Baisse de l’espérance de vie: haut les cœurs! | Causeur

Baisse de l’espérance de vie: haut les cœurs!

Entretien avec le géographe Laurent Chalard

Auteur

Manuel Moreau

Manuel Moreau
est journaliste et syndicaliste.

Publié le 02 mars 2016 / Société

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Pour la première fois depuis quarante-cinq ans, l'espérance de vie diminue en France. Tendance de fond ou simple accident conjoncturel? Le géographe Laurent Challard nous livre son éclairage.
esperance vie laurent challard

Sipa. Numéro de reportage : 00343938_000002.

Laurent Chalard est docteur en géographie et membre du think tank European centre for International Affairs.

Céline Revel-Dumas : Une récente étude de l’Insee annonce une baisse de l’espérance de vie en France,  pour la première fois depuis quarante-cinq ans. Face à l’inquiétude suscitée par cette information, vécue comme le symptôme d’un déclin – à la fois social et sanitaire – il convient d’essayer de la comprendre. Qu’est-ce exactement que « l’espérance de vie » et comment l’Insee la calcule-t-elle ?
Laurent Chalard : « L’espérance de vie à la naissance » est un concept statistique calculé par les démographes, qui a pour but de déterminer quelle serait la durée de vie moyenne d’une génération d’individus qui viendrait de naître dans l’année si cette génération connaissait au cours de sa vie les mêmes conditions de mortalité à chaque âge que les personnes décédées l’année écoulée. Les chiffres de l’espérance de vie à la naissance en France en 2015 que vient de publier l’Insee sont donc calculés sur les personnes décédées en 2015.

L’espérance de vie donnée à un instant « t » est-elle fiable ?
Du fait de son mode de calcul, l’espérance de vie à la naissance se présente uniquement comme une projection et ne reflète donc pas la durée de vie réelle d’une génération. En effet, tout au long du XXe siècle, la durée de vie moyenne des générations de français a été plus importante que l’espérance de vie moyenne au moment où elles sont nées, du fait des améliorations considérables des conditions sanitaires et médicales au cours de leur vie. Cela sous-entend que, sauf catastrophe géopolitique et/ou épidémiologique, les enfants nés en France en 2015 peuvent espérer vivre plus longtemps que l’espérance de vie calculée par l’Insee à cette date.

Ces données sont-elles, comme l’expliquent les démographes, « conjoncturelles » – dues aux épidémies de grippe, ou à des conditions météorologiques extrêmes  – ou peuvent-elles véritablement être révélatrices d’une dégradation durable de notre environnement (pollution) et de nos conditions de vie (stress, alimentation, sédentarité, crise économique…) ?


La démographie se caractérise par l’irrégularité des variations annuelles, les données statistiques étant rarement linéaires. Les facteurs d’évolution d’ordre conjoncturels sont nombreux et expliquent une large partie des variations annuelles des différents indicateurs démographiques constatées. Il faut donc analyser ces derniers sur la durée pour pouvoir déterminer les grandes évolutions structurelles et éviter les interprétations erronées. Par exemple, la légère baisse de l’espérance de vie constatée aux Etats-Unis en 2008 avait été largement reportée par les médias américains, qui s’en inquiétaient, alors qu’elle est repartie à la hausse les années suivantes.
Concernant l’espérance de vie à la naissance en France, deux principaux facteurs conjoncturels jouent un rôle à l’heure actuelle : l’ampleur de l’épidémie de grippe en hiver et l’existence d’un épisode caniculaire en été. Lorsque la première est peu virulente et que la seconde est inexistante, la mortalité baisse et l’espérance de vie progresse sensiblement. Cela a par exemple été le cas pour l’année 2014, où l’espérance de vie a progressé de 0,5 an pour les hommes et 0,4 an pour les femmes, soit une hausse très importante ! A contrario, lorsque l’épidémie de grippe est particulièrement virulente et que l’été a connu une période caniculaire, combinaison relativement rare, l’espérance de vie peut stagner, voire baisser, ce qui correspond à la situation constatée en 2015, qui a vu l’espérance de vie se réduire de 0,3 an pour les hommes et les femmes.
La diminution de l’espérance de vie moyenne à la naissance en France constatée en 2015 correspond donc en large partie à un facteur conjoncturel. Il est fort probable que la mortalité sera plus faible en 2016, faisant repartir l’espérance de vie à la hausse. Le seul élément d’inquiétude concerne l’espérance de vie des femmes, qui augmente beaucoup plus lentement ces dernières années, conséquence logique de la multiplication des comportements à risque chez le sexe féminin, dont le tabagisme.

