Et préserve-nous du mal | Causeur

Et préserve-nous du mal

Le monde s’est inventé un nouveau grand Satan tout blanc

Auteur

François Miclo

François Miclo
Twitter : @fmiclo

Publié le 20 mars 2009 / Société

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Pas de doute. Cet homme-là, c’est Satan ou l’Antéchrist. S’il ouvre la bouche, ce ne sont pas des mots qui sortent de ses lèvres, mais l’odieux son des trompettes du Jugement. Il répand plus de plaies que l’Egypte ne pourra jamais en compter, a un petit faible pour les négationnistes et les violeurs de fillettes (surtout quand ils sont brésiliens) et, comble de l’horreur, prescrit au monde entier de choper le sida en baisant sans capote.

Une chose est sûre : avec le départ de George Bush de la Maison Blanche, la planète médiatique avait perdu son grand méchant loup. Elle vient de s’en fabriquer un à sa mesure : Benoît XVI est désormais l’ennemi mondial numéro un. Qu’il dise un mot ou reste coi, il est devenu le salaud de prédilection de notre temps. Et c’est bien parti pour que cet état ne prenne fin qu’avec son pontificat.

Avouons que, pour le rôle du grand méchant loup, c’est un bon client. Il est allemand, c’est-à-dire très bon pour les machines-outils, cancre pour les relations publiques ; il est catholique, chose détestable dans un monde où existent des religions un peu plus conformes à l’idée de coolitude (droit-de-l’hommisme, écologie, obamisme, etc.) ; il essaie de faire des phrases et de conduire des raisonnements, en un temps où l’auditeur lambda décroche dès le premier mot prononcé.

L’affaire de la capote africaine – sale coup porté aux Anglais – illustre parfaitement ce déphasage entre le Souverain Pontife et la sphère médiatique. L’ensemble de notre presse et de notre personnel politique pousse depuis mercredi des cris d’orfraie et condamne unanimement celui qui prétend que “l’utilisation du préservatif aggrave le problème du sida”. Ce matin, Pierre Bergé invitait sans rire les catholiques à “changer de religion” – sans toutefois leur promettre un abonnement gratuit à Têtu, la philanthropie a ses limites. A midi, sur France Inter, Stéphane Bern, tout en nuances, qualifiait les propos papaux de “génocidaires”. A ce rythme, Josef Ratzinger devrait être déféré ce soir devant le TPI et exécuté demain à l’aube. Il n’est pas même jusqu’à Alain Juppé qui n’ait brandi son pavois de haute moralité parmi tous les boucliers levés, pour dénoncer la fâcheuse manie de ce pape à vouloir rester droit dans ses bottes. Encore un effort participatif, Citoyens, et il se trouvera bien quelqu’un pour accuser Benoît XVI d’être un nouveau Guillaume Dustan et de prôner le barebacking dans les caves du Vatican où demeure encore vivace le souvenir de Rodrigue Borgia, un temps taulier sous le nom d’Alexandre VI.

On a même vu s’exprimer – la chose ne s’était guère produite depuis Jules Ferry et son discours sur l’homme blanc – un racisme bienpensant : les Africains sont des êtres tellement serfs et dénués de raison que, le saviez-vous, ils suivent à la lettre tout ce que dit le pape. Et Daniel Cohn-Bendit, parmi cent autres bonnes âmes, d’accuser Ratzinger de “meurtre prémédité”. Décryptage : le pape dit qu’il ne faut pas mettre de capote ; donc Banania, il nique sans, chope le sida et finit par crever dans sa case. Les nègres, faut leur parler comme à des enfants. C’est plus du tiers-mondisme, c’est Tintin au Congo réinventé.

Au fait, outrecuidante question, qu’a-t-il dit mardi dernier, le pape, dans l’avion qui le menait à Yaoundé ? Il répondait à la question d’un journaliste sur la position des catholiques face au sida. Benoît XVI a expliqué dans un premier temps que l’Eglise est présente au jour le jour aux côtés des malades : plus de 25 % des séropositifs dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques (hôpitaux, dispensaires, communautés). Puis il a enchaîné sur la phrase qui prétendument tue : “Je dirais qu’on ne peut pas résoudre le problème du sida avec l’argent, même s’il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. La solution est double : d’abord, une humanisation de la sexualité, un renouveau spirituel, humain, intérieur, qui permet ainsi de se comporter différemment avec les autres. Et deuxièmement, une amitié, une disponibilité pour les personnes qui souffrent.” Dans la version publiée sur le site du Vatican, les propos ont un brin changé : “l’argent” est remplacé par “des slogans publicitaires” et “elle aggrave le problème” par “le risque est d’augmenter le problème”.

