(Photo : SIPA.00750221_000010)

Faites comme Macron, lancez votre mouvement ! Vous êtes sceptique ? Vous avez tort. C’est vrai, un concurrent de taille vient de se déclarer. Avec « En marche », Emmanuel Macron se lance dans le business. Il est ministre, c’est vrai. Il est ministre, et puis beau, riche, intelligent. Et puis jeune aussi ! Il est même assez populaire ! Vraiment, il a tout pour lui, ce Macron. On ne peut nier son incroyable ascension. Un ricanement ou un sourire en coin n’y feront rien. Les critiques pavloviennes qui l’accablent, non plus. Inconnu il y a encore trois ans, il incarne aujourd’hui l’espoir de changement aux yeux de beaucoup, et pas uniquement chez les élites mondialisées-atlantico-libéralo-etc. Mais, ne désespérez pas ! Vous pouvez faire comme lui, voire mieux que lui.

L’espace est dégagé

Croyez-le, ce type a compris quelque chose d’assez simple. C’est à notre portée à nous tous. Il peut nous organiser une espèce de blitzkrieg politique à peu de frais. Pourquoi ? Pour la très simple raison que l’espace politique est dégagé. Le jeu est ouvert. Le marché est à prendre.

Cette déshérence date peu ou prou — à chacun sa théorie — de l’élection de 2007. L’échec de la présidence Sarkozy a détruit, dans l’inconscient des Français, le reste de croyance en la capacité des élites à changer leur destin. Pour le malheur de ses électeurs, le bonheur de ses contempteurs. Mais ces derniers sont tout aussi touchés par cette perte de croyance. En témoigne l’élection du moins probable des socialistes, qui ne promettait rien, sauf de battre Sarkozy. C’était là tout le projet.

Aucune personnalité n’est capable aujourd’hui de rassembler une majorité de Français derrière un vrai projet politique. Plus personne ne propose d’idéologie, de grande histoire, de grand discours. C’est pourtant ce qu’attend notre pays. Quel destin pour la petite France dans cette périlleuse mondialisation ? Haussement d’épaules général. À part de vaines tentatives de libéralisation, grand silence. C’est une banalité à dire, mais une importante banalité. Cette terrible circonstance travaille le pays. Elle vous travaille vous aussi. Ayez donc confiance en votre destin : les concurrents déjà en place sont faibles et dépassés.

Il y n’y a pas de concurrents

Ils ne sont pas féroces. Des Guy Mollet en puissance ! Hollande creuse si profond qu’il trouvera mieux que du pétrole, Valls sacrifie son « n+1 » dans l’espoir de rafler la mise en 2022. Mais ce type qui refuse la pensée nous a sorti le plus grand désastre en matière de communication de ces dernières années : la loi El Khomri. Mélenchon charge la mêlée, seul : les bavards de Nuit Debout s’amusent sans lui. LR ? Une blague. On ne se lassera jamais de voir l’idéal-type du conformiste se la jouer à l’américaine.

« Et Juppé ? », dîtes-vous. Vous nous taquinez, petit malin ! Les Français sont naïfs, des « veaux », ils n’ont aucune mémoire, c’est ce que vous nous dîtes ?  Mais comprenez ! Juppé, c’est un peu le choix du désespoir. C’est le choix fait dans la débandade totale, c’est juin 1940, on s’en remet au premier gars solide venu. Attention Juppé n’est pas Pétain, attention ! C’est seulement un choix par défaut. Mais, Macron alors ? Macron, on en vient enfin à Macron. Macron, eh bien, c’est un peu une arnaque.

Macron, un visionnaire sans grande vision

Il ne faut pas être sceptique à l’excès. Macron est au-dessus de certains de ses compagnons. Bien au-dessus. Il faut rappeler que l’on a, dans le même gouvernement, quelqu’un comme Macron et quelqu’un comme El Khomri. Le yin et le yang. Contrairement à ce qu’il déclare aujourd’hui, ce sera un concurrent féroce. Il veut la part du lion, mais il risque de décevoir ceux qui fondent leurs espoirs en lui, même sans se l’avouer.

Son problème, c’est qu’on ne sait a priori pas tellement ce qu’il pense. À part révéler sa sensibilité gaullo-napoléonienne dans une interview un peu cryptique, à part écrire quelques articles, de qualité, dans la revue Esprit, il n’a pas dit grand-chose de sa vision du futur. C’est pourtant lui qui dit que : « Contrairement à ce qu’affirme une critique postmoderne facile des “grands récits”, nous attendons du politique qu’il énonce de grandes histoires […]. Il est temps en effet de redonner à l’idéologie sa forme contemporaine. Le discours politique ne peut être seulement un discours technique qui égrène des mesures. Il est une vision de la société et de sa transformation. »

Pourtant, il s’est surtout manifesté comme un petit impertinent libéral. Il a aidé le grand Jacques Attali à écrire un rapport-cale-pour-meuble, soutenu les entrepreneurs contre les fonctionnaires ou profité de ses amitiés patronales pour héberger son mouvement, pour le plus grand bonheur de Mediapart. Les premiers ambassadeurs de son mouvement seront, à n’en pas douter, des patrons. C’est son entourage naturel.

Bref, c’est là qu’est l’arnaque. Macron change l’emballage, pas le produit. Ce ne sera peut-être pas lui, le premier grand-homme-énarque. C’est un énième candidat pour mondialiser, libéraliser, réformer enfin cette vieille France empêtrée dans ses blocages. Comme tous ceux qui nous gouvernent, sans succès, depuis quarante ans.

Il le présente avec plus de subtilité que les autres. Et il n’a pas tort de s’attaquer à certains petits scandales. Mais son marché électoral réel est minuscule. Ce n’est pas ce qu’attend le peuple français. Chose riquiqui dans le monde d’aujourd’hui, il est toujours plein d’ambition et croit toujours au pouvoir de la politique, et non des politiques actuels, de changer le monde.

À vous de jouer !

Le jeu politique est vide. La France est à prendre. Macron est un futur colosse aux pieds d’argile. La société est ouverte aux initiatives des entrepreneurs politiques de demain. Ce ne sera pas le FN, qui n’est que le pus de notre maladie nationale ! Ce ne seront pas non plus les gauchistes de la « convergence des luttes », qui font joujou à manipuler 4 ou 5 naïfs sur les places des grandes villes. Ce n’est pas ça que la France attend !

Il faut viser la grande masse du peuple. Vous sentez bien ce qui travaille les foules invisibles. Vous savez ce que sont les angoisses communes de Monsieur et Madame X, blancs, noirs, arabes ou ce que vous voulez, pauvres et moins pauvres, travailleurs humbles et pessimistes : le sentiment de ne plus maîtriser notre destin, de voir notre très chère laïcité vidée de son contenu, d’être esclave de la folie des marchés financiers mondiaux, d’être incapable de lutter contre certaines grandes entreprises, de ne pas pouvoir décider qui entre et qui sort de notre territoire, de faire partie d’une Europe aux ambitions fantasmagoriques, etc. Tous ces non-dits nationaux sont l’or des entrepreneurs politiques futurs. Ce ne sont pas 3 ou 4 start-uppers ni 6 ou 7 gauchistes aveugles au réel. C’est le commun des Français.

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