Encore un Etat voyou impuni !

Pourquoi ne veut-on pas sanctionner le paradis de la criminalité financière ?

Publié le 07 septembre 2008 à 14:56 dans Économie

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Comme à chaque campagne électorale, les deux prétendants à la Maison Blanche ne cessent de surenchérir l’un sur l’autre en matière de lutte contre les Etats-voyous. De l’Iran à la Corée du Nord, la liste de ces derniers est bien connue, même si elle varie quelque peu au gré des humeurs de Washington, ce qui est bien naturel : tout Etat a pour vocation première de défendre ses propres intérêts, seuls les cornichons ou les altermondialistes prétendent le contraire.

Néanmoins, dans cette liste, il est un absent de taille, un Etat qui nargue effrontément la communauté internationale depuis des lustres sans que jamais Washington, Bruxelles ou les Nations Unies n’aient envisagé la moindre sanction.

A première vue, ce non-interventionnisme pourrait s’expliquer parce qu’il s’agit d’un banal paradis fiscal. En effet, pour peu que l’activité réelle de votre entreprise se situe hors des frontières de l’Etat en question, il n’y a là-bas aucun impôt sur les sociétés qui y sont domiciliées, ni sur les dividendes de leurs associés. Pas même de droits de succession sur les actions détenues par les non-résidents. Juste une taxe annuelle inférieure à 200 euros pour votre SA ! Bref, un dumping fiscal éhonté, qui ne manque pas de porter préjudice aux autres Etats, qui continuent à collecter l’impôt, ainsi qu’aux entreprises vertueuses qui persistent à ne pas se délocaliser. Mais trêve d’angélisme : on a beau être à cheval sur l’éthique des affaires, on ne va tout de même pas demander aux Américains d’envoyer leur GI’s dans tous les pays qui offrent des avantages comparatifs en matière de taxes ou d’impôts. D’ailleurs, à l’instar des Iles Marshall, maintes quasi-colonies américaines sont des paradis fiscaux, régulièrement dénoncés comme tels par les instances internationales. La France, elle, n’a pas de leçon à donner, puisqu’elle fait de même à Saint Barth’ ou en Polynésie. Et toute la sourcilleuse Europe connaît les avantages d’Andorre, de Jersey et de Monaco.

On ne va pas se fâcher pour si peu, donc, et encore moins déclencher une kyrielle de conflits pour quelques milliards de dollars extorqués plus ou moins légalement aux finances publiques des Etats de droit. Là où le bât blesse, c’est que celui qui nous intéresse n’est pas seulement un énième paradis fiscal – autrement dit, un endroit où on paye peu d’impôts –, mais aussi ce que les criminologues appellent par antiphrase un “paradis judiciaire”. En clair un Etat de non-droit. Et en encore plus clair, un Etat qui offre toutes les garanties au libre exercice de la criminalité financière internationale.

Comme l’explique avec ses euphémismes à lui “le site de référence” (dont sont extraites toutes les citations qui suivent) : “La souplesse de son code des sociétés facilite et simplifie la constitution et la modification des statuts d’une société. Sa jurisprudence abondante, offre une sécurité juridique très supérieure à celle des autres Etats, et la capacité d’adaptation de son droit, suit de près l’évolution des besoins des entreprises.” Bref, les autres nations auront beau réglementer tout ce qu’elles veulent chez elles, là-bas on saura toujours s’adapter pour vous épargner des lois tatillonnes. Parce que là-bas, en matière économique, des lois, il n’y en à pas vraiment : “Il n’est pas obligatoire de maintenir les pièces et livres comptables. Les “Général Corporation” ne sont pas tenues non plus de soumettre leurs comptes. En d’autres termes, on n’a pas à présenter ses comptes et son bilan chaque année comme dans la plupart des pays.” Le tout, bien sûr, dans la plus grande discrétion : “Les propriétaires des parts sociales peuvent être des personnes physiques ou morales. Le nom des associés n’est pas publié au Registre du Commerce.” C’est pas du respect de la vie privée ça ?

Un vrai paradis, donc, si vous voulez que votre cabinet de voyance en ligne échappe à la rapacité du percepteur. Il en ira de même si votre activité principale est la faillite frauduleuse ou la créance impayée; mais aussi, pourquoi pas, le blanchiment ou les trafics en tous genres – à condition que vous soyez assez malin pour y mettre les formes, mais il y a des avocats très doués pour ça.

Seulement, cet Etat-voyou ne sera jamais mis au ban des nations par les USA. La raison en est simple : il en fait partie depuis la première heure. C’est l’un des treize Etats fondateurs, il s’appelle le Delaware et est représenté aux Sénat fédéral par l’honorable Joseph Biden. Qui pourrait devenir vice-président des Etats-Unis d’Amérique.

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  • 5 October 2008 à 15h03

    Marignac dit

    Amusantes, ces réactions 15 jours plus tard, quand le chateau de cartes s’est effondré. Les États-Unis gagnent ? Vous êtes sûr ? Vous pensez qu’on les envie, à cette heure ? Leur façon de “gagner”, n’était-elle pas suicidaire à force d’être (comme vous) péremptoire ? Ne seriez-vous pas en train de vous accrocher désespérément à une utopie, comme un vieux stal reprend sa carte du parti ?

