Elections: chrétiens, l’Eglise n’a pas à décider pour vous | Causeur

Elections: chrétiens, l’Eglise n’a pas à décider pour vous

Une tribune de Mgr Antoine de Rochebrune, vicaire de l’Opus Dei

Auteur

Mgr Antoine de Rochebrune
Vicaire de l'Opus Dei en France

Publié le 13 juin 2017 / Politique

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Ordination de nouveaux prêtres au Vatican, mai 2014. SIPA. 00683181_000006

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, force est de constater que le fait religieux s’invite de plus en plus souvent dans le débat politique, comme en témoignent les quelques mois de campagne présidentielle que nous venons de vivre en France. Toutefois, bien qu’omniprésente, cette porosité nouvelle est loin de s’expliquer de façon univoque. Des questions éthiques soulevées par le débat sur la fin de vie à l’émotion suscitée par l’assassinat du Père Jacques Hamel en passant par l’identification d’un « vote catholique » ou par la mobilisation autour de tel ou tel sujet de société : nombreux sont les événements à l’origine de ce « mélange des genres ». Aborder la question de la juste frontière entre ces mondes peut donc sembler une gageure, tant sont complexes les enjeux et parfois vaines les discussions. Pourtant, devant tant d’interrogations et autant d’amalgames, il me semble aujourd’hui nécessaire de contribuer à un débat que je souhaite le plus serein possible.

« Jésus lui-même n’a-t-il pas refusé de s’engager sur le terrain de la polémique partisane ? »

En tant que vicaire de l’Opus Dei en France, je suis parfois interrogé sur le positionnement de l’institution que je représente par rapport à tel ou tel sujet de société, projet de loi ou mouvement politique. « Que pense l’Opus Dei du mariage pour tous ? Quel est votre candidat à la présidentielle ? Soutenez-vous Sens commun ? » D’une manière générale, ce sont tous les représentants de l’Église catholique qui sont de plus en plus souvent appelés à s’exprimer. Comme s’il était désormais admis qu’une institution à visée spirituelle, en tant que telle, ait à porter un discours politique, et non plus simplement à témoigner des principaux messages de la doctrine sociale de l’Église. Personnellement, cette conception me semble dangereuse. Jésus lui-même, en déclarant « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », n’a-t-il pas refusé de s’engager sur le terrain de la polémique partisane ?

« Je m’interdis toute prise de position pouvant s’apparenter à une ”consigne” à destination des fidèles. »

C’est pourquoi, je m’interdis toute prise de position pouvant s’apparenter à une « consigne » à destination des fidèles de l’Opus Dei. Si je trouve en effet normal que des personnalités s’expriment en conscience sur certains sujets à titre personnel, il me semble en revanche problématique qu’elles le fassent au nom de leur institution. Non seulement car il est faux de prétendre pouvoir traduire intégralement la foi chrétienne en un système politique, mais aussi car, avec ce type d’attitude, on court le risque de bafouer la liberté de conscience des intéressés. Une forme d’ingérence que les fidèles de la prélature, au demeurant, n’accepteraient pas.

« Nous tenons à la liberté de conscience car elle indissociable de l’esprit séculier qui nous caractérise »

Il me semble important de le souligner : nous tenons à la liberté de conscience car elle est indissociable de l’esprit séculier qui nous caractérise. Saint Josémaria Escriva avait coutume de rappeler que chaque chrétien devait « être suffisamment honnête pour assumer sa responsabilité personnelle ; suffisamment chrétien pour respecter les frères […] qui proposent, dans les matières de libre opinion, des solutions différentes […] ; être suffisamment catholique pour ne pas se servir de notre Mère l’Eglise en la mêlant à des factions humaines »1 Des décennies plus tard, cette invitation continue, me semble-t-il, de résonner dans le contexte actuel avec une pertinence toute particulière.

« C’est à chacun et à chacune d’assumer, en conscience, ses engagements dans les questions politiques, économiques ou sociales »

C’est donc à chacun et à chacune d’assumer, en conscience, ses engagements dans les questions politiques, économiques ou sociales, et d’endosser la responsabilité de ses actes. De fait, aucun laïc ne peut réclamer pour ses propres décisions l’aval de ses pasteurs, ni attendre d’eux qu’ils se substituent à sa conscience. Tout simplement car chacun est libre et que cette liberté est une richesse ! Source de l’engagement, la liberté personnelle est aussi un moyen d’élargir le champ des possibles. Au-delà du militantisme politique, il existe en effet une multitude de façons de s’engager pour promouvoir le bien dans notre société. On peut ainsi s’investir dans les milieux associatifs, donner de son temps au service de personnes fragiles ou victimes de discrimination, assumer ses responsabilités familiales et professionnelles, se faire l’ami de celui qui est a priori loin de nous, et bien sûr prier pour nous améliorer et pour changer le monde ! Personne d’autre que nous-mêmes ne peut décider du bon chemin à notre place. Que chaque chrétien prenne donc ses responsabilités, et surtout qu’il n’ait pas peur d’être libre.

  1. “Aimer le monde passionnément”, Homélie de saint Josémaria Escriva, Université de Navarre, 8 octobre 1967.

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    • 17 Juin 2017 à 9h05

      radagast dit

      L’Eglise Catholique Romaine en France est morte de sa politisation outrancière , de la fascination morbide d’une partie de ses “élites” pour le marxisme ,de la crise née du mouvement des prêtres ouvriers et de celle de 68.
      Cette mise au point arrive bien tard et c’est peut être surtout le pontificat de Benoît XVI (qui était avant tout un théologien et pas un activiste politique) qui l’aura permise.
      Pourtant ça n’était pas bien loin et ça ne date pas d’hier :
      ” Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu “.

    • 16 Juin 2017 à 20h43

      Surbranĉa Birdo dit

      « Chrétiens, l’Église n’a pas à décider pour vous ». C’est évident : surtout quand on est chrétien mais surtout pas catholique.

    • 16 Juin 2017 à 8h21

      Mili dit

      Bel article d’un pasteur! merci

      il me semble qu’il y a là une tentative d’encourager CHACUN à vivre la vertu, avec intelligence: en effet, la vertu n’est elle pas personnelle?
      L’Eglise pourrait elle avoir des vertus collectives? Elle n’a que le dépôt du Christ.
      Encourager. Car les chrétiens, l’Eglise le sait, ne sont pas au dessus des autres, mais ils voudraient suivre le Christ.
      Comme pédagogue, l’Eglise encourage dix fois plus qu’elle ne sanctionne.
      Ou alors certains encouragent ils l’Eglise à sanctionner plus qu’à encourager?
      Alors que le Christ est venu “non pas juger, mais sauver ce qui était perdu?”

      Développer la réflexion libre, l’engagement libre, la vertu libre, non pas des conséquences de ses actes, mais libre de préjugés, et avec l’aide du Christ -et de l’Eglise-. L’Eglise, et donc l’Opus Dei entre autres parties de l’Eglise, ont encore du pain sur la planche pour les siècles.

    • 15 Juin 2017 à 11h06

      floréal50 dit

      Propos assez étonnant – et positif – venant d’un responsable de l’Opus Dei.

    • 13 Juin 2017 à 23h19

      adelannoy dit

      Les appels à voter pour quelqu’un ou à ne pas voter pour un autre ou une autre sont effectivement en contradiction avec le message, quoi qu’on pense de ce message, de l’Eglise. Ceux qui ne s’en privent pas existent malheureusement et, si l’Eglise avait un peu de vertu, devraient être sanctionnés.

      • 14 Juin 2017 à 9h34

        saintex dit

        Oh ben si l’Eglise avait de la vertu ! )))))