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L’après-Bush a commencé

Le déclin de l’empire américain touche-t-il à sa fin ?

Publié le 30 décembre 2007 à 2:42 dans Monde

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La fin de l’ère Bush a commencé. Le coup d’envoi des élections présidentielles américaines de 2008 sera donné dans quelques jours, le 3 janvier, jour des primaires en Iowa, un état facile à repérer sur la carte des Etats-Unis, s’y trouvant au beau milieu. A première vue, aucun des deux seuls candidats présentables, Mc Cain à droite et Clinton à gauche, n’a de chance de l’emporter dans cet état : à l’heure où j’écris, les sondages donnent Obama, Monsieur Langue-de-bois, vainqueur chez les démocrates et Huckabee, Hucka-Qui ?, vainqueur chez les républicains.

Que faut-il entendre par présentable ? Je qualifie ainsi les candidats qui ont une quelconque chance de sortir les USA du bourbier où ils sont enfoncés et de leur rendre une chance d’être à nouveau entendus dans le concert – ou, si l’on préfère, la cacophonie – des nations. Huit ans de présidence Bush – à qui il ne reste qu’un seul admirateur, domicilié au 55 rue du Faubourg Saint Honoré à Paris – ont inauguré le déclin de l’Amérique, tant de fois annoncé et finalement en voie de réalisation. Il faut dire que le président a mis le paquet : il a justifié une guerre du pétrole par des informations truquées, fait fi de la convention de Genève, légalisé la torture et l’espionnage de ses propres citoyens, révoqué de fait l’Habeas Corpus, politisé à outrance l’administration de son pays et l’exercice de sa justice, encouragé la falsification de documents techniques – du domaine médical à celui de l’environnement – pour raisons purement lucratives et, pour finir, il assiste aujourd’hui en spectateur au plus extraordinaire naufrage du système financier, catastrophe en voie d’égaler – et peut–être même de dépasser – celle, déjà mémorable, de la Grande Crise.

Je n’ignore pas que l’on compte, parmi les autres candidats, des anciens gouverneurs, un ex-maire de New York et même un financier. Aussi honorables soient-ils, ils n’arrivent pas à la cheville des deux prétendants que j’ai désignés comme présentables. Ce qui ne signifie pas que leur affrontement constitue l’affiche la plus excitante possible. Le duel le plus divertissant serait sans doute celui qui opposerait Edwards à Huckabee : à ma gauche, le syndicaliste de choc, à ma droite, l’ancien pasteur. A propos de John Edwards, l’image qui me vient à l’esprit est celle du personnage joué par Martin Sheen dans Wall Street d’Oliver Stone (1987). Père du héros converti au culte de Mammon pour une pute de luxe et un gigantesque appartement dans l’Upper East Side, il lui lance : “Mon fils, ne vois–tu donc pas que le prix à payer, c’est la retraite de ton père et celles de ses camarades !” Mike Huckabee, quant à lui, est le prêcheur du Far West, Bible dans une main, fourche dans l’autre, amateur de plaisanteries qui l’amusent manifestement mais sont souvent incompréhensibles pour ceux qui l’écoutent. Populiste de gauche contre populiste de droite, on ne s’ennuierait pas, au moins jusqu’à ce que l’un d’entre eux soit élu : on les imagine mal, l’un et l’autre, défendre un quelconque point de vue en matière de politique internationale.

McCain souffre d’un handicap sérieux. Son discours ressemble trop à celui de Bush. Par les temps qui courent, ce n’est pas le meilleur moyen de se rendre populaire. Il faut s’empresser de souligner que sa position diffère de celle de Bush au sujet de la torture dont il fut lui-même victime au Vietnam. Mais, avec le démocrate Joe Lieberman qui vient de lui apporter son soutien, il est l’un des rares à s’être aligné sur la position va-t-en-guerre du président et à avoir approuvé le surge, l’envoi de troupes supplémentaires au printemps. De plus, alors que les nuages de la récession menacent, il a été le dernier à oser soutenir le plan immigration auquel Bush entendait laisser son nom pour les siècles des siècles et qui a lamentablement capoté au printemps. Soutenu par les républicains proches des milieux d’affaires, cette vaste réforme conjuguait une amnistie étalée sur douze ans pour les 13 millions d’immigrés clandestins et un programme de “travailleurs-visiteurs” pour la main d’œuvre non qualifiée. Il n’a pas été torpillé par les démocrates, mais par l’autre aile du parti républicain : la droite xénophobe.

