Swann désespéré par les élections législatives à gauche | Causeur

Swann désespéré par les élections législatives à gauche

Une page retrouvée de Proust

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 12 mai 2017 / Politique

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Conférence de presse de Jean-Luc Mélenchon à Paris, 7 mai 2017. SIPA. 00805547_000013

Quand Swann voyait ce qu’il se passait entre le PCF, les écologistes et France insoumise, leurs tractations à la fois byzantines et brutales, dominée par la figure de Jean-Luc Mélenchon, devenue étrange à force de métamorphoses qui devaient autant au caractère de l’homme qu’à la situation politique nouvelle, pour ces élections législatives qui étaient pourtant la dernière chance d’empêcher le président Macron d’achever de détruire tout ce qu’il avait aimé dans ce pays ; de la cathédrale, si chère à Ruskin, d’Amiens dont le nouveau chef de l’Etat, comme par une ironie qui ajoutait sa touche amère à l’immense accablement qui s’était emparé de lui, était originaire  aux plages de Balbec où les charmantes employées qui arrivaient à bicyclette au Grand Hôtel, nuée d’oiseaux joyeux, rieurs et comme rendus ivres par l’air iodé, seraient bientôt ubérisées ; des conversations  si plaisantes des Guermantes remplacées implacablement par celles des Verdurin qui n’inviteraient plus que des spéculateurs doués en électronique, des entrepreneurs éphémères qui faisaient des fortunes arrogantes en créant des applications pour les smartphones qui désormais servaient à tout sauf aux téléphonages, à la manière encore polie et décente, gaie à l’occasion, même si cela était de plus en plus rare, dont on vivait dans certains quartiers populaires où les minima sociaux permettaient encore une existence qui, à défaut d’être confortable, n’était pas totalement angoissante mais le deviendrait avec la fin du modèle social issu de la Résistance et qui semblait, comme l’Atlantide, sur le point de s’engloutir définitivement « dans les eaux glacées du calcul égoïste » selon les mots de ce philosophe allemand mort à Londres et dont ses amis communistes faisaient grand cas mais dont le nom pour l’instant lui échappait, Swann, donc, se disait qu’être de gauche, ce qui était son cas depuis toujours, était comme être amoureux passionnément de la plus belle femme du monde, comme être amoureux d’Odette ou, si les hasards de ses dilections sensuelles en avaient décidé autrement, de la petite laitière délurée aux joues rebondies qui agaçait tellement son majordome quand elle livrait le matin en faisant exagérément jouer la sonnette électrique qui venait d’être installée.

>> A lire aussi: Swann, communiste fatigué - Par Jérôme Leroy

Oui, c’était savoir que c’était elle et seulement elle, la Gauche, qui occuperait votre cœur pour toujours, représenterait le seul bonheur imaginable et inatteignable à la fois, comme de posséder la Simonetta Vespucci de Piero di Cosimo que Swann avait vue encore il y avait moins d’un mois au musée de Chantilly avec un député sortant du Parti et Charlus, lors d’une promenade entre garçons ;  mais s’apercevoir, dans le même temps, et sans que cela changeât vos sentiments car c’était impossible et que c’était là votre malédiction, que la Gauche était aussi une garce stupide, une gourgandine hargneuse, une mégère ratiocinante qui trouvait l’essentiel de son plaisir à désespérer ceux qui l’aimaient parce qu’elle savait qu’ils ne pouvaient pas faire autrement et que leur amour serait toujours inconditionnel, immense, plus fort que le désespoir, pourtant si douloureux, qu’elle faisait périodiquement naître en eux, depuis tant d’années, peut-être même depuis leur première rencontre.  

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    • 13 Mai 2017 à 15h47

      Vive la France libre! dit

      Que penserait Marcel Proust des exercices de patriotisme obligés, cet sublime amour de la France qu’il avait si bien magnifié dans “Le temps retrouvé” pour que chacun puisse le reconnaître, que nous subissons, dans cette période qui voit des agités secouant des drapeaux comme des enfants fendraient l’air de hochets, de la part des descendants spirituels des Verdurins, qui, eux-mêmes, avaient affecté le port de tenues sobres pendant la grande guerre tout en continuant à jouir de l’instant comme ils l’eurent toujours fait, qui se drapent aujourd’hui des couleurs du pays pour être dans l’air du temps alors même qu’ils sont ou se sont privés de la réalité de ce sentiment atavique, inhibé par bêtise, pleutrerie ou inculture, ou dont personne ne leur a jamais fait don, car l’Éducation Nationale jugea inutile d’en prolonger sa transmission, pourtant gratuite et obligatoire à tous et surtout à ces futurs citoyens français qui ne connaîtront jamais ce bonheur, ne sachant plus qu’habiter le présent et estimer l’Autre, ou quelles émotions ce nouveau prophète, recherchant la fortune auprès de pays étrangers en prétendant faire la fortune de son pays tout en humiliant insolemment ces anciens mentors, ce qui le fait travailler à sa perte si l’on en croit la morale des deux coqs, quel souvenir, quel temps retrouvé de crise neurasthénique cette débauche de démonstrations de patriotisme mièvre et ce faux prophète lui susciteraient-ils en son for intérieur si sincère et bouillonnant?

    • 12 Mai 2017 à 20h14

      gigda dit

      Ah le triomphe des Verdurins ! Vous y êtes ! On dérêve , plus rien à chanter :
      A l’utopie succède l’atopie… macreuse … “Qu’est-ce que le royaume imaginaire de l’autonomie, sinon un royaume gouverné par une pensée despotique ?” Claude Lefort.
      Quant aux amours idéalisées ! Je comprends… le problème c’est que la plus belle statue, quand le paysage autour d’elle change considérablement, n’est plus qu’un autel où venir agenouiller le souvenir du paysage qu’elle évoque, et la victoire du paysage qu’elle dénie :)) 
      (Voir Romain Goupil l’autre jour chez Z&N était à mourir de honte pour l’époque de ma jeunesse par ex)
      Garder l’essentiel, l’esprit critique, lui ajoutant un esprit de réflexivité qui préserve des bréviaires… mais  pas de l’inquiétude :
      Parfois je me dis: après tout il y eut tant d’oeuvres et de lyrisme né des époques contrariantes!  

    • 12 Mai 2017 à 19h08

      Aristote dit

      Mélenchon retrouve les délices de la politique du PS de sa jeunesse. Il ne veut la mort du PS que pour le faire renaître sous sa houlette.

    • 12 Mai 2017 à 15h38

      steed59 dit

      tiens il existe des négociations entre ces groupuscules ?