Eric Woerth, en un combat douteux…
Le cocu d’une sale histoire
Publié le 29 juin 2010 à 12:22 dans Politique
Mots-clés : Eric Woerth, Liliane Bettencourt

Eric Woerth.
Comment Eric Woerth a-t-il pu ignorer que ses deux casquettes et les activités de sa femme allaient éveiller les soupçons et l’affect jubilatoire du peuple ? Il risque en tout cas de payer pour toutes les catastrophes arrivant au pouvoir sarkozyste.
Le grand philosophe américain Thomas Sowell1, dans son dernier ouvrage Intellectuals and Society établit une distinction entre l’intelligence et l’intellect. Il définit l’intellect comme une intelligence dépourvue de la capacité de jugement, alors que la sagesse résulte de la combinaison de l’intellect, du savoir, de l’expérience et du jugement permettant d’aboutir à une compréhension cohérente du réel.
Aveuglement incompréhensible
Le ministre du Travail, ancien ministre du Budget, Eric Woerth a été doté par la nature d’un brillant intellect, grâce auquel il a pu gravir avec aisance l’échelle menant aux plus hautes positions de l’administration, puis de la vie politique française. Il s’avère aujourd’hui, avec ce que l’on désigne maintenant sous le nom “d’affaire Bettencourt-Woerth”, que sa capacité de jugement a été singulièrement réduite par un incompréhensible aveuglement. Comment n’a-t-il pas pu prévoir que sa double-casquette de ministre du budget et de trésorier de l’UMP pouvait engendrer quelques soupçons sur une éventuelle mansuétude fiscale dont pourraient bénéficier les gros donateurs de l’UMP qu’il était chargé de cajoler ? Comment n’a-t-il pu subodorer que l’embauche de son épouse Florence par la société Clymène, gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, concomitante avec son arrivée à Bercy, n’était pas uniquement liée aux qualités d’analyste financière de la compagne de son existence ?
À sa décharge, on peut remarquer que personne, à l’époque n’avait, ni dans la presse, ni dans le monde politique, tiré suffisamment fort la sonnette d’alarme, pour qu’il prenne conscience des dangers de conflits d’intérêts recelés par cette situation scabreuse.
De plus, venu à la politique dans le sillage d’Alain Juppé, il bénéficiait jusque là dans le public d’une réputation d’homme austère et rigoureux, “droit dans ses bottes”, ferme dans ses convictions mais ouvert au dialogue avec les partenaires sociaux. Bon époux, bon père de famille, il s’était forgé une image fort éloignée du bling-bling altoséquanais de certains de ses amis politiques. On le voyait régulièrement dans les montagnes où je réside, où il venait dépenser son trop-plein d’énergie dans des ascensions avec piolet et crampons dans le massif du Mont-Blanc.
La France qui jubile quand les riches se dévorent entre eux
Tout cela aurait pu passer sans encombres, et il aurait pu poursuivre son ascension politique – pourquoi pas Matignon ? – en gérant au plus fin la réforme des retraites, s’il n’était devenu la victime collatérale des déchirements de la famille Bettencourt, un feuilleton qui tient en haleine cette France qui jubile quand les riches se dévorent entre eux. Les acteurs sont bons : le gigolo platonique et cupide parade dans Saint-Germain des Prés après avoir ponctionné sérieusement l’argent de la vieille. Les avocats de haut vol, Kiejman, Metzner et compagnie mettent en scène leurs duels oratoires et leurs altercations bidonnées avec d’autant plus de zèle que le compteur du tarif horaire ophtalmocéphalique tourne à plein. Les valets sont hégéliens, et ne se privent pas d’écouter aux portes pour se servir des confidences volées en les transmettant aux “grands investigateurs” des médias traditionnels et des francs-tireurs du web.
Une muraille de Chine entre mari et femme ?
Dans l’histoire, il ne manquait qu’un cocu – métaphorique, bien sûr – et c’est Eric Woerth qui s’est retrouvé dans ce rôle dont il cherche maintenant pathétiquement à se débarrasser, mais qui lui colle à la peau comme la tunique de Nessus.
Il est d’abord victime d’une pseudo-modernité qui voudrait, selon son expression “élever une muraille de Chine” entre les activités professionnelles du mari et de la femme au sein d’un couple uni pour le meilleur et pour le pire. Le tragique de la condition humaine veut qu’il ne soit donné qu’aux êtres d’exception la force d’âme de résister à la tentation d’aider son conjoint ou ses enfants à profiter des avantages conférés par d’éminentes fonctions. Le Français ordinaire, qui ne manque pas une occasion de pratiquer le népotisme à la petite semaine dès qu’il en a l’opportunité, pousse les hauts cris dès que les puissants semblent se conduire de la sorte. En la matière, le soupçon vaut preuve, et les maladresses – légion d’honneur remise à l’intendant interlope de Mme Bettencourt, dîner avec Robert Peugeot – se transforment en indices accablants de forfaiture. L’intrication de l’argent et de la politique n’est ni nouvelle, ni l’apanage de la seule droite : Roland Dumas n’a jamais été, à ma connaissance, membre de l’UMP ou de ses avatars antérieurs.
