Rapaces, déclassés et dindons: les trois France du président Macron | Causeur

Rapaces, déclassés et dindons: les trois France du président Macron

Voyage au pays du totalitarisme démocratique

Auteur

François Martin
Consultant et conseiller municipal.

Publié le 15 juin 2017 / Société

Mots-clés : ,

macron france peripherique legislatives

Soutiens de Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. Sipa. Numéro de reportage : 00798830_000007. AP22031819_000009 et Numéro de reportage : 00634023_000038.

C’est une nouvelle fable de La Fontaine. Dans un pays imaginaire, sur une île, vivaient trois sortes d’animaux : des rapaces, des lemmings et des bernards-l‘hermite.

Des rapaces à l’affût

Les rapaces étaient les moins nombreux. Ils vivaient dans les airs et sur les branches des arbres. Certains d’entre eux étaient des aigles. Avec leur vision d’en haut et leur regard perçant, rapides, efficaces, puissants, affûtés, ils n’avaient pas de mal à se nourrir dans l’écosystème très ouvert de cette île, qui disposait d’une géographie où se cacher n’était pas possible. Comme tous les animaux des fables, ils avaient évidemment un métier : ils étaient grands bourgeois, intellectuels, hauts fonctionnaires et magistrats, grands financiers, politiciens véreux, patrons d’affaires, de presse et journalistes. Ils étaient riches. Ils habitaient les plus beaux endroits de l’île. Leurs enfants fréquentaient les meilleures écoles privées. Dans cette société, ils étaient, si l’on peut dire, les « gagnants de la mondialisation ». A cette aristocratie animale s’étaient joint d’autres rapaces, plus petits, des arrivistes de toutes sortes, qui rêvaient de ressembler un jour à ces aigles. Adeptes du libéralisme, ils aimaient par-dessus tout l’ouverture tous azimuts des marchés et des frontières, et la « liberté », celle où on arme les forts (par la compétitivité), où on désarme les faibles, où on enlève les arbitres, puis où l’on dit « voyons donc si du bain de sang sortira quelque chose de positif ». Ces rapaces se sentaient, si l’on peut dire, comme des poissons dans l’eau, depuis que l’un d’entre eux avait pris le pouvoir récemment sur cette île, après une élection présidentielle parfaitement trafiquée.

Beaucoup de dindons de la farce

Les lemmings étaient plus nombreux. Ils logeaient sur les terres, dans des terriers individuels qu’ils tentaient d’agrandir, tout comme leurs réserves de graines, tout au long de vies durement travailleuses. Ils formaient, pour la plupart, une bourgeoisie moyenne et petite. Constamment sous la menace des rapaces, ils vivaient terrorisés par les opportunités et les risques du système très ouvert de l’île, comme ils l’auraient été tout autant par une géographie fermée ou désertique, où leurs possibilités de « s’enrichir » auraient été moindres. Bien qu’ils en aient peur, lors des élections, ils suivaient en général naïvement les rapaces, espérant ainsi ne pas se trouver trop appauvris et déclassés. Comme les autres lemmings, ces petits rongeurs mythiques du grand nord, dont on raconte qu’ils se suicident en masse pour éviter la surpopulation, ils étaient prêts à tous les aveuglements, pourvu qu’ils évitent la vie et le comportement des bernards-l‘hermite. Dans cet écosystème très injuste, ils se rendaient évidemment parfaitement compte qu’ils étaient les « dindons de la farce », la réserve de nourriture des rapaces, les « idiots utiles » de l’île, mais ils avaient trop peur de la mort ou du déclassement pour quitter la file des autres lemmings, alors même, c’était évident, que se mettait en place, peu à peu, une organisation sociale de plus en plus élitiste, où très peu d’entre eux pourraient un jour ressembler aux rapaces, ou même « sortir du lot » en rachetant, avec leurs réserves de graines, suffisamment d’autres terriers.