Cette tendance est-elle déjà apparue dans un autre contexte ?

À l’échelle internationale, depuis la seconde guerre mondiale, les fortes baisses de l’espérance de vie sur une longue durée ont concerné des Etats en déliquescence ou en guerre et des Etats fortement touchés par l’épidémie du SIDA. Cependant, d’une certaine manière, celles-ci sont également conjoncturelles, puisque dès que l’instabilité politique prend fin ou qu’un remède médical est trouvé, l’espérance de vie repart à la hausse, retrouvant, et bien souvent dépassant, son niveau d’avant crise. Par exemple, suite à l’effondrement de l’Union soviétique, entre 1987 et 1994, l’espérance de vie en Russie a diminué de plus de 7 ans pour les hommes et de plus de 3 ans pour les femmes. Puis, entre 1994 et 2014, elle est remontée de plus de 8 ans pour les hommes et de plus de 5 ans pour les femmes. En Afrique du Sud, suite à l’épidémie de Sida, l’espérance de vie pour l’ensemble de la population était descendue à 52 ans en 2005, puis, grâce à l’introduction des médicaments anti-rétroviraux, elle a fait un bond spectaculaire à 61 ans en 2014. Jusqu’ici, la tendance structurelle sur la planète est à la hausse de l’espérance de vie.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 6 Mars 2016 à 11h59

      Hannibal-lecteur dit

      Vieillir, pour quoi faire? C’est un vieux qui le demande. Tous les vieux qui sont morts dans mon voisinage en avaient assez de la vie, soit à cause des misères physiologiques soit à cause de la solitude et/ou de la servitude. L’idée d’un bonheur à vivre vieux est aussi absurde que celle d’un paradis éternel dont la permanence donnerait vite l’envie de voir autre chose, à moins d’y être décérébré.
      Le seul espoir fondé serait le vieillir enrichissant l’esprit et conservant la faculté de marcher. À ces deux conditions, il y a encore de quoi faire, sinon, et c’est le problème que l’expansion démographique pose déjà, comment éliminer les vieux dans la douceur et la sérénité? 
      À mon avis, il est temps de se poser cette question, avant que, comme toujours, elle ne doive trouver réponse que trop tard, forcée par l’urgence .

    • 2 Mars 2016 à 21h42

      saintex dit

      Ben voilà. Une article qui peut se résumer en, circulez y’a rien à voir, et on trouve Lector et Parsi en train d’y faire les cakes !!!
      Lector, si tu n’as pas perdu mon numéro de tel et/ou si tes boîtes à e-mails sont de nouveaux en fonction, n’hésites pas à me contacter.

      • 2 Mars 2016 à 21h49

        Lector dit

        heu, c’est pas mal ça ; dis donc, si tu veux discutailler libre à toi d’appeler, enfin si tu as tjrs mon phonetel, parce que pour ma part j’ai eu d’autres choses à gérer ces derniers temps.
        Et, non, la boite sur laquelle nous avions l’habitude de ne pas nous entendre :D est restée en rade.

        • 2 Mars 2016 à 22h36

          saintex dit

          ))) c’est mal barré parce que justement j’ai perdu ton numéro. Tu penses bien que sinon je ne t’enverrais pas des pneumatiques sur Causeur, je décrocherais la ligne.
          Si tu as une boîte qui fonctionne, montre-moi laquelle en envoyant un émile sur dgourvat@free.fr

    • 2 Mars 2016 à 20h54

      Martini Henry dit

      Moi, je suis impressionné par le nombre de personnes que je connais, de ma génération (autour des 40 ans) et qui sont morts d’un cancer! Je dois en connaître un e dizaine, parmi mon entourage proche, sans compter ceux qui s’en sont tirés…
      Quand je demande à mes parents, qui ont près de 70 balais, le nombre de leurs potes qui en sont morts au même âge, en cherchant bien ils arrivent à 3 ou 4, pas plus.
      Alors, ça ne veux bien sûr rien dire sur un échantillon tellement peu représentatif mais je suis quand même persuadé que ce qu’on absorbe en pesticides et molécules chimiques de toutes sorte n’y est pas pour rien.
      Je suis certain que, quand je serai arrivé vers les 75 balais, on se rendra compte que ma génération aura vécu moins longtemps que celle de mes parents, voire de mes grands parents.
      Mes deux grands-mères sont mortes à plus de 90 ans, mon grand-père maternel à 89, mon arrière-grand-mère à 101 ans… J’ai comme un doute.