Le Wall Street Journal a beau claironner jour après jour que McCain reprend du poil de la bête, Huckabee a aujourd’hui 19,5 % d’avance sur lui dans les intentions de vote en Iowa et, au plan national, il n’arrive qu’à la quatrième place des candidats républicains, à 6,3 points derrière Giulani – grand partisan de la torture –, à 5 points de Huckabee et à 0,5 point de Romney – financier et mormon.

Dans ces conditions, on est tenté de miser sur Hillary Rodham-Clinton. Mais elle aussi souffre de sérieux handicaps, le premier étant qu’elle déploie une énergie considérable à se mettre en scène en futur chef des armées mais que son modèle semble copié sur le général paranoïaque Jack D. Ripper de Docteur Folamour (Stanley Kubrick, 1964). Le deuxième est qu’elle a adopté un ton de mégère dont elle croit qu’il lui confère de l’autorité mais qui énerve tout le monde, à commencer par les femmes. Enfin, son handicap majeur est qu’elle s’imagine déjà à la Maison Blanche et ne dit rien aujourd’hui qui pourrait la desservir lorsqu’elle occupera le bureau ovale. Certes, il serait admirable d’être un jour la présidente qui ne s’est jamais contredite mais du coup, elle perd toute spontanéité dans les débats des primaires, tiraillée qu’elle paraît entre son goût pour les rodomontades et son air de marcher sur des oeufs.

Reste Obama, dont on devine qu’il pourrait être le chouchou des médias européens. Je partage l’opinion d’Andrew Young, militant des droits civiques et ancien ambassadeur américain à l’ONU, l’un des vieux sages de la communauté noire américaine, qui a dit à son propos : “J’imagine très bien Barack Obama à la Maison Blanche. En 2016.”

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  • 25 February 2008 à 10h43

    Frank dit

    AHHH…qu’il sera marrant, dans huit moits, n’importe qui gagne (Obama, Clinton, McCain), vous les Francais auront a votre tour le president le plus dingue du monde. Je suis surpris je j’ai soutenu huit ans de pouvoir de l’imbecile Bush, qu’allez vous faire avec le nazi Sarko?…evidement je me suis trompe quand j’ai cru que vous etes plus progressive que nous. Sarko est une version francaise de Bush, un idiot, un raciste, et le pions des putains aristocratiques…quelle ironie.

  • 6 February 2008 à 21h02

    Anna Harter dit

    Plus que jamais, il me semble, les americains sont conscients que leur monde doit changer s’ils veulent avancer dans le sens large du terme.

    Pour beaucoup, Obama represente le possible, le pouvoir de l’individu MAINTENANT, la force et la beaute de l’unite des americains. Ayant vecu a l’etranger, ayant des parents de nationalites differentes, il a egalement la capacite de se servir de pont avec le reste du monde, d’ecouter et de comprendre les autres et non pas d’imposer sa volonte sans discours.

    Il est un inspiration pour un meilleur monde. Aujourd’hui. En 2008.

  • 28 January 2008 à 18h00

    kabouli dit

    C’est pourtant aussi le candidat de la France sarkozyste..voir Antenne 2 le soir..

  • 16 January 2008 à 1h47

    Gwendan dit

    Je pense également que le prochain président sera soit McCain soit Huckabee,Le duel Clinton/Obama n’a d’interet réel que pour les cercles bien-pensants parisiens qui oublient toujours que ce sont les électeurs américains ,et les grands électeurs,qui décideront et non pas Laurent Ruquier et Marc-Olivier Fogiel.
    Heureusement d’ailleurs.

  • 15 January 2008 à 19h04

    Yann dit

    Clinton comme Obama n’ont pas la moindre chance de l’emporter, pensez : un nègre islamiste et une féministe mal-baisée. Huckabee est le meilleur candidat.

  • 14 January 2008 à 16h45

    Besse Saige dit

    Ah! Jorion, quand j’ai lu votre article je n’avais pas encore pris connaissance de celui du Financial Times d’Edward Luce, traduit dans le courrier international 896, du 2 au 9 janvier 2008 : ” Quinze acteurs sans texte et sans spétateurs”; vous auriez pu nous parler de la crise incroyable de la démocratie américaine avec un taud de désinterêt record. La fin de la vie politique, voila ce que certains veulent aussi pour la France, pour cela il nous faut passer par la case dégoût…

    Christian BS

  • 10 January 2008 à 11h40

    Robert Marchenoir dit

    “Le terme “conservateur” a un sens quand même un peu plus réel aux USA qu’en France.” (Gwendan)

    Il y a pourtant beaucoup de conservateurs en France. Le parti socialiste, les communistes, les écolos, l’extrême-gauche, les syndicats, les fonctionnaires…

    Ca fait beaucoup de monde.

