Eric Woerth, protecteur ou bouclier ?

Une histoire de grande infortune

Publié le 06 juillet 2010 à 13:00 dans Politique

Mots-clés : ,

Eric Woerth

Eric Woerth.

Les révélations d’un « pool » de banquiers suisses sur la présence très fréquente et récurrente de Mme Woerth à Genève dans le cadre de ses activités de gestion de fortune de Mme Bettencourt sont très embarrassantes. Très très embarrassantes. Eric Woerth, ministre du Budget ne pouvait pas ignorer que la cliente unique de sa femme avait au minimum des activités suspectes en Suisse et vraisemblablement des comptes non déclarés au fisc français.

Seulement, on ne voit pas pourquoi Eric Woerth aurait dû demander à ses services fiscaux de déclencher une enquête approfondie sur la situation fiscale de Mme Bettencourt : à quoi cela aurait-il servi dès lors que celle-ci était protégée par le bouclier fiscal mis en place par Eric Woerth lui-même ? Imaginons par hypothèse que les enquêteurs du fisc aient découvert les 75 millions d’euros dissimulés en Suisse, que ce serait-il passé ? Eh bien, ils auraient demandé à Mme Bettencourt (c’est-à-dire à ceux qui géraient sa fortune) de les notifier dans une déclaration de revenus modificative, les auraient imposés à hauteur de 40 % (tranche marginale de l’IR), et y auraient ajouté une amende de 20% : au total, Liliane Bettencourt aurait payé environ 45 millions d’euros supplémentaires d’impôt sur le revenu. En tout cas en théorie.

En effet, madame Bettencourt était protégée par le bouclier fiscal dont elle avait atteint le seuil (50 % de ses revenus versés au fisc). Aussi l’administration fiscale lui aurait-elle illico remboursé ces 45 millions qui se seraient ajoutés au chèque de 30 millions que le fisc lui avait fait parvenir. Eric Woerth ne pouvait l’ignorer : à quoi bon, pouvait-il se dire, enquêter sur ces pratiques fiscales douteuses puisque le bouclier fiscal les protège ?

La faute « ontologique » d’Eric Woerth, pour employer un mot à la mode, n’est pas d’avoir été le protecteur fiscal de Liliane Bettencourt, mais son bouclier. Cette faute n’est pas morale ni judiciaire, elle est politique. La condamnation populaire qui frappe actuellement le ministre n’est pas celle d’un homme mais d’un système. On ne peut pourtant pas le qualifier de bouc-émissaire, car il était l’agent lucide et volontaire de cette politique et de ce système qui plaçait et continue de placer les intérêts particuliers d’une oligarchie financière avant les intérêts de l’Etat et de la Nation.

Eric Woerth paiera le prix de cette faute politique majeure. Nicolas Sarkozy aussi.

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

192

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous :

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?

Pas encore abonné ? Pour commenter cet article :

  • 12 July 2010 à 0h48

    Emilie Martin dit

    Le problème n’est pas l’imposition justifiée ou non de Mme Bettencourt mais celui du financement de la campagne présidentielle de Sarkozy qui semble avoir reçu personnellement ou par l’intermédiaire de son grenouilleur de ministre du budget et trésorier de l’Ump, des sommes allant au-delà des 7500 euros annuels par donateur privé, prévus par la loi sur le financement des partis.

    Parce que si Sarkozy a bénéficié de fonds illégaux pour se faire élire, alors il faut annuler l’élection et le destituer. C’est tout le fond du problème et c’est pour cela que tout le monde, médias, juge, ministres et autres chiens de garde essaie de détourner l’attention sur la réforme des retraites, la crédibilité des témoignages du personnel licencié par Bettencourt, les fonds cachés de la milliardaire, le “fascisme” de Mediapart.

    Le fond de l’affaire, c’est uniquement le financement de l’UMP et de la campagne de Sarkozy, tout le reste n’est qu’écran de fumée pour faire oublier que nous sommes dans une monarchie républicaine et que les français sont des gueux aux yeux de ceux qui ont tous les pouvoirs..

  • 9 July 2010 à 14h34

    marcel kébir dit

    Ce qui me gêne avec le harcèlement d’EW, etc.. c’est qu’il est fortement nourri par un site du type de Mediapart lui-même animé par un certain Plenel . Comme chacun sait, celui-ci est un ancien sympathisant de Pol Pot. Et dans ce cas, il ne devrait pas y avoir prescription car après tout il n’a pas eu prescription pour des sympathisants de Hitler ou Staline dont les idées sont encore plus anciennes que celles de Pol Pot.
    Pourquoi n’appliquerait-on pas une opprobre sur des faits anciens dans certains cas si on le fait à juste titre sur d’autres?
    Sans doute encore une marque de la fameuse exception française!!
    L’objectif en tout cas en passe d’être atteint est bel et bien destructeur: pour quoi ou qui mettre à la place? Du passé faire table rase a toujours été une option dangereuse de même que la politique du pire ou le fait de courir le risque de jeter le bébé avec l’eau du bain.
    Cela dit on peut se dire aussi que Nicolas Sarkozy a été un idéaliste en pensant qu’il pourrait facilement résoudre des problèmes nés de bombes à retardement indépendantes de sa volonté et qui auraient dû être corrigées il y a belle lurette: retraite à 60 ans, ouverture des frontières en 1981, etc.
    Avant toute action il faut établir le bon diagnostic pour désamorcer ce que, un jour ou l’autre on paye. Giscard préservé par le septennat, a bien accordé le droit de vote à ceux là mêmes qui par manque total d’expérience l’ont désavoué en grande majorité: les 18-21 ans. Il s’est sabordé! (à suivre)

