Déjà auteur de Racaille football club, Daniel Riolo vient de co-publier avec Pierre Ménès L’explication. Clash football (Hugo Sport).

Nicolas Routier : Quatre ans après le vaudeville de Knysna, l’équipe de France semble retrouver un bel état d’esprit collectif. N’est-ce qu’un coup de com’ ou le fruit d’un vrai travail de fond ?

Daniel Riolo : Une page est tournée. L’équipe est fraiche, assainie. Les mauvais garçons ne sont plus là. Peut-être que dans le groupe actuel, certains auraient suivi le mouvement à Knysna mais les quatre ou cinq leaders négatifs du groupe de 2010, qui agissaient par suggestion collective, n’en sont plus. L’absence de Ribéry a responsabilisé les autres, isolé Benzema, qui est un garçon charmant lorsqu’il est seul mais qui a de mauvais réflexes en groupe. Aujourd’hui, les nouveaux « boss » du groupe sont des joueurs positifs qui apportent beaucoup dans la cohésion générale. C’est pour ça que Deschamps appelle Landreau,  qui n’a rien à faire là mais qui est une sorte de « surveillant de l’école », le « Mary Poppins » du groupe comme j’aime dire. Se dégage de cette équipe un vrai élan positif insufflé par Deschamps alors que son prédécesseur, Laurent Blanc, avait plus axé son travail sur le talent brut en s’appuyant sur les Menez, Ben Arfa etc.

On ne reverra donc plus ces trouble-fête ?

Non, c ‘est certain. Les Menez, Ben Arfa, Nasri pourrissent un groupe. Ces garçons  avaient un talent dingue, ils n’en ont rien fait, tant pis pour eux… Anelka est une autre illustration de cette mentalité ; il n’a laissé aucune trace nul part tant il est individualiste, c’est la racaille ultime. Le foot ne produit plus de tels profils, et c’est heureux.

L’état d’esprit de ce sport miné par l’argent-roi a-t-il vraiment changé ?

Il y a une volonté de se réapproprier le maillot, c’est quelque part le peuple qui remet la main sur le foot. Une chose me frappe : l’importance qu’ont prit les hymnes dans le football. Du temps de Platini – qui ne chantait pas La Marseillaise – personne ne lui en faisait la remarque, mais cela est devenu un véritable enjeu. Les Grecs, qui ont lâché leurs primes en signe de solidarité envers leur peuple, peuvent en témoigner. Dans les années 80, on n’avait pas d’attente autour de l’hymne, de l’identité mais trente ans plus tard, les attentes du peuple ont changé. Le problème identitaire est devenu important.

D’ailleurs, la présence de joueurs nés en France dans l’équipe d’Algérie,ne participe-t-elle pas au péril de l’identité nationale ?

Je pense qu’ils n’auraient pas joué pour l’Algérie si la France s’était intéressé à eux, tout simplement. Certains ont joué dans les sélections de jeunes en France, c’est un problème évident mais la FIFA l’a autorisé, que voulez-vous…

Dans nos centres de formation, on a quand même l’impression que les choses ont plutôt changé dans le bon sens…

Depuis deux ans, la fédération a mis en place des programmes pour mesurer l’attachement au maillot, aux clubs, à la région. Car les instances fédérales ont compris que les marseillais voulaient des Marseillais dans l’équipe, que les Lillois souhaitaient recruter dans le Nord, etc. Le public a une vraie attente locale : il compte voir les gens du cru. Reste à savoir comment on mesure cet attachement, mais les responsables fédéraux font très attention aux mentalités,.  D’ailleurs, les médias n’ont eu de cesse de mettre en avant le bon comportement des Bleus pendant leur préparation, avant même d’évoquer le jeu. Alors que Deschamps pense que ce sont les résultats qui ont réconcilié le public français avec son équipe, je crois que c’est ce que dégage cette équipe qui provoque l’adhésion. Et cela participe à ses bons résultats…

À ce propos, qu’avez-vous pensé de la prestation des Bleus face au Nigéria ?

La France a joué seulement un quart d’heure face aux Nigérians, on n’a pas été serein. Si le Nigéria avait été plus habile, on aurait pu morfler. Beaucoup de faits de jeu et d’arbitrage ont tourné en notre faveur. Matuidi aurait pu prendre un carton rouge, Giroud s’en est sorti sans carton alors qu’il mettait des coups de lattes sur un nigérian, etc.  On aurait même pu prendre un pénalty !

Mais les représentations collectives ne s’embarrassent pas de détails : seule la victoire est belle ! Preuve en est, le mythe construit autour de l’équipe de France 98, championne du monde malgré un jeu peu spectaculaire. Le style de jeu compte-t-il vraiment aux yeux du public ?

Dans les années 1980, la France avait un style reconnu, porté vers l’avant. En 98, Aimé Jacquet a tout misé sur la solidité. En 2006, le style a consisté à donner le ballon à Zidane. Puis Blanc a voulu refondre le foot français en s’inspirant du modèle espagnol. Il avait une vraie philosophie de jeu. Aujourd’hui, règne la « méthode Deschamps » : la gagne, l’osmose, l’ossature.

Est-ce parce que ces qualités leur font défaut que la plupart des équipes européennes se sont cassé les dents ?

Attention à l’illusion d’optique : trois grosses équipes sont tombées mais on a six sélections européennes en huitièmes de finale, comme il y a quatre ans. Chaque équipe représente un cas bien différent. L’Angleterre est le pays d’un championnat, la Premier League, qui met en avant un spectacle global mais dont le niveau n’est pas certain. Les clubs anglais n’ont d’ailleurs pas gagné les dernières Ligue des champions. L’Italie a moins de bons joueurs mais paie aussi l’entêtement de Prandelli à mettre Balotelli, un joueur qui cristallise les problèmes. Mario Balotelli c’est un objet politique. l’Italie a de gros problèmes de tolérance, alors je pense que le sélectionneur Prandelli se borne à l’utiliser dans le simple but de contrecarrer les racistes ! Il a fait de la politique plutôt que du sportif, et le pire c’est que Balotelli l’a trahi en l’insultant dans le vestiaire façon Anelka alors même qu’il l’avait soutenu contre vents et marées. Ils sont morts ensemble. Prandelli, c’est un bobo progressiste, qui a pensé politique plutôt que ballon.

Ces contre-performances bénéficient aux « petites équipes » …

En effet, c’est super de voir des « petites équipes » se battre comme elles le font. On voit dans ces équipes une vraie culture du don de soi. Regardez l’équipe de l’Algérie qui a tenu en respect l’Allemagne pendant un bon moment. Il y a trois vrais bons joueurs dans cette équipe, c’est incroyable ce qu’ils font. C’est une des leçons de cette Coupe du Monde, avec la récompense du jeu offensif : c’est la prime à l’attaque et à l’abnégation. Cependant, à la fin les gros gagnent, Allemagne, Brésil, France. Mais les écarts sont moins importants que par le passé.

Pour finir, un pronostic pour la victoire finale ?

L’issue de cette Coupe du monde est impossible à pronostiquer, trop folle. La logique de l’histoire voudrait que les Allemands la gagne, ça fait un moment qu’ils ne passent pas loin et qu’ils cultivent leurs certitudes au niveau du jeu. L’Argentine pourrait être un bel adversaire le 13 juillet, si Messi continue de marcher sur l’eau car tout repose sur lui. Ce serait une belle finale, qui irait dans le sens de l’histoire.

*Photo : kyodowc114943.JPG k/NEWSCOM/SIPASIPAUSA31299031_000001.

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est contributeur de Causeur.Nicolas Routier est journaliste, contributeur de Causeur.
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