McCaron est trop brillant | Causeur

McCaron est trop brillant

Septième lettre à ma cousine de province

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
est éditeur et traducteur.

Publié le 18 juin 2016 / Politique

Mots-clés : ,

emmanuel macron denis baupin

Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00760651_000001.

Très chère et révérée cousine,

Vous vous offusquez du trait de « râleuse », avec lequel je vous désignai, parlant de vous à cet assommant personnage qui est votre beau-frère, portrait craché de feu votre époux, en plus laid et plus ennuyeux encore. Ne doutez pas qu’il vous l’a rapporté dans l’espoir secret de me nuire auprès de vous : quelle engeance que ces ascendants, descendants, et ces théories de collatéraux ! Au reste, quelle calamité que la famille ! Mes contemporains n’ont que ce mot à la bouche ! Au diable ces liens d’un sang qui vire toujours à la bile !
Notez que, disant cela, je feins d’oublier que vous êtes ma cousine : vous l’êtes d’ailleurs, d’une façon assez gracieuse ainsi qu’éloignée pour que je tienne à me rapprocher de vous.

Cependant, si vous présentiez une taille moins bien tournée, une poitrine moins haute, un esprit moins vif et moins imaginatif, enfin une allure moins ondoyante, jamais je n’aurais levé les yeux vers votre personne… les yeux et le reste ! Par le hasard des unions anciennes, vous êtes parente avec un homme, qui le savait alors que vous l’ignoriez. Il devina que la révélation de votre lien familial vous serait un piment sur l’oreiller. Il vous en livra la confidence, car il fallait, pour que votre plaisir fût augmenté, que vous le… J’allais conjuguer le verbe savoir à l’imparfait du subjonctif, mais je vous laisse le soin et le plaisir de le prononcer solitairement : dans votre bouche, il connaîtra un usage gourmand !
Je vous démontrerai que vous avez eu tort de prendre en mauvaise part ce qualificatif de râleuse, qui n’est rien moins que galant, mais laissez-moi d’abord vous rapporter un scandale parisien. C’est un épisode supplémentaire du feuilleton, qui démontre la bassesse et la médiocrité de notre petit personnel politique, lequel prend son anus pour son nombril, et s’imagine ainsi être le centre du monde quand il n’en est qu’un bruyant pet.

Vous ai-je déjà parlé de M. Bellepin ? Non sans doute : récemment encore, je le trouvais ennuyeux et commun. Mais un événement me l’a rendu intéressant. Il est ces jours-ci au centre d’un scandale de mœurs, qui signale l’avilissement des coutumes galantes dans le royaume. Armand Bellepin, membre de la secte des chlorophylliens, s’est hissé jusqu’aux meilleures places du royaume grâce à des accords anciens passés entre la mairesse de Lille, la femme Grandbruit, née Mme du Débris, lorsqu’elle tenait encore sous sa férule le parti des partageux, et la Ducrot, aigre propagandiste de son propre mérite, ancienne ministre des Cités et des bourgades, alors conducatrice des Chlorophylliens.
Bellepin s’était fait connaître des parisiens par ses extravagances de dictateur des mares et des pelouses. Il vitupérait toutes les hippomobiles « égoïstes », celles où l’on se tient seul quand on est assis, ou à deux quand on est allongé : landau, phaéton, fiacre. Il voulait que tout le monde allât à pied ou dans ces coches lourds et encombrants, que tirent de maigres percherons, caressés sans cesse du fouet ou du gourdin. Il dictait des lois, poursuivait de sa hargne quiconque s’opposait à sa folie. C’est ainsi qu’il prospéra, en petit despote de la voirie. À force de vanter les mérites de la verdure, il lui serait venu du persil dans les oreilles et du foin dans les narines !
Et voici l’affaire qui lui a fait perdre tous ses privilèges : des femmes ont déclaré qu’il les aurait frôlées pour certaines, serrées de trop près pour quelques autres, multipliant les attouchements précis, les caresses d’un maquignon égaré dans un harem. Bref, Bellepin, vice-président de la Chambre, honoré, décoré, médaillé, est décrit au mieux en satyre de couloir, au pire en agresseur d’obscurité ! Considérant ces plaintes, je l’imaginais l’autre jour dans une voiture attelée exclusivement de femmes, fouettant leurs croupes, les encourageant de la voix par des obscénités de carabin, ou les menaçant de sévices odieux. Après le baron Grosse-Canne, qui faillit terminer ses jours dans un bagne du Nouveau Monde, la réputation et l’allure du séducteur national sont sévèrement dégradées !