  • 8 July 2010 à 11h25

    Kacyj dit

    Poursuivez l’histoire Gilbert. Vous oubliez de nous dire que les recettes fiscales se sont fortement accrues lors des années qui suivent la réforme (initiée par Kennedy avant son assassinat), et ce à un rythme beaucoup plus important, 2% par an durant les 4 années qui précèdent la réduction de l’IR et 8% par an durant les 4 années qui suivent.

    De même, lorsque Reagan reprend la recette dans les années 80, sans oublier que tout en baissant les taux de l’IR, il supprime bon nombre de niches fiscales, ce qui fait que les plus hauts revenus contribuent davantage aux recettes fiscales.

  • 7 July 2010 à 21h27

    Aude Formes dit

    Merci fatback pour les stats, alors que la même intervenante a passé des semaines à se moquer d’un autre qui envoyait des stats. Mais pas dans le même sens. Merci fbtack de me donner à lire ce que j’ai envie de lire, honte à an.gu.s pour les mêmes raisons.

  • 7 July 2010 à 20h40

    expat dit

    @ Gilbert : revoyez votre copie – le New Deal a été une cata pour l’économie des USA. Il ya bcp de stats (merci Fatback) publiées ici ainsi qu’ailleurs. Allez jeter un coup d’oeil.

  • 7 July 2010 à 20h30

    expat dit

    @fatback dit :
    6 juillet 2010 à 23:31
    Saul,
    Une bonne info indépendante ça se paye…
    .
    NB: il me semble que le Monde et le Figaro sont financés en bonne partie par l’état… ceci explique cela ;)
    Plutôt le Monde, pas le Fig. Le Fig va très bien on it’s own.

  • 7 July 2010 à 17h59

    Gilbert Duroux dit

    Remember : en 1941 Roosevelt a porté le taux marginal de l’impôt sur le revenu à 91 %. C’était la guerre, d’accord, mais ce taux est resté en application jusqu’en 1964. Sans vraiment poser de problème à l’économie américaine.

  • 7 July 2010 à 16h48

    expat dit

    @ souris : non non pas de class action. Là vous avez des avocats qui rassemblent des centaines voire des millions de personnes pour porter plainte ensemble. Les victimes finissent toujours avec très peu, les avocats avec beaucoup beaucoup. C’est très pervers comme système. Et les avocats mettent une pression très forte aux gens pour appartenir au “class action” au lieu de faire une procédure seule, où ils peuvent gagner bien plus d’argent.
    Sinon la justice en France : ma société a eu plusieurs procès avec des anciens clients – et des gros, Si je vous donnais des noms vous verrez que ce n’était pas très rigolo.
    J’étais toujours dans mon bon droit, et j’ai toujours gagné. Parfois bcp.
    J’ai assez confiance dans la justice Française maintenant. Les magistrats (Tribunal de Commerce) ne se laissait pas faire face à des GROS logos.

  • 7 July 2010 à 16h25

    Souris donc dit

    Tout le monde, Gilbert, tout le monde, préfère la justice à la charité, et même n’avoir à faire ni à l’une ni à l’autre. Tout dépend de ce que l’on entend par “justice” : équité oui, nivellement par le bas, non. Egalité des chances oui, quotas non. Si c’est à chacun selon ses besoins, c’est très peu de choses en réalité. A chacun selon ses mérites, on n’a pas fini de gloser.

    Les class action et les actions individuelles, à partir du moment où le racolage est autoriser ( = démarcher la victime).
    A ce soir !

  • 7 July 2010 à 16h05

    Kacyj dit

    Vous n’êtes pas très cohérent avec vous même père Gilbert et vous n’avez rien compris. C’est Liliane qui joue la dame patronnesse.

  • 7 July 2010 à 16h01

    expat dit

    @ Souris : vous parlez des procès “class action” qui sont le pire de l’espèce. Ca fait un moment qu’un certain mouvement essaie de les abolir (notamment pour les médecins) qui ont vu leurs assurance explosaient – et qui sont donc devenus très chers et dans certains cas ils refusent des clients à cause des risques (des avocats notamment).

  • 7 July 2010 à 15h57

    Gilbert Duroux dit

    @ Kacyl,

    On n’est plus au temps des dames patronnesses. Mêmes restaurants du cœur et la Fondation de l’abbé Pierre, qui ne sont pas de l’initiative des grosses fortunes, n’empêchent pas la misère. Toutes ces bondieuseries, c’est un cautère sur une jambe de bois. Je préfère la justice à la charité.