonds d’investissement lèvent un capital 20 fois supérieur à leur apport, c’est-à-dire qu’avec 5 millions sortis de leurs poches ils peuvent investir 100 – la différence étant empruntée – et non pas en gagner autant – le résultat exacte du pari n’étant pas prévisible. Peu importe. A cette étape, après le dîner et son parfum de complot, les hedges funds, George Soros et les Anglo-saxons, nous sommes dans le château de Frankenstein. Mais ce qui est important ce n’est pas l’effet levier financier, mais plutôt l’effet levier médiatique : comment ce conte a pu ensorceler tant de journaux et paralyser tout sens critique.

La réalité est beaucoup moins romantique. Les fonds d’investissement n’ont probablement pas les moyens – effet de levier compris – de changer radicalement le cours de la parité euro/dollar, les volumes des échanges et des réserves mondiales en devise européenne étant bien trop importants. En revanche, ces Anglo-saxons estiment, et ils ne sont pas les seuls, que l’euro s’est engagé sur une pente baissière et essaient de profiter au maximum de cette tendance. Malgré une légende persistante, même George Soros en 1992 n’a pas “cassé” la Bank of England, il a simplement parié contre elle, étant parmi les seuls à deviner que la banque centrale britannique n’avait pas les moyens de résister à une tendance lourde.

Face à l’euro, la véritable arme des hedges funds est l’opinion publique : un éventuel mouvement de panique pourrait accélérer la dynamique existante. Pour provoquer un tel phénomène ils manipulent les médias avec des histoires comme celle du dîner où le sort de l’euro a été tranché. Sans mettre en doute l’existence de cet événement, on peut légitimement se poser des questions sur sa véritable importance et la dramatisation excessive.

Mais au-delà de ces considérations, le plus étonnante est que cette information est aperçue comme une très mauvaise nouvelle, un complot ourdi par les Anglo-saxons pour mettre l’Europe à genoux. Sauf qu’il n’est nul besoin d’être économiste pour se poser une question : un euro plus faible vis-à-vis le dollar n’est-il pas une bonne chose ? N’aurait-il pas un effet bénéfique sur les exportations de la zone euro ? Je ne l’ai pas vérifié encore, mais il y a fort à parier que Louis Gallois et Carlos Ghosn, par exemple, ne sont pas trop mécontents et que beaucoup de leurs employés, chez Renault et Airbus/EADS, seraient, eux aussi, très heureux de voir l’euro s’échanger contre 1,20 dollar et non pas 1,5 voire pire. Chaque fois que le dollar s’affaiblit de dix cents, l’avionneur européen perd un milliard d’euros.

Il faudrait en revanche débourser plus d’euros pour le pétrole et les autres matières premières dont les prix sont en dollar, mais jusqu’à une certaine limite un euro plus faible est plutôt une bonne nouvelle pour l’économie européenne.

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  • 2 March 2010 à 16h28

    Rotil dit

    jérôme,

    Merci de cette précision.
    J’ai réagi ainsi parce qu’hier je surfais pour regarder le coût d’un séjour en kibboutz hotêlier pour 3 adulte et un enfant, et le prix m’a été donné en dollars.

    Mais si je regarde le prix des vols à partir de Paris, c’est effectivement en euros.

    Qoiqu’il en soit, nous serons d’accord sur le fait que, de façon très égoïste, pour moi en ce moment, j’ai intérêt à avoir un euro qui me donne le plus de shkalim.