Mais Bellepin nie, quand ses « victimes », de plus en plus nombreuses, confirment : il déclare que tout cela est mensonges, calomnies, inventions et contes, elles protestent et renchérissent. Un concert de vieilles demoiselles ulcérées, qui verraient dans la simple politesse d’un gentilhomme s’effaçant devant une matrone la parade inconvenante d’un mâle libidineux, est venu en renfort des plaignantes. Elles évoquent un bouc en rut, un singe lubrique, il invoque un innocent libertinage.
Libertin le Bellepin ? Je ne lui vois aucun trait commun avec mon cher prince de Ligne, mais bien plutôt avec ces moines paillards, dont il a l’œil égrillard, les joues rebondies et la face enjouée. Mais je m’interroge : si ses victimes disent le vrai, se sont-elles ouvertes de ses vilaines manières à leurs maris ou fiancés ? Et que n’ont-il, alors, souffleté le vil tripoteur en lui réclamant réparation de l’outrage ?
Pour moi, cousine désirée, il s’agit d’un épisode supplémentaire de la grossièreté ambiante, qui ne doit rien à Choderlos de Laclos mais tout à un pornographe subalterne : dans le temps que nous vivons, le dévergondage est réduit au spectacle affligeant d’un phacochère sevré assaillant toutes les femelles, et de rombières assermentées qui professent la méfiance agressive à l’égard de la gente masculine.

Mais laissons Bellepin le calamiteux, pour l’anecdote suivante, qui révèle l’état de décomposition de ce gouvernement. Le jeune ministre Alexandre McAron, fringant comme à son habitude, s’en vint à Montreuil, dont les habitants appartiennent pour partie à cette classe dangereuse, qui plaça Gouda Ier sur le trône et fonda la prospérité des nouveaux bourgeois poudrés du parti des partageux. Voici donc McAron en visite chez les nécessiteux, le sourcil épilé, menu, charmant, vêtu d’un superbe habit de laine grise avec fronces aux épaules et broderie lustrée, joliment agrémenté d’un col châle cannelé en satin vrai, qui lui faisait la taille bien prise. Ajoutez à cela son œil bleu immense et son air de premier communiant convoité tout à la fois par l’évêque, le prêtre officiant et le premier rang des pénitentes, et vous imaginerez sans effort l’apparence de Brummel candide mêlé d’ingénu boursicoteur, sous laquelle il se présenta à la cérémonie, où il n’était pas le bienvenu. On y célébrait un rite débraillé, qui sentait la friture et le vin aigre, exhalait une tiédeur de rillettes et de pommes au saindoux, et résonnait dix lieues à la ronde de chants revanchards. Le bel Alexandre était arrivé dans un carrosse doré, entouré de serviteurs en livrée, de courtisans, et de policiers, dont les chaussettes à clous sonnaient sur le pavé. Un tumulte et des jets d’œufs l’accueillirent : ainsi le saluaient les séides du sieur Clodomir Carafon, chef de la révolte des gueux. De son séjour à Montreuil, des plus brefs, McCaron revint piteux !

Il traverse une mauvaise passe : l’autre jour, apostrophé par un misérable habillé de hardes, il lui conseilla avec un peu de vivacité dans la voix de travailler pour s’acheter une redingote ! On se souvient du terme d’illettrées, dont il avait qualifié les employées d’un abattoir, en Bretagne, qu’il venait de visiter… Ce garçon ne sait point s’adresser aux pauvres, qu’il paraît découvrir par accident, n’ayant fréquenté jusqu’à sa nomination au gouvernement du royaume que des princes du sang et des banquiers ! Or, s’il plaît aux jeunes gens, aux jeunes filles, et tout autant à leurs mères, qui le voudraient comme gendre et lui confieraient par surcroît le soin de réveiller leurs passions assoupies, il irrite passablement et le peuple et Valstar, ainsi que plusieurs autres excellences, dont le ministre des Finances, l’intrigant Adolphe Carpélapin. On soupçonne celui-ci d’avoir d’avoir rendu publique, par l’intermédiaire de ses services, la petite omission fiscale avantageuse qui minorait la valeur d’une maison appartenant à McCaron. Les gazettes en firent leur festin du jour. Carpélapin s’est défendu avec une vigueur rieuse d’être à l’origine de cette perfidie administrative…