Nulle part, le pape ne dit qu’il ne faut pas utiliser de capotes. Nulle part, il n’en condamne l’usage. Il dit simplement qu’on ne peut pas se contenter de cette solution et qu’en distribuant à l’Afrique des préservatifs on se donne certainement bonne conscience, mais on ne règle rien du tout. Et quand on ne règle pas un problème, on l’aggrave… Le continent africain, ce n’est pas le Marais. Il ne suffit pas de négocier un prix de gros à la société Durex pour faire de la distribution gratuite, de demander à Line Renaud de tourner un spot télé ni d’arborer une fois l’an un petit ruban rouge à sa boutonnière. Si d’ailleurs la question du préservatif pouvait tout régler, il serait criminel que la communauté internationale ne se mobilise pas pour envoyer au quasi milliard d’Africains de quoi se protéger… L’enjeu est bien d’une toute autre nature.

Le premier problème, c’est l’ampleur du désastre : en 2007, 22 millions de personnes étaient infectées sur le continent africain selon Onusida. C’est la première cause de mortalité et la maladie y est, plus que partout ailleurs, un facteur de mort sociale. Lutter contre l’exclusion et la stigmatisation des malades (en leur offrant “une amitié, une disponibilité”) n’est pas une pontificale lubie : il s’agit de changer les mentalités, de faire admettre que le sida n’est pas la maladie de l’autre, mais un véritable risque qui pèse sur tous. On n’a jamais vu dans l’histoire aucune épidémie reculer grâce à la stigmatisation et à l’exclusion. En ce sens, l’appel que lance le pape à la fraternité envers les malades n’est pas une billevesée ni une niaiserie de catéchisme : c’est une étape prophylactique essentielle.

L’autre grande question, c’est la prévention et l’information des populations. Au Nigeria, au Congo, au Cameroun, les équipes locales ne se contentent pas de distribuer des capotes, elles en expliquent l’usage (qui n’est pas multiple), tentent de lutter contre les préjugés (elle ne rend pas stérile), encouragent le dépistage et promeuvent aussi abstinence et fidélité… N’en déplaise aux bonnes âmes pour lesquelles le noir est doté d’un appétit sexuel à la mesure de son appareil génital, les valeurs morales trouvent un écho souvent favorable chez les chrétiens comme chez les musulmans du continent africain. Pourquoi s’en passerait-on ? On sait en Europe que les prophylaxies efficaces sont celles qui savent s’adapter à chacun des publics qu’elles visent. Or, en Afrique, le mot d’ordre devrait être : fous ta capote et tais-toi ? La prévention n’est pas une chose simple : elle implique de former des équipes locales, d’ouvrir des centres de dépistage, mais surtout de prendre en compte la réalité de l’Afrique contemporaine, bref de ne pas se dédouaner en utilisant le mot “préservatif” comme grigri, mais de mener des actions de fond.

Le troisième problème – et de loin, le plus important –, c’est l’accès aux soins. Autant le dire tout de suite : si vous êtes africain et contractez la maladie, votre chance d’être soigné est proche de zéro. Les antirétroviraux sont excessivement chers et, contrairement à l’Inde, l’Afrique ne dispose d’aucun laboratoire pharmaceutique capable de les produire sous leur forme générique. Elle les importe donc, quand on le lui permet.

Hier justement, les douanes néerlandaises ont saisi à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam une cargaison entière d’antirétroviraux à destination du Nigéria, au prétexte que le laboratoire indien les produisant porterait atteinte aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques propriétaires du brevet… Business is business. Mais qui s’en soucie, qui va pousser de grands cris, qui va jouer de petits couplets indignés ? Qui va accuser nos amis bataves de se comporter comme des meurtriers en puissance ? Qui va dire fuck une bonne fois pour toutes à ces gens qui préfèrent défendre le droit des brevets que la vie humaine ? Circulez, y a rien à voir. C’est plus vendeur, coco, d’accabler le grand Satan du Vatican que de rentrer dans les détails. D’ailleurs, mardi, à peine était-il descendu de son avion que Benoît XVI a prononcé un discours à Yaoundé : il réclamait la gratuité des soins pour les personnes atteintes du sida, c’est-à-dire l’accès des malades aux antirétroviraux. Ça n’a pas fait une ligne dans les journaux. Pourtant, ça n’aurait arraché la gueule d’aucun de mes honorables confrères si prompts à l’indignation de relayer cette info : un pape qui fait sien l’un des plus anciens combats d’Act up (“Des molécules pour qu’on s’encule”), ça n’est pas tous les jours que ça arrive… Le pape est punk : c’est pas un beau titre, ça ?

