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Eloge du supporteur

Le football bientôt en crise ? Tant mieux !

Publié le 08 février 2012 à 17:40 dans Société

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Photo : Maley

Stade Bonal, dimanche 5 février, 16h59. L’arbitre vient de prendre la décision d’annuler le match entre le FC Sochaux et le Lille Olympique Sporting Club. Ni l’un ni l’autre ne sommes très contents. L’un parce qu’il a froid dans la région la plus sibérienne de France et l’autre parce qu’il doit remplacer une bonne retransmission par une série américaine.

C’est un joueur sochalien qui va annoncer le report du match au public. On a dû se dire que ça passerait mieux et on a misé sur cette abnégation qui est le propre du footeux, du militaire et de l’électeur de DLR ou du FDG. L’annonce sera quand même sifflée et huée, autant qu’un plan d’austérité dans les rues d’Athènes. C’est que les supporteurs, comme les Grecs, ont bien compris qu’on se moquait d’eux.
Une partie du terrain était gelée et dangereuse pour les joueurs. Nous aurions aimé qu’on ait autant de souci pour la santé des supporteurs. Celle des Lillois, qui ont traversé la France sur des routes plus périlleuses que d’habitude et les Sochaliens, qui ont parfois pris la route depuis Besançon, comme l’un de nous deux.

Il était certain à 90 % que la température ambiante ne permettrait pas la tenue du match dans des conditions adéquates. Pourtant, les autorités locales, président de club et collectivités ont suivi à la lettre les recommandations de la Ligue professionnelle de football. Celle-ci, qui n’avait pas de mots assez durs pour les « clubs irresponsables qui fausseraient le championnat en n’investissant pas dans des systèmes de chauffage de la pelouse ». Nous le revoyons encore, le sémillant Thiriez1, avec son ton d’avocat de partie civile, menaçant ceux qui ne se mettraient pas fissa aux normes. Comme un petit Fillon, il avait, avec le renfort de toute les éditocrates de la presse sportive, les Saccomano, Praud et consorts, présenté l’Allemagne comme le paradis des agences de notation, des pelouses chauffées et des matches jamais annulés.

Pourquoi nous sommes-nous alors souvenus de Christine Lagarde, du temps qu’elle était ministre des Finances et qu’en bonne Marie-Antoinette du développement durable, elle nous demandait de mettre des pulls pour économiser le chauffage ? Ca dérange pas le gouvernement du Grenelle de l’environnement que l’on dépense pour chauffer des pelouses qui n’ont rien demandé ? Le plus drôle, c’est qu’il y a vingt ans, on ne nous aurait pas enquiquinés avec des systèmes de chauffage coûteux et gaspilleurs d’énergie. On aurait annulé le match depuis trois jours et peut-être même reporté toute la journée de championnat.

Mais la Ligue professionnelle de foot, les présidents de clubs, ont un nouveau boss. Qui ne plaisante pas. Celui qui paie. La Télé. Canal + depuis vingt ans, Al-Jazira demain ! Al-Jazira, c’est la chaîne d’une civilisation qui en vaut une autre, ou pas ? Faut pas bouleverser les programmes de ces nouveaux maîtres du foot. Ils en sont même à se permettre des pressions de plus en plus insistantes pour modifier les lois du jeu, et notamment imposer le vidéo-arbitrage, beaucoup plus télégénique à leur goût. Pour l’instant, Platoche et quelques grandes gloires du foot authentique résistent, mais ça ressemble de plus en plus à Fort-Alamo ou à un match Brésil-Azerbaïdjan vu du côté azéri.
Voilà donc où nous en sommes. Les dirigeants du foot sont devenus les larbins des chaînes de télé sous prétexte qu’elles leur permettent de payer et d’échanger des joueurs à coups de millions. Voyez-vous, nous ne serions pas fâchés qu’il y ait un peu moins de pognon dans le foot. Que ces joueurs soient payés raisonnablement, qu’ils ne se comportent plus en divas ni en mercenaires. Nous sommes naïfs, sans doute. Mais moins pessimistes que nous en avons l’air.

La crise est là et la crise, dans le foot comme pour les Etats, c’est l’ordalie, le jugement dernier, l’apocalypse selon Sainte-Débine. En Espagne et en Angleterre, l’économie du foot est assise sur une montagne de dettes et la faillite guette comme ces avant-centres opportunistes qu’on appelle « les renards des surfaces ». Le développement du streaming, qui permet de partager son abonnement et d’inviter des copains du monde entier à voir le même match, va bientôt faire exploser la bulle financière indécente des sommes versées au nom des droits de retransmission.
Que le château de cartes s’effondre et les mercenaires reviendront au chaud à la maison. Canal + et Al-Jazira ne verront plus d’intérêt à investir autant et laisseront tomber Maître Thiriez comme une vieille chaussette.

A cet instant, lui et les présidents de clubs devront bien se retourner vers ceux qui auraient toujours dû demeurer leurs patrons, ceux qui paient pour voir le match au stade et qui sont dépositaires de l’âme d’une équipe : les supporteurs. On cessera alors de les faire passer pour des hooligans en puissance, de les considérer comme juste bons à acheter le dernier mug estampillé Pastore ou Lucho et on retrouvera la saine complicité qui régnait autrefois entre joueurs et spectateurs. Vous voulez qu’on vous dise ? Eh bien, vivement la faillite !

  1. Président de la Ligue professionnelle de football
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  • 12 February 2012 à 14h09

    ACL dit

    La télé a aussi investi le rugby avec le tournoi en soirée ; on a vu le résultat hier soir. 

