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L’entrain des sénateurs

Castagne au palais du Luxembourg

Publié le 23 septembre 2008 à 15:54 dans Politique

Tous comptes faits, on devrait dans la vie se contenter de joies simples et ne pas chercher son plaisir dans la complication. Un petit rien égaie l’existence : le rire d’un enfant, le soleil d’automne réchauffant un convoi funèbre qui s’ébranle lentement sur une route bordée de peupliers au feuillage mordoré, un combat de vieux. Comme il faut se lever de bonne heure pour apprécier à leur juste valeur les chiards et les intersaisons, le commun affiche le plus clair du temps sa préférence pour les senile battle.

A l’heure qu’il est, les Français sont servis. Friands d’assister à des crêpages de chignons peroxydés, ils guettent avec ravissement le spectacle qui s’offre à eux derrière les hauts murs du Palais du Luxembourg. Depuis quelques jours, à la nuit tombée, le passant qui emprunte la rue de Vaugirard distingue, sortant du Sénat, des râles étouffés, le bruit sourd de bandes molletières qu’on arrache, de déambulateurs qui s’entrechoquent et de charentaises projetées avec une violence telle qu’elles provoquent un fracas feutré en retombant.

Dans un combat de vieux, il n’y a pas, à proprement parler, de mise à mort – à cet âge-là, on n’est plus à un ou deux mois près. Il y a juste des dommages collatéraux qui peuvent se révéler funestes : bris de sonotone, jet de dentier, claquage de prostate, rupture de pacemaker ou, plus grave encore car elle ne pardonne pas, fracture du coccyx. On ne peut pas dire que les combattants ne retiennent pas leurs coups fatals, mais, Parkinson aidant, personne n’est à l’abri d’un mouvement brusque.

Les choses se sont envenimées ces temps-ci et le combat de vieux a gagné en dureté ce qu’il a perdu en élégance. En d’autres temps pas si reculés qu’on pourrait le croire, il avait suffi à Christian Poncelet d’attendre les bras croisés dans le noir1 pendant vingt-cinq ans pour accéder à la présidence du Sénat. Les sénateurs s’aperçurent alors qu’ils venaient d’élire l’homme qui parlait plus vite que son ombre. Puis, ayant pris bonne note que leur nouveau président prononçait la fin d’une phrase avant de l’avoir commencée, ils se rendormirent.

Les temps ont changé : désormais, le Sénat est une assemblée de gauchistes. Le couteau qu’ils serrent entre les dents laisse présager qu’ils mangent des enfants2. Ou plutôt qu’ils les mâchonnent. Pire encore, la Haute Assemblée compte dans ses rangs Jean-Pierre Chevènement. L’homme est craint dans tout le palais du Luxembourg. C’est qu’il a une longueur d’avance sur les sénateurs les plus aguerris, lui qui a déjà vu la mort quand ses collègues l’attendent encore.

Ragaillardis par l’arrivée du miraculé de Belfort, les sénateurs gauchistes font montre d’une cruauté inégalée. Alors que la tradition veut que, quand il y a combat de vieux, chacun, à droite comme à gauche, distribue son content de gnons, les séniles de progrès ont décidé de regarder la baston sans y participer. La perspective de voir les varices éclater leur suffit.

Et quelle baston ! Battling Larcher, Fighting Raffarin et Beating Marini. Les deux premiers sont des candidats de poids – près de trois cents kilos d’intelligence à eux deux –, tandis que le troisième demeure de loin le plus crédible : il porte quasiment le nom d’un apéro. On a beau se dire que c’est du catch et que le match est joué d’avance, on reste ébaubi par l’ardeur déployée par les trois candidats. L’un a fait une émission sur France 3 Charente-Poitou, le deuxième a interrompu une sieste pour déjeuner avec Jean-Pierre Elkabbach afin de négocier la diffusion de l’intégrale de Derrick sur Public Sénat, le troisième a suivi un média training éprouvant avec Gérard Carreyrou pour préparer un entretien exclusif à Notre Temps.

Pourquoi tant de hargne à conquérir cette présidence ? Certes, c’est mieux chauffé que l’hospice, il y a de la lumière et les infirmières évitent de frapper le président du Sénat à coups de ceinturon. Mais ce ne sont là que des raisons accessoires. Le vrai mobile est connu : chacun des candidats souhaite accéder au plateau3 pour exercer un jour l’intérim à l’Elysée. Foi de sénateur, un type de 53 ans qui ne boit pas et fait du sport, ça n’a jamais fait de vieux os.