Ah non, j’oubliais. La question, on vous l’a dit et répété, c’est la capote ! C’est qu’elle n’est plus, dans nos sociétés occidentales, un simple moyen de prophylaxie. Elle est une religion : les barebackers qui refusent le préservatif dans leurs rapports sexuels sont appelés relaps en français. Ce mot est directement tiré du vocabulaire religieux de la pire espèce, celui de l’Inquisition : est relaps qui est retombé dans l’hérésie après l’avoir abjurée. On ne fait pas grief au relaps de sa sexualité effrénée, on lui reproche simplement d’avoir déserté la clientèle de Durex ou Mannix. Puisque la seule question qui vaille est la capote, le jour viendra où, dans des affaires de viol en réunion, le port du préservatif jouera comme une circonstance atténuante. Pourrait-on s’interroger, ne serait-ce qu’un moment, sur cette société où la règle consiste à tout consommer, même les corps ?

Bien entendu que non. Chacun est invité à adopter la pornonomie comme seule moralité. Et le temps viendra où un pape agira, depuis le balcon de Saint-Pierre, comme le premier prof de sciences nat’ venu. Il sortira un vague godemiché et déroulera un bout de plastique tout le long du fac-similé turgescent. Il aura, faute d’habitude, l’air un peu emprunté. Mais il s’y fera. Et il conviera peut-être, dans un lumineux élan, le monde entier à un orgasme multiple, participatif et protégé. Le monde entier, sauf l’Afrique, car elle aura crevé, elle, après avoir eu le droit de tout consommer, sexe et capotes, indignations et beaux discours. Elle aura eu le droit de tout consommer, sauf les trithérapies. Désolé, homme noir, toi pas avoir assez argent.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 27 Mars 2009 à 11h07

      Odilon dit

      Et puis, les cathos, arrêtez un peu de vous faire passer pour des martyrs, victimes de haines, etc. Vous vous prenez pour Jésus ou quoi?

    • 27 Mars 2009 à 11h05

      Odilon dit

      “Cette fixation sur ce petit bout de latex me semble bien démesurée et grotesque”

      Je suis bien d’accord avec vous. L’église devrait arrêter de s’occuper de problèmes qui ne la concernent pas. Le préservatif est un moyen prophylactique contre les MST, ce n’est pas une notion théologique.

    • 27 Mars 2009 à 10h11

      Franklin D. dit

      Le préservatif n’est pas fiable à 100%, comme n’importe quelle prophylaxie d’ailleurs. Cette fixation sur ce petit bout de latex me semble bien démesurée et grotesque. Le problème est global et c’est plus un problème d’organisation économique et de redistribution. Je ne comprend pas ce déchainement de haine, de fureur et de colère, le Pape après tout propose un idéal pour les croyants, et on sait très bien en Afrique que les personnes d’Église donnent des préservatifs au moins pour sauver des vies.

    • 27 Mars 2009 à 10h10

      Lisa dit

      nouveaux boucs emmissaires ?

    • 27 Mars 2009 à 10h10

      Lisa dit

      Pour Franklin,
      entièrement d’accord avec vous, les cathos sont le dernier groupe que l’on a le droit de hair, tout ça me fait penser à continuer de lire René Girard, les cathos seront-ils les nouveaont ler

    • 27 Mars 2009 à 9h59

      Odilon dit

      “je ne suis ni anti-gay ni anti-préservatif”

      Même que le D. dans Franklin D. c’est pour “Delanoë”.

      Bon, sans rire, Franklin, êtes-vous scandalisé par le mensonge de l’évèque d’Orléans, qui affirme que le VIH traverse les préservatifs?

    • 27 Mars 2009 à 8h57

      Franklin D. dit

      Saint Maginot était connu pour se taper des roupillons quand il montait la garde.

    • 27 Mars 2009 à 8h49

      FéliXRenédeSessandre dit

      @ Franklin D

      C’est Saint-Maginot qui protège les français.

