Youpi, la haine est finie! | Causeur

Youpi, la haine est finie!

La France qui gagne a gagné, l’autre n’a pas fini de se chercher

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 07 mai 2017 / Politique

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Emmanuel Macron est élu président de la République avec 66,1% des voix

Emmanuel Macron est élu président de la République, 7 mai 2017. SIPA. AP22049578_000112

Ouf, c’est fini. S’il y a ce soir un sentiment très largement partagé par les Français, de Calais (37 % de vote Le Pen au premier tour) à Paris 3ème (45 % de vote Macron au 1er tour), c’est sans doute la satisfaction que cette campagne pourrie soit derrière nous. Une campagne électorale devrait être, imagine-t-on, une fête démocratique, un festival de la tolérance, un aimable foutoir où on s’affronte sans se vomir et qui permet de vérifier, à intervalles réguliers que, si nous ne partageons pas les mêmes idées, nous parlons le même langage. Or, après les manigances qui ont plombé l’avant premier tour, l’entre-deux-tours aura pris les allures d’une quinzaine de la haine, et même de toutes les haines. Des bistrots aux studios, des colonnes des journaux aux réseaux sociaux, on n’a pas franchement parlé printemps. On dirait plutôt que les Français avaient envie d’étriper tous ceux qui ne votaient pas comme eux. « Même s’il a surpris les gogos, le ralliement de M. Dupont-Aignan était écrit, observe Franz-Olivier Giesbert dans Le Point. Il est même logique : quand on a la haine de l’autre, de l’Europe, du monde entier, il y a de fortes chances, à moins d’être d’extrême gauche, que l’on soit lepéniste. » Cher Franz, je ne vois vraiment pas en quoi la haine des souverainistes ou des avocats du protectionnisme serait plus honorable.

Le haïr, c’est la pire façon de s’opposer

Toutes les haines, bien sûr, n’ont pas joui du même statut. Dans les médias, et chez les people, la haine du Front national et de sa candidate ne se discutait pas, on l’encourageait comme un devoir civique. Forcément, puisque c’était « la haine contre la haine », excuse admirable et tordante (il faudra m’expliquer un jour pourquoi cette haine de la divergence au nom de l’amour de la différence ne fait pas hurler de rire tout le monde). On aura aussi découvert la haine de l’abstentionniste, traité d’irresponsable, de crétin ou de lepéniste passif. Sans oublier les admonestations de François Hollande, jusqu’au jour du vote où son appel cousu de fil blanc à voter Macron, en violation flagrante de la loi, a bien dû rapporter quelques voix à sa rivale.

Toutefois, il faut souligner qu’Emmanuel Macron a été la cible d’attaques tout aussi haineuses, sur les réseaux sociaux ainsi qu’à travers les diatribes de Marine Le Pen et de pas mal de mélenchonistes contre « le candidat de l’argent » ou « le banquier » – curieusement, cet amalgame éhonté n’a pas suscité l’indignation habituelle des associations. Dans ce registre, on distinguera la tribune de François Ruffin, soutien de Jean-Luc Mélenchon, dans Le Monde: « Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï », martèle-t-il avec une fausse désolation à l’endroit de Macron, expliquant longuement tout ce qui, selon lui, justifie cette haine. Il y a six mois, toutes ces grands âmes de gauche applaudissaient un homme qui, ayant perdu son épouse au Bataclan, lançait « vous n’aurez pas ma haine » aux djihadistes, mais Macron mériterait la nôtre ? Je n’achète pas – pas plus que je n’achète pour Mélenchon, Le Pen ou Jacques Cheminade, que je m’autorise cependant à trouver ridicule.

Que l’on combatte la politique et les idées d’Emmanuel Macron, que l’on s’agace et que l’on s’inquiète de son côté « moderne de chez moderne », fort bien – tout cela est prévu, chers lecteurs –, mais pardon, je ne vois aucune raison de le haïr. Et encore moins d’encourager la haine des autres. Pratiquée avec autant de bonne conscience, de manichéisme et de sottise que l’antifascisme de bazar, cette rhétorique, qui érige le libéralisme en Satan alternatif, réconcilie une grande partie des troupes du FN et de France insoumise. Et cette convergence vers un nouveau récit binaire n’est pas une bonne nouvelle.

