Erdogan: le rendez-vous manqué d’Izonogoud avec Ali | Causeur

Erdogan: le rendez-vous manqué d’Izonogoud avec Ali

Le vizir mégalo n’a pu devenir Calife

Auteur

Pierre Brunet

Pierre Brunet
est écrivain.

Publié le 13 juin 2016 / Monde

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Aux funérailles de Mohamed Ali, le président turc Erdogan a voulu faire le spectacle et tirer la couverture de La Mecque sur lui. Raté.
erdogan mohamed ali

Erdogan aux funérailles de Mohamed Ali. Sipa. Numéro de reportage : AP21907680_000001.

Les obsèques de Mohamed Ali auront été l’occasion de rendre hommage à ce boxeur génial et personnage quasi-historique, mais aussi de révéler au monde la véritable identité du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier s’était invité aux funérailles de celui qu’il devait percevoir comme un dynamiteur de l’empire impérialiste-mécréant américain.

Un show évité

Dans l’un de ses accès de mégalomanie provocatrice et arrogante, il voulait, sur la terre américaine, faire un show de prédicateur appelé à commander les croyants, les vrais. Il ne s’est jamais agi pour Erdogan de s’incliner sincèrement sur la dépouille d’un homme qu’il aurait respecté. Erdogan ne respecte pas grand-monde, c’est un euphémisme. Et la seule chose qui peut véritablement parler à celui-ci dans la personnalité et le parcours inclassable, génial, et parfois poétique, d’Ali, est sa déclaration cultissime : « Je suis le plus grand, j’ai choqué le monde », après sa victoire contre Sonny Liston le 25 février 1964. Erdogan aussi est persuadé d’être le plus grand, et s’applique à choquer le monde. La comparaison, et la complicité, entre les deux hommes, s’arrête là.

Les actes que Recep Tayyip Erdogan voulait accomplir, offrir un morceau de la Kiswa (étoffe noire brodée de versets coraniques recouvrant la Kaaba de La Mecque) et le poser sur le cercueil de Mohamed Ali, prendre la parole et lire des versets du Coran à la cérémonie, relevaient du pouvoir symbolique attribué du Calife d’une nouvelle Sublime porte qu’il rêve de ressusciter. En étant moins charitable, on pourrait y voir un petit vizir mauvais comme un roquet qui voudrait être calife à la place du calife…

Peur de croiser Gülen

Mais puisqu’on lui a refusé la possibilité d’accomplir ces actes symboliques, le service de sécurité du président turc, aussi arrogant que lui, s’accroche avec les hommes du Secret Service américain chargés d’assurer la sécurité des personnalités, et le vrai visage d’Erdogan apparaît soudain, au détour de sa bouderie capricieuse et méchante qui le fait décider de reprendre l’avion et rentrer chez lui « puisque c’est comme ça… » : c’est celui d’Iznogoud, le personnage de bande dessinée inventé par Goscinny et Tabary, que ceux qui sont nés avant Internet connaissent tous, le petit vizir aussi vicieux que teigneux qui passe son temps à ourdir des complots pour devenir Calife à la place du Calife… et à piquer des crises de nerfs à chaque fois qu’il échoue.

Iznogoud aura donc raté sa rencontre posthume avec Mohamed Ali. Tant mieux pour la mémoire de ce dernier, qui était un hâbleur, un bluffeur, un poète, un comédien et un boxeur génial. Il se dit aussi que la présence aux obsèques de Fethullah Gülen, le chef de la confrérie clandestine éponyme d’inspiration soufie, autrefois alliée et maintenant ennemie jurée d’Erdogan, annoncé parmi les invités, aurait participé de la décision du président turc de prendre la sortie. Gülen n’est finalement pas venu, avançant des raisons de santé. Mais quand même : Iznogoud aurait-il eu peur du face à face avec le calife de l’ombre ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 14 Juin 2016 à 0h02

      dov kravi דוב קרבי dit

      Au-delà des prestations narcissiques à lui refusées, Erogan est surtout enfiévré par ce qui se passe chez les Kurdes d’Irak et Syrie.
      L’unité territoriale kurde est en train de se constituer, grâce à un accord avec Poutine ET le Pentagone (contre l’avis d’Obama), empêchant Erdogan et sa famille de continuer ses énormes trafics avec les raclures criminelles de Daesh.
      On dit même qu’il y aurait quelques forces spéciales françaises dans la région, mais chut, il ne faut pas le dire, ça choquerait quelques pacifistes de ce site ou d’ailleurs (car la guerre, c’est très méchant, surtout quand on la fait contre les nouveaux damnés-de-la-terre).
      Quoiqu’il en soit, les Kurdes de Turquie vont évidemment en profiter pour réclamer leur autonomie, le pire cauchemar du sultan.
      Bien fait, ça lui apprendra à jouer un double jeu mortifère avec les raclures de lEI.

      • 14 Juin 2016 à 16h07

        netrick dit

        Effectivement ! Rt les Kurdes (descendants des antiques Mèdes, cousins des Perses)
        ont compris (enfin) que le meilleur truc c’est de faire de la surenchère entre
        Poutine ( qui hait Erdogan ) et les Américains ( qui devraient en théorie soutenir
        la Turquie, membre de l’OTAN, mais qui ne veulent plus supporter Erdogan, surtout
        avec leur grande diaspora Arménienne ). Un grand Kurdistan démocratique et indépendant, militairement solide, serait le meilleur double pare-feu contre les
        prétentions de la Turquie et de l’Iran.

        • 14 Juin 2016 à 18h44

          durru dit

          Eh, ben, c’est là que ça se complique… Vous faites quoi des Kurdes d’Iran? Toujours de la surenchère entre Poutine et les Américains? Pas certain que ça marche…

        • 15 Juin 2016 à 4h10

          dov kravi דוב קרבי dit

          Les Kurdes d’Iran ne pourront rien revendiquer tant que les mollahs cinglés seront au pouvoir.
          Mais si une région autonome kurde, voire un Kurdistan indépendant — ce qui serait la meilleure hypothèse, d’abord pour les Kurdes qui le méritent bien, ensuite pour cette malheureuse région qui en a bien besoin — voit le jour à moyenne échéance, les Kurdes iraniens seront renforcés. Ce qui est le pire cauchemar des mollahs.
          I can’t wait… 

    • 13 Juin 2016 à 14h51

      thierryV dit

      Chaque ex-empire a ses poussées de retour de puissance. Il est a remarquer que le jeu turc est toujours plus ou moins le même .Culturellement cela peut se comprendre mais doit être pris en compte par les nations judeo-chretiennes occidentales. Sous peine de fâcheuses déconvenues.

    • 13 Juin 2016 à 14h18

      H.M. dit

      “la couverture de La Mecque”…pfffff…Gratuit.
      Ne vous mettez pas dans la logique de ceux que vous voulez dénoncer et critiquer!

      • 14 Juin 2016 à 7h51

        Archebert Plochon dit

        Tous les coups sont permis contre ces clowns, et le ridicule en premier lieu… C’est qu’ils sont fiers, voyez-vous.

    • 13 Juin 2016 à 13h37

      philgold dit

      Panpan cucu Erdogan.