En Marche, le réveil de la Troisième Force | Causeur

En Marche, le réveil de la Troisième Force

Et des bons arrangements de la IVe République

Publié le 11 mai 2017 / Politique

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Manuel Valls, Emmanuel Macron, Bruno Le Maire. SIPA: 00806004_000123 / 00805407_000021 / REX40469647_000007

Le 7 mai 2017 restera quoi qu’il advienne une date importante dans l’histoire de la Ve République. Jamais en effet depuis la mise en place des institutions gaulliennes, un candidat n’appartenant à aucun parti de gouvernement n’était parvenu à accéder au pouvoir. Jamais non plus depuis De Gaulle, un chef d’État de la Ve République n’avait franchi le perron de l’Elysée sans avoir eu à affronter la sanction du suffrage universel lors d’élections locales. Enfin, est-il encore nécessaire de rappeler ici la jeunesse de notre nouveau président, lequel passait son baccalauréat quand Jacques Chirac accédait à la magistrature suprême pour la première fois ?

Symbole de la politique des arrangements

Le tableau de la modernité et de la fraîcheur dressé reste désormais à le contempler non sans faire preuve d’une certaine critique à l’égard de traits grossiers que les observateurs ont trop longtemps cherché à gommer.

En effet, si le succès du mouvement En Marche! est indiscutable, tant son instigateur a réussi à transformer sa start-up politique en une entreprise dédiée à sa victoire présidentielle, force est de constater que la conjoncture devrait conduire son émanation partisane à de nombreux marchandages pour s’assurer une majorité stable à l’Assemblée nationale.

En ce sens, La République en marche (LREM) – puisque c’est désormais son nom – s’apparente à bien des égards à cette « Troisième Force » au pouvoir lors de la IVe République, composée de socialistes, de libéraux, de radicaux et de démocrates-chrétiens, avant d’être rejointe par une partie des gaullistes. Une « Troisième Force » déjà transformée en « Front républicain » lorsqu’il s’agissait de combattre les deux extrêmes, communistes et poujadistes, quand la droite pansait ses plaies. Une « Troisième Force » surtout symbolique de la politique des arrangements, de l’instabilité gouvernementale et de la faiblesse du pouvoir exécutif, sclérosé par le « système des partis ».

Le jeunisme a bon dos

De fait, alors que nombre de caciques socialistes se recyclent aujourd’hui au sein de LREM et que les premiers sondages laissent entrevoir une Assemblée nationale divisée en trois pôles distincts égaux en sièges, il apparaît que la « démocratie médiatisée » théorisée par Maurice Duverger il y a plus de cinquante ans connaît un second souffle.

Une situation liée à l’éclatement des partis d’une part, et à l’absence de discipline à l’intérieur des groupes parlementaires d’autre part, permettant aux élus, au lieu d’être transparents par rapport aux choix effectués par la majorité des gouvernés, de faire preuve d’opacité en menant diverses négociations servant leurs propres intérêts.

En ce sens, à l’instar de certains gaullistes entrés dans les différents gouvernements de la Troisième Force, certains élus Républicains comme Bruno Le Maire ou Xavier Bertrand appliquent à la lettre les vieilles recettes de la tambouille politicienne fleurant bon les années 1950. Le jeunisme a bon dos, le sacrosaint « intérêt supérieur de la France » aussi.

Du FN comme gardien du système

En outre, alors que le Front national, « une machine à maintenir en fonction les tenants de la déconstruction » selon les mots de François-Xavier Bellamy, et la France insoumise, apparaissent comme les deux gros pôles radicaux les plus à même d’être forces d’opposition pour les cinq années à venir, il y a fort à parier que certains élus Républicains et socialistes rejoignent LREM au motif qu’il « faut se battre contre le FN partout et tout le temps pour éviter qu’il prenne le pouvoir », comme le soulignait récemment Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette même NKM qui, en février 2016, cosignait une tribune avec 16 autres parlementaires de droite et du centre, appelant à soutenir le projet de loi El Khomri, jugeant que « le gouvernement (allait) dans le bon sens ».

Ainsi, s’il est évidemment louable de mettre les querelles politiques antérieures de côté comme ce fût le cas sous les gouvernements successifs de la Troisième Force, lesquels se révélèrent capables d’effectuer les choix qui engagèrent l’avenir de notre pays dans le domaine économique, rappelons toutefois que la prochaine majorité hétéroclite en voie de formation devra affronter au moins deux crises majeures : l’une sociétale et identitaire, l’autre sociale.

De Taubira à El Khomri

En effet, le quinquennat qui vient de s’achever a mis en lumière deux groupes sociaux aux objectifs différents mais dont le poids démographique et contestataire a remis en cause la légitimité des gouvernants. Que ce soit avec la loi dite du « mariage pour tous », largement combattue par une partie des élus du Front national et de la droite de gouvernement, et la « loi travail », les anciennes identités politiques se sont effondrées, faisant apparaître de nouveaux spectres trans-partisans aux visées différentes de celles portées par La République en marche.

