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Eloge d’Herman Van Rompuy

Pour le Flamand, tout n’est pas rose…

Publié le 23 novembre 2009 à 14h00 36 réactionsImprimer

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Je n’ai pas l’honneur d’avoir été présenté à lady Catherine Ashton, désignée pour diriger la diplomatie européenne (on aura noté la prudence linguistique de la presse française qui ne se risque pas encore à féminiser le titre de Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère… ) et je me permettrai donc pas de porter de jugement hâtif sur madame la baronne.

Ayant quelque peu fréquenté la vie politique belge à la fin du siècle dernier, je fais partie des rares privilégiés à connaître le visage, le parcours et les petites manies du nouveau président du Conseil européen. N’ayant jamais été un fan des Flamands bigots et rageusement nationalistes, je n’en suis que plus à l’aise pour trouver outranciers, voire à la limite du racisme anti-belge, les commentaires qui ont accompagné sa nomination. Gris, sans relief, quasi inconnu des grands de ce monde, discret au delà du raisonnable, plus petit dénominateur commun, choisi pour ne faire de l’ombre à personne, voilà les amabilités que lui ont values sa promotion.

On le montre déjà en intendant obséquieux opinant du chef à la moindre injonction de Nicolas, Angela ou Gordon.
Les plus bruyants dans cette character assassination sont les commentateurs eurobéats du genre Bernard Guetta (mais il n’est pas le seul) qui n’ont pas encore enregistré dans leur petite tête d’éditorialiste que leur rêve fédéral européen s’est envolé pour toujours, ce que même un Michel Rocard a fini par comprendre. Ils font donc porter à ce pauvre Van Rompuy, et accessoirement à Catherine Ashton le poids de leur frustration.

Revenons donc à ce brave Herman. Pour qui connaît un peu les Flamands, ces bons vivants susceptibles, excellents convives et grandes gueules, plus madrés que subtils, accueillants à tous, sauf à leurs compatriotes francophones et farouchement nationalistes, il tranche nettement dans le tableau. Certes, il est catho, et même catho grave, revenu à la foi après l’avoir perdu dans sa jeunesse. C’est un homme politique wallon, Gérard Deprez qui a trouvé la meilleure formule pour décrire la personnalité de Van Rompuy, “un bon vivant camouflé dans un cierge”. C’est un féru de philosophie thomiste et un amateur de poésie orientale – il parsème son blog de haïku de son cru que seule ma méconnaissance crasse du néerlandais m’empêche d’apprécier à leur juste valeur.

Bon et alors ? Un pilier de sacristie doublé d’un esthète délicat, c’est un peu court pour prétendre incarner notre belle Union européenne sur la planète, d’être le “numéro de téléphone” vainement cherché jadis dans l’annuaire par cette fripouille d’Henry Kissinger, rétorqueront les offusqués du vendredi matin.

Ce n’est pas parce la Belgique est un petit pays qu’il est plus facile d’y faire de la politique, bien au contraire. En proie à des forces centrifuges qui menacent chaque jour davantage son unité, voire son existence comme Etat-nation, le royaume de Belgique a engendré une génération d’hommes et de femmes politiques ayant la capacité de gérer une machine institutionnelle incroyablement complexe. Ils sont capables de naviguer de compromis en compromis, pour retarder une échéance pourtant inéluctable, celle qui verra un jour la Flandre choisir d’assumer seule son destin.

Dans cette catégorie de politiciens, Herman van Rompuy est loin d’être le moins doué, même s’il ne joue pas le jeu de la pipolisation et de la médiatisation dans lequel excellent certains de ses collègues, Flamands comme francophones. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement fédéral, en décembre 2008, les tensions communautaires se sont plutôt apaisées, alors que son prédécesseur Yves Leterme, également membre du parti chrétien-social flamand les avaient, lui, portées à incandescence. Son remplacement pose d’ailleurs un sérieux problème, car on craint que personne ne soit capable d’empêcher Yves Leterme, toujours aussi populaire en Flandre, de redevenir Premier ministre…

Les institutions européennes issues du Traité de Lisbonne, les plus baroques que l’on ait pu imaginer dans l’histoire de la coopération entre les nations, semblent avoir aujourd’hui plus besoin d’un bon artisan de la fabrication des compromis que d’un leader flamboyant prêt à renverser la table.. et à se retrouver à poil.

Et il n’est pas sûr, de surcroît, que ce Van Rompuy n’étonne pas son monde, amenant ceux qui le moquent aujourd’hui à faire amende honorable, ce qui serait nouveau.

L'auteur

Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig est journaliste.

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