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Euro, c’est par où qu’on sort ?

La monnaie unique, un concept très surévalué

Publié le 08 juin 2010 à 6:00 dans Économie

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Euro

Photo Flickr / gilderic

Les adorateurs de l’euro continuent à bêler qu’il nous protège − on se demande bien de quoi. Il devient pourtant urgent de mettre fin à cette hasardeuse expérimentation.

Pour être honnête, il faut d’abord reconnaître que la monnaie unique a eu quelques effets bénéfiques. Tout d’abord, elle facilite les échanges (frontaliers, touristiques, commerciaux) au sein de la zone, même si elle n’a pas fondamentalement accéléré un mouvement qui lui préexistait largement. Ensuite, dans un premier temps, la convergence des taux longs a permis aux pays qui souffraient d’une forte prime de risque de réduire considérablement le coût de leur dette.

Mais cette convergence s’est interrompue en 2008 et nous sommes revenus à la situation d’avant l’euro. La zone euro est entrée en récession dès le deuxième trimestre de 2008, soit un trimestre avant les Etats-Unis. En 2009, le PIB états-unien a baissé de 2,5%, contre 4% en Europe et, en 2010, la croissance sera de 1% de ce côté-ci de l’Atlantique contre 3% de l’autre. Pourtant, la récession venait des Etats-Unis, où la baisse de 30% de la valeur de l’immobilier a durement frappé des millions de ménages. Mais la politique européenne n’a fait qu’aggraver les choses. Et l’euro ne nous a pas non plus protégés contre la spéculation qui s’est déplacée sur les taux des dettes souveraines.

La plaie du “one size fits all”

La réalité, c’est que l’euro est un boulet accroché aux économies européennes. Pour une raison simple : à l’exception de la brève période où il est descendu jusqu’à 0,82 dollar, il est structurellement surévalué. Les économistes estiment que son cours normal devrait être de 1 à 1,15 dollar – ce qui signifie qu’il est encore surévalué de 10 % et qu’il l’était de plus de 50% quand il s’échangeait contre 1,6 dollar. Or, cette situation a une seule cause : la politique monétaire de la BCE, exagérément restrictive par rapport à celle de la Fed. En juin 2008, Jean-Claude Trichet trouvait le moyen d’augmenter les taux d’intérêt alors qu’aux Etats-Unis, ils avaient baissé de 3 points ! Résultat : en dix ans, l’excédent des échanges franco-américain est devenu un déficit de 5 milliards. Résultat : les délocalisations de nos entreprises, jusqu’à Airbus qui a décidé d’augmenter la part de ses composants produits en zone dollar. Les constructeurs automobiles français ont suivi le même raisonnement : ils produisaient 3 millions de voitures en France en 2004. Ce chiffre est tombé à un peu plus de 1,5 million en 2009.

En prime, les pays de la zone souffrent de la politique de désinflation compétitive allemande, conséquence logique de l’unification monétaire. En effet, dans un système de parité fixe, le coût du travail devient décisif dans la bataille commerciale. C’est ce que l’Allemagne a compris depuis le milieu des années 1990 et applique avec toute sa rigueur. Ce blocage des salaires a permis à notre voisin d’outre-Rhin de gagner en compétitivité et d’accumuler des excédents commerciaux vis-à-vis de l’ensemble de ses “partenaires” de la zone euro. Le problème est que cette politique a un effet dépressif important et, effectivement, avec 0,8% par an, l’Allemagne – avec l’Italie – a été, durant la dernière décennie, le pays à la plus faible croissance de la zone. Vu son poids économique, cette faiblesse s’est transmise à tous les autres.

Pire, ce comportement bien peu collectif pousse tous les autres pays à se lancer dans une course à la rigueur qui pourrait se révéler désastreuse. Un blocage généralisé de salaires réduirait encore le potentiel de croissance d’une zone qui n’a déjà pas brillé dans ce domaine depuis dix ans.

Mais le défaut majeur de l’euro est d’imposer une même politique monétaire à un ensemble de pays aussi hétérogènes. Les pays avec des excédents commerciaux et ceux qui accusent des déficits ont besoin de politiques monétaires diamétralement opposées. Pour arriver à l’équilibre, les premiers ont besoin que leur monnaie s’apprécie tandis que la solution, pour les autres, est plutôt une dépréciation de la monnaie. Autrement dit, l’euro interdit les ajustements de la balance commerciale.