  • 2 March 2010 à 12h41

    rocardo dit

    Non,Souris,seule la Banque de Chine peut réévaluer le yuan,parce que c’est une monnaie administrée.Les grandes monnaies ont des taux qui fluctuent en raison du jeu offre-demande des marchés financiers.
    La Fed a comme fonction officielle de prévenir l’inflation et de soutenir l’activité.
    La BE n’a que celle de prévenir l’inflation.A mon avis,c’est bien suffisant.L’activité économique ne peut que repartir,à condition que les mauvais investissements soient purgés,et que l’on n’invente pas une taxe tous les jours pour combler la subventionnite étatique.Si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel,alors les racines ne peuvent pas non plus atteindre les enfers.
    Vous savez qui est LE conseiller économique d’Obama?un certain Paul Volcker.Il a dirigé la Fed durant les derniers mois de Carter et les deux mandats de Reagan,et a commencé à la grande époque de la stagflation:>10% d’inflation et de chômage.Il ne s’est pas beaucoup creusé la tête devant le problème:le seul pour lui(comme pour tout économiste) était l’inflation,et il a porté le taux de base à 18%!Certains du gouvernement Reagan étaient fous de rage contre lui,mais Reagan n’a jamais fait une déclaration sur cette politique.Et l’inflation des années 70 a été cassée.

  • 2 March 2010 à 12h32

    jerome dit

    @ Rotil
    “Moi, j’aimerais que l’euro monte, car un séjour en Israël se facture en dollars.”

    Un sejour en Israel, depuis la France, se facture surtout en euros ou en shekels. La dedollarisation de l’economie israelienne a fortement augmente ces dernieres annees. Le dollar etait la monnaie de reference suite a l’hyperinflation des annees 80, mais ca fait presque 15 ans que l’inflation a ete completement vaincue en Israel). Il faut dire que le shekel, monnaie de singe pendant longtemps, s’est retrouvee etre la monnaie (ou une des monnaies) les plus fortes du monde en 2008 et 2009. Forcemment, ca change les choses.

  • 2 March 2010 à 12h14

    Souris donc dit

    @ Rocardo
    Bien sûr que les Banques Centrales peuvent dévaluer, c’est même une de leurs fonctions (dévaluation compétitive), elle peuvent aussi réévaluer. On reproche aux autorités monétaires de la Chine de ne pas réévaluer le yuan.
    L’action sur les taux et la masse monétaire vise à assurer la croissance, la stabilité et à contenir l’inflation. C’est le dada de Trichet.
    A ne pas confondre avec “déprécier/apprécier” qui sont des phénomènes de change sans intervention des autorités monétaires.

  • 2 March 2010 à 7h38

    pirate dit

    “Je ne suis pas loin de là un spécialiste de l economie mais enfin quel euro pourrait satisfaire nos grosses tetes et nous profiter en tant que citoyen lambda?,”

    L’euromillion sol, l’euromillion, il satisfait les premiers en faisant croire aux pauvres que speculer sur un peu de papier et des numéros ils vont être heureux, et il profite au second en ceci que l’espoir ne nourri pas mais au moins il fait vivre. Pour le reste pleurez cette monnaie de financier, crée pour eux et qui ne doit profitez qu’à eux. On vous a dit que ça serait une formidable chance pour la France ? C’est normal, maintenant vous savez ce que c’est que le marketing

  • 2 March 2010 à 0h58

    sol invictus dit

    Je ne suis pas loin de là un spécialiste de l economie mais enfin quel euro pourrait satisfaire nos grosses tetes et nous profiter en tant que citoyen lambda?,

  • 1 March 2010 à 22h51

    Lanturlu dit

    Rotil,

    Ne quittez pas, je vais lui demander de monter. Il arrive tout de suite.
    S’il ne vient pas, essayez le Yuan, c’est plus facile.

  • 1 March 2010 à 21h08

    Rotil dit

    Moi, j’aimerais que l’euro monte, car un séjour en Israël se facture en dollars.

    Avis perso et intéressé…

  • 1 March 2010 à 20h34

    Impat1 dit

    Rocardo,
    OK, vous êtes plus méchant que moi…

  • 1 March 2010 à 19h54

    rocardo dit

    @Souris
    Les banques centrales ne peuvent pas dévaluer,elles peuvent seulement avoir une petite action sur la valeur de la monnaie par leur taux de base(s’il augmente,la monnaie doit théoriquement s’apprécier).Ce taux est à distinguer absolument des taux à plusieurs années avec lesquels se refinancent les Etats,ces taux à moyen terme ne dépendant que du jeu offre-demande des marchés financiers.