La masse des déclassés

Les troisièmes, les bernards-l’hermite, étaient les plus nombreux. Ils vivaient en larges colonies, sur les rochers et les cailloux près des plages, là où il n’y avait pas grand-chose à manger. Incapables de se déplacer rapidement, ils tentaient tant bien que mal, avec leurs pinces, d’attraper avec difficulté ce qui passait à leur portée. Ils étaient, peut-on dire, les perdants et les déclassés de la mondialisation. Ils étaient paysans, ouvriers, petits commerçants et artisans pour la plupart. Ils auraient bien voulu migrer vers d’autres plages, là où la nourriture était plus abondante, mais les autres animaux ne le leur permettaient pas. Majoritaires, mais désabusés, fatalistes, ils avaient depuis longtemps abdiqué le combat démocratique. Depuis le départ d’un lointain dirigeant (un certain Général de Gaulle), ils avaient été de déception en déception, sans se rendre compte qu’ils étaient eux-mêmes, pour une large part, responsables de leurs malheurs, ayant presque systématiquement écouté les sirènes et adoubé les divers rapaces et carnassiers de toutes plumes et de tous poils, qui s’étaient présentés à leurs suffrages. Trompés, humiliés, déclassés, abandonnés, sans perspectives, ils ne croyaient plus à rien. Déclarant après chaque échec successif « Tous pourris », mais incapables de véritables analyses politiques, d’autocritique ou de sursaut, ils vivaient repliés dans leurs coquilles, sortant à peine quelques antennes au moment des grandes batailles électorales, pour se renfermer ensuite rapidement, et de plus en plus, dans le regret nostalgique du passé, la précarité, le ressentiment amer, le fatalisme et l’abstention.

Sans le savoir, ils étaient les plus utiles à la pérennité du système, servant de repoussoir parfait aux lemmings, qui n’avaient qu’une peur, leur ressembler. Ils n’avaient pas non plus conscience de leur pouvoir de masse, et n’avaient jamais réussi, ni vraiment voulu, depuis l’origine, à faire changer les rapports de forces. Leurs représentants, eux aussi, s’en étaient bien gardés, préférant pérorer sur les cailloux plutôt que de se risquer à de difficiles négociations politiques avec les autres animaux.

Et tout cela fait… d’excellents Français

Dans ce pays imaginaire, sur cette île, l’écosystème était très réussi, car rapaces, lemmings et bernards-l’hermite vivaient, sinon en paix, du moins en parfait équilibre. Tous avaient intégré, en effet, une culture du totalitarisme démocratique, apparemment irrationnelle, mais en réalité très élaborée : aux rapaces, le pouvoir et ses avantages, aux lemmings la peur et l’espoir de vivre mieux, aux bernards-l‘hermite, enfin, la précarité, l’humiliation et le regret lancinant du passé. Tous avaient parfaitement compris et assumé leur rôle, assurant au système politique de l’île, avec le temps, une grande stabilité, dont tous, finalement, s’étaient satisfait. Evidemment, toute ressemblance avec un pays réel et avec des élections législatives récentes ne serait que pure fantaisie.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 16 Juin 2017 à 13h02

      Gavroche64 dit

      Sous la forme d’un conte, c’est très bien ; il fallait en rester là et ne pas y mêler des considérations prosaïques d’ordre politique (“un certain Général De Gaulle” entre autres,…), ce qui enlève de la saveur au texte.

    • 15 Juin 2017 à 18h14

      ruanluis dit

      S’il faut chercher une fiction qui nous ressemble, j’aime bien Angry Bird . Tout y est…

    • 15 Juin 2017 à 17h14

      Don QuiRote dit

      Billevesées d’un mauvais drôle dont la convoitise n’a point été contentée.

    • 15 Juin 2017 à 17h07

      i-diogene dit

      F. Martin oublie un animal, qui, bien qu’inutile est très présent sur cette île:

      - les mouches, qui, comme dans la fable de La Fontaine, prodiguent mille et une critiques, conseils et recommandations, mais ne produisent que des crottes grassement nourries par les restes de tout l’ écosystème..!^^

      • 15 Juin 2017 à 17h35

        durru dit

        C’était pô juste, on avait oublié i-diogene..!^^

    • 15 Juin 2017 à 16h50

      Nourig dit

      Excellent !!!

    • 15 Juin 2017 à 16h28

      Pyrrhon dit

      Un totalitarisme “tout court”, semble, effectivement, bien préférable.

