Rony Brauman.

Tout en étant favorable à l’opération montée par Free Gaza, vous admettez qu’on peut difficilement la qualifier d' »humanitaire »…

Le terme « humanitaire » n’est effectivement pas très adapté, même si
un grand nombre des passagers des bateaux se situaient exclusivement dans le registre de la compassion. Mais les journalistes, les observateurs et même les organisateurs de cette opération ont été piégés par cet usage intempestif et distrait du mot « humanitaire ». La flottille de Free Gaza a été conçue comme une action militante qui a certes tourné à l’affrontement mais qui s’inscrit dans un registre symbolique, donc politique. Par conséquent, la question n’est pas de savoir si cette opération était ou non politique mais de se demander quelle politique elle défend.

La réponse est claire : l’objectif explicite, affiché par Free Gaza sur son site, n’était pas de fournir des marchandises à Gaza mais de dénoncer le blocus et d’obtenir sa levée. Et cet objectif est parfaitement défendable, car le blocus est indéfendable. Et qui plus est, parfaitement inefficace au regard de son objectif qui était de créer un fossé entre le Hamas et la population.

Au-delà de la levée du blocus, vous savez que la Turquie a son propre agenda…

Dès qu’un État est impliqué dans une opération de secours, ne serait-ce qu’en envoyant ses soldats lors d’un tremblement de terre, c’est qu’il a un « agenda ». À l’évidence, la Turquie, bloquée aux portes de l’Europe, entend s’affirmer comme une puissance régionale : d’où son rôle dans les négociations triangulaires avec l’Iran ou sa proposition de bons offices avec la Syrie. Mais pour y parvenir, elle doit se démarquer d’une alliance encombrante. Cela dit, qu’un État souverain joue sa carte n’a rien de choquant. Cela fait partie du jeu ordinaire des relations internationales.

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