McCaron est trop brillant, trop au-dessus du lot -saumon égaré dans un torrent peuplé de grenouilles-, pour ne pas être menacé du sort qui fut réservé à Hyppolite Labius : les partageux haïssent ceux qui les dominent, ils ne craignent et ne respectent que ceux qui les soumettent.
Ne doutez pas que les ennuis de McAron réjouissent Valstar : le grand vizir de Sa Majesté, qui s’enfonce un peu plus chaque jour dans l’échec et l’aigreur, présente la mine la plus défaite du royaume. Je n’ignore pas votre inclination pour cet hidalgo hypercambré, dont le regard de braise vous met en transe. De ce point de vue, il ne manque pas d’arguments, je le reconnais, mais, au vrai, cet homme très irritable, suinte l’ennui : tout son discours de moralisateur énervé tient dans un mouchoir de poche. Et quand il n’en peut plus de ses contradicteurs, il s’époumone, ses joues prennent une couleur sanglante, on le voit apoplectique ! Jusqu’où irait-il, guidé par la colère ? À l’affrontement ou au repli ? Ce bretteur de préau n’est-il que façade ? Démontrera-t-il quelque jour qu’il possède les moyens de sa vaste ambition ? On le disait promis au trône, les mauvaises langues affirment aujourd’hui qu’il sortira de l’hôtel de Matignon par l’issue de secours…
Mais je m’aperçois que la malle-poste part dans une heure : je n’ai que le temps d’écrire votre adresse sur ce pli. J’avais encore un récit, que je vous le confierai dans ma prochaine lettre.
Votre cousin, qui ne pense plus à vous dès qu’il vous a quittée, mais qui ne voit que vous quand il vous retrouve

Post scriptum : j’allais oublier de m’expliquer sur le mot de « râleuse », que vous me reprochez. Entendez mon plaidoyer !
« Les voies du Seigneur sont impénétrables, au contraire des miennes ! », me disiez-vous l’autre jour en m’entraînant vers votre chambre. Disant cela, vous me guidiez d’une main impérieuse vers une partie de votre admirable individu, que je convoitais depuis longtemps, mais dont je n’osais espérer que vous m’en autoriseriez l’accès quelque jour. Je m’exécutai avec quelle ardeur ! Vous encouragiez ma besogne dans votre pertuis, avec les mots d’un vocabulaire dont la vigueur et l’audace m’étonnèrent moins qu’ils ne me stimulèrent.
Vos dernières paroles articulées me furent incompréhensibles, puis vous poussâtes un soupir d’abandon, suivi d’une plainte amoureuse et d’une suite interminable de râles harmonieux. Vous râliez, ma cousine : de vos lèvres entr’ouvertes s’échappait une symphonie d’étrangetés rauques, que composait à votre insu l’état de vertige auquel vous vous abandonniez.
Comprenez-vous à présent tout ce que ce terme contenait d’hommage et de polissonnerie ?

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 20 Juin 2016 à 20h02

      michel_g dit

      M.Mandon , vous êtes écrivain et vous écrivez ” la gente masculine ” , comme un vulgaire journaliste … Bien fâcheux .

      • 21 Juin 2016 à 1h26

        Patrick Mandon dit

        Ah, le voilà épinglé le Mandon, et de belle manière, par michel_g ! C’est navrant, aussi, de confondre gent (la race), qui est un substantif, et gent (d’origine noble ; aimable), un adjectif. Figurez-vous, michel_g, que dans la précédente mouture de cet article, je n’avais pas écrit fautivement gent !
        Cela dit, j’ai une excuse : contrairement à ce que vous avancez, je ne suis pas écrivain.