« La France qui perd » n’a pas de champion

Tous les commentateurs l’ont noté, les résultats du premier tour ont esquissé le tableau d’une France divisée, entre gagnants et perdants de la mondialisation, entre oubliés et chouchous de l’histoire – bref une France qui ressemble sacrément à celle de Christophe Guilluy, avec ses métropoles qui votent bien et sa périphérie qui vote mal. Ce soir, « la France qui gagne » a gagné. Démocratiquement – quels qu’aient été les manquements au pluralisme réel. Cependant, si « la France qui perd » a perdu ce soir, ce n’est pas parce que le pays est majoritairement acquis aux thèses du « Parti de demain », expression que Jean-Claude Michéa applique à la gauche d’aujourd’hui mais qui sied à merveille au nouveau président, mais parce qu’elle manque de porte-paroles dignes de porter ses aspirations et ses inquiétudes. La plus grave erreur qu’Emmanuel Macron pourrait commettre serait de mépriser ces électeurs défaits dans les urnes et d’ignorer les questions pressantes qu’ils posent avec constance.

Il est vrai que cette France des perdants, qui partage a minima une sorte d’humeur mélancolique devant la disparition des anciens cadres de l’existence, est aussi très divisée dans ses aspirations, ses représentations et ses intérêts. Elle peut faire cohabiter dans le refus – de l’Europe, de la marchandisation – le catho de Versailles et le chômeur de Poissy. Pour autant, on voit mal sur quelle base elle constituerait un parti. Or, l’autre France, celle qui n’aime pas les frontières et qui est aux manettes ce soir, constitue depuis longtemps un bloc sociologique, voire une véritable classe sociale au sens marxiste du terme. Aujourd’hui, elle est peut-être en train de faire son unité politique.

Vers une vaste et salutaire clarification idéologique

Après le jeu de massacre qui a vu le favori de l’élection, mais aussi les deux partis que l’on disait « de gouvernement » disparaître du deuxième tour, puis le premier parti de France perdre de sa superbe après la prestation calamiteuse de sa candidate, on a beaucoup parlé de confusion. En réalité, nous vivons peut-être le début d’une vaste et salutaire clarification idéologique. Au lieu de ricaner les ralliements à En Marche !, on devrait en souligner la cohérence: voilà des années qu’on ne comprend pas ce qui empêche Pierre Moscovici, Alain Juppé, François Hollande de travailler ensemble et qu’on comprend encore moins ce que font ensemble Hamon et Valls d’un côté, NKM et Wauquiez de l’autre. De plus, on s’énerve, à bon droit de voir deux partis s’empailler tous les cinq ans, pour mener peu ou prou la même politique.  Emmanuel Macron incarne avec talent ce que Marine Le Pen appelait l’UMPS. Européen et libre-échangiste décomplexé, à la différence de François Hollande qui a passé son temps à faire semblant de mener une autre politique que la sienne, il sera peut-être en situation de mener une forme chimiquement pure de cette politique dont on nous dit tous les jours qu’elle a fait merveille dans toute l’Europe.

Un peu moins de la moitié des électeurs inscrits ont choisi Emmanuel Macron et moins d’un quart sa rivale ; cela prouve bien qu’aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative à l’option « progressiste » qui est en réalité une option européiste et libre-échangiste (qui n’est pas infamante mais contestable). « Celles-et-ceux » qui ne veulent pas de l’avenir post-national et multiculti qu’on leur promet ont cinq ans pour en construire une – et, peut-être trouver leur Macron. Ou leur Macronne.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 13 Mai 2017 à 16h47

      reflechisson dit

      en effet MACRON a gagner que très faiblement.iL est vrais qu après avoir lu son livre,
      on ne peu que rester dubitatif tant de contradictions s expriment dès la première page
      de son livre et que l on connait la suite (les memes visages et les memes hommes,depuis tant d années.)En effet les robert hue bayrou ect ,tous des perdreaux
      de l année.(je suis convaincu que les unscomme les autres ont tort.Ce sont leurs modeles,leurs recettes qui ont simplement échoué) On ne peut qu etre d accord,mais
      dans ce qui suit ,dans les méthodes nous avons le droit d en douter. Pour l instant
      l europe de monnet a montré son echec et le multiculturalisme le plus important
      d europe en france semble ouvrir de grandes difficultés.Soyons democrate et attendons les résultats.

    • 13 Mai 2017 à 12h30

      Pol&Mic dit

      “La France qui gagne a gagné, l’autre n’a pas fini de se chercher”……
      …..ça m’a fait sourire…….
      l’autre n’a pas fini d’en ch.er!

