Macron: après lui, le FN? | Causeur

Macron: après lui, le FN?

Si sa “perestroïka” échoue…

Auteur

Pierre Brunet

Pierre Brunet
est écrivain.

Publié le 17 mai 2017 / Politique

Mots-clés : , ,

Affiches électorales près d'un bureau de vote de Rome, mai 2017. SIPA. AP22049693_000003

J’ai un grand frère. En plus d’être un peu plus âgé que moi, il est probablement plus original. Déjà il porte un patronyme différent du mien (il s’appelle Patrice Vivancos) pour des raisons familiales compliquées. En plus c’est un cinéaste, et il regarde les choses en perspective, toujours. Enfin il habite et travaille à Bruxelles, capitale d’un pays aussi sympathique que surréaliste, et capitale de l’Europe, celle dont on a beaucoup parlé (« peu en bien » comme disent les Corses) pendant la campagne présidentielle française, et dont Emmanuel Macron, jeune vainqueur de ladite campagne, est un partisan avoué et, apparemment, résolu.

Une « petite révolution »…

Donc, voici que nous échangeons, avec le frangin, sur les choses du monde, et les résultats de la présidentielle française, et celui-ci finit par m’écrire un courriel, dans lequel il reconnait que la France a fait une « petite révolution » en élisant un président quasi inconnu et jeune, mais, me rappelle-t-il, Zapatero, Merkel ou Renzi l’étaient également quand ils ont accédé au pouvoir, dans leurs pays respectifs… Vu de Bruxelles, donc, d’où l’on voit à la fois la France et l’Europe, la jeunesse de Macron n’est pas non plus une révolution copernicienne. Ah oui, me dis-je alors…

Ce que n’avaient pas réussi Zapatero, Merkel ou Renzi, continue le frangin, c’était d’y parvenir en dehors des partis traditionnels. Mais cette performance, me dit-il, ne préserve pas beaucoup de ceux qui ont voté pour lui – surtout au deuxième tour – d’un doute, car, m’explique-t-il, comment envisager l’avenir quand les références historiques manquent ?

Ah oui…, répondis-je (je ne fais pas le malin devant mon grand frère, il a la répartie facile et parfois cinglante, je préfère voir ce qu’il a dans ses tiroirs), et toi, tu vois quoi, comme référence historique, sur le cas « Macron président » ?

J’en vois deux, petit frère, me répond-il sans hésiter : regarde, c’est simple, même toi tu peux comprendre :

Une première approche, en termes de référence historique pessimiste, consisterait à voir en lui un nouvel « Aiglon » (Sarkozy endossant le rôle de Napoléon et Hollande celui de Talleyrand). Un Aiglon impuissant, bridé dans une logique européenne et, financièrement, mondialiste, qui serait un carcan équivalent au palais viennois où l’Aiglon était enfermé ; son titre et sa jeunesse brillant alors dans un palais de l’Elysée vide de pouvoir…

… qui peut avoir de grandes conséquences

Une autre approche ou référence qui pourrait être intéressante, serait celle de Gorbatchev, lequel accomplit aussi une révolution dans le système postrévolutionnaire de l’URSS. Etait-il un rusé stratège soviétique qui œuvrait à sauvegarder ce qui pouvait l’être ? Ou un audacieux réformateur, humaniste et par ailleurs inconscient du fait que ses réformes allaient mettre en branle des forces diverses, des énergies collectives qui aboutiront à l’effondrement de l’Union soviétique ?

D’accord, dis-je au frangin, j’ai compris. Mais, muni de ces références historiques, c’est quoi, alors, la morale de l’Histoire (l’Histoire avec un grand « H », celle en train de germer sous nos yeux) ?

Ben c’est pas sorcier, petit frère, même toi tu devines déjà la morale de l’histoire ; comme tu l’as appris à l’école, l’Histoire nous apprend que les révolutions accouchent souvent de dictatures, en un balancier censé rééquilibrer et sublimer le chaos inquiétant en un « ordre nouveau », ou par une sorte d’aménagement naturel qui ferait se succéder nécessairement changement et retour à la tradition…

Mais le fait est, conclut mon grand-frère de Bruxelles, que, comme Bonaparte ou Poutine, le FN peut hériter et profiter, soit d’une révolution avortée et impuissante, soit d’une explosion « d’énergies collectives ».  L’Histoire aurait raison mais la France aurait un bien sombre avenir.

