Eloge de Gérard de Villiers

SAS, une alternative atlantiste au Monde Diplo

Publié le 14 février 2009 à 17:15 dans Culture

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Notre bonté nous perdra. Il nous arrive, parfois, de penser aux atlantistes, aux anticommunistes, à ceux qui sont persuadés que Chavez, Morales et Correa sont des dictateurs, à ceux qui croient à la mondialisation heureuse ou à ceux qui révèrent la société américaine comme exemple d’émancipation et d’enrichissement de tous. Nous trouvons injuste, profondément injuste, qu’ils n’aient pas eux aussi le droit à un journal qui les conforte régulièrement dans leurs certitudes géostratégiques, un Monde diplomatique de droite en quelque sorte.

Et la solution nous est apparue alors que nous achetions le dernier SAS, Le Printemps de Tbilissi, plutôt une bonne cuvée, chez notre marchand de journaux en le glissant honteusement entre L’Huma et, précisément, Le Monde diplo. Nous avons quelques vices cachés de ce genre comme le goût immodéré pour le champagne zéro dosage, les causes perdues et les groupes oubliés de doo wop.

Lire SAS, c’est lire un Monde diplo où la vision du monde se situe quelque part entre Donald Rumsfeld et Attila, mais l’ensemble est toujours remarquablement documenté et se lit sans ennui, pouvant même remplacer aisément, dans certains cas (Meurtre à Athènes, Les tueurs de Bruxelles), le guide du Routard, publicités comprises. Il faut dire que l’auteur, Gérard de Villiers, est un vieux routier du roman de gare, et d’une certaine manière l’ultime survivant de ces nobles artisans qui œuvraient au Fleuve Noir, au Masque ou aux Presses de la Cité. Ils ont été laminés par la télévision et, pour ceux qui se faisaient une spécialité de l’espionnage, ont reçu le coup de grâce avec la chute du Mur.

Avec Le Printemps de Tbilissi, GDV (pour les intimes) attaque vaillamment la cent soixante seizième aventure du prince Malko Linge, son héros fétiche, contractuel de la CIA. Contractuel, cela signifie qu’il pousse l’élégance, que tous les libéraux apprécieront, à ne pas être un fonctionnaire surmutualisé (on en trouve même à Langley, c’est vous dire…). Au contraire, Malko a toujours accepté ce qu’on appelle désormais pour les cadres de haut niveau, des “contrats de mission” : s’il rate, il n’engage que lui et l’entreprise peut le virer ou le laisser entre les mains d’un féroce dictateur noir, sadique et cupide, en général d’obédience marxiste.

Rappelons que ce personnage fut créé en 1965 par GDV, alors journaliste à Paris Match et France Dimanche. En ces années où la mode était aux échanges de transfuges dans les brumes berlinoises de Check Point Charlie, l’auteur décide de créer un espion dans le genre d’OSS117 de Jean Bruce ou de James Bond de Ian Fleming. Ce sera Son Altesse Sérénissime Malko Linge, authentique aristocrate autrichien dont le domaine de Liezen se trouve par malheur sur la frontière austro-hongroise et dont les terres confisquées, au-delà du rideau de fer, ont probablement été transformées en sovkhozes par la vermine rouge qui menace de submerger l’Occident.

Malko dispose d’une kyrielle de titres de noblesse qui sentent bon la Mittelleuropa d’avant l’attentat de Sarajevo. Il est, entre autres, chevalier de Malte et grand voïvode de la Voïvodine de Serbie. Il dispose de nombreux atouts : il est grand, il est blond, il a les yeux pailletés d’or, une grande vigueur sexuelle, un don des langues et une extraordinaire mémoire visuelle. Il croit dans les vertus de la libre entreprise, dans le caractère intrinsèquement pervers du communisme et dans les femmes callipyges, sexuellement avides et soumises. La sodomie est ainsi une de ses pratiques sexuelles préférées et, de manière oulipienne, il semble tenter un épuisement géographique de la phrase suivante : “D’une seule poussée, il s’enfonça dans les reins de la jeune…” Compléter au choix par Maltaise, Cambodgienne, voire de manière poétique, par des substantifs issus de pays n’existant plus comme Rhodésienne ou Soviétique (la géopolitique, hélas, change plus vite que les fesses d’une mortelle).

Pour en revenir au Printemps de Tbilissi, consacré à la guerre éclair qui opposa la Russie et la Géorgie et à ses suites, il s’agit d’un bon reportage, et pour le coup plus nuancé que celui de BHL que nous avions moqué ici même. La thèse est simple et redoutable à la fois : ce sont bien les Russes, évidemment, qui sont les coupables mais contrairement au scénario infantile de l’agression pure et simple, il y aurait eu une manipulation de taupes dans les services secrets géorgiens qui auraient fait croire, les petits malins, à une attaque russe. Et c’est en toute bonne fois que Saakachvili aurait attaqué, en croyant se défendre contre une attaque inexistante. GDV présente le président géorgien comme un gros garçon un peu naïf et tellement proaméricain qu’il a fait baptiser la route qui mène de l’aéroport de Tbilissi au centre-ville “Avenue Georges W. Bush”. Un coup à trois bandes, comme on dit au billard : il permet de sauver l’honneur des Américains qui n’apparaissent plus comme des apprentis sorciers s’étant fait déborder par l’excès de zèle d’une de leur créature.

Évidemment, le problème, c’est que le Monde diplo paraît tous les mois tandis qu’il faut se contenter de quatre SAS par an.

Mais un trimestriel atlantiste avec du sexe, c’est déjà pas mal, non ?