      • 13 Mai 2017 à 15h48

        Livio del Quenale dit

        Bé non !  Gagné ou pas gagné, on est tous dans le mm bateau!

         C’est maintenant que l’on va voir, ce que l’on doit voir
        si le capitaine , comme l’autre ou pas, est un capitaine de pédalo.

         Le théâtre, les tirades, la harangue, les paillettes, c’est fini, on entre dans le dur, on ne dit plus, on ne promet plus, il va falloir faire, ce que l’on a dit.

         

    • 13 Mai 2017 à 12h17

      Aristote1 dit

      Je suis d’accord avec Mordor.Elizabeth Lévy, je vous trouve cette fois-ci bien conciliante avec Macron. L’article de Brighelli était bien plus incisif et pertinent.

    • 13 Mai 2017 à 11h28

      floréal50 dit

      Une de mes connaissances, un antiquaire de quartier, sérieux mais un peu vieux, un peu vieux genre, vient de se faire agresser dans sa boutique et passer à tabac (avec du sang partout !) en pleine après-midi. Tous les bijoux anciens de sa vitrine ont été dérobés
      Bon, quand on pense à la politique de ces derniers jours, la réalité devient insupportable en proportion directe des mensonges que tout le petit monde des manipulateurs parvient à nous imposer, avec rubans, cérémonies, intronisations et discours à venir.
      Macron court à la casse parce que même les mots (du succès ou de la défaite) ne signifient plus rien. En marche ? Le nombril a ses raisons que la marche ne connaît pas.

    • 12 Mai 2017 à 20h28

      mordor dit

      Je vous trouve bien tiède, presque pro Macron, votre article est terriblement décevant.

    • 12 Mai 2017 à 10h36

      Caminho dit

      Espèrons qu’elle ne fasse pas que commencer.

    • 10 Mai 2017 à 12h18

      remember1962 dit

      Vous mentez Mere Levy comme tous les journeaux qui sont a la solde et a l’ecoute de l’Elysee et vous le savez tres bien. L’eglise pedophile,les musulmans et les juifs associes aux journaux et radio/chaine TV,banque Lazard, banque Rothschild,Berge,Drahi qui n’ont aucune conviction de gauche ou droite, leur seule croyance c’est la finance,sans oublier Morgan-Stanley filiale du PS+ tous les abrutis de veaux francais qui meuglent a longueur d’annne+la CGT+ Low Rating(Sarkozy)la mule pyreneenne Bayrou , Cohn-Bendit(pedophile allemand brulant le drapeu francais en 1968).On offre la nationalite francaise comme une tranche de saucisse casher) C’est une honte.Vous verrez Macron l’ami des arabes…musulmans qui veulent votre perte, vous verrez un ephebe transparent comme l’a ete l’andouille Hollande. L’ecoeurement

    • 10 Mai 2017 à 3h30

      Livio del Quenale dit

      marcovitch2001 dit 9 Mai 2017 à 22h52  
      &&& Faites contre mauvaise fortune bon coeur jusqu’au bout &&&
      -
       On l’a fait 5 ans pour son “peuuure” 5 ans de plus pourraient bien faire, une bielle coulée, sauf qu’on est dans la même bâteau

    • 9 Mai 2017 à 22h52

      marcovitch2001 dit

      Faites contre mauvaise fortune bon coeur jusqu’au bout, Elisabeth ! 
      Pour nos idées c’est très mauvais, mais pour votre journal, c’est excellent!  
      J’aime votre conclusion, qui nous donne l’espoir d’un parti conservateur, dans toute la noble acception de ce terme.

    • 9 Mai 2017 à 21h06

      groach dit

      La première clarification consisterait à expliquer que le budget de la France, comme celui des autres membres de l’UE, doit être validé par la commission européenne. Laquelle donnera ce mois ci ses “recommandations” pour chaque pays.

      Emmanuel Macron vient d’être rappelé à l’ordre par Jean-Claude Juncker et par Pierre Moscovici. L’un lui indiquant que les français dépensent trop et mal; L’autre lui indiquant que la date butoir de respect des 3% est 2017.

      Le reste est de la littérature. Même si cette littérature là aurait du conduire à des débats sérieux.

      Combien coûtent par an les aventures au Mali, au Sahel, en Irak et en Syrie ?

