Etats-Unis: le goût de la diversité | Causeur

Etats-Unis: le goût de la diversité

Les cantines universitaires au défi du multiculturalisme

Auteur

Manuel Moreau

Manuel Moreau
est journaliste et syndicaliste.

Publié le 29 décembre 2015 / Monde Société

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Mettre la diversité ethnique au menu de la cantine : voici la dernière bataille d’une année marquée par les protestations des étudiants pour tenter de faire évoluer le statu quo à la fois culturel et racial sur les campus américains. Dans l’Ohio, les étudiants d’Oberlin College ne sont pas contents de leurs cafétérias et cantines dont ils fustigent la cuisine multiculturelle. A la place, ils exigent plus de « repas traditionnels ». Pour eux, Bon appétit Management, l’entreprise chargée de fournir les repas des étudiants, est coupable ni plus ni moins que « d’insensibilité culturelle ».

Exemple ? Plus tôt ce mois-ci, les membres du syndicat étudiant noir protestaient devant le réfectoire de la Maison de l’héritage noir après s’être vus opposer une fin de non-recevoir à leur demande de voir des plats tel le poulet frit, le « fried chicken », associé à la cuisine noire sud-américaine. Plus généralement, dans un article publié par le journal du campus, l’auteur demande le remplacement des plats préparés par des plats cuisinés selon les goûts des chefs présents sur le campus. Il ne s’agit pas uniquement de rajouter des plats, mais aussi de mieux cuisiner ceux qui sont proposés et donc de respecter davantage les cultures qu’ils représentent. Car faire autrement consiste, pour ces étudiants, à faire preuve « d’appropriation culturelle »…

Les offenses culinaires viseraient notamment le soggy, un sandwich composé de porc et de chou qu’on voudrait faire passer pour un sandwich traditionnel vietnamien nommé Banh mi. Le plat original, associé au nom du général chinois Tso, composé conformément à la cuisine vietnamienne de poulet grillé, avait été remplacé par du poulet vapeur. Et ce n’est pas tout. Les étudiants s’insurgent également contre des sushis non préparés dans les règles de l’art. Le problème n’est pas gustatif, mais politique et culturel : « Lorsque que vous cuisinez le plat d’un pays pour des gens qui n’en viennent pas et pour ceux qui n’ont jamais goûté au plat orignal, il faut leur faire découvrir et comprendre le pays et sa culture », a ainsi expliqué Tomoyo Joshi, un étudiant japonais. « Si ces plats sont préparés par des gens qui n’ont pas ces connaissances culturelles, s’ils sont modifiés et servis comme des plats “authentiques”, c’est de l’appropriation culturelle ».

Face aux critiques estudiantines, Michele Gross, directrice des services de restauration de l’université, a choisi de capituler : « Dans nos efforts pour fournir des menus variés, nous avons négligé la préparation de plats faisant ainsi preuve d’insensibilité culturelle. » Ceci dit, pas de panique, l’université discute avec ses étudiants et compte bien rendre ce dialogue pérenne. D’autres – ça alors – trouvent tout cela dérisoire. « Franchement, défendre l’authenticité culturelle du “Poulet général Tso”, c’est ridicule », a réagi sur Twitter Fredrik de Boer, un universitaire.

Au-delà du Poulet du général Tso et des sushis, cette nouvelle version plus intello de la vieille tradition estudiantine de la « food fight » traduit les profondes divisions raciales et culturelles présentes dans les campus américain. En 2013, Oberlin avait déjà fait la Une de l’actualité quand des cours avaient été annulés à cause de la prolifération de graffitis et de tracts racistes sur le campus.

Les revendications du syndicat étudiant noir d’Oberlin dépassent en réalité largement le menu de la cantine. Parmi ces demandes, la création sur le campus d’espaces séparés et sécurisés pour les étudiants noirs, et une augmentation annuelle de 4% par an du nombre de noirs admis à l’université. Et ils sont sérieux : « Si ces exigences ne sont pas prises au sérieux, une action immédiate de la communauté africaine suivra », promettent-ils.

