Entretien avec Rony Brauman

“Le blocus, c’est la ligne Maginot”

Publié le 07 juin 2010 à 12:00 dans Monde

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Rony Brauman

Rony Brauman.

Tout en étant favorable à l’opération montée par Free Gaza, vous admettez qu’on peut difficilement la qualifier d’”humanitaire”…

Le terme “humanitaire” n’est effectivement pas très adapté, même si
un grand nombre des passagers des bateaux se situaient exclusivement dans le registre de la compassion. Mais les journalistes, les observateurs et même les organisateurs de cette opération ont été piégés par cet usage intempestif et distrait du mot “humanitaire”. La flottille de Free Gaza a été conçue comme une action militante qui a certes tourné à l’affrontement mais qui s’inscrit dans un registre symbolique, donc politique. Par conséquent, la question n’est pas de savoir si cette opération était ou non politique mais de se demander quelle politique elle défend.

La réponse est claire : l’objectif explicite, affiché par Free Gaza sur son site, n’était pas de fournir des marchandises à Gaza mais de dénoncer le blocus et d’obtenir sa levée. Et cet objectif est parfaitement défendable, car le blocus est indéfendable. Et qui plus est, parfaitement inefficace au regard de son objectif qui était de créer un fossé entre le Hamas et la population.

Au-delà de la levée du blocus, vous savez que la Turquie a son propre agenda…

Dès qu’un État est impliqué dans une opération de secours, ne serait-ce qu’en envoyant ses soldats lors d’un tremblement de terre, c’est qu’il a un “agenda”. À l’évidence, la Turquie, bloquée aux portes de l’Europe, entend s’affirmer comme une puissance régionale : d’où son rôle dans les négociations triangulaires avec l’Iran ou sa proposition de bons offices avec la Syrie. Mais pour y parvenir, elle doit se démarquer d’une alliance encombrante. Cela dit, qu’un État souverain joue sa carte n’a rien de choquant. Cela fait partie du jeu ordinaire des relations internationales.

[...]

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  • 8 June 2010 à 18h48

    danco75 dit

    Rony Brauman prête aux ennemis declarés d’ Israel une forme d’ honnêteté qui voudrait que si Israel renonçait à une posture musclée tout deviendrait possible..

  • 8 June 2010 à 8h44

    L'Ours dit

    Je reviens aussi sur la fin de votre commentaire, cher Jérôme Leroy, où est la tragédie?
    Brauman parle du joli temps du regretté Rabin. Il oublie simplement que lors de ces temps de dialogue que je soutenais et soutiens encore, les vagues d’attentats et de violences de toutes sortes avaient atteint des pics!
    Où est la solution? Pour le moment, aucune solution n’est bonne! C’est pourquoi il faut parfois laisser parler et se défendre. Golda Meir disait, “je préfère les condamnations aux condoléances”. Car tout le monde dit qu’il faut parler avec le Hamas. Oui, il faut parler avec son ennemi, mais encore faut-il que votre ennemi veuille parler avec vous, et ça, tout le monde veut l’ignorer. Pour l’heure, les seules déclarations du hamas sont une éradication d’Israel et là encore, les hypocrites disent que c’est à cause d’Israël! Un comble!
    Le tout est de garder, au moins dans son esprit, une porte ouverte, car la seule vraie solution, le seul vrai miracle, c’est qu’un El Sadate se lève en Palestine, et là, tout sera possible.

  • 7 June 2010 à 19h46

    L'Ours dit

    …/…
    D’une façon générale mes vues sont aux antipodes de celles de Brauman et j’ai parfois du mal à le comprendre.
    Un exemple. Lors de l’affaire de l’association “humanitaire” étant allé cherché des orphelins en dépit du bon sens, il n’a pas eu de mots assez durs contre eux et a stigmatisé d’une façon générale les ONG qui n’avaient pas un comportement dans les clous. Et là, il avait raison.

    Alors pourquoi ici, il ne sépare pas le problème politique du blocus de Gaza d’avec la vraie motivation des flottilles ? Il devrait avant tout condamner ces organisations avant tout politiques, activistes et qui n’ont rien d’humanitaires, leur comportement en atteste, et ce, ne serait-ce qu’au nom du mal qu’ils font au ravail des ONG sur les terrains autrement plus dangereux!

