Etats-Unis: le business de l’overdose | Causeur

Etats-Unis: le business de l’overdose

Quand tout un pays s’anesthésie aux antidouleurs

Publié le 03 juin 2016 / Monde Politique Société

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Le rapport d'autopsie est formel: le chanteur Prince est mort d'une overdose d'un puissant médicament opiacé. Mais ce sont en réalité tous les Etats-Unis qui sont touchés par une épidémie d’addictions aux antidouleurs. Un phénomène qui frappe toutes les classes sociales et tue plus d’Américains que les armes à feu ou les accidents de voiture. Mais quand les autorités se sont enfin décidées à agir, l’héroïne, moins chère et plus simple à se procurer, avait pris le relai.

(Photo : SIPA.AP21364608_000004)

Quarante-cinq ans après Nixon, qui déclarait la « war on drugs », les Etats-Unis ont beaucoup évolué sur la question, notamment concernant le cannabis. Son usage médical est de plus en plus courant, et le Colorado et l’Etat de Washington, entre autres, ont légalisé sa vente et sa consommation dans un but récréatif. La marijuana ne faisant plus vraiment débat, les Etats-Unis n’en ont pourtant toujours pas terminé avec les problèmes liés aux drogues et font désormais face à une crise sanitaire sans précédent. En 2014, les overdoses ont tué 47 000 personnes. Vingt-neuf mille de ces décès étaient liés aux médicaments opiacés, qui se trouvent être également à l’origine de la mort de Prince, selon son rapport d’autopsie publié le 2 juin. A titre de comparaison, les armes à feu ne font en moyenne « que » 33 000 morts par an aux Etats-Unis. Et les gouvernements successifs ont une large part de responsabilité dans la crise actuelle, en ayant pendant longtemps fermé les yeux sur ce qui est à son origine : les « pill mills ».

Ces « moulins à pilules » désignent des médecins, des pharmacies ou cliniques qui prescrivent à outrance de puissants opiacés pour aucun autre motif que celui de l’appât du gain. Des dealers en blouse blanche, en somme. Arrivé sur le marché en 1996, l’OxyContin, a connu, de part son risque addictif très élevé, un succès fulgurant à travers le pays. De nombreux businessmen peu scrupuleux ont rapidement flairé la bonne affaire, en ouvrant des centaines de « painclinics » (des « cliniques de la douleur »), les fameux « pill mills ». Deux Etats américains ont offert un terreau particulièrement fertile à l’implantation de ces cliniques : le Texas et surtout la Floride, qui a très rapidement acquis le surnom d’« OxyExpress », où l’on s’y pressait depuis tout le pays pour s’en procurer avec une facilité déconcertante. Servant l’OxyContin sur un plateau au premier venu, American Pain était sans aucun doute le plus important revendeur « légal » d’antidouleurs aux Etats-Unis. Située à Fort Lauderdale, dans l’agglomération de Miami, cette société brassait des dizaines de millions de dollars par an en fournissant addicts et revendeurs à échelle industrielle. Au plus fort de la « bulle » des « pill mills », jusqu’à 90% des opiacés prescrits sur ordonnance aux Etats-Unis étaient vendus en Floride. Contrairement aux précédentes crises que le pays a traversé, notamment dans les années 1970, la plupart des personnes touchées par le phénomène sont blanches et issues d’un milieu aisé.

Un tremplin vers l’héroïne

Il aura fallu près de dix ans aux autorités américaines pour se rendre compte de l’impact des médicaments opiacés sur la population. En 2007, Purdue, le laboratoire fabricant l’OxyContin, a dû payer 640 millions de dollars d’amende au département de la justice américain, après avoir été accusé d’avoir caché le potentiel addictif de l’antidouleur. La Floride s’est quant à elle réveillée en 2010, l’année où une descente du FBI a abouti à la fermeture d’American Pain. Durant ses trois dernières années d’activités, l’entreprise a engrangé 43 millions de dollars et, lors du procès, les parties civiles l’ont accusé d’être à l’origine d’une cinquantaine de morts par overdose, pour la seule Floride. Jeff George, le gérant, a été mis à l’ombre pour vingt ans.

Mais la fermeture d’American Pain n’a rien changé, le mal était déjà fait. Le fait que le prix des médicaments ait augmenté et que les ordonnances n’étaient plus bradées ont poussé les addicts à se tourner vers l’héroïne. En l’espace de cinq ans, entre 2010 et 2015, les morts par overdose d’opiacé ont chuté de 69% en Floride mais, dans le même temps, les overdoses liées à l’héroïne ont triplé au niveau national. Une étude du Journal de l’association médicale américaine (JAMA), datant de juillet 2014, a montré que 75% des héroïnomanes interrogés sont parvenus au « brown sugar » après avoir développé une addiction aux antidouleurs vendus sur ordonnance.