    • 27 Mars 2009 à 8h44

      Franklin D. dit

      Sur l’info qui prétend qu’il n’y a que les préservatifs français qui protègent, ça me rappelle Tchernobyl et son nuage radioactif qui s’est arrêté PILE aux frontières de notre beau pays. Dingue, non ?

    • 27 Mars 2009 à 8h43

      Franklin D. dit

      Expat a parfaitement raison, je ne suis ni anti-gay ni anti-préservatif du tout. Je n’ai d’ailleurs pas l’impression que c’est de mon côté que la haine domine, une haine qui ressort toujours au bout d’un moment après avoir protesté de sa tolérance, de son écoute, du fait que l’on “a des amis cathos tellement compréhensifs” (un peu comme les racistes qui disent : Ah moi j’ai des amis noirs, des amis arabes…). Je pense aussi qu’une discussion normale est impossible du fait de cette haine cuite et recuite.
      Je ne suis pas ami avec quelqu’un parce qu’il est homo ou hétéro, de gauche ou de droite, croyant ou pas, car il n’y a pas que ça pour définir une personne.

    • 27 Mars 2009 à 7h48

      FéliXRenédeSessandre dit

      De France Info aujourd’hui:

      “S’il existe effectivement des préservatifs de mauvaise qualité et perméables aux spermatozoïdes, le virus du sida ne peut en aucun cas passer au travers du latex. La norme NF encadre en effet la mise sur le marché des préservatifs, strictement contrôlés.”

      Voilà qui explique bien des malentendus et un long débat stérile (de circonstance). Seuls les préservatifs FRANCAIS protègent.

    • 27 Mars 2009 à 2h10

      Sans doute un commentaire noyé dans la masse dit

      Je me suis toujours astreint à ne pas réagir à cette polémique sur les propos du Pape, mais à défaut, cet article me donne un support sur lequel réagir de façon moins profonde. Ce ne sera donc pas tant les propos en eux-mêmes ni la polémique que je commenterais, mais l’article (ce qui est d’ailleurs préférable).

      1) En ce qui concerne l’impact des propos du Pape sur le comportement effectif des Africains catholiques, il serait intéressant de peser plusieurs choses plutôt que de moquer les propos selon lesquels discours du Pape=modification du comportement. Peut-être est du racisme bien-pensant que d’envisager que dans des pays où les taux de scolarisation et d’alphabétisation sont faibles, une grande partie de la population est plus sensible aux discours religieux. Je ne sais pas ce quel est le pouvoir réel dont disposent les autorités religieux sur les comportements des population en Afrique. Il n’empêche, il n’est pas improbable d’imaginer qu’étant donné la faible diffusion médiatique et le peu de crédit dont disposent les autorités politiques, les références en terme de comportement se situent plutôt du côté des religions quelles qu’elles soient, beaucoup plus présentes au niveau local. Mais il n’est pas non plus improbable d’imaginer (et d’espérer), que l’essentiel du discours pontifical ne parviendra pas aux oreilles des populations les plus isolées et les moins informées.
      Car quand bien même le message dans son intégralité serait transmis (“L’argent/slogans ne suffisent pas, le préservatif risque d’aggraver le problème, il faut changer de comportement”) qu’en retenir en termes de prescriptions comportementales?

      Pour cela, transposons en quelque chose de complètement imaginaire: une épidémie sévit en France, la majorité de la population ne comprend pas le mode de transmission de la maladie mortelle et sous-estime et sa dangerosité et le taux de contagion. Une solution X est un moindre mal, mais là encore, la majorité de la population l’utilise mal. A ce moment, le Président de la République s’adresse à la population en ces termes : “les slogans publicitaires ne suffisent pas, la solution X risque d’aggraver le problème, mais il faut changer nos comportements en modifiant profondément notre mode de vie”. J’imagine que les moins informés et les plus ancrés dans la tradition retiendront davantage “que la solution X risque d’aggraver le problème”.

      En effet, le point crucial est là: mon analogie (pas solide pour un sou) repose sur le fait que l’appel à l’abstinence et à la fidélité passent au-dessus d’une part importante de la population pour qui la mise en application induit une remise en cause profonde du mode de vie traditionnel (à savoir la polygamie qui reste, dans les zones rurales, une pratique répandue; l’abstinence est quant à elle surfaite dans des pays où le taux de mortalité infantile, et des raisons aussi bien culturelles qu’économiques poussent à un taux de fécondité très important).

