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Education nationale-numérique

Tous les connectés seront bien gardés

Publié le 20 décembre 2010 à 17:37 dans Société

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Je me souviens du droit à l’ordinateur. C’était il y a quinze ans à peine un droit de l’homme tout beau tout neuf. Il fallait, vite, vite, que “tout le monde soit doté”. D’une belle grosse machine dans son salon. Et si possible aussi dans sa chambre à coucher. 24/24, 7/7, un accès permanent et bon marché au grand réseau du monde entier. Ça allait nous rendre intelligents tout plein. Et savants. Et aussi communicants. Surtout communicants. Pas repliés sur nous-mêmes comme avant. Connectés avec les gentils du monde entier. On allait s’ouvrir grave les neurones à l’Altérité. Et on allait bien s’amuser. Teuffer comme des malades sur le très wide web.

Personne ne devait rester à la traîne. Tous devant, tous devant nos écrans, et lui seul le gros ringard derrière. Le scrogneugneu : dans les ténèbres extérieures de la déconnection. Les pauvres petites gens, qu’ont pas d’argent, mais qu’avaient la bonne volonté de s’alphabétiser le numérique, il fallait les aider dare-dare. C’était un cas d’urgence absolue. La fracture numérique, c’était bien pire encore que la fracture sociale. Pour s’éclater, il fallait réduire à toute vitesse, mobiliser tous les bons médecins de la société de la connaissance, qui à peine née était déjà cassée. Comme toujours, le nœud du problème c’était l’école. Et se mettant à l’école de Groucho Marx, nos pédagogiques du numérique savaient comment le résoudre, ce vieux problème. “L’ennui, disaient-ils, c’est que nous négligeons le numérique au profit de l’éducation.” Alors, ils l’ont fait. Ils ont fait entrer tout plein d’ordinateurs dans les écoles. Ils ont computarisé à fond l’éducnat. Pointcomisé l’enseignement. Powerpointisé nos vieux profs. Et le miracle a eu lieu.

L’obscur latin chagrin, c’est enfin ton copain
Et c’est impec, comme au vieux grec, tu cloues le bec.
Désormais, c’est l’ordinateur qui fait autorité

Maintenant le cours déroule ses slides, les exercices corrigent tous seuls. Le prof : un spectateur interactif comme les autres. Et tout le monde est bien content. La vieille éducation fasciste ne passe plus. Tout le monde le sait, mais c’est juste des salauds de réacs, des traitres à la cause, qui disent que l’intelligence s’amoindrit de ne plus écrire à la main, que Google nous rend idiots, que ce qui nous manque c’est l’autorité, et que ce n’est pas en mettant une machine sur une estrade à la place du prof qu’on la restaurera, cette vieille autorité obsolète. Pendant ce temps, la machine elle, quelle classe, reste stoïque sous les attaques. Et l’ordinateur bien poli et bien respectueux du droit des élèves à être flattés. Ca s’affiche en gros : dix bonnes réponses sur dix, félicitations !! À croire que c’est vraiment l’ordinateur qui fait autorité  au fond. C’est peut-être ça la logique de l’arbitrage vidéo, et des affectations en lycée à Paris qui sortent d’un logiciel comme d’un chapeau magique. La machine, calife à la place du calife, prof à la place du prof. “Eh, le prof ! Respecte-moi mieux avec tes histoires de la vieille France catholique d’avant ! Zarma, le pape seiz’un pédofil du cul, j’lai vu sur le wikipédia de la street89, gros bouffon !”

Et puis après l’école numérique, en rentrant à la maison, nos gamins ont bien le droit d’aller encore flâner sur le net puisque c’est “un devoir à la maison”… Y’a pas que les droits après tout, y’a aussi les devoirs. Et puis après encore, ils vont sur Facebook se détendre. Ils l’ont bien mérité. Les oreilles bouchées par les oreillettes de l’IPod. Avant de mettre à jour leur ITouch. Toujours, les yeux entravés par l’écran. Et de rejoindre enfin leur team sur Counter-Strike : enfin la vraie vie ! Pendant que papa est en haut qui règle ses comptes avec le monde entier, euh, pardon, qui alimente son blog, et que maman est en bas qui checke ses mails.

Et pendant qu’on « s’éclate» dans le nouveau monde numérisé, qu’en est-il du vieux déserté? La famille, où est-elle ? De quel mal souffre-t-elle ? Fracturée, c’est encore peu dire. La voilà pulvérisée. Le monde commun disparu. C’était ce qu’on voulait sans doute. La grande Altérité finale, c’était tout du pipeau. Les leçons amères que nous délivrait la vie commune, nous ne voulions plus les entendre. Reposons-nous. Les pauvres membres de la vieille famille chrétienne sont fatigués. Requiem æternam dona eis, Domine (Donne-leur le repos éternel, Seigneur). Voilà chacun aspiré dans sa petite sphère douillette. Dans sa cité céleste à lui.

Pour la réduire cette fracture-là, je vous souhaite bien du courage.

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  • 24 December 2010 à 18h28

    JMG dit

    Quels ordinateurs à l’école???
    Ils y sont quasiment absents, et s’il est un domaine dans lequel l’EN française est à la traîne par rapport à de nombreux autres pays, c’est bien celui-là !
    L’auteur n’a pas du mettre les pieds dans une école depuis belle lurette.