  • 18 September 2008 à 9h32

    ulralib dit

    +1 pour Golan.
    L’Etat-voyou, c’est la France

  • 17 September 2008 à 9h57

    Golan dit

    @Marc COHEN
    J’ai lu avec attention votre article que je n’aime pas. Il révèle d’abord d’un état d’esprit qui manifeste, derrière ce qu’on a coutume d’appeler de la justice, rien d’autre qu’une forme de jalousie. On n’aime pas là où çà marche. On n’aime pas ceux qui réussissent. On aime « taper » sur ce qui est mieux que chez nous. On a tous connu cela dans les cours de récréation.

    JOB, ci-dessous a raison, totalement raison.

    Quand allez-vous faire l’éloge des paradis fiscaux qui, comme Monaco, n’a rien touché à sa fiscalité depuis 1889… c’est seulement les autres Etats autour qui n’ont cessé d’élever leurs impôts et ont donc transformé Monaco, malgré lui, en paradis. Oui, mais ce sont de petits états, alors on peut taper dessus. On ne craint rien, et çà donne bonne conscience…çà, c’est la gauche française !!!

  • 12 September 2008 à 20h58

    ultralib dit

    Je renchéris sur JOB. Pourquoi les impôts, quel que soit leur niveau, seraient-ils justes ? Un Etat qui prélève 54% de la richesse créée, même si c’est pour la redistribuer à sa guise, est un Etat voyou (prédateur si vous préférez), et aller s’installer ailleurs pour lui échapper est un droit élémentaire de tous les citoyens honnêtes.

  • 12 September 2008 à 19h02

    JOB dit

    C’est curieux, Marc Cohen, cette méthode de développer les arguments avec une vue dans un seul sens. Jamais on entend parler par opposition aux “paradis fiscaux” des “enfers fiscaux”. Pourquoi ces derniers seraient-ils plus vertueux? De prélever des impots serait-il un gage d’honneté ? On aurait vite tendance à condamner les pays qui recoivent des capitaux mais jamais ceux qui les font fuir…

  • 9 September 2008 à 14h20

    Ludovic Lefebvre dit

    Le Deleware, je ne savais pas et suis toujours enchanté d’en apprendre plus. Etat voyou est aussi un pléonasme, les démocraties ne sont-elles les marchandes d’armes des dictatures ? Dixit maître Verges et il n’a pas tort sur ce point. Rien ne nous contraint à être borgne, j’aime les états unis d’Amérique, la France, ils ne sont surtout pas parfaits pour autant. Quant à la morale, elle me semble trop présente en politique pour être crédible, comment faire des affaires en la suivant à la lettre droit de l’hommiste, faire fonctionner ce monde ?
    Deleware, Etat voyou, vrai et bien vu. Tu démontres avec brio que les droits de l’homme sont un alibi de conquête, de suprématie.

  • 8 September 2008 à 11h20

    Rotil dit

    robespierre écrit:
    “les cornichons ou les altermondialistes”… “Un tel pléonasme…”

    Désolé, mais à lire Causeur, je me demande si nous ne sommes pas ici une bande de cornichons, dans la mesure ou nous sommes tous “altermondialistes”, au sens strictement étymologique du terme: désireux d’un monde différent, d’un monde autre que celui où nous vivons.

    Cela dit, je suis bien d’accord avec le fait que les tenants de l’altermondialisme, ceux qui se sont emparé de représenter de belles aspirations sont au mieux des hurluberlus naïfs, au pire des gens souvent nauséabons…

    Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain:

    La pollution existe, la déforestation sauvage fait des ravages, les repères disparaissent derrière la recherche de l’audimat, la liste serait très longue de tous les sujets qui nous préoccupent tous ici, toutes opinions confondues…

    En 1972, je rencontre Brice Lalonde chez lui, rue du Bac, pour lui dire qu’il est temps d’arrêter les promenades en vélos et de proposer une stratégie politique pour sensibiliser l’électeur aux problèmes planétaires. Réponse: “élections, piège à cons !” (Ce qui, à l’usage, n’est pas totalement faux, mais qui, dans la pratique, ne fait rien avancer.)

    1974, il tourne casaque, et c’est René Dumont, et un verre d’eau qu’il boit devant les télespectateurs. Stupide !

    Par la suite, il se positionne à gauche, puis est racheté par Balladur…

    Cela est lamentable, et plus personne n’y comprend rien, mais…

    Mais les problèmes soulevés demeurent, ils sont, eux, têtus.

    Et je ne vois personne pour les poser avec quelque crédibilité. Cela m’attriste, et m’inquiète.

  • 8 September 2008 à 10h58

    Paul dit

    M. Cohen, auriez-vous l’adresse de ce Delaware ?

  • 7 September 2008 à 22h08

    ultralib dit

    la vérité, c’est que c’est le Delaware qui est dans le vrai, et tous les autres qui sont des Etats-voyous.

  • 7 September 2008 à 18h34

    robespierre dit

    “les cornichons ou les altermondialistes”

    Je n’ai pas lu l’article jusqu’au bout. Un tel pléonasme, dès le début, m’en a coupé l’envie.
    Alors je me suis limité à taper “delaware” sous Google. Résultat édifiant.

  • 7 September 2008 à 18h16

    Rotil dit

    Euhhhhh…

    Voivi un article très intéressant, j’apprends des choses sur le Net depuis que je viens sur Causeur.

    Et puis, j’ai un lien direct pour me créer une société suisse ou en Andorre si j’en ai les moyens.

    Parfois, je suis impertinent…