Etats-Unis: derrière le “encore un Noir tué par des policiers blancs” | Causeur

Etats-Unis: derrière le “encore un Noir tué par des policiers blancs”

C’est bien plus compliqué que ça…

Auteur

Benoît Rayski

Benoît Rayski
est journaliste et essayiste

Publié le 12 juillet 2016 / Monde

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Une manifestation le 8 juillet 2016 à Sacramento (Photo : AP21919918_000040)

La presse française vit au rythme des émeutes noires qui secouent les Etats-Unis dès qu’un Noir est tué par un policier blanc. Quand c’est un policier noir – il y en a beaucoup dans les rangs de la police américaine – qui tue un Noir – et ça arrive souvent –, il n’y a pas d’émeute ! Les policiers noirs ont manifestement des privilèges que n’ont pas leurs collègues blancs. Mais nos journaux n’ont que faire de ce genre de « chochotterie ». Ils écrivent : « Encore un Noir tué par des policiers blancs ».

On en déduira que les flics (blancs) américains ont la gâchette facile. Ce n’est pas faux. Mais aux Etats-Unis, tout le monde a la gâchette facile y compris les délinquants et les criminels. En effet, il est facile là-bas de se procurer une arme. Le tueur de Dallas qui a assassiné cinq policiers en avait une en parfait état de marche. Sa personnalité est intéressante. Et son portrait a toute sa place — en tout cas, on devrait la lui donner — dans la litanie répétitive du « encore un Noir tué par un policier blanc »

Il était ce qu’on pourrait appeler un suprématiste noir. Entièrement, fondamentalement, frénétiquement animé par la haine du Blanc. C’est pourquoi, il avait adhéré à Nation of Islam, une organisation qui, en Europe – aux Etats-Unis beaucoup de choses sont permises – serait interdite pour racisme. Le credo de ce mouvement : Allah, délivre-nous du mal blanc ! Car Nation of Islam a le corps tourné vers La Mecque, la religion chrétienne étant vue comme celle des esclavagistes blancs. Cette sympathique organisation n’a eu aucune difficulté à oublier que, pendant des siècles, les Arabes pratiquèrent l’esclavage et la vente du bois d’ébène. Comme elle oublie que c’est dans cet haïssable Occident blanc qu’est né un puissant mouvement anti-esclavagiste…

Restons encore un peu avec « encore un Noir tué par des policiers blancs ». Il y a des chiffres. Et les chiffres, eux, ne mentent pas contrairement au « encore un, etc. » Ils sont dans Le Monde qui a puisé dans la presse américaine, singulièrement moins hystérique que la nôtre. En 2016, plus de 500 personnes sont tombées sous les balles de la police. Parmi elles, 123 Noirs c’est-à-dire 27,3 % de tous les morts. Les Noirs représentent 12,6 % de la population américaine. Les Hispaniques sont également surreprésentés dans cette macabre statistique : 79 morts, 17,6 % de l’ensemble, pour  8,7 % de la population américaine.

Ces chiffres n’ont de sens que si on les met en rapport avec la population carcérale américaine : plus de 60 % des détenus sont d’origine noire ou hispanique. Oui, il y a une énorme et violente criminalité chez les Noirs et les Hispaniques. Les raisons ? La misère, l’acculturation, l’atomisation, ou plutôt la désintégration, de la cellule familiale. C’est triste. Mais les chiffres sont les chiffres. Ils expliquent pourquoi les flics américains (blancs, noirs, hispaniques) ont plus peur des Noirs, des Hispaniques, que des Blancs. Ils expliquent leur nervosité face à des individus perçus comme potentiellement dangereux. Voilà pourquoi le « encore un Noir tué par un policier blanc » n’est que la forme la plus bête, la plus paresseuse du journalisme. Encore un chiffre : en 2016, 57 policiers ont été tués aux Etats-Unis. C’est pas mal, non ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 17 Juillet 2016 à 10h06

      plouc dit

      surtout , l’ auteur de cet excellent article omet de dire que cette violence est aussi liée essentiellement au trafic de drogue !!!!!

    • 14 Juillet 2016 à 22h42

      EL Crabossimo dit

      Je suis résident du Canada, pays souffrant de la démesure et de la surpuissance de son voisin du Sud… En visitant les États-Unis, je fut plusieurs fois consterné par la violence intrinsèque que l’on peut lire dans les yeux de nombreux citoyens américains. Il ne faut pas se le cacher… si les État-uniens voulaient vraiment régler le problème de la violence, ils reformuleraient rapidement leur Constitution pour faire changer le 5e Amendement qui permet le port d’arme dans la plupart des états de ce pays. Nommez-moi un autre pays où il est possible de se balader dans les rues avec une arme à la ceinture et à la vue de tous ? Les États-uniens construisent plus de prisons que d’écoles. Une aberration !Et leurs prisons sont peuplées à plus de 75% par des populations afro-américaines et hispano-américaines. Nous, du Canada, nous essayons, de toutes nos forces, de ne pas calquer nos politiques intérieures sur celles des États-Unis. Quand donc vont-ils comprendre que la violence attise et attire la violence ? Facile à concevoir pourtant ! Les deux pays les plus puissants de la planète que sont La Russie et les États-Unis, sont les plus violents… ça fait peur, non ?

      • 15 Juillet 2016 à 9h11

        beornottobe dit

        que le “grand manitou” vous entende !

      • 17 Juillet 2016 à 10h07

        plouc dit

        prout prout Papa !!!!!!

      • 17 Juillet 2016 à 10h11

        plouc dit

        c’ est ” drole ” mais j’ aurais pu penser plutot que les pays les plus violents étaient les pays arabes !!!! avec leur religion terroriste qui dure depuis sa création !!!! pas toi Papa ?????

    • 14 Juillet 2016 à 4h59

      beornottobe dit

      ainsi va la vie!……(made in usa!….. et ensuite ça vient chez nous….)

    • 13 Juillet 2016 à 22h21

      IMHO dit

      Le racisme et le spécisme sont deux visions mentales différentes .
      Le racisme est la tenace certitude que tel groupe d’êtres humains qui ont en commun apparence ou origine ont aussi en commun un ou des défauts,travers ou vices incorrigibles, qui corrompent toutes les bonnes qualités que ces êtres humians semblent avoir,
      par exemple qu’un chirurgien africain qui réussit toutes ses opérations est quand même dangereux parce qu’il n’opère aussi bien qu’en imitant servilement les européens, en les singeant .
      Le spécisme consiste à voir certains groupes d’êtres humains comme non-humains, comme des animaux à l’apparence humaine.
      Exemples allemands :
      -une française a entendu dans un parc en Allemagne une mère de famille allemande dire en regardant des enfants syriens qui jouaient « quand même on dirait des petits singes « 
      dans un reportage sur le sort des prisonniers soviétiques en Allemagne, un homme, un civil pendant la guerre, disant
      “ c’est comme quand on a un lapin depuis quelques jours et qu’on l’a surnommé Emile, ça devient plus difficile de le tuer “.
      Ça, c’est plus grave que du racisme.
      Le racisme engendre l’iniquité et la violence, le spècisme
      justifie le génocide.
      Le spécisme est ingénu chez les peuples primitifs, qui se nomment eux-même les « êtres humains » comme le font les Inuits et les Nenets, que les peuples voisins nommaient d’ailleurs les Samoyèdes “les cannibales”.
      Dans un peuple civilisé, c’est de la barbarie .
      Le racisme américain est un spécisme refoulé qui se trahit par des
      micro-génocides : quand un policier blanc américain vide un chargeur complet dans un afro-américain, il l’extermine .