  • 7 January 2008 à 19h17

    Besse Saige dit

    De toutes les manières avec la participation dérisoire aux éléctions américaines et le peu de pouvoir qu’il reste aux politiques, on s’en fout que ça soit ce cheval ou un autre, vous avez essayé de nous montrer une difference qui n’existe pas. Blagueur!

  • 5 January 2008 à 12h03

    Paul Jorion dit

    Le fait qu’en France on ait du mal à distinguer démocrates et républicains est dû au fait qu’émergent le plus souvent au plan national américain des personnalités centristes des deux partis – dont les positions sont alors nécessairement assez proches. Quand on entre un peu plus dans le détail on s’aperçoit que le parti démocrate couvre tout l’éventail qui va de l’extrême-gauche au centre-gauche et le parti républicain, tout l’éventail qui va de l’extrême-droite au centre-droite ; c’est là une bonne approximation. Les choses se compliquent un peu quand on fait entrer en considération le déchirement du parti républicain entre une droite xénophobe liée aux chrétiens fondamentalistes et une droite “xénophile” liée au milieu des affaires… ou celui du parti démocrate entre réformateurs et révolutionnaires.

    Ceci dit, le premier tour est passé en Iowa et mon analyse initiale me semble encore bien tenir la route !

  • 4 January 2008 à 19h48

    Gwendan dit

    Le terme “conservateur” a un sens quand même un peu plus réel aux USA qu’en France.
    Je me rappelle avoir lu un forum américain aprés l’élection de Sarkozy, quelqu’un demandait si le nouveau Président était un conservateur celui qui lui a repondu a fait la formulation vivante “Oui mais n’oubliez pas qu’en France être conservateur signifie être légerement plus à gauche que Nancy Pelosi.”

  • 2 January 2008 à 22h06

    robespierre dit

    Mon cher Ludo, je suis d’accord pour parier 1$ qu’il doit exister un blog aux US avec un commentaire suivant :

    Peut-être parce que je vois la politique francaise de très loin, mais je ne sens pas de différence notable entre PS et UMP ou alors juste dans la forme.

    Sont ils aussi jumeaux que les democrates et les convervateurs ?”

    Aprés tout seul un ocean nous sépare

  • 31 December 2007 à 3h07

    Ludo Lefebvre dit

    Peut-être parce que je vois la politique américaine de très loin, mais je ne sens pas de différence notable entre démocrates et conservateurs ou alors juste dans la forme.

    Sont ils aussi jumeaux que le PS et l’UMP ?

  • 30 December 2007 à 19h54

    robespierre dit

    Je suis aussi frappé de l’état pas trés hilarant d’Hilary. Le SSR (syndrome segolène royal) semble l’avoir touchée. Curieux, je pensait qu’il s’agissait d’une maladie génétique que j’espérais orpheline.

    La capacité de rebond des USA m’a toujours étonné, mais ce coup-ci BUSH a été tellement nocif (Cheney first bien sûr) que je ne suis pas sur qu’ils récupèrent le coup aussi facilement.

    McCain a un coté FD.Roosevelt que j’aime bien. On verra.

    PS : N’oublions pas que Bush a totalement triché sur ses 2 élections. “Ils” ont peut être prévu quelque chose pour GuGu.

  • 30 December 2007 à 16h07

    Gwendan dit

    Le problême c’est que les médias français ont encore tendance à considérer que leurs critères sont partagés par l’électorat populaire américain.
    L’idée qu’Obama devienne le premier président noir des USA excite peut-être les milieux intellectuels et médiatiques français ,mais cette possibilité n’entre que trés peu en compte pour l’electorat américain, qui d’autre préoccupation que d’élire un “symbole”. Mc Cain est effectivement le meilleur candidat tous camps confondus, mais son age joue contre lui.
    Quand à Hilary Clinton ,je suis trés réservé, ne pas oublier qu’elle a déja été influente quand son mari était président. Et à cet époque ,la politique étrangère américaine a été désastreuse, Bush restera comme l’homme de la guerre inconsciente menée en Irak, mais une bonne partie des problêmes qu’il a du affronter étaient un héritage direct de la période Clinton.

  • 30 December 2007 à 12h42

    Florent dit

    “Le deuxième est qu’elle a adopté un ton de mégère dont elle croit qu’il lui confère de l’autorité mais qui énerve tout le monde, à commencer par les femmes.”

    Aïe, le syndrome Ségolène, ça sent mauvais tout ça… :-)

    Donc si j’ai bien compris, il faut s’attendre à un président ou à une présidente dans l’air du temps ? Le Texas et l’Alabama vont-ils voter en masse pour un Noir ou une femme ? J’en doute !