  • 7 June 2010 à 19h46

    L'Ours dit

    Jérôme Leroy,

    je ne pense évidemment pas que Rony Brauman soit un raciste, et je l’ai défendu ici même lors d’un de de ses articles sur Causeur concernant le Darfour où on le traitait de traître, ce qui m’avait passablement énervé à tous niveaux de réflexion.
    Il n’en demeure pas moins que sur la question des morts, dans ce cas précis – mais je conviens et soutiens que dans d’autres cas tout n’est pas comparable – il joue la même partition qu’une certaine doxa qui croit se dédouaner d’une accusation de racisme en défendant le hamas et en accusant Israel avec les arguments que l’on sait.

    …/…

  • 7 June 2010 à 17h00

    Jérôme Leroy dit

    L’Ours,
    Je sais votre honnêteté intellectuelle et j’aime beaucoup cette capacité que vous avez d’être capable d’accepter des arguments adverses, voire de faire bouger votre position sur un problème.
    Moi, je vais vous dire, j’aime les propos de Rony Brauman et j’ai l’impression qu’il est comme vous dans cette affaire ce qu’il était convenu d’appeler autrefois “un homme de bonne volonté”
    Ce qu’il dit sur la non-équivalence des morts est à mon avis tout sauf du racisme inconscient (en plus, quand on connaît l’itinéraire de cet homme…) mais un constat.
    Il y avait je ne sais plus quelle atroce équation journalistique qui expliquait l’émotion suscitée dans les médias par une information en faisant jouer des paramètres comme le nombre de morts et la distance à laquelle ils sont morts.
    Quand une dictature arabe ou une armée privée américaine comme blackwater tire dans la foule et fait des dizaines de morts, c’est tellement attendu que l’indignation est moindre. En revanche quand il s’agit d’une démocratie, et qui plus est d’une démocratie comme Israël qui est fondée sur un modèle d’émancipation collective, on exige un comportement exemplaire et chaque mort pèse très lourd.
    De plus, je trouve assez éclairant le parallèle qui est fait à la fin de l’itw avec l’Algérie.
    La tragédie ce n’est pas le nationalisme arabe en soi, la tragédie c’est que ses revendications légitimes ont été confisquées par des islamistes fanatiques.
    La faute à qui? C’est un autre débat…

  • 7 June 2010 à 16h34

    livia dit

    L’Ours
    Je suis d’accord avec le contenu de votre lien, très pertinent.

  • 7 June 2010 à 16h29

    turbo22 dit

    Bonjour, Vous avez raison L’Ours, c’est du racisme inconscient.
    Mais comment peut on sortir des énormités pareilles?
    Voila que l’on trouve à justifier (et non expliquer) les positions anti israëliennes par des analyses portant sur des caractéristiques raciales!! Et tout cela le plus naturellement du monde.
    J’espère vraiment que c’est de l’inconscience.

  • 7 June 2010 à 16h20

    steed59 dit

    “Sans doute les dirigeants du Hamas ou certains d’entre eux sont-ils antisémites.”
    Mon dieu quelle naiveté !!! L’antisémitisme est consubstantiel de l’idéologie du Hamas. Je n’imagine même pas un militant de ce “parti” qui ne le soit pas. Ce type parle un mélange d’E. Todd et de Dieudonné

  • 7 June 2010 à 14h49

    L'Ours dit

    Quand je lis l’énormité sortie par Brauman pour affirmer qu’un mort n’est pas égal à un mort( ce que je ne nie pas, mais certainement pas selon ses vues) …
    on juge un État à l’aune des critères dont il se réclame lui-même. Quand Assad a massacré des milliers d’islamistes, cela n’a pas suscité de tollé : les Syriens tuant des manifestants, c’est dans l’ordre des choses. L’unanimité et l’intensité de la réprobation s’expliquent donc aussi par la prétention d’Israël à être la seule démocratie de la région. Or, cette revendication, discutable au sens réel du terme, est contredite par la violence de l’option choisie.”
    … je suis sidéré, bien qu’il donne involontairement raison à ma thèse:

    du racisme inconscient