Macron: deux fillonistes disent non | Causeur

Macron: deux fillonistes disent non

Une tribune de deux étudiants bordelais

Auteur

Jéromine Da Prat et Pascal Sanchez.
sont étudiants à l'IEP de Bordeaux.

Publié le 02 mai 2017 / Politique

Mots-clés : , , ,

Jéromine et Pascal ont milité pour François Fillon. Jéromine a co-animé la section Les Républicains Sciences Po Bordeaux. Pascal est co-fondateur du Cercle Mauriac, think tank de droite au sein de l’école dont il a été le co-président pendant deux ans.
macron le pen bordeaux lr

Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00785161_000009.

En militants fillonistes, c’est sans amertume – et sans surprise, au fond – que nous avons pris connaissance des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. François Fillon n’a pas réalisé un score à la hauteur de nos attentes. Ainsi va la démocratie, et c’est tant mieux. En revanche, nous sommes profondément atterrés de la tournure qu’a pris cette drôle de campagne.

Les médias ont tué Fillon

Atterrés de s’être fait voler, non pas l’élection qui n’appartient qu’au peuple souverain, mais le débat qui la précède. Sans nous prononcer sur le fond des dossiers, car nous n’y avons pas accès, n’étant ni magistrats ni journalistes chez Mediapart, mais attachés à la présomption d’innocence qui, rappelons-le, demeure un principe constitutionnel, nous regrettons que les aboiements de la meute aient couvert la parole démocratique et l’échange d’idées à un moment où notre pays en avait tant besoin. Doit-on rappeler les enjeux de cette élection ? Transition écologique, terrorisme, emploi, construction européenne… La campagne s’annonçait si riche d’idées à l’heure où chacun avait pris conscience qu’il était indispensable de changer de paradigme. Et Benoît Hamon, inaudible sur le revenu universel, ne nous démentirait pas.

Atterrés de constater que les médias se sont enfin assumés comme le premier pouvoir ! Le vainqueur annoncé depuis deux ans à la primaire de la droite et du centre avait été battu par une vague démocratique que nul n’avait su prédire. Après tout, Chirac avait raison de dire « prédire est très difficile, surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir ». Qu’à cela ne tienne ce serait la curée médiatique, jusqu’à finir par parler amour, fringues et bracelets ! Ainsi, la campagne s’est-elle achevée sur les exclusivités hautement politiques de l’hebdomadaire Closer… Entre-temps, une unanimité affichée pour Emmanuel Macron faisait jouer ensemble dans une harmonie déconcertante les premiers violons des grands médias. En contrepoint, le traitement des affaires dans la campagne de François Fillon donnait le sentiment d’un acharnement. Pas de fausse note sur les chaines d’info en continu !

Le dauphin de Hollande

Par ailleurs, comment ne pas soupçonner l’Elysée d’avoir orchestré la chute du candidat de la droite pour favoriser l’ascension du dauphin de François Hollande ? Un Président ne devrait pas faire ça… surtout lorsqu’il ne parvient pas à égaler le génie machiavélien d’un Mitterrand qu’il n’a jamais réussi à pasticher.

Atterrés, et même déçus, de voir certains cadres de notre parti lancer un appel presque unanime à voter pour Emmanuel Macron après avoir justement martelé au long la campagne qu’il n’était autre que l’héritier du quinquennat Hollande. A croire que certains élus, et même, certains militants n’attendaient que l’élimination du candidat Fillon pour rallier le chouchou des sondages. Une défaite de leur candidat à la primaire de novembre leur avait laissé un goût amer. A tel point que certains d’entre eux avaient déjà essayé de retrouver la super pêche au mois de mars, semant la division au sein de la droite. C’est cette division qui a coûté l’élection à François Fillon. Aujourd’hui, beaucoup au sein des Républicains appellent à se mettre en marche ; ce faisant, ils nous tirent une balle dans le pied. Arriverons-nous aux législatives en rampant ? D’autres, ailleurs, ont compris la vertu qu’il y a à demeurer insoumis.