Woerth va-t-il payer pour tous les autres ?
Evoquant l’affaire Bérégovoy et la fameuse formule mitterrandienne de “l’honneur d’un homme jeté aux chiens”, les défenseurs de Woerth tentent de mobiliser, contre l’affect jubilatoire du peuple regardant un puissant se noyer, les ressorts de la compassion. Il n’est pas sûr du tout que ça marche : Bérégovoy était une figure tragique de fidèle compagnon délaissé par Mitterrand, qui l’avait mis dans les pattes du redoutable faisan Patrice Pelat pour l’aider à résoudre ses problèmes de logement. Eric Woerth ne peut pas se transformer comme par baguette magique en une victime du destin, alors qu’il s’est efforcé, avec succès, d’apparaître comme un homme capable de contrôler avec une parfaite maitrise les situations les plus délicates. De toute façon, il faudra que bien que quelqu’un paie l’addition de la série de catastrophes qui atteignent directement le pouvoir en ce début d’été : la Berezina des Bleus, les cigares du pharaon Blanc, les petits arrangements avec le POS de Grimaud d’Alain Joyandet.
Eric Woerth semble le mieux placé pour faire les frais de cette conjoncture épouvantable. C’est peut-être injuste, car l’homme ne semble pas s’être enrichi personnellement dans cet imbroglio politique et familial.
Mais il lui eût été facile de se mettre à l’abri de tout soupçon. Madame aurait peut-être fait la tête pendant quelques jours, et l’UMP aurait dû se trouver une pompe à finances moins efficace. Il pourra, si le proche avenir lui réserve quelques loisirs, se consoler en relisant Nietzsche qui prétend que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Et méditer sur les œuvres complètes de Thomas Sowell, dont je lui conseille fortement la lecture, en supposant qu’il maitrise suffisamment la langue de Shakespeare, ce qui doit être le cas, car Woerth n’est pas la moitié d’une andouille, question intellect…
- Thomas Sowell est un économiste de l’Ecole de Chicago de Milton Friedman qui a élargi sa réflexion à la théorie politique et à la philosophie de l’éducation. Il est considéré, dans le monde anglo-saxon, comme l’un des plus grands philosophes vivants. Aucun de ses nombreux ouvrages n’a été traduit en français. Il cumule les handicaps d’être conservateur et afro-américain non idolâtre de Barack Obama. Ceci explique peut-être cela. ↩
-
L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
-
Plus










La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
192Nos offres
1 an : 55 € ............................................ >
1 an : 34,90 € ....................................... >
Marie dit
@Buld..
“Florence a été embauchée par Liliane à la demande expresse d’Eric !”
Vous emblez si proche de cette histoire ( vous utlisez leurs prénoms) qu’on attande avec impatience des Preuves!
zaz1234 dit
Cet article aurait pu être impartial, mais hélas son auteur est victime d’une pseudo-modernité qui consiste à rapporter des informations incomplètes et hors contexte (Mme Woerth gestionnaire de la fortune de Mme Bettencourt) pour ajouter le soupçon du journaliste sérieux à celui des journaleux ordinaires. Il n’a pas pu résister à la tentation de profiter de l’avantage conféré par sa position pour se poser en juge et déclarer qu’en la matière, le soupçon vaut preuve et même d’évoquer des indices accablants de forfaiture. Le comble était pour la fin : faire croire à une réflexion impartiale en citant la cas Roland Dumas, parallèle flatteur…, et en se réfugiant derrière l’analyse de Thomas Sowell dans Intellectuals and Society, dont l’analyse s’appliquerait à l’évidence au cas Woerth. Ivresse des mots, quand tu nous tiens !
Budelberger dit
“Comment n’a-t-il pu subodorer que l’embauche de son épouse Florence par la société Clymène, gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, concomitante avec son arrivée à Bercy, n’était pas uniquement liée aux qualités d’analyste financière de la compagne de son existence ?” Vous rigolez ou quoi ? Florence a été embauchée par Liliane à la demande expresse d’Eric !
candide888 dit
Ah,surprise ..dois -je dire merci à celui qui m’a restitué mon identité ?
Je m’en aperçois en me relisant ..
L’anonyme ,le sans grade °~°
candide888 dit
Pourquoi douter ?
Perso ,je le soutiens et je trouve logique que son épouse ,sans avoir l’intention de lui cacher quoi que ce soit ,ne le perturbe pas avec les histoires d’argent de la famille Bettancourt!
Quand Huchon nous dit “je ne savais pas que ma femme travaillait dans telle entreprise ..Eh bien ,oui je le crois aussi!
Quand cet élu UMP sénateur/maire surpris en train de recevoir des indemnités assédic à l’insu de son plein gré-4000 euros mensuel ..excusez du peu!- et qu’il a répondu,pour sa défense :”j’étais tellement occupé par les problémes de mes concitoyens que j’en ai délaissé mes affaires personnelles …là ,encore, oui je l’ai cru!