      Quel est l’impact sur la capacité de nos armées à défendre en Europe ? (Parce que l’attrition des matériels est préoccupante et qu’une armée de corps expéditionnaire n’est pas une armée apte à se battre contre une armée conventionnelle)

      Quel sera le coût des embauches annoncées dans la police et la gendarmerie. (Qui n’ont pas forcément besoin d’effectifs supplémentaires d’ailleurs mais bien besoin d’équipements de qualité et d’un cadre juridique moins complexe et contraignant)

      Mais surtout quelles seront les nouvelles contreparties que Mr Macron consentira s’il est incapable de respecter la date butoir pour être dans les clous ? Parce que nos partenaires n’admettront pas encore longtemps que la France s’affranchisse des efforts que, eux, ont fait pour respecter leur parole.

      Et ils auront bien raison !

    • 9 Mai 2017 à 6h26

      Fioretto dit

      « L’injonction permanente à la tolérance »

      “J’ai perdu ma mère il y a trois ans, et je peux vous dire que dans ces moments-là, on alterne les phases d’angoisse insurmontable et les phases où on flotte dans l’air, où on fonctionne comme en pilotage automatique, ce qui nous pousse à nous raccrocher aux rites sociaux, faute de mieux. Etienne a fait de son mieux pour rendre hommage à son compagnon, sa déclaration est à mes yeux le signe d’une énorme pression sociale et politique, de ce que j’appelle l’injonction permanente à la tolérance. Etienne a fait exactement ce qu’on lui a désigné comme la chose à faire. Il a fait ce qu’a fait Antoine Leiris, adoubé victime-star du Bataclan par tous les plateaux de télévision, et a répété le fameux slogan. Trois jours après que sa femme a été tuée par des djihadistes, le journaliste Antoine Leiris a publié un texte sur Facebook intitulé « Vous n’aurez pas ma haine », en a fait un livre puis un reportage et a été invité sur tous les plateaux à répéter son « message humaniste ». Journaliste jusque dans la mort de sa femme, il a livré clés en mains à ses confrères la formule, le story telling que tous les professionnels de l’information voulaient entendre. Antoine Leiris a façonné le moule parfait de la bonne victime du terrorisme, Etienne Cardiles s’y est conformé.”

      ….

      A lire excellent article
      https://www.bellica.fr/vous-aurez-ma-haine

      • 9 Mai 2017 à 6h30

        Fioretto dit

        “Je ne peux pas croire Etienne Cardiles quand il dit « Je soufre sans haine ». Je ne peux pas croire que la niaiserie ambiante ait annihilé toute haine, tout instinct vital dans le cœur d’Etienne. Xavier est mort il y a 6 jours et j’ai encore la haine. Karim Cheurfi, le terroriste qui a tué Xavier, était censé être en prison le soir de l’attentat. Il avait été condamné à 20 ans de prison pour avoir tenté d’assassiner deux policiers en 2001… et avait été libéré au bout de 5 ans. En février, le même Cheurfi a été visé par une enquête car il avait explicitement fait part de son projet de tuer des policiers, puis relâché car il n’avait pas nommé les policiers. Et nous serions censés ne pas être en colère ?”

        • 9 Mai 2017 à 22h25

          Flo dit

          Cela prouve qu’il reste encore des gens sains dans les veines desquels circule autre chose que du jus de navets. Cela rassure un peu.

        • 9 Mai 2017 à 22h29

          Flo dit

          Oui, c’est vraiment excellent.

      • 9 Mai 2017 à 7h50

        Hannibal-lecteur dit

        Fioretto, la haine n’est interdite à personne. À chacun selon sa conscience. 
        Pour autant, il semble que la mode actuelle préconise le masochisme à la place de la haine : la haine de soi plutôt que celle de l’autre … Une philosophie de couille molle. Qui rejoint un peu celle de l’Église catholique, mais c’était il y a longtemps, quand il fallait préserver les seigneurs de la populace, et c’est bien fini aujourd’hui. 
        La colère de Jésus dans le temple, ça pouvait pas être de la haine, c’est incompatible avec lui mais …ça n’en était pas loin. Alors, à chacun la sienne et tous nos souhaits de bonheur aux maso. 

    • 8 Mai 2017 à 23h29

      berezina dit

      Pour être plus précise, j’ai «sous -entendu» que Melenchon , qui a bien une envergure de leader à mon sens, ne pouvait rassembler suffisamment avec un programme quasi révolutionnaire pour une bonne part de Français nantis. Or, quel autre candidat pouvait freiner la montée en flèche de Macron..Fillon étant mis quasi hors jeu..?(Il y aura impunité pour ceux qui l’ont descendu au moment favorable ?)