Atterrés par la droite française qui se cache et n’ose pas son coming-out idéologique. Gênée sur sa droite par un Front national toujours plus fort, et sur sa gauche par une culpabilisation morale permanente, pourquoi la droite ne revendiquerait-elle pas une ligne propre et assumée ? La mémoire de la droite est plurielle, René Rémond l’avait parfaitement décrite ; il s’agit néanmoins d’une réalité sociologique solidement installée dans notre pays. Nous nous voyions déjà en haut de l’affiche, nous nous sommes épargnés le nécessaire combat idéologique, nous voilà désormais défaits. Nos convictions divergent de celles d’Emmanuel Macron. Comment pourrions-nous nous opposer demain à sa politique si nous lui offrons un blanc-seing aujourd’hui ? Participer à l’élection d’Emmanuel Macron, c’est, pour nous, hors de question !

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 6 Mai 2017 à 16h07

      Maringo dit

      J’ai déjà posé cette question : vaut il mieux avoir un président dont la qualité principale soit la probité et le désintérêt ou bien l’efficacité à diriger le pays ?

    • 3 Mai 2017 à 19h34

      Pyrrhon dit

      Tout à fait d’accord avec le mal fait à Fillon pour l’éliminer de la compétition, parce qu’il aller la gagner, et mettre en exergue le bilan de Hollande. Mais si Macron a été distingué par le président François Hollande, le “fils” a évalué les insuffisances du mentor, et s’est dépêché de se retirer pour ne pas être associé au bilan. Se considérant capable de faire mieux, il a pris le large.

    • 3 Mai 2017 à 18h50

      Svezina dit

      Il ne s’agit pas d’un meurtre par les médias, mais d’un suicide, car les affaires, les médias ne les ont pas inventées, Fillon s’est excusé lui-même à plusieurs reprises. Il l’a dit lui-même, les électeurs jugeront, ils ont jugé.
      On est vraiment atterré quand on voit de jeunes étudiants répèter cette stupide histoire de complot. Au Québec, on a toujours pensé que les Français n’aiment pas qu’on les prenne pour les imbéciles.

      • 4 Mai 2017 à 11h53

        Donna se meurt dit

        “stupide histoire de complot” ??
        Si vous vivez au Québec, vous n’avez vraisemblablement pas assisté au déferlement continu de la propagande anti-Fillon, toutes chaînes et radios confondues, avec en plus les bandeaux en bas de l’écran des chaînes d’info.
        Se sont joints à la curée les humoristes et les artistes de gauche (pléonasme) avec toute la délicatesse et l’objectivité qu’on leur connaît.
        Curieusement, tout s’est arrêté d’un seul coup dès qu’il a été éliminé !
        Complot serait en réalité un mot trop faible.

        • 4 Mai 2017 à 14h49

          Svezina dit

          J’habite en Allemagne et j’ai suivi de très près la campagne électorale, et donc les affaires de l’« incorruptible ». La pauvre Pénélope, elle n’a jamais travaillé, ce qu’elle a si candidement avoué : « Je n’ai jamais été son assistante » en enfonçant le clou : « ou quoi que ce soit de ce genre ». Elle a même cumulé deux emplois très bien rémunérés sans laisser la moindre trace. Et les enfants ? Et les montres ? Et les costumes ? Et les chèques du Sénat ? Et les mensonges ? Cela ne vous choque pas ? Pour moi, c’est Tartuffe qui se plaint qu’on l’ait dénoncé au Roi.

      • 6 Mai 2017 à 16h01

        Maringo dit

        L’affaire Fillon existe bel et bien et il en est le principal responsable. MAIS l’utilisation de cette affaire au moment même de la campagne et juste après sa victoire à la primaire doit nous interroger. Il s’agit clairement d’une instrumentalisation bien plus préjudiciable au final pour le peuple que les “détournements” de Fillon.

    • 3 Mai 2017 à 17h54

      marcopes dit

      on nous empapaoute depuis quelques semaines mais Macron est loin de l’engouement surtout porté par les médias qui le présente comme le sauveur face au front national ; on verra dimanche