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  • 19 February 2009 à 22h25

    ramon mercader dit

    ,
    @ durcet
    “comme l’antisémitisme ,jadis”
    c’était quand ,jadis?
    t’étais là ?
    c’était comment?
    racontes un peu
    parce que ,jadis,comme aujourd’hui d’ailleurs,c’était et c’est toujours les vainqueurs qui racontent l’histoire
    quel que soit le vainqueur,il raconte son histoire ,enfin ,sa version
    alors comme tu n’étais pas là jadis ,la version que tu vas nous livrer ne sera guère plus que celle que tu as tété au sein de la gentille ,de la maternelle éduc nat ,celle qui t’as formaté de la tête (si on ose écrire ) aux pieds
    maintenant ,racontes nous jadis ,l’antisémitisme ,les zeurlesplusombredenotristoire et ce petit pays de collabos (qui d’ailleurs quelques decennies plus tard a élu ,par deux fois ,un collabo à la magistrature suprème)

  • 18 February 2009 à 6h15

    durcet dit

    A côté de Maurice Dantec, Gérard de Villiers fait figure de modéré en matière de révérence à la société américaine, non? On peut au moins être gré à SAS d’avoir d’autres sujets de prédilection que l’obsession anti-musulmane qui semble rallier aujourd’hui les esprits les plus nauséeux. Exactement comme l’antisémitisme jadis, d’ailleurs…

  • 18 February 2009 à 3h41

    SF dit

    Je propose un double newsburger.

    C’est la honte de trainer avec des journaux de gueux en évidence. Autant s’habiller en haillons !
    Non, il faut prendre en sandwich le monde diplo et l’huma avec un peu de lecture saine pour un honnête gentilhomme : The Economist d’un côté, et le Wall Street Journal de l’autre.
    Point de torchons français, seulement des serviettes anglo-saxonnes.

    Un peu de classe, by fichtre !

  • 17 February 2009 à 15h09

    ramon mercader dit

    allez ,je persiste “rien que des ter”
    c’est irritant ,j’ai du mal à faire une rime (même pauvre) et encore plus à faire une homophonie
    pas demain que je pourrais reprendre langue auprès des gars de l’oulipo,je esrais une trop pauvre recrue pour eux
    et pourtant ,j’écoute “les papous ” sur fc tous les dimanches

  • 16 February 2009 à 23h15

    Kjioyatur dit

    Sur Causeur, on se croirait sur Rue89 version droitiste.

  • 16 February 2009 à 19h21

    Gwendan dit

    GDV au programme scolaire pourquoi pas? Ce n’est pas pire que Grand Corps Malade au bac Français..

  • 16 February 2009 à 12h26

    kessler dit

    et ni le prince Malko, ni son géniteur n’auront à subir les foudres de la halde: leur position vis-à-vis de la gente féminine est exemplaire de tolérance “ethnico-raciale”; pourvu qu’elle soit, comme vous le dites si bien cher poète, callypige; il faudrait peut-être suggérer à monsieur Darcos de faire entrer GDV dans les manuels scolaires? Français, Histoire-Géo…et ça défriserait tant de barbons-barbus gardiens de mammouths: quel bonheur!

  • 16 February 2009 à 0h30

    Millie dit

    Hu hu… Tentant, cette littérature-confiserie droitière. Encore une preuve de ce que le libéralisme a gagné l’enjeu le plus décisif des affrontements idéologiques du monde moderne : la guerre de la séduction.

  • 15 February 2009 à 20h51

    T-Rex dit

    ramon mercader dit : ” rien que des TER…”
    SAS, le Prince Malko utilise très souvent les TER dans les romans de GDV. C’est normal, ce sont des arrière-trains.

  • 15 February 2009 à 20h04

    expat dit

    bojour Ramon, non je n’y connais rien, n’ayant pas habitée là bas depuis longtemps, et je dois dire (et là surement je me trompe) il me semble que toutes ces lois contre la vie indépendante sont bêtes non ? on doit présumer qu’on est grands ? adultes ? prêtsà assumer nos vies ? C’est dinque comment aux USA on veut tout reguler… regiférer. please que La France ne fait pas parait.. imaginer que la loi Française m’interdit de porter du parfum !!! là c’est la mort de la France..
    bon dimanche à vous

  • 15 February 2009 à 19h35

    ramon mercader dit

    @ expat
    douce expat,vous êtes drolement bien renseignée sur les implications juridiques de la sexualité
    ça ouvre des horizons (si on ose écrire)
    @ robespierre
    y a pas de trains corail dans la creuse (ou ,c’est connu ,les gars les gueuses ,viennent chez moi) rien que des ter ,et encore ,pas tout le temps
    d’ailleurs personne ne sait où c’est la creuse,y en a que pour les dom-tom

  • 15 February 2009 à 15h54

    Babouse dit

    Et “brigades mondaines” alors?
    C’était chouette aussi les “Brigades mondaines” !

  • 15 February 2009 à 14h13

    expat dit

    @ robespierre : non désolée, les lois contre la sodomie aux USA dépendent des Etats. Ce n’est pas une loi ‘fédérale’. Allez voir là (http://en.wikipedia.org/wiki/Sodomy_law#United_States) – je méfie de Wikipedia mais là je pense que c’est correcte…

  • 15 February 2009 à 13h53

    robespierre dit

    @gwendan : “mais je ne pense pas qu’il se reconnaisse dans l’amérique du “politically correct”.

    Normal, dans l’Amérique du politically correct, la sodomie est interdite !

  • 15 February 2009 à 11h31

    brunot dit

    SAS c’est de la merde ca vaut pas le grand san antonio d’autre part de villiers sur les etats unis ou le conflit israelo-arabe a les mêmes positions manichéenne et simplistes que le monde diplo