Être juif, à quoi ça sert ?

Les frères Coen décryptent la Torah. Et pas pour de rire

Publié le 19 mars 2010 à 11:31 dans Culture

A serious man, des frères Coen

A serious man, des frères Coen.

À quoi sert le judaïsme ? Vaste question que posent les frères Coen dans leur dernier film, A Serious Man, à travers les aventures on-ne-peut-plus banales de Larry Gopnik, professeur de physique dans une petite université du Midwest américain. Sa femme le quitte pour un autre – de surcroît plus vieux, plus moche et plus bête que lui –, sa fille ne pense qu’à se faire refaire le nez et à se laver les cheveux, son fils fume des pétards et écoute Jefferson Airplane pendant ses cours d’hébreu à la Sunday-School, son frère, sans emploi, squatte son canapé et sa promotion au poste tant convoité de prof titulaire est menacé par des lettres anonymes. Dans des circonstances à peu près similaires, l’ingénieur William Foster (Michael Douglas dans Chute libre de Joel Schumacher) pète les plombs et s’embarque dans une spirale de violence, certes jouissive, mais suicidaire. Larry Gopnik, au contraire, encaisse tout. Ce petit Job moderne, version US des sixties, a tendance à accepter la cascade des petits malheurs qui lui tombent dessus sans remettre en cause les fondamentaux de sa vie : la famille, la communauté, la culture juive. Seule différence entre lui et la célèbre victime du pari entre Dieu et le Diable : l’histoire de Job se termine bien.

Si vous pensez que les frères Coen nous livrent ici le secret du judaïsme, ce je-ne-sais-quoi qui permet à Gopnik non seulement de porter un nom pareil mais aussi de faire face à l’acharnement du destin, vous allez être déçus. Non seulement les cinéastes ne lèvent pas le voile du mystère mais au contraire ils démontrent que tout cela n’a pas de sens ! Dès le début du film, on est égaré vers un piège : une histoire hassidique d’un Juif dont la charrette est cassée fait la rencontre d’un personnage mystérieux : un démon (un dibbouk en yiddish) qui habite le corps d’un homme pieu mort depuis deux ans. Une histoire bizarre, construite comme mille autres concoctées et racontées pendant des siècles dans ce vaste yiddishland qui s’étendait jadis de la mer Noire à la mer Baltique, complètement absurde et – c’est ce que nous allons découvrir pendant le film – c’est justement là le plus intéressant. Cette histoire est là pour être racontée, transmise et servir de ciment à une communauté. La communauté n’est donc pas un groupe lié par le sens, mais par le partage de traditions, de gestes, d’histoires absurdes.

Rien n’est plus éloigné de nos obsessions actuelles. Comprendre à tout prix, trouver du sens : pour nous autres modernes, il n’y a pas d’autre moyen de marcher sur la voie royale qui mène à la paix intérieure, faire le deuil, tourner la page ou arriver à l’équilibre (rayer la mention inutile). Pour les frères Coen, l’essence même de la culture juive est l’exact contraire de cet état d’esprit. Comme ce dentiste de la petite ville où habitent les Gopnik qui fait une mystérieuse découverte : une inscription hébraïque sur les dents d’un de ses patients. Faut-il y voir un message crypté, envoyé par Dieu Lui-même ? Le pauvre dentiste en perd le sommeil et l’appétit.  Ni lui ni les autres n’y comprennent rien et il ne retrouve la paix qu’en cessant de s’interroger, en acceptant le mystère transformé en histoire que l’on raconte et que l’on écoute. On en reste bouche bée et on murmure des “alors ça !”, des “sans blague ?” et des “mon Dieu !” mais on n’y trouve pas de sens. Pour rendre les choses moins amères, il y a l’humour, cette arme des faibles, non pas utilisée parce qu’ils sont moins forts que les autres, mais parce qu’ils sont impuissants face à l’arbitraire et l’absurdité de l’existence. Il ne s’agit pas d’une résignation “zen” mais d’une acceptation qui n’efface pas la colère, l’indignation et la frustration. Fragile équilibre permettant d’être à la fois dupes et non dupes.