>> A lire aussi: Christophe Guilluy: «En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la présidentielle»

Ben c’est marrant, mais Macron en Aiglon ou en Gorbatchev, ça a continué à me trotter dans la tête, en regardant les débats sur BFM TV et « C dans l’air »… Sacré frangin.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 22 Mai 2017 à 11h56

      Pihoui dit

      Pour le 2ème tour je me suis refusé à choisir entre la peste et le choléra, préférant tenter de rester en bonne santé. Je me suis fait assaillir de tous côtés…Après résultat je ne regrette toujours pas mon non-choix. L’un de mes arguments de défense a consisté à avertir que voter Macron aujourd’hui c’était probablement voter FN pour demain. Je ne pense pas avoir eu la berlue en entendant Macron annoncer le retour à la proportionnelle pour les prochains scrutins, au delà des législatives de Juin, lors du débat télévisé. Or grâce à son “grand-père” Mitterrand, le FN était entré en fanfare à l’Assemblée (36 Députés) en 1986 je crois ! La seule fois où le FN ait pu disposer d’un groupe constitué, grâce à la proportionnelle ! J’avais bien d’autres arguments que je laisse dans la discrétion maintemant que Macron est en place. Après tout il ne lui sera pas interdit de bien faire ! Pas très difficile après 5 années de galère hollandaise !

    • 20 Mai 2017 à 9h58

      keg dit

      Attention, 12 millions de peureux veillent au grain? La prochaine fois, ils voteront peut-être pire que Macron, pour le peu qu’on les y pousse. Les girouettes du suffrage font le vent de l’Histoire, alors qu’ils devraient faire l’Histoire et non un pet de travers….

      http://wp.me/p4Im0Q-1Q6

    • 19 Mai 2017 à 15h50

      lafronde dit

      L’après Macron si par malheur il avait une Majorité à la Chambre, ce serait “Soumission”.

      Macron l’a dit et répété : “je suis progressiste, et je veux rassembler tous les progressistes”. Macron a approuvé l’immigration-invasion de l’Allemagne par les migrants musulmans. Il en a félicité Merkel, et il veut faire la même chose en France.

      Pour Macron, l’immigration de masse c’est progressiste, donc il la laisse venir. Au citoyen de faire la différence entre un gouvernement progressiste et un gouvernement patriote.

      Selon Macron la France “n’a pas de culture figée”, “la France est un projet” (progressiste !)

      Instruits des précédents Mitterrand, Jospin et Hollande, les français doivent savoir qu’un président ou un gouvernement socialiste ne sont pas des dirigeants POUR la France, mais pour faire advenir le socialisme.
      Hé bien avec Macron c’est pareil. Il est progressiste, il sera un président POUR instaurer un progressisme irréversible, et pas un dirigeants pour la France.

      Politique progressiste d’autant plus dangereuse qu’elle favorise avec l’immigration une invasion-colonisation définitive. Le grand remplacement, c’est maintenant !

      Français, sachez que pour les progressistes la nationalité française se distribue à n’importe quel migrant servant leurs desseins, en vertu des droits-créances donnés par l’Union européenne et la CEDH. Si vous estimez que le français (au delà de minorités liées à l’Histoire de France, et au mérite individuel des naturalisés) est d’abord un Peuple qui doit perdurer par filiation vous avez intérêt à vous manifester aux Législatives. Sinon il sera trop tard. Les islamiques seront en majorité relative chez les jeunes, comme c’est déjà le cas en Allemagne.

      Avant d’être un animal politique, l’homme est un animal tribal.

      Une citoyenneté sans communauté tribale, c’est comme la prêtrise sans la sexualité, personne n’y croit, et c’est invivable !

    • 19 Mai 2017 à 10h41

      QUIDAM II dit

      Macron entend gouverner par ordonnances et démolir les lois sociales.
      Marine le Pen entend consulter le peuple par référendum et préserver autant que possible le système social français.
      Qui est «  de droite » ?
      Après Macron, ce sera, de toute façon, plus de démocratie, même si Marine le Pen accède au pouvoir.