Logiquement, il en va de même pour les taux d’intérêt. Autant les taux sont généralement trop élevés pour des pays comme la France et l’Allemagne, autant ils ont longtemps été trop faibles pour des pays à croissance et inflation plus fortes, comme l’Irlande (où les taux étaient de 4 % quand la croissance nominale du PIB fleurait les 8%), l’Espagne ou la Grèce.

En Espagne, pays qui disposait d’un excédent budgétaire au milieu des années 2000, l’euro et les faibles taux d’intérêt à court terme qui allaient avec ont engendré la bulle immobilière et le krach qui a suivi. Si le pays avait pu mener une politique monétaire indépendante, nul doute que sa banque centrale aurait augmenté le loyer de l’argent.

L’alternative : la monnaie commune

La zone euro ne satisfait donc nullement aux critères de ce que les économistes appellent une “zone monétaire optimale” : convergence macro-économique, mobilité des travailleurs et budget central. C’est que l’euro n’était qu’une aventure politique destinée à contraindre les Etats à construire l’Europe sur un modèle fédéral. En réalité, même l’avancée vers le fédéralisme que serait l’adoption d’un unique budget de la zone ne serait pas une solution car les deux premiers critères ne seraient toujours pas remplis, ce qui laisserait trop de mécanismes pervers en œuvre, notamment la prime à une désinflation compétitive. On n’en sortira pas : les pays de la zone euro sont trop dissemblables pour partager une même monnaie.

Il existe cependant une solution médiane qui permettrait de conserver l’euro tout en en corrigeant ses faiblesses. Elle consiste à transformer la monnaie unique en monnaie commune coexistant avec les monnaies nationales, sur le modèle du défunt Système monétaire européen. Un tel mécanisme aurait permis aux banques centrales espagnole et irlandaise d’augmenter leurs taux pour éviter la formation d’une bulle immobilière dans les années 2000. Elle rendrait caduques les politiques excessives de désinflation compétitive et pousserait l’Allemagne à adopter une politique tournée vers la croissance plus que vers le contrôle des salaires. Mieux, cet euro repensé pourrait devenir un véritable rival du dollar, ce que la monnaie unique a échoué à être.

Certains agitent le spectre de taux d’intérêt à 10% que les marchés exigeraient pour prêter à la France. C’est oublier que, malgré le déficit le plus élevé du G7, la Grande-Bretagne arrive toujours à se financer à des taux raisonnables. D’autres avancent que la dette deviendrait ingérable en cas de dévaluation. C’est un danger réel mais que les gouvernements peuvent contrer en imposant une conversion en monnaie nationale avant la dévaluation : ce sera toujours préférable à un défaut généralisé.

Surévaluation, compression des salaires et de la croissance, encouragement aux bulles : l’euro a aggravé les problèmes des pays de la zone tout en les privant de leurs moyens d’agir. La monnaie unique est une catastrophe économique. Il faut en sortir, vite !

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  • 8 June 2010 à 19h15

    Saul dit

    et je vois que beaucoup ont encore du mal avec l’ euro… : )

    70 euros, ça fait à peu près 459 Francs

    mais en francs de 98, ( l’ histoire des francs constants/courants )sans doute moins..( serait ce ces 360 francs là, Fatback ? )
    mais sans aucun doute, ça aurait donné un menu à tarif prohibitif rebutant pour le quidam moyen…

  • 8 June 2010 à 19h06

    Saul dit

    “La monnaie unique est une catastrophe économique. Il faut en sortir, vite ! ”

    bravo !
    c’ est juste du bon sens..
    mort à la monnaie technocratique d’ occupation…

    ““Cher Rackam, c’est quoi la bonne monnaie ?”
    Le louis d’or, bien sûr ! ”

    ou le Napoléon… ; )

  • 8 June 2010 à 15h42

    rackam dit

    Zantrop suit, lui, au moins.
    Gomette verte Zantrop, comme le billet.
    :)

  • 8 June 2010 à 14h51

    Zantrop dit

    à Borgo qui demande :
    “Cher Rackam, c’est quoi la bonne monnaie ?”
    Le louis d’or, bien sûr !

  • 8 June 2010 à 13h47

    fatback dit

    Souris,
    .
    Hophophop! EUR 70 ça fait quelque chose de l’ordre de FRF 360 (en supposant que l’inflation du Franc ait été à peu près équivalente à celle de l’Euro, soit +/-2%).
    .
    Maintenant, il est effectivement tout à fait possible qu’un certain nombre de commerçants en ait profité pour arrondir leurs prix dans le sens de leurs intérêts :)
    .
    euro, un mark déguisé. Disons que la rigueur toute teutonne de la BCE n’est pas s’en rappeler celle de la Bundesbank et, vous avez raison, c’était une des conditions émise par nos voisins d’outre-Rhin lors de la mise en place de l’Eurosystème. Et cette rigueur est une bonne politique si tant est qu’on soit attaché au système des banques centrales (i.e. le monopole de l’émission monétaire).