Mais ce n’est pas tout. Les frères Coen ne nous laissent pas plantés devant des vérités aussi atterrantes avec l’humour pour seule arme. Non, ce serait trop cruel. Dans ces trésors de sagesse de la culture juive, à la fois riche et millénaire, les Coen puisent un ultime réconfort, mère de toutes les consolations. Ainsi  vers la fin du film tout semble s’apaiser et les problèmes de Larry se résolvent les uns après les autres : Il décroche la promotion, l’amant de sa femme meurt, son mariage retrouve un nouveau souffle et son fils fête sa bar-mitzva. Et puis un jour le médecin l’appelle et demande avec une insistance qui laisse présager le pire que Larry vienne le voir le plus rapidement possible. Pendant ce temps, le tourbillon noir et menaçant d’une violente tornade se dirige pile sur la Sunday-School de son fils… Ce qui me rappelle l’histoire de ce Juif qui vivait dans un shteitl en Pologne. Ses affaires ne marchaient pas, sa fille vieillissait sans trouver mari, sa femme était morte et sa propre santé n’était pas brillante. Le pauvre homme était certain que Dieu s’acharnait contre lui, qu’il était l’homme le plus malheureux sur terre. Le lendemain, la Pologne était envahie par la Wehrmacht.

À quelqu’un qui lui demandait de résumer le judaïsme en une seule phrase, Hillel l’Ancien, le plus grand des sages de la période du second Temple, répondait : “Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, ne le fais pas à ton prochain. Voilà toute la Torah.” Les frères Coen y ajoutent : “Tu te crois malheureux ? Attends la suite…”

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  • 24 March 2010 à 23h06

    Sandrine dit

    Bonjour,

    Pourquoi dire de l’opinion des frères Coen qu’elle est éloignée de l’essence de la culture juive? Etes-vous plus représentatif qu’eux? On peut dire de toutes les religions que “la communauté n’est donc pas un groupe lié par le sens, mais par le partage de traditions, de gestes, d’histoires absurdes.”. Comme les opinions politiques, la religion est souvent adoptée par atavisme et non par réflexion. Pour tous les non croyants, les communautés religieuses sont en effet liées par le partage de traditions, de gestes et d’histoires absurdes, quelle que soit la religion et l’on a pas besoin d’être croyant pour comprendre à tout prix et trouver du sens.

  • 23 March 2010 à 22h49

    Bibi dit

    Minos –

    Ce n’est pas une histoire de spécialité mais de Yiddishkeit.

  • 23 March 2010 à 21h55

    Minos dit

    Lisa dit :
    22 mars 2010 à 14:32

    Désolé Lisa, je ne suis pas un spécialiste…

  • 23 March 2010 à 13h04

    Lisa dit

    @Bibi
    @L’oiseau bleu,
    Merci pour de la belle musique et de l’humour en plus !

  • 22 March 2010 à 23h54

    Bibi dit

    Klezmer, le son de l’authentique, d’Europe en Amérique 1920
    http://www.youtube.com/watch?v=aJWqR7mVU-4

  • 22 March 2010 à 21h46

    l’oiseau bleu dit

    @ lisa

    commencez par ça !!!!!

    http://www.youtube.com/watch?v=nfFcZ1MA5IA

  • 22 March 2010 à 19h19

    xavier dit

    Jérôme suivez un peu la discussion si vous prétendez dire quelque chose de pertinent.
    C’est Rotil qui a mentionné le juge Goldstone en premier, selon ce travers assez malsain chez les fanas d’Israël de souligner le cas échéant la judéité de ceux qui critiquent Israël. Ils fustigent évidemment qui une “trahison” qui une “haine de soi”, vous connaissez la chanson pour la réciter assez souvent.
    Certains sionistes ont décidément bien appris des antisémites, jusqu’à reproduire leurs schémas mentaux… D’ailleurs on trouve sur des sites pro-israéliens des listes de pro-palestiniens avec une étoile jaune apposée aux juifs présumés de la liste.