    • 20 Juin 2016 à 10h09

      QUIDAM II dit

      Marron, brillant ?

      Il est permis de penser que ses sorties sur les ouvrières de Gad et le costume à se payer par le travail révèlent des incompréhensions profondes et une certain lourdeur chez ce personnage qui fut sans doute brillant pour noircir des copies de concours.

      • 21 Juin 2016 à 10h06

        LeCapitaine dit

        Quel mode de sélection des élites préférez-vous donc, si ce n’est les études ?
        L’argent? La naissance ? La force ?

    • 20 Juin 2016 à 6h15

      Livio del Quenale dit

      Macron trop brillant ?
      oui comme un miroir aux alouettes.
      ou comme ces ustensiles que vendent les “posticheurs” comme Mélenchon sur les foires qui satisfont l’esprit lequel se dit “oui c’est, ce sera bien utile” et qui finit dans un placard et non à la poubelle car on continu de penser que ce sera utile un jour.

      • 20 Juin 2016 à 10h15

        kelenborn dit

        Oui car dans un placard, son “costard” va attraper des mites, le seul animal de compagnie qu’il mérite.
        Mais la bulle merdiatique qui avait construit la bouffonnerie n’a pas tardé à éclater et le petit marquis est nu !!! Aini terminent les étoiles filantes…
        MK

    • 19 Juin 2016 à 8h16

      kelenborn dit

      Monsieur MANDON

      Merci encore : il y a une semaine j’avais commis ceci sur mon blog qui pourrait illustrer votre missive
      http://kelenborn.e-monsite.com/pages/canailles-escrocs-et-bouffons/le-macron-de-carabas.html

    • 18 Juin 2016 à 14h18

      Borgo dit

      Savoureux comme d’habitude cher Patrick.
      Seule réserve : ces pitoyables personnages méritent-ils cette prose délicate ?
      J’opterais plutôt pour un tombereau d’injures…

    • 18 Juin 2016 à 12h58

      Patrick Mandon dit

      Erratum
      Au lieu de :
      « J’avais encore un récit, que je vous le confierai dans ma prochaine lettre. »
      On lira :
      « J’avais encore un récit, que je vous confierai dans ma prochaine lettre. »

    • 18 Juin 2016 à 11h02

      Cardinal dit

      On en redemande.
      A bientôt la prochaine missive ?
      Vous nous l’avez promise : “J’avais encore un récit, que je vous le confierai dans ma prochaine lettre.”
      Merci, on aime bien rire aussi dans ce royaume où tout fait pleurer.

    • 18 Juin 2016 à 10h51

      Francois_Sanders dit

      L’idiot dit que l’éditeur est un écrivain raté. L’idiot a raison.

      • 18 Juin 2016 à 11h22

        kelenborn dit

        Je ne sais si c’est un écrivain raté mais lui, au moins, nous fait rire!
        Bravo Mr Mandon c’est absolument excellent et les censeurs n’en pourront mais!
        kelenborn.e-monsite.com

    • 18 Juin 2016 à 9h34

      Langelot19 dit

      Vous lire est plus qu’un fol amusement, un enchantement

      • 18 Juin 2016 à 9h38

        Singe dit

        uh uh uh

        Vous reprendrez bien un doigt de porto ? Ou un peu de sherry ?

    • 18 Juin 2016 à 9h26

      Singe dit

      Mandon a le verbe précieux d’une vieille dame du XVIème se donnant le genre marquise

    • 18 Juin 2016 à 9h07

      Singe dit

      Mac Caron = Macarpn ? Mondieumondieu mais quel esprit ! Quelle langue ! Le rentier parigot qui se prend pour madame de Sévigné me manquait lui qui pompe allègrement les lettres de Rastignac de Valeurs Actuelles

      • 18 Juin 2016 à 16h10

        Lector dit

        C’est pourtant bien vu. Macron n’est-il pas l’ornement trop parfumé, et, bien que de surface légèrement craquelée, le clou du spectacle courbe servant de porte-manteau à la City ?

        Mais bon ; ainsi donc tout commence d’une épaule féline finissant avec un singe sur le dos… ;)