  1. Si Henri Guaino me lit, qu’il sache que ce ne sont pas là des indications pour son prochain discours de Dakar.
  2. Certes, il faut relativiser : un sénateur de gauche n’est jamais qu’un sénateur qui se contente de demander la diminution de l’impôt sur la fortune quand il pourrait en réclamer la suppression.
  3. Le plateau est au Sénat ce que le perchoir est à l’Assemblée nationale.
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  • 24 September 2008 à 20h16

    L’OURS dit

    Camille,
    emploi fictif en langage gone se dit:
    policier aux minguettes!

    Quant à Collomb, si son érudition le pousse à soutenir la canditature de Ségolène, je comprends pourquoi Lyon s’est fait supplanté par Marseille comme capitale de la culture!

  • 24 September 2008 à 16h10

    Stan dit

    Eh bien voilà : ils ont choisi leur candidat au poids. Le plus gros a gagné.

  • 24 September 2008 à 15h51

    camille dit

    Bien vu Trudi le combat de titans chez nos péres conscrits.un qui verra peut etre de loin cette course en sac c’est l’ineffable Gerard Collomb dont notre quotidien vespéral préféré nous indique” qu’il ne s’est aventuré au palais du Luxembourg qu’en de rares occasions”
    Comment traduit on emploi fictif en langage gone

  • 24 September 2008 à 10h52

    parsifal dit

    Bravo Trudy !!!
    C’est rare d’être à la fois amusant et intéressant . C’est vrai que le Sénat – Sénilat ? – tient de l’Académie Française , du Club du Troisième Age et de la Maison de Retraite .
    Mais c’est la Haute Assemblée C’est à dire une réunion de notables …
    Bien Amicalement

  • 24 September 2008 à 8h11

    ramon mercader dit

    @stan
    maxime gremetz a pris une longueur d’avance pour l’affrontement en chaise roulante,lui c’est carrément dans la cathégorie voiturette qu’il joue,faut comprendre il a un bon entrainement(un peu comme woody allen dans manhatan)
    @ardalia
    desormais les intras sont concurencés par les implants cochléaires ,vraiment plus dur à enlever!

  • 24 September 2008 à 0h52

    Ludovic Lefebvre dit

    Chevènement, quel talent gâché. Celui qui se définit comme républicain mériterait de ne pas l’être.
    Il est brillant, je ne veux donc pas de lui comme président du Sénat, il pourrait améliorer la situation. Il faut du lourdeau de la com, arrogant et à coté de la plaque, un bon J-P Rafarin pour que ce corporatisme médiocratique se détruise ab absurdo.
    De vrais combats au sénat comme en Turquie montrerait au moins une passion politicienne de la part des intéressés.

  • 23 September 2008 à 23h19

    FAREWELL dit

    Chère Trudi Khol, le bicamérisme à quelque chose de bon sans remuer le long couteau dans la plaie et rappeler que l’idiot de Berlin aurait pu complètement raté son coups d’État ( coordonner l’incendie de deux Reichstag c’est plus périlleux qu’un ! ), cela nous donne un excellent prétexte pour savourer un texte enlevé et léger comme un Käsesahnetorte.

  • 23 September 2008 à 20h41

    robespierre dit

    Luxembourg morne plateau…..
    J’espère que le Che va les faire ch…
    Raffarin le voilà !

  • 23 September 2008 à 20h13

    stan dit

    Pourquoi ne parlez-vous pas de Maxime Gremetz quand vous abordez le sujet délicat des combats de boxe en politique ? Parce qu’il est trop jeune ? Pffft… Dans quelques années, il boxera lui aussi en catégorie vieillard au Sénat.

  • 23 September 2008 à 18h58

    Paul dit

    Je me suis toujours dit que des types qui siégeaient au Luxembourg n’étaient pas très nets… Et pourquoi pas au Liechtenstein ou à Monaco pendant qu’ils y sont ?

  • 23 September 2008 à 17h42

    Ardalia dit

    Chère Trudi, voilà bientôt un demi-siècle que mon père a délaissé le sonotone noir pour des haricots roses autour des pavillons, ce fut certes un pionnier, mais tout de même. Apprenez que désormais les vieux croûtons sont branchés, et qu’ils portent des intras à la mode Hossein, grâce à quoi ils n’entendent rien et gagnent le droit d’accuser tout le monde de ne pas articuler.
    Lors d’un combat, l’intra peut être prestement planté dans la narine de l’adversaire, lequel sera déséquilibré par le brutal sifflement suraigu de son pif ; cela ouvre idéalement le champ à un croque-en-déambulateur de derrière les fagots. Y sont peut-être séniles, mais y sont pas cons.

  • 23 September 2008 à 17h40

    Florentin Piffard dit

    “Un petit rien égaie l’existence : le rire d’un enfant, le soleil d’automne réchauffant un convoi funèbre qui s’ébranle lentement sur une route bordée de peupliers au feuillage mordoré, un combat de vieux.”

    Sans oublier un article de Trudi Kohl.