  • 1 March 2010 à 19h44

    rocardo dit

    L’homme politique cité par Impat est le ci-devant Villiers.
    L’agaçant dans les commentaires sur les taux de change est qu’on ne précise pas quelles sont les monnaies libres de fluctuer(dollar,euro,livre sterling) et celles dont la valeur est fixée par le gouvernement:yuan chinois.
    Et effectivement,Soros n’a jamais fait chuter la livre.
    Dommage qu’il n’y ait pas un marché à terme du niveau de bêtise et d’inculture du journalisme français.
    @Clappique:
    L’étalon-or est préconisé par les blogueurs libéraux(Loïc Abadie,h16,Vincent Benard).L’amusant est qu’il était aussi prôné par Jacques Rueff,le conseiller économique de De Gaulle des premières années,quand Debré était Premier ministre;cela n’a pas l’air de déranger les soi-disants souverainistes,toujours à dénoncer une monnaie forte(le franc lors du SME,l’euro maintenant).

  • 1 March 2010 à 19h09

    Souris donc dit

    Les banques centrales peuvent dévaluer, sauf que Trichet ne veut pas. A mon avis le sort que connait la Grèce, et que sont en train de connaitre l’Espagne et le Portugal, sera le nôtre, et en bien moins de 10 ans, je le crains. Et les réformes nous seront imposées par nos créanciers.

  • 1 March 2010 à 18h36

    marmeduke60 dit

    @serend
    Mon propos n’est pas de généraliser sur la bourse. Il y a toujours pour les “initiés” des potentialités de hausse et de bon placement à réaliser mais à quel prix. Qu’on se souvienne des millions de petits porteurs floués à maintes reprises.
    Quant à la Grèce, au train où vont les choses c’est la situation de la France dans 10 ans puisqu’on agit toujours pas sur les déficits en dépit des promesses.

  • 1 March 2010 à 18h14

    serend dit

    Bonjour,

    En fait je pense qu’il fallait faire baisser l’euro,mais comment?
    si il doit être librement apprécié par le jeux du marché, personne ne peux décider comme au bon vieux temps de dévaluer.
    Cette affaire Grecque ,on pourrait même penser qu’elle est une manoeuvre trouvée par la banque Européenne pour faire le travail sans déroger aux règlements.
    Après tout ,tous savaient que les Grecs magouillaient .
    C’est pour çà qu’ils sont là .
    pour ceux qui pensent qu’investir en bourse est inutile,on peux accepter à peux de frais d’y aller sans trop de risque.
    Beaucoup d’entreprises offrent entre 5 et 8 % ,des foncières entre autre et c’est mieux que le1% de la banque.

  • 1 March 2010 à 16h56

    marmeduke60 dit

    @Souris
    Vos dernières questions sont pertinentes et hélas sans grande réponse au niveau des particuliers et surtout des Etats. Regardez comment Obama est prisonnier de W.Street par exemple.
    Ce qu’on appelle la haute finance et qui surfe depuis des années sur les produits dérivés pour le plus grand profit de ceux qui ont de l’argent (Etats, groupes industriels, fondations, fund managers…FMI autres) vit dans un monde totalement virtuel et coupé partiellement de la vie des affaires et des soucis domestiques, les nôtres. C’est une forme de désolidarité au niveau mondial et d’égoisme cynique, car on vient d’en connaître les conséquences non achevées, que les particuliers paient très cher et le cycle reprendra dans3,3 ou 5 ans avec une déflagration plus forte encore puisque personne n’a les moyens de contrer la puissance financière mondiale et une spéculation tellement profitable. Placer son épargne aujourd’hui n’a plus de sens véritable, la bourse spécule et y placer ses billes équivaut à jouer au loto, la confier aux banques voyez les résultats, les assureurs c’est presque mieux mais ils spéculent aussi sur les marchés spéculatifs – regardez entre autres AIG, sans parler de tous ceux qui ont caché leurs pertes en France et ailleurs. N’oubliez pas que le trésor en france joue également sur les swaps et les devises pour tenter de gratter quelques millions sur notre dette. Alors à qui donner notre confiance?