Si Emmanuel Macron n’a jamais fait état de fonder une nouvelle république, la recomposition du champ politique en cours témoigne de la fin d’un système porté par les institutions de la Cinquième.

Et si la droite renouait avec le souverainisme?

Éric Zemmour se plaît à citer Philippe Séguin en rappelant que « la droite et la gauche sont les détaillants du même grossiste, l’Europe. » Au vu de l’europhilie affichée par le nouveau président élu et de l’ensemble de ses soutiens – de droite comme de gauche – il paraît aujourd’hui difficile de contredire la formule de l’ancien gaulliste. Une formule qui pourrait toutefois enfin inciter une large partie de la droite de gouvernement à renouer avec un souverainisme non caricatural, prenant en compte les aspirations populaires d’une mondialisation et d’une Europe moins inhumaine dans son versant social. Bref, de redevenir une droite de convictions au lieu d’une droite de tractations.

Il en va de la pérennité de nos institutions.

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    • 13 Mai 2017 à 19h34

      lafronde dit

      S’il ne veut pas regretter son vote d’ici un an, l’électeur doit prendre le temps de savoir quel citoyen il est. Quels sont les principes de Gouvernement qu’il souhaite pour orienter la politique publique ?

      Suis-je partisan de la Liberté en économie ? Je veux le liberté sociale (choisir sa Prévoyance) je veux la fin de la fiscalité confiscatoire et non-compétitive. Je veux la simplification législative et réglementaire. Je veux l’obligation du budget à l’équilibre. Je veux une stabilité législative et une prévisibilité fiscale et pas de retro-activité.

      Suis-je partisan de la Tradition dans la Société ? Je veux pouvoir transmettre ma culture à mes enfants. Je veux la liberté scolaire et le chèque scolaire pour les familles moins riches. Je veux la Liberté de la Presse y compris à la Radio et à la TV. Je veux le retour des référence chrétienne dans notre Constitution. Et pourquoi pas le retour du Roi !!!

      Suis-je partisan d’un fédéralisme dans l’Etat ? Je veux la restauration de la libre administration des communes, et la fin de la tutelle de l’Etat. Je veux une fiscalité directe des communes. Je veux mettre fin au Légiscentrisme en vigueur depuis 1789 !!! Je veux décentraliser la Police et la Magistrature. Ses chefs doivent est désigné par l’autorité politique locale.

      Ce ne sont que mes idées, les vôtres seront meilleurs, bien meilleures que celle de Macron qui va ramasser tous les pouvoir !

      Scoop ! Macron est en train de circonvenir les Sénateurs centristes (PS, UDI, LR progressistes). S’il réussit, il pourra même changer la Constitution ! Devenir Premier Consul !?

      Un type qu’on ne connaît pas, financé par on ne sait qui, tant loué par la Presse des business-mans, qui en plus a évité tout les débats démocratiques avec ses adversaires diabolisés par sa Presse partisane (Fillon voleur ! Mme Le Pen fasciste !) est quelqu’un de très dangereux !

      Donc allez voter en juin ! Votez du communiste au frontiste, peu importe mais votez pour vos propres idées !

    • 12 Mai 2017 à 18h46

      Habemousse dit

      L’élection de Macron aura permis de regrouper au sein d’un même groupe, tous les profiteurs et autres tripatouilleurs alléchés par les promesses d’une majorité plurielle abritée dans des hémicycles qui sentent bon le cirage et l’argent facile : un bon moyen de trier le bon grain de l’ivraie et de savoir à qui les électeurs ont à faire.

      Les partis restants, la vraie droite et la vraie gauche n’ont plus qu’à se faire reconnaître et adouber par des français furieux de s’être fait bernés et plus revanchards que jamais. Le seul problème, quand la soupe est grasse, est qu’il y a beaucoup plus de mains à tendre l’écuelle que dans les deux autres partis.

       A l’électeur de faire son choix, sans écouter les sirènes de réformes toutes plus novatrices les unes que les autres …. le temps d’une législative, comme il y a cinq ans ; vous vous rappelez, même si ils n’ont ni le même âge ni la même prestance ? 

      • 12 Mai 2017 à 18h49

        Habemousse dit

        “…aura permis de regrouper…”

        … de rassembler … 

    • 12 Mai 2017 à 10h34

      Caminho dit

      La chanson est vielle comme le monde : refaire le monde (refonder dit Macron), du passé faire table rase…..tout cela a très mal fini, toujours. Pourvu que je sois dans l’erreur.