      • 2 Mars 2016 à 21h19

        Parseval dit

        Et surtout dans quel état mourra-t-on ?
        Et tout ça, nous le savons depuis pas mal de temps, ainsi en lisant Silent Spring de Rachel Carson (1962) on apprend que depuis cette époque il est connu que les biocides sont des perturbateurs endocriniens (la presse l’a redécouvert avec un récent documentaire) ; qu’ils font muter les insectes qui deviennent résistants et qu’en plus ils sont inutiles car nous sommes en surproduction agricole (c’est toujours l’argument utilisé pour nous refourguer ogm et pesticides : de meilleurs rendements) ; quant au cancer :

        The increase itself is no mere matter of subjective impressions. The monthly report of the Office of Vital Statistics for July 1959 states that malignant growths, including those of the lymphatic and blood-forming tissues, accounted for 15 per cent of the deaths in 1958 compared with only 4 per cent in 1900. Judging by the present incidence of the disease, the American Cancer Society estimates that (…) [it] will strike two out of three families. The situation with respect to children is even more deeply disturbing. A quarter century ago, cancer in children was considered a medical rarity. Today, more American school children die of cancer than from any other disease. (…) Twelve per cent of all deaths in children between the ages of one and fourteen are caused by cancer. Large numbers of malignant tumors are discovered clinically in children under the age of five, but it is an even grimmer fact that significant numbers of such growths are present at or before birth. Dr. W. C. Hueper of the National Cancer Institute, a foremost authority on environmental cancer, has suggested that congenital cancers and cancers in infants may be related to the action of cancer-producing agents to which the mother has been exposed during pregnancy and which penetrate the placenta to act on the rapidly developing fetal tissues.

        (c’est très pénible cette limitation en taille des messages !)

        • 2 Mars 2016 à 21h21

          Parseval dit

          Experiments show that the younger the animal is when it is subjected to a cancer-producing agent the more certain is the production of cancer. Dr. Francis Ray of the University of Florida has warned that ‘we may be initiating cancer in the children of today by the addition of chemicals [to food]. ..We will not know, perhaps for a generation or two, what the effects will be.’

        • 2 Mars 2016 à 21h25

          Lector dit

          Parseval, on ne peut pas non plus, vouloir comme Maryse Wolinski, mourir en bonne santé.

        • 2 Mars 2016 à 21h32

          Martini Henry dit

          Oui, j’en suis persuadé aussi. C’est assez dramatique comme constat. Sans parler de la baisse de la fertilité, du nombre de spermatozoïdes, de la multiplication des maladies auto-immunes, des maladies neuro-dégénératives type alzheimer ou maladie de Charcot (augmentation de 50% sur les 50 dernières années, bien sûr biaisée par le vieillissement de la population et la meilleure détection qui augmente les cas)…
          Bref.
          Il semble également que l’incroyable augmentation de la consommation de sucre ne soit pas pour rien dans ces dégâts considérables.

        • 2 Mars 2016 à 21h37

          Parseval dit

          Je voulais dire : intubé, ou indûment maintenu grabataire pendant des années à coup de drogues et d’acharnement.
          https://www.dropbox.com/s/nthx0avxi5sdqez/michel_tournier.pdf
          Aux dernières personnes qui lui demandaient de ses nouvelles, Henry de Monfreid répondait : « Je suis furieux. Je suis en train de mourir, et pourtant je n’ai absolument rien ! » Cette plainte du vieil homme traduisait une idée assez récente, je crois, mais qui paraît s’être imposée partout : pour mourir, il faut avoir « quelque chose ». La mort ne peut être que l’effet d’une atteinte extérieure accidentelle, imprévue, non programmée, fortuite et donc évitable. (…)

        • 2 Mars 2016 à 21h53

          Lector dit

          et n’oubliez pas les micropénis des enfants d’agriculteurs Monsanto, Martini, sommes tjrs puni par où l’on pèche.