    • 15 Juin 2017 à 16h15

      Kernoa dit

      Article intéressant, en tous cas jubilatoire sur certains points. Une belle fable qui rappelle Anatole France avec son Île des Pingouins.
      On retrouve une belle descriptions des trois classes sociales: supérieure, moyenne, populaire.
      C’est très bien , on rit bien, mais encore une fois il faut déplorer l’imperfection certainement volontaire de ce genre d’exercice de style qui plombe sa portée politique.
      Il manque quelque chose d’important dans la chute de l’article: je cite ” Tous avaient parfaitement compris et assumé leur rôle, assurant au système politique de l’île, avec le temps, une grande stabilité, dont tous, finalement, s’étaient satisfait. Evidemment, toute ressemblance avec un pays réel et avec des élections législatives récentes ne serait que pure fantaisie.”
      Et patatras, voilà que ce territoire, ce pays imaginaire où les équilibres sociaux et politiques s’étaient établis depuis des siècles, l’Île fut envahie par des flux migratoires de nouveaux occupants qui sont venus perturber ces équilibres établis depuis des millénaires dont seuls les rapaces ont su tirer profits et enrichissement personnels. En ce qu’il concerne les lemmings, au début, fiers comme des bisounours ils se sont auto félicités de leur grande bonté d’âmes, applaudissant même l’arrivée de ces nouveaux animaux tout en tirant de petits bénéfices à leur arrivée alors que les bernard-l’hermite se sont assez rapidement, que ces migrants seraient des concurrents à problèmes. Les déclassés se distinguent en effet par leur propension à se faire concurrence.
      Toute ressemblance avec des pays occidentaux existants est fortuite.
      Au fait, à quel type d’animal pourraient se comparer ces migrants?
      Je n’ose le faire.

      • 15 Juin 2017 à 17h27

        i-diogene dit

        … Autre scénario:

        - les nouveaux arrivants, d’une diversité foisonnante, apportèrent un sang neuf et vigoureux, engendrèrent de nouvelles espèces par métissages, plus performantes et mieux adaptées..!^^

        .. Ainsi fonctionne la nature et l’ évolution: les organismes dégénérés disparaissent au profit de ceux qui ont su s’ adapter et prospérer..!^^

        • 15 Juin 2017 à 18h53

          Maringo dit

          C’est les Européens que vous voyez en organismes dégénérés et les migrants en organismes sachant s’adapter ?… Je suis perplexe.
          Vu qu’ils fuient leurs pays c’est plutôt qu’ils n’arrivent ni à s’adapter ni à adapter leurs pays à leurs besoins.

        • 16 Juin 2017 à 6h54

          Ligure dit

          C’est beau comme du Gobineau mâtiné de Terra Nova. En plus il y a une morale à tirer.
          Les lemmings, en sus de toutes les qualités déjà décrites, respectent la force brutale qu’ils considèrent comme la preuve d’un “sang neuf et vigoureux” .
          Ils kiffent la barbarie – barbue ou casquée – comme Cocteau aimait les boxeurs.

    • 15 Juin 2017 à 15h10

      rolberg dit

      La révolution française n’était pas prolétarienne. Les bourgeois l’ont modelé à leurs intérêts. et ça dure…

    • 15 Juin 2017 à 14h54

      Liamone dit

      La presse considère que non seulement elle est le gendarme de la bonne marche de la République mais qu’elle détient aussi une part importante du pouvoir exécutif. Elle dit ce qu’il aurait fallu faire à la place de ce qui a été fait et voudrait surtout que l’exécutif, et plus particulièrement le chef de l’Etat, lui annonce ce qu’il fait au jour le jour et ce qu’il envisage à court et à moyen terme. C’est là le côté pipelette de Sarkozy et François Hollande, qui n’avançaient que dans la frénésie de la communication : Dire qu’on va le dire, le dire et dire qu’on l’a dit. Il faudra que nos médias comprennent qu’ils n’ont pas le monopole du pouvoir et que le côté pipelette est nocif à la bonne marche de l’Etat et au respect des citoyens pour le gouvernement qu’il s’est choisi. Le pouvoir exécutif est légitime car désigné par des élections démocratiques. Le pouvoir transmis à l’exécutif par le peuple doit être respecté.

    • 15 Juin 2017 à 14h47

      ZOBOFISC dit

      Le choix du bernard-l’hermite est intéressant. L’auteur aurait pu développer une spécificité de cet animal qui est le très périlleux processus de changement de coquille.
      Quand l’animal se sent à l’étroit dans son HLM, il part en quête d’une coquille vide plus spacieuse. Puis, il vérifie qu’il est seul, non par pudeur, mais par sécurité, et extrait son ventre mou de sa coquille pour le glisser prestement dans son nouveau logement.
      S’il a été très prudent et perspicace, cela se passe sans encombre, mais s’il n’a pas vu le prédateur qui guettait, il est foutu.
      A noter que le prédateur en question peut être un rapace fondant du ciel, mais aussi un autre bernard-l’hermite aux aguets.

      Toutefois, le Bernard-l’hermite me paraît une espèce encore trop combative pour illustrer cette classe majoritaire qui subit dans se rebeller. Personnellement, j’aurais opté pour la métaphore « boudardienne » du cloporte.