  • 8 June 2010 à 13h27

    Souris donc dit

    @ Fatback

    Mais quand même, chaque chef un peu étoilé devant sa salle déserte fait maintenant un menu à 70 € le midi. En le claironnant bien fort. Presque 500 F, qu’ils se le gardent leur rata, moi je garde mes euros. Il y a eu un sacré effet d’aubaine, non ?

    Démêlez-nous aussi le vrai du faux avec “euro, un mark déguisé”. Je n’ai pas ce sentiment, au départ, oui, les Allemands étant très réticents à abandonner le DM avaient exercé une forte pression pour que pour eux le changement ne se fasse pas à perte. D’ailleurs, en quoi serait-ce un défaut ?

  • 8 June 2010 à 13h10

    Laurent Pinsolle dit

    @ Midas,

    Mais si on suit cette logique, alors dans 20 ans, on aura diviser le SMIC par deux pour être plus compétitif. Ce qui pèse sur l’Europe, c’est une monnaie surévaluée (qui pousse même Airbus à délocaliser aux Etats-Unis, pour dire) et l’ouverture dogmatique et inconditionnelle au libre-échange qui pousse également aux délocalisations.

    @ Steed59

    Je ne parlais que des salaires Allemands, qui ont augmenté de 2% en moyenne en 10 ans. Bien sûr, les salaires des autres pays ont bien davantage augmenté. Mais ce qu’on appelle le “modèle Allemand” me semble plutôt un contre-modèle.

    @ Fatback

    Pas faux, ce n’était pas certain, mais au moins elles l’auraient pu (ce qui était impossible avec la politique unique de la BCE) et je crois qu’elles l’auraient fait.

    @ Kardaillac

    Je crois surtout que l’euro est une construction artificielle qui ne pouvait pas marcher et dont certains fédéralistes espéraient (et espèrent -pas totalement à tort) qu’elle contraindra les pays européns à construire l’Europe sur un modèle fédéraliste.

  • 8 June 2010 à 12h51

    fatback dit

    Souris donc,
    Vous n’auriez pas oublié 10 ans d’inflation dans votre calcul ?
    :p

  • 8 June 2010 à 12h38

    Borgo dit

    Peu de temps après que le “miracle euro” soit institué, mon café a augmenté de 10 centimes au bar.
    Je me suis dit qu’une hausse de 65 centimes de franc, ils n’auraient pas osé…

  • 8 June 2010 à 12h27

    Kardaillac dit

    La crise de l’euro est celle d’un pari perdu, celui de contenir la gabegie latine par une monnaie germanique intraitable. L’Euro est le thermomètre de notre propre impéritie. L’Euromark va renaître et deviendra la monnaie de transaction européenne, les piastres latines ajusteront les budgets déficitaires en dévorant l’épargne populaire. L’autre est depuis longtemps partie.

    Bonnes nouvelles : l’euro plonge permettant à des pays de second rang comme la France de mieux exporter ses produits gastronomiques, et à l’autre bout du monde, les ouvriers se mettent en grève pour de grosses augmentations de salaires ; grève dure chez Honda dans l’ancienne usine Peugeot de Canton.

  • 8 June 2010 à 12h13

    Denis Monod-Broca dit

    En tant que “monnaie unique européenne”, puisque c’est cela qu’on nous prétend qu’il est, l’euro ne vaut rien, ou pas plus que la monnaie d’un jeu de monopoly. Que vaut en effet un monnaie sans Etat pour l’émettre et sans peuple pour lui faire confiance ? Rien.

    Mais en tant que mark déguisé, ce qu’il est au fond, on le sait bien, l’euro vaut ce que vaut le mark.

    Le voile se déchirant, les questions qui se posent aujourd’hui sont donc:
    1/ l’Allemagne est-elle assez forte pour tenir l’euro sur ses seules épaules et imposer ses règles à toute l’eurozone mark ?
    2/ la France est-elle prête à se soumettre, monétairement et donc financièrement, à l’Allemagne ?

    Le plus sage serait sans doute, en attendant des jours meilleurs, d’accepter les règles de l’Allemagne et de l’aider ainsi à maintenir l’euro.

    Ensuite, le calme revenu, nous rétablirions le franc.

    Mai cela suppose, pour commencer, que nous cessions de nous raconter des histoires et que nous nous décidions à voir les choses telles qu’elles sont.