« Les pilules étaient difficiles à trouver. Elles étaient très chères. L’héroïne est bon marché », raconte James Fata au quotidien anglais The Guardian. Lui était venu depuis le Texas jusqu’en Floride pour se sevrer d’une addiction aux opiacés. Il ignorait qu’il venait de tomber dans la gueule du loup et, après six mois de sobriété, il a rechuté et fini par jeter son dévolu sur l’héroïne.

C’est en Floride que le retour de bâton fut le plus violent : le problème des antidouleurs caché sous le tapis, celui de l’héroïne est devenu endémique. Le National Institute on Drug Abuse a déclaré une « épidémie d’héroïne » dans le sud de la Floride en 2014. Le nombre de bébés nés addicts aux opiacés ou à l’héroïne à travers la mère a explosé récemment : « Les années passées, nous avions un “cocaine baby” de temps en temps. Tout d’un coup, notre service était rempli de ces bébés. Nous n’avions aucune idée de pourquoi ils étaient si nombreux. », déplore Janet Colbert, infirmière au service de soins intensifs néonatals de Fort Lauderdale.

Réponse tardive des autorités

Un autre élément est récemment venu aggraver la crise actuelle : le Fentanyl. Cet opiacé synthétique très dangereux, cinquante fois plus puissant que l’héroïne, qui aurait donc causé la mort de l’interprète de Purple Rain, a débarqué dans le nord des Etats-Unis en 2012 en provenance du Canada. Vendu comme de l’héroïne, il a entraîné une nette hausse des décès par overdose, notamment en Nouvelle-Angleterre et dans le Massachusetts, avant de s’étendre au New Hampshire, l’Utah et, bien sûr, la Floride. La plupart de ces Etats ont depuis pris la mesure du problème, en élargissant l’accès à des traitements de sevrage ainsi qu’en multipliant les campagnes de prévention. Toute la question réside dans le fait de savoir si la réponse des autorités sera à même d’enrayer ce fléau meurtrier. Le Floride accuse un retard énorme sur ses voisins, ne se classant que 49e sur 50 Etats dans le financement des services de santé mentale. Le bien-être de ses retraités et de son Disney World passent avant tout…

Le président Obama s’est – très tardivement, il faut le dire – saisi du problème en annonçant, fin mars, une enveloppe de 94 millions de dollars pour financer 271 nouveaux centres spécialisés dans le sevrage des addictions aux opiacés, qui devraient, selon la Maison Blanche, bénéficier à 124 000 patients à travers le pays. Il a également promis onze autres millions aux Etats pour qu’ils puissent s’équiper de naloxone – un composé « antidote » aux overdoses d’opiacés – ainsi que pour former à son administration les équipes de soignants. Des unités de police spéciales « anti-héro » devraient voir le jour. En octobre 2015, Obama avait déjà annoncé une volonté d’« entraîner » les professionnels de santé à ne plus signer des ordonnances d’opiacés à tour de bras et à mesurer les besoins réels des patients. C’est vrai qu’il serait peut-être temps de leur apprendre à faire leur travail.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 6 Juin 2016 à 3h49

      thierryV dit

      les préparatifs pour un monde “apaisé” par les drogues ,quelles soient en poudre , en cachet ou en paquets virtuels , sont en passe de réussir.La machine est tellement efficace quelle est approuvée par les consommateurs eux mêmes. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un système de gouvernance, presque unifié ,valide au-delà des désirs de la valletaille consommatrice . Devenue nombreuse elle exige à l’abris de son principal argument bateau: la démocratie . Le peogres rend tout possible . Il sera peut-être un jour possible de se marier avec son chien . Tout est relativisé,admis , car nouveau . 
      Par le passé, il était possible d’évoluer en conquérant, en adoptant le meilleur d’autres cultures . Aujourd’hui le progrès est consanguin , planétaire. Il s’appuie sur ses propres tares . 

    • 4 Juin 2016 à 9h07

      thierryV dit

      Beaucoup moins cité parmi les grands défis se profilant à l’horizon , l’abrutissement progressif des populations occidentales vient enfoncer un peut plus le clou de la décadence .Certains voyant dans la “dépénalisation totale des drogues” un moyen de sortir du probleme , si si…
      Ce qui laisse assez rêveur sur la capacité de nos sociétés à “valider” les pratiques.

    • 4 Juin 2016 à 7h35

      thierryV dit

      L’analogie avec un pays auquel quelques uns pensent , vient d’elle même . Champion de consommation médicamenteuse , tête d’affiche de la consommation de drogue , la comparaison ne s’arrête pas là.
      Je serai tenté d’évoquer l’overdose sociale . J’ai appris hier que ce pays représente 1% du PIB mondial et , tenez vous bien ,15% des budgets sociaux de la planète . Pour ceux qui n’y verrons qu’un motif d’orgueil , je leur conseillerai de surveiller du coin de l’œil l’endettement du pays et , conséquence fort naturelle , la vitesse à laquelle leur frères maudits déboulent dans leur arrière cour, ayant déjà presque en poche une couverture universelle et l’adresse des centre d’”hébergement fournis avant le départ . M’est avis que la plaisanterie ne durera pas trop longtemps , mais , c’est bien connu , les français n’ont de fibre sociale que celle qui se rattache à leur niveau de vie .Il faudra donc un certain temps avant que les “engagements” commencent à flancher.Le temps d’une hausse surprise des taux d’emprunt par exemple.
      Il se peut qu’alors , on redécouvre les vertus des camps du HCR en bordure de conflit .Car nous ne parlons , bien sûr , que des réfugiés politiques.

