Etat, la fuite des cerveaux | Causeur

Etat, la fuite des cerveaux

Il ne leur donne plus les moyens de sa politique

Auteur

Erwan Seznec
Journaliste

Publié le 13 juin 2017 / Économie

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Depuis un an, les portes claquent dans la haute fonction publique. Le responsable du réseau ferré, le directeur financier d'EDF et le patron de la pénitentiaire ont tous démissionné pour la même raison: l'Etat ne leur donne plus les moyens de sa politique.

Patrick Seeger / Bertrand Ract-Madoux, chef d'état major de l'armée de terre, prononce une allocution à l'occasion de la dissolution d'un régiment d'infanterie à la suite de coupes budgétaires, Donaueschingen (Allemagne), 24 juin 2014. Crédit photo : Patrick Seeger.

19 février 2016. À la surprise générale, Jacques Rapoport démissionne de la présidence de SNCF Réseau. Cet énarque de 63 ans évoque dans sa lettre des « raisons personnelles » qui le conduiraient à abandonner la tête de l’organisme public gestionnaire des infrastructures du rail. Dix jours plus tard, le 1er mars 2016, c’est le directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, qui démissionne à son tour. Un an après, début avril 2017, Philippe Galli, directeur de l’administration pénitentiaire, tire sa révérence.

Le rail, l’électricité, les prisons. Trois dossiers en apparence déconnectés les uns des autres, mais trois démissions qui interviennent, en définitive, dans des contextes très proches. Si ces grands serviteurs de l’État ont claqué la porte, c’est parce que le pouvoir politique leur demandait de faire mieux avec moins. Leur ministre de tutelle leur fixait des objectifs, sans leur accorder les moyens financiers de les atteindre. Jacques Rapoport a toujours gardé le silence. Thomas Piquemal, en revanche, s’est expliqué longuement, à l’invitation de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le 4 mai 2016. Son audition, disponible sur le site de l’Assemblée, mérite d’être lue en intégralité pour comprendre la gravité de la situation. EDF a sur les bras deux chantiers de réacteurs dernière génération, dits EPR (Evolutionary Power Reactor), l’un en Finlande, l’autre à Flamanville (Manche). En 2013, le groupe a signé pour la construction de deux autres EPR en Grande-Bretagne. Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu. Les deux chantiers en cours cumulent les retards et les avanies. Les prix de l’énergie sont au plus bas. Areva, enfin, est en petite forme et ne peut assumer sa part de financement (10 %) dans la construction des EPR britanniques.

« On joue la survie d’EDF »

Thomas Piquemal, après avoir exploré toutes les issues possibles, a demandé au ministre des Finances, Emmanuel Macron, soit un report de trois ans des nouveaux projets, soit une recapitalisation d’EDF, à hauteur de 3 milliards d’euros. Malgré le soutien massif des syndicats d’EDF, il n’a pas été entendu. « Qui parierait 60 % ou 70 % de son patrimoine sur une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne, alors que cela fait dix ans qu’on essaie de la construire ? » s’interrogeait-il devant les députés. « Dans cette histoire, on joue la baraque ! » renchérit Philippe Huet. Patron de l’audit, du contrôle et des risques d’EDF jusqu’en novembre 2016, il a été « viré », selon sa propre expression, pour avoir protesté lui aussi contre les risques énormes que l’État actionnaire (à 85 %) fait courir à son électricien. Il ne s’était jamais exprimé jusqu’à

[...]

 

  1. Une hausse mesurée des tarifs de la SNCF serait politiquement défendable : les prix des billets de train en France sont dans la moyenne européenne.
  2. Suite à l’ouverture cet été des liaisons rapides Paris-Rennes et Paris-Bordeaux, la SNCF a passé dans ses comptes une provision de 90 millions d’euros de pertes, pour le seul second semestre 2017. Au bilan comptable de la compagnie, la valeur des TGV qui circulent sur ces lignes est de zéro.

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    publié dans le Magazine Causeur n° 105 - Mai 2017

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    • 14 Juin 2017 à 21h33

      Anouman dit

      Pas de moyens? Si on faisait payer les transports en commun pour ce qu’il coûtent (sans profit) ils disparaitraient à 50%. Et finalement ce ne serait pas une mauvaises chose.

    • 14 Juin 2017 à 10h29

      JeanBart dit

      “Il ne leur donne plus les moyens de sa politique” : on ne peut donner que ce que l’on a… Après plus de 40ans de budgets déficitaires, une dette à 100% du PIB malgré des taux historiquement bas (merci les allemands) et malgré un Etat qui capte 57% de la richesse nationale, on a plus un kopeck…
      Si on a plus les moyens de cette politique, changeons de politique ! On fait parfois mieux avec moins.

    • 13 Juin 2017 à 17h42

      i-diogene dit

      S’il est évident que le domaine carcéral a été mal géré par les gouvernements successifs, depuis près de tente ans, il n’ en va certainement pas de même pour La SNCF et l’ EDF..!

      - EDF et SNCF, sont des gouffres financiers, mal gérés en interne, parce que complètement corrompus par un syndicalisme de privilèges qui a le loisir de bloquer le pays économiquement pour obtenir des avantages que les autres salariés du secteur public n’ auront jamais..!^^

      - l’ Etat a toujours mis la main au porte-feuille pour refinancer les conneries..:

      - Wagons trop larges pour nos quais, sous-traitance hors de prix des travaux (ententes, corruption..), un manque de conscience professionnelle généralisé..

      - Idem pour EDF: pinaillages dans la mise au point de l’ EPR, sous-traitance exorbitante, démotivation par le manque de conscience professionnelle..