Quand MSR (marie-ségoléne-royal)nous dit :”j’ai sauvé Heuliez …bon là ,j’ai un doute !
Finalement je crois plus facilement un homme , va savoir pourquoi ,oui pourquoi ?
Les hommes ne savent pas mentir,non?
JLB78 dit
Une interprétation de cette affaire assez particulière, vous semblez réécrire les faits pour présenter E Woerth comme une victime expiatoire de la vindicte populaire.
Seulement au fil des rebondissements, son attitude est revue et de nouvelles questions se posent de manière légitime. La concomittance de certains faits est gênante pour les Woerth.
Les autres affaires de ses collègues – toutes aussi scandaleuses – restent dans “acceptables” contrairement à celle de Woerth en raison d’une défense pitoyable et une communication calamiteuse.
D’autant qu’à chaque justification, E Woerth était contredit rendant sa position de plus en plus difficile.
expat dit
@ Yul : oh yes – j’ai vécu le même types d’histoires avec des syndicats. Le problème est que ce n’est pas parce que ce sont des syndiqués que ce sont des gens intelligents, loin de là.
Yul dit
@ souris
tiens, je me rappelle une autre anecdote impliquant mon ami et les syndicats. Donc, mon ami essaye d’implanter une petite crèche dans l’agence. Le personnel féminin , interrogé individuellement, est ravi de cette initiative. Mais c’était sans compter le syndicat SUD. Les syndicalistes de SUD se sont opposés avec virulence à l’installation de la crèche, au prétexte que “c’était un cadeau du patronat afin d’acheter les salariés”. Il a fallu 10 ans pour que la crèche se fasse.
Les syndicats sont racistes à leur manière et prospèrent sur le pourrissement des situations.
Yul dit
@souris
“au service de l’Etat” est une formule que j’ai toujours trouvé choquante, car elle donne l’impression d’un système qui a sa propre perpétuation pour objet.”
Je crois que ce n’est pas qu’une impression…
“mais la fonction publique garde ses incompétents et ses malfaisants, c’est là son drame. Et quand vous entreprenez d’en virer un, il est toujours défendu par les syndicats et c’est vous qui partez quand vous en avez marre d’être pris à partie.”
Quand les malfaisants et les syndicalistes ne sont pas les mêmes personnes…
Parfois, c’est pareil dans le privé. Il y a quelques années, un ami bossait aux ressources humaines d’une banque. L’agence avait constamment des problèmes de bande passante. Un jour, par hasard, il découvre sur un ordinateur des gigas et des gigas de films de cul. Mais alors, dans des proportions épiques. Il ne lui faut pas longtemps pour découvrir le branleur (aux deux sens du terme, je n’ai pas résisté). Quand il a essayé de le virer, les syndicats lui sont tombés dessus et ont organisé une grève. En revanche, quand il lui a fallu sur ordre de la direction virer un pauvre type que sa femme avait quitté, qui avait ses gosses à charge, une hypothèque sur sa maison et qui en plus avait une longue maladie (la totale), les syndicats n’ont pas levé le petit doigt. Bon, mon ami lui a fait un licenciement généreux avec de grosses indemnités. Mais.
Black Jack dit
Les jeux du cirque ont encore de beaux jours. Pendant que l on nous enfume avec l héritage de Mme Chose et les cigares de Mons Machin : on me fait travailler jusqu’a 65ans et on met en place des restrictions budgétaires et des augmentations d impôts. Le PS toujours aussi stratégique participe, tout heureux de faire parler de lui, a cette mascarade, faut dire qu il a rien a opposer sur le rattrape des déficits et a part maintenir le de départ a la retraite 60 ans, on ne voit pas tres bien comment il pense assurer la pérennité du système. Quant aux media pour lesquels les dossiers retraites et déficits sont classés techniques , comprenez par la qu ils n y comprennent rien, et ils sont aussi heureux de pouvoir continuer a vendre du papier
avec des sujets comme cela.
Souris donc dit
@ Yul
“au service de l’Etat” est une formule que j’ai toujours trouvé choquante, car elle donne l’impression d’un système qui a sa propre perpétuation pour objet.
J’ai travaillé dans les 2 systèmes, privé et public, la typologie humaine est la même partout, mais la fonction publique garde ses incompétents et ses malfaisants, c’est là son drame. Et quand vous entreprenez d’en virer un, il est toujours défendu par les syndicats et c’est vous qui partez quand vous en avez marre d’être pris à partie.
schaffausen dit
@Saul
Je maintiens ma position. Tout agent exerçant une mission de service public – et cette notion est extensive si l’on s’en tient à la jurisprudence du Conseil d’Etat – est un agent public. Il a nécessairement un contrat de droit public qui est nécessairement à durée déterminée. Les seuls contractuels de droit privé que l’on peut rencontrer dans une collectivité sont ceux qui n’ont aucun rapport avec le focntionnement du service public, et c’est assez rare.