Le Président normal, son ministre des Finances et son ministre du Travail ne se lassent pas d’attendre la reprise économique. Ils ne doutent pas un instant que les entreprises et la demande américaine ou chinoise finiront par ranimer une France qui est pourtant plus bas qu’elle ne l’a jamais été depuis la guerre. Leur sérénité de façade ne convainc ni l’opinion ni les élus socialistes, qui s’attendent à une Bérézina lors des prochains scrutins. Sans cesse repoussée à une date ultérieure, la reprise économique fait figure de zombie.
Ne les accablons pas. Tous les organes d’analyse et de prévision officiels, FMI, OCDE, Commission européenne, Banque centrale européenne ont dû, eux aussi, renoncer à pronostiquer le retour de la croissance en Europe. Autant d’augures qui s’avèrent aussi incapables de comprendre la situation économique de la France et de la zone euro qu’ils furent aveugles devant la crise américaine, puis devant celle de l’euro.
Pas de traitement efficace sans un bon diagnostic. Au lieu de se projeter vers un – très hypothétique – avenir meilleur, il faut se reporter à l’héritage de la décennie écoulée.
En premier lieu, n’oublions pas que les plaies de la récession de 2008 et 2009 sont toujours béantes : le choc a miné les bases économiques et financières des nations occidentales. Des 14 millions d’emplois qui ont été alors détruits en Occident, dont 600 000 en France, une partie seulement a pu être reconstituée, principalement aux États-Unis et en Allemagne. Les déficits publics n’ont été comblés nulle part sauf, une fois encore, en Allemagne, où l’équilibre des comptes intérieurs s’appuie aujourd’hui sur un excédent extérieur considérable. L’ennui, c’est que cette situation n’est pas généralisable, dès lors que les excédents des uns supposent les déficits des autres. De fait, les dettes publiques ont dépassé un seuil critique presque partout, y compris aux États-Unis.
Il s’agit ensuite de comprendre que nous expérimentons une nouvelle phase de l’Union monétaire, celle de l’argent cher.

*Photo: Soleil

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