      Macron, a raison de taper sur la table: si ces deux entités nationales ne réagissent pas, il faudra nécessairement les privatiser pour leur redonner le goût de la compétitivité..!^^

    • 13 Juin 2017 à 17h28

      i-diogene dit

      S’il est évident que le domaine carcéral a été mal géré par les gouvernements successifs, depuis près de tente ans, il n’ en va certainement pas de même pour La SNCF et l’ EDF..!

      - EDF et SNCF, sont des gouffres financiers, mal gérés en interne, pa

      • 13 Juin 2017 à 20h44

        eclair dit

        diogene, l’article ne parle pas de la sncf mais de réseaux ferrés. La compagnie crée dans les années 90 pour séparer les infrastructures du transport(sncf)

        pour edf, c’est les choix politiques depuis 15 ans qui ont desorganisé edf.

        • 14 Juin 2017 à 3h53

          i-diogene dit

          Méoui, l’ Eclair, mais c’est tout la même engeance..

          L’EDF est difficile à gérer, car se sont les syndicats qui font la loi..

          L’Etat ne fait que payer la casse et les conneries..!^^

    • 13 Juin 2017 à 17h10

      Habemousse dit

      Et la relève des grandes écoles, de nos savants, de nos chercheurs, elle est où ?

       Dans la dénonciation de la natalité afin de libérer l’homme et la femme de l’amour d’ autrui pour ne retenir que l’amour de soi, juste le temps de vieillir et de s’apercevoir à soixante ans révolus que faire un enfant à une jeunette serait un bon moyen de rajeunir : pour l’éducation, d’autres s’en occuperont …

      Voilà le résultat de l’égoîsme roi qui tue une civilisation en deux générations almanach en main.

      Notre dernier président est un criminel : je n’entends pas son successeur évoquer le difficile problème du renouvellement de notre population… 

      • 13 Juin 2017 à 18h16

        i-diogene dit

        Habemousse, il faut séparer les domaines pour comprendre..!

        Les grandes écoles française suffisent, sauf HEC qui ne forme pas assez de dirigeants..

        La grande majorité des start up françaises est plombée par un système de financement mortifère: garanties financières pour les prêts et durée des prêts: une start up est forcément déficitaire au début de son existence..!^^

        .. Ce qui fait que les créateurs français vont tenter leur chance sous de meilleures latitudes, nettement plus favorables..

        Pour les créateurs, ce sont majoritairement des ingénieurs ou des techniciens..

        .. Il est évident que l’orientation professionnelle depuis 20 ans est totalement désastreuse;: trop de filières littéraires, pas assez de filières techniques..

        - d’où les caissières de supermarchés avec BAC + 3 et plus.. Et le manque de débouchés des diplômes littéraires ou assimilés..

        - Sinon, il est clair que la recherche, en France manque de moyens: salaires de misères, manque de matériel, de budget, etc..

        - la parade: autoriser des universités financées par des intérêts privées convergents..!^^

        Quelques chiffres, pour étayer mon argumentation:

        http://1001startups.fr/chiffres-cles-startups-france/

        • 13 Juin 2017 à 18h54

          Habemousse dit

          Tous vos arguments sont, je n’en doute pas, intéressants et justes : il n’empêche que la démographie est la base de toute population : quand elle s’éteint, le reste suit.

          Vous parlez de manque d’argent, de manque de travail, de moyens, mais tout découle de la dénatalité, à la base de tout ce que vous dénoncez.

          Je ne parle pas de la majorité des immigrés dont l’intégration peine à se faire pour de multiples raisons, et dont seuls deux à trois pour cent d’entre eux font partager à la nation la richesse de leur savoir et de leur savoir-faire. 

        • 13 Juin 2017 à 19h12

          i-diogene dit

          Habemousse,

          NON, c’ est faux: le solde financier migratoire en France, fait apparaître un bénéfice de 12,4 milliards d’ Euros..!^^

          De plus, dans ma carrière (industrie Alstom, BASF, PSA, Renault, Solvay, EDF, SNCF, etc..), les meilleures équipes de soudeurs, informaticiens et automaticiens que j’ ai côtoyées étaient arabes..!^^

          .. Et là, y’ a pas photo: tout grands donneurs d’ordres industriels en sont conscients..!

        • 13 Juin 2017 à 20h30

          Habemousse dit

          Et la dénatalité, elle n’existe pas ? Les chiffres prouvent le contraire ? Elle est là la clef, pour moi et quelques uns en tout cas.

        • 13 Juin 2017 à 20h51

          eclair dit

          diogene tu lis les articles que tu mets?

          Si tu lisais cela dis en gros que l’immigration africaine nous coute un bras.

          Que la desindustrialisation accroit la tertiarisation de l’économie et la précarisation et les bas salaires et un fort taux chomage

        • 14 Juin 2017 à 4h05

          i-diogene dit

          Habemousse,

          La dénatalité peut se contrebalancer par l’immigration..

          L’Eclair,

          L’article dit aussi, que ce sont les immigrés qui ont construit les autoroutes, les bâtiments, etc..

          La désindustrialisation, c’ est une autre cause: la politique merdique en faveur de la rente menée depuis trente ans..!

          Les français ne veulent plus faire certains travaux pénibles et peu valorisants: la grande majorité des entreprises de nettoyages ne sont composées que de personnels issus de l’immigration..

          .. Même las portugaises ne veulent plus faire ça..!^^

          C’est le même phénomène qu’ en Suisse ou dans d’ autres pays riches: t’iras trouver un Suisse travaillant avec la pelle et la pioche, tu vas chercher longtemps..!^^

        • 14 Juin 2017 à 7h59

          Habemousse dit

          « La dénatalité peut se contrebalancer par l’immigration. »

           Ou après moi le déluge.