        • 2 Mars 2016 à 21h54

          Lector dit

          oups “punis”

      • 2 Mars 2016 à 21h23

        Lector dit

        et chez de plus jeunes on ne compte plus les cancers de la thyroïde. Tchernobyl quand tu nous tue…

        • 2 Mars 2016 à 21h48

          Martini Henry dit

          nous, en Corse, grosse augmentation de ces cancers. Les cueilleurs de champignons premiers touchés.
          Dans le Gard et les Cévennes, ce sont les métaux lourds à peine enfouis dans le sol par les exploitants de mines. Après avoir tué leurs ouvriers, ils tuent maintenant les habitants qui ont le tort de vivre dans le coin.
          Amiante, pas mal aussi comme saloperie typiquement française quant aux délais de réaction…

      • 2 Mars 2016 à 21h23

        Parseval dit

        Why have we been slow to adopt this common-sense approach to the cancer problem? Probably ‘the goal of curing the victims of cancer is more exciting, more tangible, more glamorous and rewarding than prevention,’ says Dr. Hueper. Yet to prevent cancer from ever being formed is ‘definitely more humane’ and can be ‘much more effective than cancer cures’. Dr. Hueper has little patience with the wishful thinking that promises ‘a magic pill that we shall take each morning before breakfast’ as protection against cancer. Part of the public trust in such an eventual outcome results from the misconception that cancer is a single, though mysterious disease, with a single cause and, hopefully, a single cure. This of course is far from the known truth. Just as environmental cancers are induced by a wide variety of chemical and physical agents, so the malignant condition itself is manifested in many different and biologically distinct ways. The long promised ‘breakthrough’, when or if it comes, cannot be expected to be a panacea for all types of malignancy. Although the search must be continued for therapeutic measures to relieve and to cure those who have already become victims of cancer, it is a disservice to humanity to hold out the hope that the solution will come suddenly, in a single master stroke. It will come slowly, one step at a time. Meanwhile as we pour our millions into research and invest all our hopes in vast programs to find cures for established cases of cancer, we are neglecting the golden opportunity to prevent, even while we seek to cure.


        Ça date de 1962

        • 2 Mars 2016 à 21h27

          Parseval dit

          Juste avant “Why have we been…”

          Today we find our world filled with cancer-producing agents. An attack on cancer that is concentrated wholly or even largely on therapeutic measures (even assuming a ‘cure’ could be found) in Dr. Hueper’s opinion will fail because it leaves untouched the great reservoirs of carcinogenic agents which would continue to claim new victims faster than the as yet elusive ‘cure’ could allay the disease.

        • 2 Mars 2016 à 21h37

          Lector dit

          et en plus les PFC sont des GES, du coup l’OMS se demande si le FMI ne devrait pas entrer dans la R&D.

    • 2 Mars 2016 à 18h22

      Habemousse dit

      L’espérance de vie, la belle affaire pour quoi faire ! Des savants, plus optimistes et plus confiants que la moyenne, ont, semble t-il découvert le secret le l’immortalité, jusque là tapi dans un coin de leur super microscope à balayage inversé ( du Coran ) : c’était à « La bibliothèque Médicis » où officie le grand Prêtre Elkabbach ; le chercheur invité, tout à sa joie, n’a pas eu le temps d’expliquer comment il allait donner congé au sida, au cancer, aux virus mortels qui prennent l’avion et le bateau pour essayer leur venin sur toutes les espèces rencontrées, comment il allait empêcher les avions de se crasher, les assassins de décapiter et le rhume de faire vendre la pastille Valda.

      Même les séismes, les tsunamis et autres éruptions venues et à venir n’ont pas entamé sa foi ni ressuscité une humilité défunte.

      Qu’il regarde bien à droite et à gauche avant de traverser, il pourrait mourir renversé sur le capot du progrès. 

      • 2 Mars 2016 à 21h29

        Lector dit

        quoi?! la globalisation équivaudrait à une libre circulation des virus ! Chut ! Faut pas le dire, ElKaboche risquerait d’en faire une maladie.

        • 3 Mars 2016 à 9h28

          Habemousse dit

          Envoyons leur une réponse à la hauteur du danger qu’ils représentent : pour montrer un front uni, coupons la mèche et globalisons les globules dans un G.G. I.( Globule Globalisé International ) qui sauvera le genre humain du V.G.M. ( Virus Globalisé Mélenchonifère ) ; j’vais chercher ma serpe et mon marteau, histoire de m’en faire quelques uns.

    • 2 Mars 2016 à 17h18

      ebolavir dit

      J’ai dépassé largement mon espérance de vie à la naissance. Mes parents, pour qui nous avons des données définitives, avaient fait beaucoup mieux que moi aujourd’hui. Et pourtant je suis inquiet. Tout le monde n’est pas Claude Levi-Strauss qui a gardé son énergie physique et mentale jusqu’à présider ses obsèques nationales en 2008. J’ai accompagné assez de gens devenus séniles pour souhaiter que le progrès s’arrête.