    • 12 Mai 2017 à 8h13

      QUIDAM II dit

      Quelle troisième force ?…
      En Marche n’est que le faux nez du parti de la grande bourgeoisie aujourd’hui mondialisée qui se drape une robe de vertu en lin blanc, couleur du progressisme, de l’ouverture à l’autre, à ses cultures, et patati et patata…
      Le fait nouveau, c’est que la bourgeoisie nationale, hier incarnée par François Fillon, est devenue à présent son ennemi, autant que jadis le seul prolétariat dont elle s’est débarrassé grâce à la mondialisation, aux institutions européennes, aux travailleurs détachés, etc.
      Il faudra sans doute un peu de temps pour que les bourgeois strictement hexagonaux comprennent la profondeur de leur déclassement, et ne s’illusionnent plus sur la réalité du rôle politique de Macron.

    • 12 Mai 2017 à 7h04

      modramalina dit

      Le Comte de Pau ayant déclaré que tous les cocus devraient être noyés
      La comtesse de Pau lui a demandé s’il était certain de bien savoir nager

      “23:50 – François Bayrou ne décolère pas

      François Bayrou s’est confié à L’Obs ce jeudi soir. Il y fait part de sa colère vis-à-vis de la liste des candidats investis par le mouvement d’Emmanuel Macron. Selon le président du MoDem, “C’est une opération recyclage du Parti socialiste. La grande lessiveuse”. Le maire de Pau, qui a convoqué un bureau politique ce vendredi soir, explique qu’il ne “laissera pas faire ça”. “Quand, je lui ai apporté mon soutien, il était à 18 % (…) Nous l’avons fait élire”, estime François Bayrou sur le site internet de l’hebdomadaire. Caroline Barjon, la journaliste à l’origine de l’article, avance que selon François Bayrou, seuls “35 candidats du MoDem sont investis, au lieu des 120 qu’on lui aurait promis”.”

      Il y a un tunnel sous la Manche! On ne savait pas qu’il y avait un accueillant tunnel sous les Pyrénées, garanti sans vaseline OGM mais circulation fluide!

    • 12 Mai 2017 à 6h21

      Dark Horse dit

      Si on analyse Macron et sa prise de pouvoir “fulgurante”, on se rend vite compte qu’il y a des zones d’ombres. Pour commencer, on sait que c’est un produit de l’ENA. Donc forcément adoubé par la caste politique. Par contre, on sait qu’il est devenu produit financier, mis au pouvoir par un incompétent notoire qui se disait ennemi de la finance, et accessoirement de gauche, qui appliquait une politique de droite. Voilà une première zone d’ombre qui est plus qu’incompréhensible tant elle constituée d’oppositions. 
      2em zone d’ombre. Très tôt, bien longtemps avant que le candidat Macron ne se déclare, la presse parlait déjà de lui comme le futur président. Là, des voix d’élus se faisaient déjà entendre, en lui prédisant soit un avenir, mais pas avant 2022, soit sa mise aux oubliettes. Donc, des journalistes qui semblaient avoir des consignes, et des politiciens qui savaient qu’une accession au pouvoir demande du temps et du travail, pour un novice en la  matière.
      3em zone d’ombre,  

      • 12 Mai 2017 à 6h31

        Dark Horse dit

        Donc 3em zone d’ombre, Macron crée le mouvement en marche, et trouve des alliés pour le moins inattendus, de tous bords, alors qu’il n’a pas le début d’un programme. Et cela en un temps record.
        Si on fait la somme de cela, on se rend compte, quand on voit la complexité du monde politique, que tout cela n’est pas possible sans une longue préparation. Hollande a y-il choisi Macron, ou lui a t’on imposé ? Qui a dirigé la presse ? Et comment Macron trouve t’il aussi vite des alliés et surtout les fonds nécessaires pour mener une campagne présidentielle de cette envergure.
        Pour moi, Macron est plus que jamais le président qu’on a imposé au peuple, et non pas celui qui s’est imposé au peuple. Reste à savoir, qui l’a imposé. On sait que la presse, même si elle se dit à gauche, appartient à de riches financiers. On sait aussi que Macron est issu du monde de la finance. Voilà qui n’augure rien de bon pour la France moyenne.  

    • 11 Mai 2017 à 23h14

      Mourier dit

      UPR L’Union Populaire Républicaine Monsieur PICARD en a fait ici le portrait robot. Je fus adhérent du R I F rassemblement pour l’identité de la France, à un congrès duquel M. François ASSELINEAU fut invité à fournir une contribution, en juin 2006. Sa performance, sa clarté, son érudition et la précisions des nombreuses données fournies étaient d’un HOMME d’ETAT.
      François ASSELINEAU fonda l’upr pour marquer les 50 ans du Traité de Rome le 25 mars 2007. TOUTES les prises de position et l’exposé de leurs raisons sont lisibles depuis dix ans sur le SITE UPR.FR.