  • 1 March 2010 à 16h53

    claude b. dit

    on oublie trop souvent que si le PIB allemand a fortement chuté l’année dernière, c’est jutement parceque leurs exportations ont très fortement chutées.
    bravo mr Mihaely pour cet article très pertinent
    on oublie une chose: à l’origine la parité $/€ était de 1,18; peu après il passait à 0,80 pour remonter et atteindre pratiquement 1,50 au début de l’année
    il n’y a donc rien d’extraordinaire à ces fluctuations des monnaies
    et Mihaely a raison: les financiers savent très bien manipuler les opinions. Ou en tout cas essaient de le faire

  • 1 March 2010 à 16h47

    Lanturlu dit

    Aristote, bien sûr que l’Euro a bon dos. Il faut bien une digression médiatique pour faire passer la panade ambiante. Quand l’Euro va remonter, il faudra trouver autre chose…

  • 1 March 2010 à 15h55

    Clappique dit

    Bien sûr que l’Allemagne n’est pas gênée par l’euro fort: elle a une balance commerciale structurellement excédentaire depuis plus d’un siècle, à la différence de la France. Son industrie a construit une image d’excellence dès le XIXe, avec l’acier, la chimie,etc. Elle continue à en bénéficier aujourd’hui.
    Quant à savoir si une monnaie est sur- ou sous-évaluée, il me semble qu’il y a un instrument qu’on appelle les paritésde pouvoirs d’achat.

  • 1 March 2010 à 15h54

    Mnésiclès dit

    Les requins de la finance américains – mais ajoutons y les gnomes de Zürich et la City pour faire bonne mesure – jouent l’Euro à la baisse. Il est de bonne guerre qu’ils manipulent l’opinion à l’appui de leurs attentes. Mais il faut bien convenir que l’Europe est sur le déclin. En outre les égoïsmes nationaux accompagnent historiquement la décadence. Les régions riches – de moins en moins d’ailleurs car fragilisées par la crise qui n’en finit pas – répugnent à voler au secours des régions appauvries. Que ce soit au niveau des états ou à l’intérieur des états. Les mécanismes de redistribution ont tendance à se gripper. En outre l’euro, à tort ou à raison, concentre symboliquement toutes les frustrations et il n’est pas un pays où il n’est accusé de plomber la croissance, de complot contre les services au public, d’un enchérissement du coût de la vie voire de contrarier les efforts de relance. L’échec se profile dans une perspective qui n’exclut plus catégoriquement le retrait de l’Allemagne de l’euro et sans son fourrier ce dernier n’est plus qu’une monnaie de singe. Alors, bien sûr, la faiblesse d’une monnaie peut avoir des avantages pour les pays dont les revenus d’exportation excèdent largement les coûts des importations. Mais combien d’états en Europe occidentale sont encore dans ce cas? Poser la question , c’est hélas! y répondre et se préparer à la paupérisation. Le problème c’est qu’on ne voit pas poindre à l’horizon européen une ébauche de réponse recevable.

  • 1 March 2010 à 15h45

    Aristote dit

    @ Lanturlu

    Franc “faible”, Mark “fort”, Euro ” fort”, Euro “faible”…

    L’Allemagne augmente sa part de marché des exportations avec un Euro “fort”, la France perd de la part de marché et rétrograde brutalement dans les classements internationaux.

    Le problème c’est nous, pas l’Euro.