  • 9 February 2012 à 10h37

    red benjamin dit

    Une saine tabula rasa pour remettre les pendules et les portefeuilles à l’heure serait la bienvenue. Comme pour la Grèce du reste.

  • 9 February 2012 à 9h07

    bea33 dit

    Pour intéresser maintenant au football il faut avoir des œillères, il a perdu toute son âme populaire qu’il a vendue aux mafias financières.
    Bref Vive la crise dans ce milieu à condition que le contribuable ne paie pas, parce que, et c’est une autre question, dans cette activité combien de deniers publics sont injectés.

  • 8 February 2012 à 22h19

    Mangouste1 dit

    Et après lecture, alors là… Que le fric abandonne un peu ce sport et qu’enfin cesse cette pitrerie où les mêmes équipes, une poignée, se rencontrent sans arrêt au sommet, équipes dans lesquelles viennent briller une partie des meilleurs joueurs du monde quand l’autre partie, qui s’y trouve également, pourrit sur les bancs de touche en écoutant les euros tomber au lieu d’enchanter les matches de leurs équipes d’origines.

  • 8 February 2012 à 22h08

    Mangouste1 dit

    Rien que le titre me pousse à crier “hourra!”.

  • 8 February 2012 à 21h40

    Lejeun dit

    Ce n’est le plan d’austérité imposé aux grecs qui a été sifflé, mais le plombier polonais.

  • 8 February 2012 à 19h17

    VoxPopulo dit

    Je suis un grand supporter du Paris Saint Germain et la seule perspective d’un déménagement définitif dans le froid et sinistre stade de France me suffit à souhaiter la même chose que les auteurs.

    • 9 February 2012 à 9h37

      Angel dit

      Bonjour,
      Je partage totalment votre avis. Le Parc est l’ame du PSG et je sais de quoi je parle. J’avais 14 ans lorsque j;ai vu mon premier match au parc en 1975 PSG-Strasbourg un 0 0

  • 8 February 2012 à 19h06

    François Marchand dit

    Bel article, qui rappelle ce qu’écrivait Dimitrijevic sur le même sujet.

    Si on annule les matches au stade Bonal dès qu’il y a un coup de froid, autant faire disparaître le FC Sochaux, et toute l.
    Quand je repense à l’héroïque match FC Sochaux-Eintracht Francfort, vers 1982, sur une pelouse enneigée, avec un ballon rouge pour qu’on puisse quand même l’identifier. Patrick Revelli faisait moins de manières.
    A l’époque, la plus belle équipe du FC Sochaux (Djaadaoui, Bezaz, Genghini, Ruty, Meyer, Rust et l’arrière droit Posca, hélas mort en 2010.
    Une bonne occasion en tout cas de transformer le site Causeur en forum de football (ce sera plus intéressant que de parler de Hollande et de Sarkozy). 

    • 8 February 2012 à 19h16

      David Desgouilles dit

      Merci, cher collègue contributeur de rappeler cette épopée européenne qui a vu naître lapassion pour le FCSM du petit franc-comtois que j’étais. C’était à l’hiver 80-81, pour être plus précis.
      Anecdote : les joueurs étaient passés avant le match à l’usine et les ouvriers avaient limé leurs crampons afin de tenir mieux sur la neige que leurs adversaires. Afin de tromper l’arbitre vérificateur de chaussure, les crampons ainsi taillés avaient été recouverts par de la cire, laquelle a très vite fondu au contact du sol gelé.

      • 9 February 2012 à 9h35

        Angel dit

        Bonjour David et allez DLR et accessoirement le FCSM (je suis supporter du PSG et vraiment malgre les resultats les qataris me gonflent et je regrette DaniEL HECHTER ou Francis Borelli).
        Ilne faut pas oublier que le FCSM est le premier club de France a avoir remporte le double en 1935 ou en 1937.

      • 9 February 2012 à 21h14

        François Marchand dit

        Je ne connaissais pas cette belle anecdote, qui illustre bien l’indéfectible alliance des ouvriers (de Peugeot,  j’imagine !) et des joueurs sochaliens.
        Je n’en ai pas dormi de la nuit, à revivre trente ans après les moments forts, heureux ou malheureux, de cette campagne européenne. Le claquage de Djaadaoui sur un simple contrôle (en 1/4 ? ou peut être en 1/2  aller), le coup franc de Genghini vers la 80ème contre les Grasshoppers, l’hécatombe de joueurs et l’entrée de la réserve junior (Colin), l’intoxication de la presse pour faire croire qu’AZ67 était un grand club (ils étaient prenables), l’arbitre sympa à l’aller (Talat Tokaï, vive la Turquie !) et l’ordure au retour (Rainéa, un spécialiste de l’élimination des équipes françaises).
        Etre éliminé par des hollandais, il n’y a rien de plus énervant. Tout, mais pas ça.  Et Meyer qui a le 3-3 au bout de la semelle (non limée) vers la 85ème au retour.
        Finalement, c’est bien, la mort du football actuellement, on est trop vieux pour subir tant d’émotions ! Au moins, Chelsea-Real Madrid en champions league, c’est à peu près aussi excitant qu’un cours de bourse (c’en est un, du reste), on ne risque pas la crise cardiaque.
        A part ça, cher David, quel est le programme de Dupont-Aignan pour ressusciter à la fois Francis Borelli et la coupe de l’UEFA ?

  • 8 February 2012 à 18h21

    laborie dit

    Vœux pieux?