  • 22 March 2010 à 15h18

    Bibi dit

  • 22 March 2010 à 15h17

    Ludovic lefebvre dit

    Être juif, à quoi ça sert ?
    A rien !

    On est juif et puis, c’est tout. pourquoi être devrait-il être lié à faire ?

  • 22 March 2010 à 14h40

    jerome dit

    “Donc si je résume quand on parle des juifs, on parle uniquement de Spinoza, de Levinas, d’Einstein et de Woody Allen. S’il vous plaît. Parler des juifs moins brillats c’est être antisioniste/antisémiiiiite.”

    La je suis d’accord avec vous – Goldstone fait partie des Juifs les moins brillants. Vous voyez, vous pouvez quand vous voulez.

  • 22 March 2010 à 14h32

    Lisa dit

    @Lady,
    Merci pour le lien

    @Bibi
    Minos et autres…
    J’aime beaucoup les chants hassidiques aussi, j’avais un enregistrement de chants, chantés comme par une famille, enfants et adultes, je l’ai égaré et oublié le nom des interpretes, vous n’auriez pas des noms à me proposer ?
    Mille excuses pour le hors sujet.

  • 22 March 2010 à 12h58

    xavier dit

    Ahh Jérôme et Bibi braves agents de la Hasbara, je vous attendais avec vos cris indignés etc.

    Donc si je résume quand on parle des juifs, on parle uniquement de Spinoza, de Levinas, d’Einstein et de Woody Allen. S’il vous plaît. Parler des juifs moins brillats c’est être antisioniste/antisémiiiiite.

    Pourquoi hors sujet? Je suis en plein dedans. C’est au nom du judaïsme que des racailles à papillotes squattent des maisons, saccagent des oliveraies à Sheikh Jarrah, Hebron ou ailleurs, C’est leur vision du judaïsme, leur interprétation des textes. Je n’invente rien, suffit de les écouter expliquer que chaque dunum de la Terre Sainte leur appartient sur mandat de Dieu car Il les as choisis.

    De plus, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une vision marginale du judaïsme puisque qu’ils sont soutenus par le gouvernement d’Israël.
    Et j’imagine que le gouvernement d’Israël en sait quelque chose, sur ce qui est bon ou pas pour les juifs, non?

  • 22 March 2010 à 11h48

    Lady dit

    Je suis vraiment pleine d’espérance quand j’écoute ce rabbin et ce philosophe débattre à Notre Dame sur le thème enracinement et ouverture:
    http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/conference-de-careme-enracinement-et-ouverture/00048958

  • 22 March 2010 à 7h28

    Jerome dit

    Pour Xavier, le seul bon juif c’est le juif de cour, le Juif qui sert d’alibi aux antisemites et aux pires mensonges et calomnies. Merci, ca en dit long sur vous, mais on s’en doutait deja.

  • 22 March 2010 à 1h47

    Bibi dit

    xavier petit propagandiste-

    vous êtes hors sujet.
    Trop claire indication de votre “anti-sionisme”.

    Etonnant(?) que vous ne soyez pas indigné de la fermeture de la seule station TV chrétienne de Beth-Lehem…
    http://www.asianews.it/news-en/Palestinian-Authority-shuts-down-the-only-Christian-TV-broadcaster-in-the-Territories-17912.html

  • 21 March 2010 à 23h38

    xavier dit

    En réponse à Rotil, Dieu merci, être juif ça donne des juges Goldstone. Mais ils ne sont pas très nombreux ni très efficaces.

    Ceux qui ont le vent en poupe ce sont les juifs qui, parce qu’ils sont juifs, sont autorisés à faire ça

    h..p://www.youtube.com/watch?v=wlQf41CJjjc

  • 21 March 2010 à 22h29

    expat dit

    Bon. Apparemment il faut que je vois ce film.