    • 19 Mai 2017 à 8h37

      Livio del Quenale dit

      l’idée est de pousser à bout l’électorat pour qu’il se désintéresse. Ce sera alors le règne des voyous, ce qui est déjà le cas, mais là, se sera vers une dictature, avec en embuscade les islamistes et la grande finance mondiale. En quelque sorte, le pays sera la proie des charognards. Ou alors, si l’Europe arrive à survivre, elle annexera la France, ce qui quelque part est déjà le cas, nous venons d’avoir 5 ans de gouvernement fantôme, alors un peu plus , un peu moins … (notez la soumission Macron à Oma Angela, notez aussi qu’il a des aptitudes de ce coté là)

    • 18 Mai 2017 à 19h45

      marcopes dit

      le gouvernement Macron n’est pas sans rappeler celui de Sarkozy en début de mandat , Macron rend la politesse à la droite et c’est d’autant plus facile n’étant pas de gauche comme ce qui reste du ps d’ailleurs ; finalement rien de bien nouveau dans cette alternance et les français ne semblent pas lassés

    • 18 Mai 2017 à 19h11

      Terminator dit

      Et vous croyez vraiment que l’Islam conquérant n’aura pas son mot à dire dans cette histoire ?

    • 18 Mai 2017 à 11h56

      distrait dit

      Vous allez nous chanter ca pendant 5 ans ?
      Franchement faudrait deja que le FN fasse son aggiornamento en sortant la famille Le Pen du circuit et vu le QI moyen dans ce parti ca se fera avec du sang sur les murs sans la belle unite de façade que nous presentait le trust familial.
      Macron aura certainement des tentations bonapartistes si les choses se passent bien pour lui ou plutot si l’opportunite presente. Esperons qu il saura depasser el cadre hexagonal et se placer au niveau d un vrai gouvernement europeen. Il a le temps devant lui… contrairement aux vieux croutons racis de l extreme droite

      • 18 Mai 2017 à 13h32

        José Bobo dit

        L’idéal (dont nous nous rapprochons avec cette brillante élection) serait un gouvernement européen qui ne serait pas élu, ou élu d’une manière tellement complexe que personne ne la comprendrait. Cela permettrait enfin aux experts, technocrates et autres énarques, les seuls à être compétents, de diriger cet ensemble géographique et économique vers un avenir assurément radieux…

      • 18 Mai 2017 à 15h21

        rolberg dit

        Va t’acheter un clavier français.

    • 18 Mai 2017 à 11h33

      Pol&Mic dit

      “Macron: après lui, le FN?”……
      ……
      on est en droit de se poser la question !….
      car la “grogne ” est plus profonde (de beaucoup) que ce qui se passe actuellement!

    • 17 Mai 2017 à 21h05

      Liamone dit

      L’inaptitude du clan Le Pen. Le débat lors des élections présidentielles a montré l’inaptitude du FN à diriger. Affirmations gratuites, insultes, criailleries déplacées, injures, invectives. Difficile de discerner une stratégie. Discours incompréhensibles, sur la monnaie dont le projet préfigurait l’appauvrissement de l’état et des familles. Charabia concernant l’Ecu. Enfin la misère du discours de la candidate. les français, médusés, ont écouté non pas une candidate à la présidentielle mais une animatrice de super marché, irascible , agressive et peu respectueuse de ceux qui avaient voté pour elle au premier tour. Que peut prétendre le Clan Le Pen : retourner chaque année devant la statue de Jeanne d’Arc lancer ses imprécations. Le peuple français à d’autres soucis que d’écouter ces sornettes.

      • 18 Mai 2017 à 0h12

        dacey dit

        Vos outrances discréditent complètement vos propos. Ce n’est pas parceque vous ne comprenez pas un discours qu’il s’agit de “charabia” …

        • 18 Mai 2017 à 11h22

          Liamone dit

          Vous avez compris vous ? Alors expliquez!
          Pour ce qui est des outrances relisez les prises de parole de la porte parole du clan Le Pen…c’est très explicite.