    • 3 Juin 2016 à 23h16

      Wil dit

      Prince est probablement l’un des artistes les plus surévalués depuis l’invention du Rock.
      Bien sûr il a pondu quelques bons morceaux qui se comptent sur les doigts d’une mains mais il a principalement été une petite merde prétentieuse et égocentrique pour compenser sa petite taille.
      Un genre de Sarko de la musique quoi.
      Keith Richards(guitariste et compositeur des Stones pour les incultes;-)) a raconté que le jour où il est allé le voir chez lui dans son ranch de Minnéapolis dont je ne me souviens plus du nom,là où il est mort,il l’a reçu “sur un trône au milieu de son salon” comme a dit Richards qui avait l’impression d’avoir eu une audience avec la reine d’Angleterre.
      Quand je me souviens de Prince maintenant je ne peux m’empeêcher de repenser à “l’animateur qui pu de la gueule tellement il lèche le cul de ses invités” comme disent justement les Gérards,j’ai nommé Michel Denisot qui après que sa seigneurie ait daignée venir chanter deux morceaux pourris sur le plateau du Grand Journal(Bon dieu,pourquoi ai-je tant de mal à mettre des majuscules à Grand Journal?…) a déclaré Prince à coté de lui:”aujourd’hui j’ai rencontré dieu.”
      Quant aux USA qui seraient camés aux antidouleurs?nous en France on a les psychotropes.CHAMPIONS DU MONDE!!!!…Grace à nos labos pharmaceutiques,biens français eux.
      T’as un coup de blues?tiens ta petite pilule.et hop,une rente à vie de plus pour les labos.

      • 3 Juin 2016 à 23h35

        Nolens dit

        En effet, il faut d’abord balayer devant sa porte.
        On a les syndicats, l’ENA, les fonctionnaires, les arabes, les vieux (accrocs à leur sécu, leurs congélateurs, leur petite retraite et leurs médicaments), les politiques tous corrompus, tous nous dépouillent de notre fric.
        Quant aux US, ils font la course en tête.
        Avec Hollande, Valls, Sarko et cette saleté de Juppé, on devrait se poser des question. 

      • 4 Juin 2016 à 8h47

        Archebert Plochon dit

        Tout Sarko qu’il fût, je pense que la “petite merde” était probablement bien meilleur guitariste que vous, Will, et peut-être même que votre ami Keith. Moi aussi j’ai tendance à poster sous le coup de la colère, mais pour revenir au sujet, ce ne sont certes pas d’analgésiques que vous avez besoin, mais de laxatifs.. allez-y généreusement, rien d’addictif là-dedans.

        • 4 Juin 2016 à 8h48

          Archebert Plochon dit

          *”dont vous avez besoin”, quelle honte.

        • 4 Juin 2016 à 16h01

          Wil dit

          Architruc,d’abord il se trouve que je suis guitariste et fan de grands guitaristes depuis la fin des années 80 donc je m’y connais “un peu” (euphémisme) sur le sujet et tout bon guitariste qu’il fut Prince était loin de faire partie des meilleurs mais ça ne l’a pas empêcher d’être un sale con.
          Il y a un tas de grands guitaristes biens meilleurs que lui qui sont des gens très sympas.
          Et même si Keith Richards n’est pas aussi bon guitariste que Prince,celui des deux qui restera le plus longtemps dans l’Histoire du rock n’est surement le nain prétentieux.
          Ensuite,je ne vois pas le rapport entre mon niveau guitaristique et le fait que Prince était “une petite merde prétentieuse”,cette expression ne qualifiant pas ses qualités musicales mais sa personnalité.
          Et enfin,je vous laisse votre charabia sur les laxatifs,n’en ayant pas besoin je n’ai rien compris à votre délire.

    • 3 Juin 2016 à 22h11

      Sancho Pensum dit

      Ce chiffre de 47000 morts par overdose aux Etats-Unis m’a estomaqué. J’ai mené ma petite enquête :
      1. Ce chiffre est vrai
      2. L’héroïne est impliquée dans moins d’un quart (environ 10000) de ces décès.
      C’était bien la peine de faire la guerre à la drogue illégale. Les drogues légales tuent 4 fois plus !

    • 3 Juin 2016 à 18h36

      clark gable dit

      Le décés de ce Prince m`auras permis d`apprendre que c`était un grand chanteur , limite le meilleur méme pour certains , ce qui m`avait complétement échappé
      Fort heureusement les médias audio visuels veillent et nous remettent vite fait les idées en place , merci a eux donc , sans cela les gens auraient des gouts différents et variés, mais là tout le monde va dans le méme sens