Derrière ce regain de tensions – et le caractère parfois dérisoire qu’elles revêtent – s’exprime une réelle inquiétude des Noirs américains à la suite de nombreux incidents impliquant des policiers et de jeunes noirs depuis le tristement célèbre cas de Mickael Brown, abattu par un policier en août 2014 à Ferguson, quelques jours avant d’intégrer l’université où il avait été admis. Face à ce que les étudiants perçoivent comme une réaction trop tiède du président Obama et plus largement des leaders traditionnels de la communauté noire, les étudiants noirs tentent de reprendre leur  destin en main et ne laisseront rien passer. Pas même une préparation culinaire.

*Photo : Flickr.com.

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    • 4 Janvier 2016 à 17h10

      Grosse FAtigue dit

      Pour la sauvegarde de l’enfant américain, il vaudrait peut-être mieux fermer les cantines, et les mettre à la diète. Mais j’exagère. Par contre, sur la folie de la diversité, son origine, ses conséquences désastreuses, voir : >https://lectures.revues.org/749

    • 31 Décembre 2015 à 15h27

      Naif dit

      nous ressortir le cas de Mickael Brown qui a agressé et failli tuer un policier comme victime est fort de café. Personnellement si ce sont les même qui ont soutenu ce voyou, ils ne méritent que mon mépris ! 

    • 30 Décembre 2015 à 15h48

      Chrisub dit

      Aux Etats-Unis comme en France et ailleurs, mettons tout le monde d’accord en proposant des menus végétariens. Et ce serait un grand pas vers davantage d’humanité.

      • 30 Décembre 2015 à 18h40

        Vert Gallois dit

        Ridicule. Sans un steak tartare la vie ne vaut rien.

    • 30 Décembre 2015 à 15h09

      curnonsteen dit

      Le très haut niveau de l’art culinaire américain, connu et reconnu dans le monde entier, méritait bien -au moins- une prise de position aussi péremptoire et déterminée. Au fait quels sont les innommables mal élevés qui parlaient de shit in, shit out ?

      • 30 Décembre 2015 à 18h43

        Vert Gallois dit

        En effet, même un bo bun mal fait est infiniment meilleur que n’importe quoi préparé à l’américaine.

        • 1 Janvier 2016 à 12h31

          RED (From Tex) dit

          Merci pour cette phrase, Une des plus stupides qu’on puisse imaginer…

        • 1 Janvier 2016 à 12h40

          Wil dit

          Bonjour l’anti américanisme primaire!
          Ca montre le niveau intellectuel de la personne.
          Si vous vous y connaissiez un tant soi peu en cuisine vous sauriez qu’il y a des endroits aux USA où l’on mange très bien une cuisine régionale comme à la Nouvelle-Orléans par exemple.

    • 29 Décembre 2015 à 16h33

      Fixpir dit

      Pour aller plus loin :
      http://everydayfeminism.com/2015/11/foodie-without-appropriation/
      Et plus généralement sur les délires politiquement corrects dans les universités :
      http://www.nationalreview.com/author/katherine-timpf

      Intéressant ! Et ce sont là les élites qui vont diriger les USA dans quelques années ? On n’est pas sorti de l’auberge !
      Et ce n’est pas mieux chez nous.

    • 29 Décembre 2015 à 16h13

      Bibi dit

      Et quid du couple locataire de la Maison Blanche? Ils sont, chacun, très mêlés à ces affaires.

      • 29 Décembre 2015 à 16h14

        Bibi dit

        Qu’est-ce que la mère Michelle aurait dit du festin de l’Ambroisie? ;-)

    • 29 Décembre 2015 à 16h05

      kersablen dit

      Ils feraient mieux d’arrêter de se singulariser .

    • 29 Décembre 2015 à 15h14

      Mangouste1 dit

      “Dans l’Ohio, les étudiants d’Oberlin College ne sont pas contents de leurs cafétérias et cantines dont ils fustigent la cuisine multiculturelle.”

      Bref ils ont les boules… les boules d’Oberlin…