      Toutefois, je pense que ce discours n’aura pas été majoritairement diffusé en Afrique (médiatisation assez faible), et j’espère que le clergé local (dont je ne doute pas de l’efficacité en terme de prévention contre le SIDA) aura assez de discernement pour ne pas répliquer ce message en ces termes.

      Mais si, pour ces deux raisons, on peut penser que non, discours du Pape n’est pas égal à changement de comportement, cela concerne aussi bien l’usage du préservatif que les prescriptions en terme de monogamie, fidélité et abstinence.

      Ensuite, sur la question de l’argent, de la nécessité de multiplier les moyens de prévention et de traitement, d’aider à un changement des comportements, de susciter une prise de conscience des problèmes. J’ai, là encore, l’impression que le Pape n’a pas eu le discours le plus judicieux ni le plus pertinent.
      Il est vrai qu’on ne pourra vaincre la maladie avec des slogans publicitaires. Mais quand on connaît l’indifférence de l’homme occidental moyen à la souffrance d’autrui, d’autant plus quand il est éloigné géographiquement et culturellement, et sa propension à soulager sa conscience par quelques actions ponctuelles et minimes plutôt que de s’attaquer au problème de fond (ça marche aussi bien pour le SIDA en Afrique que pour le roumain mendiant en bas de chez soi), la mobilisation par quelques slogans publicitaires et autres journées de Sid’action permettent de dégager des fonds.
      Et ces fonds sont nécessaires, sans doute davantage que l’ “humanisation” des rapports humains et sexuels ou que la distribution de préservatifs. Car ils peuvent être utilisés pour instruire (sur les risques sanitaires, hygiéniques, le mode de contamination), prévenir (distribution de préservatifs quand l’instruction est suffisante), accompagner les malades et offrir des soins.
      Et cela est d’autant plus vrai qu’au vu de l’urgence médicale et de la vitesse de propagation, il s’agit de faire au plus vite et au plus efficace.
      Or, vouloir induire une modification des comportements sexuels ne sera ni le plus rapide ni le plus efficace. Qui oserait affirmer que le changement de comportements se ferait en moins de 15, 20, 30, 50 ans? D’ici là, l’épidémie aura encore eu de beaux jours devant elle. Et qui oserait affirmer que ce message et cette évangélisation seraient effectivement efficaces? Même lors des beaux jours de l’époque chrétienne (comprendre, quand encore la majorité de la population européenne était sous emprise du discours chrétien et des autorités religieuses), qui peut dire que la fidélité et l’abstinence régnaient?

      Il ne faut pas brandir les principes chrétiens de fidélité, d’abstinence et de renouveau spirituel de la sexualité comme des grigris. Ils risquent, eux aussi, d’aggraver le problème car leur mise en oeuvre effective est douteuse, se fera de façon très lente là où sont requis des actions rapides pour vite ralentir la contamination.

      La polémique est donc, elle aussi, inappropriée. Non ces propos ne sont pas génocidaires dans le sens où il auront peu d’impact réel. Mais ils révèlent également la mauvaise prise de conscience du problème. De mon point de vue, ce discours était inutile: il est bien de remercier tous ceux qui oeuvrent contre le SIDA et accompagnent les malades; il aurait été bien de souligner l’urgence d’apporter des fonds et d’instruire plutôt que de rappeler un mode de vie et de pratique du sexe qui certes correspondent aux valeurs chrétiennes, mais non à la société contemporaine.

      Et je reste sans mots face aux deux derniers paragraphes de l’article, qui gomme tout le respect que j’avais pu avoir pour celui-ci. Ce discours catholique bascule tant dans l’extrême que je le congédie aux côtés des discours extrémistes idéologiques anticapitalistes, tiers-mondistes, fascisants et autres. De la démagogie pure et simple.

      Je ne prétends pas détenir de vérité supérieure à la vérité catholique et papale. Je reste simplement en accord avec moi-même et agis de façon cohérente avec les principes qui sont les miens. Peut-on en dire autant pour tout le monde? Une petite pique facile, démagogue et dénuée d’intérêt (tout comme les deux derniers paragraphes de l’article): ça vaut combien de dispensaires et de trithérapies l’ensemble des biens superflus de l’Eglise à travers le monde (Eglise inutilisées, dépenses inutiles, déplacements du Pape, costumes rituels) ?

    • 26 Mars 2009 à 23h01

      ABPapou dit

      Excellent tout simplement ! Continuez à écrire et à publier, on vous lira avec le plus grand des plaisirs… et sans capote !