      • 20 Mai 2017 à 10h43

        Macgregor1 dit

        Ce monsieur ne veut pas voir que la nouvelle génération du FN est loin de Philippe Pétain.Le danger en France ce sont plutôt ,les idées et les actes nazis qui viennent des banlieues avec un antisémitisme féroce.Ce ne sont pas le peu de pétainistes qui restent en France qui ont massacré au Bataclan,égorgé le prêtre âgé dans une petite église de Normandié,massacré à la Promenade des Anglais à Nice,tué à Charlie Hebdo,tué à Toulouse et j’en passe.Ouvrez les yeux que diable!

    • 17 Mai 2017 à 17h18

      Mazagan dit

      Pourquoi penser au FN imposant une dictature ? D’abord parce qu’on peut se demander où est la dictature quand la violence physique et verbale était dans les rangs des macronistes convaincus ou par défaut. Ensuite parce qu’on pourrait se demander sur quelle force para-militaire s’installerait cette dictature. Enfin, parce qu’il est plus logique de penser que la dictature islamique risque, elle, bien plus qu’un FN qui n’a rien à voir avec le fascisme, de s’instaurer un beau jour, peut-être dans cinq ans, peut-être dans dix. En tout cas, la base sociale du parti de la charia grandit et grandira certainement encore plus vite avec Macron et son équipe au pouvoir ! Ouvrez vos yeux et cessez de voir le danger là où il n’est pas et de ne pas le voir là où il est !

    • 17 Mai 2017 à 16h56

      t hdo dit

      Je ne pense pas que la France aurait “un bien sombre avenir” avec un président souverainiste, même Marine Le Pen. Il ne tient d’ailleurs qu’à la droite de devenir enfin raisonnable (mais elle ne le fera pas).

      Je pense, en fait, exactement l’inverse, et que la période de grand risque pour le pays (de disparition, en fait) est dans les 5 prochaines années.

      Quant à Gorbatchev, on sait ce qu’il en est, puisqu’il l’a lui-même avoué : c’était un mauvais tsar. Il s’est planté dans les grandes longueurs, c’était le Delors russe.

      • 17 Mai 2017 à 21h27

        Liamone dit

        La droite effectivement “ne le fera pas” car ses racines c’est le Gaullisme avec les valeurs et les idéaux de la Libération et de la Résistance. Ce ne sont pas les valeurs et le idéaux de Pétain et de ses héritiers.

        • 18 Mai 2017 à 7h18

          Ambrosius dit

          Effectivement ce ne sont pas les valeurs de Pétain et de ses accolytes, c’est-à-dire donc les valeurs de la gauche vichysto-résistante (Mitterrand décoré de la Francisque par Pétain) ou carrément vichysto-nazie (le communiste Doriot en chemise brune).

        • 18 Mai 2017 à 12h08

          t hdo dit

          Vous racontez n’importe quoi.
          La droite gaulliste est souverainiste, elle est aussi attachée à l’identité de la France.
          Donc vous n’avez pas d’argument, pas même l’épouvantail à moineaux Pétain.

    • 17 Mai 2017 à 16h03

      Lecoeuretlaraison dit

      Supprimer l’opposition (de manière moderne) est déjà un bon début pour le totalitarisme que vous évoquez.
      Par ailleurs, les expressions de “pensée unique”, “politiquement correct” et “dictature de la pensée” sont couramment utilisées depuis quelques années.
      Maintenant, elles vont passer de l’état de concept à l’application institutionnelle.
       

    • 17 Mai 2017 à 15h51

      Rattachiste dit

      Quitte à se livrer aux analogies historiques, on pourrait voir la “révolution macronnienne” comme une nouveau 1830 orléaniste. Révolution libérale, ouvrant une période d’enrichissement de la nouvelle bourgeoisie. Révolution confisquée, qui a laissé un goût amer. Elle sera suivie d’un 1848 pour les mélenchonistes et finira en bonapartisme.

      • 17 Mai 2017 à 16h10

        steed59 dit

        Comme macron aujourd’hui, les bourgeois de l’époque devant le peuple arboraient hypocritement des cocardes bleu-blanc-rouge pour faire révolutionnaire/peuple/national. ça a fini avec une charte à peine retouchée et un suffrage censitaire maintenu. Même Chateaubriant resté à la chambre des pairs.

    • 17 Mai 2017 à 15h22

      madecalain dit

      Pas mal…………..sauf que le dictateur qui prend le pouvoir au terme de la révolution est généralement une cheville ouvrière, voire même le “général en chef” de la révolution………………