  • 8 June 2010 à 12h13

    luc dit

    c’est fabuleux, chacun a son avis sur la question… alors que le vrai problème est peu être que plus personne ne comprend ni ne maîtrise rien. Le chaos quoi…

  • 8 June 2010 à 12h11

    Borgo dit

    Cher Rackam, c’est quoi la bonne monnaie ?

  • 8 June 2010 à 11h53

    Souris donc dit

    @ Borgo

    Moi pareil, je fais automatiquement la conversion en francs, très facile la table de 6,6. Je tombe raide à chaque fois, là on est en pleine saison des cerises, ça ne descend pas en dessous de 4,50€/kg = 30F. Pas des importées d’Afrique du Sud où Dieu sait où. Le kilo de cerises 30 F en pleine saison !!! Ils vous racontent que les gelées tardives, le quota de thon rouge, le cyclone.
    Alors il faut se contenter de croire que sans l’euro ce serait pire, par exemple 60F/kg.

  • 8 June 2010 à 11h42

    rackam dit

    Borgo,
    convertissez-vous et croyez à la bonne monnaie

  • 8 June 2010 à 11h34

    Borgo dit

    J’aimerais rencontrer quelqu’un, quelqu’un d’ordinaire, pas un eurolatre béat, ou un banquier, qui puisse me démontrer comment l’euro a changé concrètement et positivement sa vie.
    J’ai souvent posé la question en France et dans d’autres pays de la zone euro, notamment en Italie où je me rends très souvent, j’attends toujours.
    En Italie, par exemple, j’adorais changer de l’argent, ça contribuait à un dépaysement supplémentaire.
    Le dépaysement, je l’ai, et non souhaité dans mon propre pays. A partir d’une certaine somme, je ne peux m’empêcher de faire une conversion…

  • 8 June 2010 à 10h33

    Meunniez-Tudor dit

    Le plus grand pêché de l’euro, c’est d’avoir empêché les gouvernements de faire mumuse avec la monnaie et de mettre en évidence l’inefficacité de certaines politiques où l’État joue le rôle du tonton riche et généreux, achetant la paix sociale à coups de cadeaux. Si l’euro disparaîtra, c’est pour avoir démontré que certains rois sont nus.

  • 8 June 2010 à 10h15

    fatback dit

    “Un tel mécanisme aurait permis aux banques centrales espagnole et irlandaise d’augmenter leurs taux pour éviter la formation d’une bulle immobilière dans les années 2000.”
    .
    La politique de la Fed étant la démonstration de l’inverse…
    .
    Le problème c’est le principe même des banques centrales et de la fiat money. Ce système ne fonctionne pas. Les conditions de la prochaine crise sont déjà en place.

  • 8 June 2010 à 8h56

    steed59 dit

    il est faux de dire que la politique désinflationniste de l’Allemagne a entrainé une baisse généralisée des salaires. Ceux-ci ont très fortement cru en irlande , en Espagne et en grèce, principalement (notamment pour les deux cas) du à la croissance artificielle (dite aussi surchauffe) qui a temporairement entrainé un manque de main d’oeuvre. La politique allemande ne vous plait pas, car elle va à l’encontre de vos dogmes keynesiens, elle lui permet au moins d’elle le seul pays européen à maitriser ses budgets publics

  • 8 June 2010 à 7h51

    Midas dit

    La desinflation competitive est partie de Chine et aussi des US avant de se repercuter en Allemagne. Il n’y a d’autre choix que de s’y soumettre a notre tour sauf a instaurer une taxe sociale a l’importation pour compenser le gain de competitivite provenant de la precarisation du travail (ce que personelement je ne souhaite pas: le modele social europeen, avec ses hordes de fonctionnaires, est un marchand de sinistrose! renforcons plutot le systeme dans les marginales et allegeons-le dans le noyau de la distribution) qui n’aurait de sens qu’au niveau europeen, ce qui est donc impossible vu la dependance geopolitique de cette derniere vis-a-vis des ses puissants allies et partenaires qui ont fait un choix ideologique different. The world is not enough…

    L’Euro-Baudet a bon dos: le vrai probleme est une legislation du travail qui, accouplee a un systeme social finalement debilitant a trop forte dose, pese sur la creation de richesses et restreint mecaniquement l’investissement utile, nous eloignant toujours plus de l’economie de la connaissance et nous rapprochant toujours plus de que l’on hait tous: la bovinerie consumeriste!

    J’attends d’un gaulliste qu’il parle de geopolitique et de sa variable principale, l’armee, pas d’economie…