    • 26 Mars 2009 à 21h37

      expat dit

      je ne comprends pas. Même si je les ai lu vite les commentaires (pas bcp de temps en ce moment), il me semble que Frankin D. ne prone pas ‘l’anit-capote’ ne ‘l’anti-gay’ ni l’anti quoi que ce soit. J’ai peut-être mal lu, mais j’ai l’impression qu’il prône (prêche ?) plutôt une image positive de son point de vu du Catholicisme, et de la notion de l’amour et de l’amour physique vu de son côté.
      Il ne dit pas qu’il pense que tout le monde doit adhérer à ses ‘beliefs’ il le dit lui-même.
      Je n’ai lu ni senti aucune condamnation de sa part, donc je ne comprends pas vraiment pourquoi on s’acharne contre lui ? (pourtant j’ai eu à croiser mon épée par le passé avec lui).
      J’ai trouvé son texte de Hadjaj plutôt beau.
      Il croit ce qu’il croit, je n’ai pas vu du prosélytisme dans ses propos. Chacun sa façon de vivre.
      Pas de jugements. (sauf quand on est meurtrier etc.)
      c’est ce que j’ai retenu en tout cas.

    • 26 Mars 2009 à 19h35

      Odilon dit

      Pierre, je ne peux pas approuver vos trois dernières lignes. Il y a sans doute quelques cinglés qui se réjouissent du HIV (moins depuis qu’on sait qu’il aime aussi les femmes), mais ce n’est certainement pas le case de l’église dans son ensemble. L’attitude du pape est dogmatique et non malveillante.

    • 26 Mars 2009 à 19h24

      pierre dit

      Odilon je sais bien que je suis semblable a tous les humains- j’utilisais ce terme comme pied de nez à ceux qui voudraient diviser en stigmatisant les gays, les infidèles, les apostats, les divorcés, les non-mariés, les remariés. ceux qui, dans le confort de l’incertitude nous chantent les louanges de l’universalisme du christ en passant leur temps à dire qui est mechant et pêcheur (beaucoup de monde !) et qui vit dans la vérité révélée et entretenue par Rome (les autres, s’il en existe).
      bien sûr que je suis semblable à tous les autres, même si j’aime les hommes, même si ma sexualité épouvante ceux qui ont fait voeu de renoncer à la leur pour prétendre mieux servir dieu
      et c’est parce que je suis semblable a tous les autres, dans leur diversité et leur richesse que je crois qu’il faut d’abord aider à sauver des vies, celles des femmes d’afriques meurtries par des traditions culturelles dégradante, celles des enfants qui ont le droit de naitre et grandir sans avoir peur que ce virus n’emporte leurs parents
      la vérité c’est que ce fleau n’est pas un chatiment de Dieu mais que l’église catholique a décidé a travers lui de chatier tous les hommes qui refusent d’adopter sa vision inhumaine de la sexualité

    • 26 Mars 2009 à 19h04

      Odilon dit

      Pierre, ne soyez pas trop dur envers “l’homme en blanc”. Après tout, rien ne permet de dire qu’il est hétéro, et personne ne sait à quoi il rêve pendant ses nuits agitées. Il pourrait bien être de la même, heuuu, contre-nature? que vous. Et nous sommes tous des “semblables”, l’orientation sexuelle n’a rien à y voir.

    • 26 Mars 2009 à 17h44

      pierre dit

      je suis mort de rire !!! l’eglise catholique regarde pas seulement ma vie mais bien mon être (je ne dis pas ma nature car sinon nous allons sombrer dans un débat sans fin sur l’orgine de l’homosexualité et le caractère naturel ou pas de l’attirance pour le même sexe ) comme “intrinsèquement désordonné”
      et voilà que dans ce débta je ne me soucie pas tant de moi et de mes semblables que de ceux qui devraient être les plus éloignés de moi (couple marié etc.. etc..)
      et je met mal a l’aise les thuriferaires de sa sainteté.
      Alors qui de moi – pd, seropo et utilisateur de capotes – ou de l’homme en blanc a le mieux compris le sens des mots compassion et amour du prochain ?

    • 26 Mars 2009 à 17h31

      Odilon dit

      C’est beau cette compassion chrétienne. Je suis sûr que Pierre est au bord de la conversion au catholicisme, et prêt à remplacer sa trithérapie par la foi du charbonnier.

    • 26 Mars 2009 à 17h16

      Franklin D. dit

      Le premier message ne s’adressait pas à vous, Pierre. Je ne me permettrais pas une seconde de juger ce que vous vivez.