  • 24 December 2010 à 14h23

    Ugolino dit

    Ordinateurs et informatique comme accélérateurs du déclin de la famille… voilà qui manque de hauteur de vue car enfin, comment font donc Coréens où Taïwanais, avec leurs familles en béton-plus-armé-que-ça-tu-meurs ? Plus informatisés qu’eux sur la planète, c’est dur de trouver…

    It’s the culture, stupid ! (rien de perso.à ce dernier commentaire, hein !). L’ordinateur s’engouffre ainsi dans des failles, mais cela pourrait tout autant être autre chose.

    Par contre, pour ce qui est de la modification insidieuse du rapport à la chose écrite, à la capacité de réflexion et de conceptualisation, là, il y a en effet de quoi s’interroger… et de s’inquiéter.

  • 24 December 2010 à 11h27

    pirate dit

    Mon cher jacques, d’une part je francise si ça me chante Saucisse n’a pas l’air d’en être offensé, ensuite ce que vous vous dites, ne se trouve précisément pas dans l’article, ce pourquoi je le déplore. Il traite d’une façon unilatérale et simpliste de l’usage informatique, opposant la bonne vieille école qui pense à la moderne qui clique. Comme si les choses étaient aussi simples et pouvaient se réduire à ça. L’EN est ici caricaturé pour entrer dans le moule bien pensant d’une autre bien pensance (désolé pour ce néologisme affreux) celle des conservateurs bien aggripés à leur conserve.

  • 24 December 2010 à 1h33

    jack@dk dit

    @ pirate

    Comme précisé par sausage (et pas saucisse, point n’est besoin de franciser, mais c’était probablement de l’humour), benjamin et dans mon précédent message, il n’est pas question de dire que l’informatique doit être bannie de l’école, mais que ce nouvel outil doit être intégré (mot probablement “magique”, désolé), dans le cursus, et pas venir en remplacement. Le problème, c’est que “pour faire moderne” (oh la la, j’aggrave mon cas), on impose l’usage de l’informatique à l’école à cause de “pédagogiste”(..ouups, encore désolé). Des enseignants non ou mal formés se sentent obligés de l’utiliser, souvent avec maladresse. Que faudrait-il alors apprendre à l’école, avant de se servir d’internet :
    1 – Recherche : il existe des moteurs,le classement des réponses n’est pas du hasard : pertinence, intérêt commercial, politique : discussion sur l’objectivité de l’information : études des médias, presse, TV, etc
    exercice : comparé les “UNES” de quelques journaux, le classement des résultats d’une recherche sur différents moteurs

    2 – fiabilité : toute information est-elle fiable ? sur quoi juger la fiabilité ? Le problème de la signature et l’anonymat sur internet.
    Exercice : recouper des informations en multipliant les sources : dictionnaire, encyclopédie (papier) et en ligne, etc…

    Voilà, j’espère avoir montrer l’intérêt de l’informatique, à condition d’y mettre les moyens (intellectuels), pas le fric…

  • 23 December 2010 à 21h41

    natmaka dit

    J. Ellul écrivait déjà cela voici plus de 20 ans dans “Le bluff technologique”. Il n’était alors pas question de l’Internet mais bien de la cause véritable; notre relation inepte à la technique.

  • 22 December 2010 à 20h59

    SANDRO dit

    Cher Piff,
    “Je s’rais pas été plus avancé si j’aurais lu tous les livres”.
    Pierre Desproges

    Autre version:
    “Pif, j’te kiffe grave.
    Lol , Kdo pour Noel.”

    L’évangile selon Apple, quoi.
    Toujours une question de pomme. C’est elle qui nous a mis dans la merde, je sors pas de là.
    Joyeux Noêl tout d eméme.

    Sandro

  • 22 December 2010 à 11h35

    pirate dit

    Saucisse permettez mais je ne suis pas d’accord. J’aimerais de temps en temps trouver sur ce site qui se vente d’avoir l’esprit ouvert à la contrariété, un article ventant bien au contraire les mérites de l’informatique en milieu scolaire, et les avantages. Ce qui par ailleurs n’empèche nullement de pointer du doigt les excès. Mais le fond de cet article au contraire se contente, en s’appuyant sur une cible qu’il lui parait facile et consensuel dans le cadre du lectorat moyen de Causeur, de renacler à la “nouveauté (un mot horrible, et à dire vrai dans le cadre, un peu surfait) de venter le bon vieux temps (lequel, sans doute celui où Piffard était élève) et de conchier une vision unilaterale de l’EN à base de “pédagogiste” et autre monstruosités membres du bestiaire favoris de ce site. Il y ainsi une liste de mots magiques et fourre-tout qu’on emplois ici et qui sont censé donner le la pour tout le reste : gauche, islam, éducation nationale, pédagogiste, burqa, informatique (avec ses corrolaires Facebook, langage texto, etc) modernité…

  • 22 December 2010 à 11h05

    sausage dit

    Pirate,
    Je vous renvoie à mes commentaires précédents sur ce fil, ainsi que ceux de Benjamin. Personne ne dit que l’ordinateur est une mauvaise chose et qu’il faut éradiquer l’Internet. Mais vous ne pouvez pas empêcher l’auteur de cet article ou d’autres de pointer du doigt les excès que génèrent un phénomène. Et c’est partant de ce constat que l’on peut trouver des solutions, et pas autrement. Il faut sortir du parti pris, qu’il soit négatif ou positif. Juste dépeindre une réalité, même si celle-ci n’est pas toujours rose. En l’occurrence, F.P dans son article s’y emploie et je suis d’accord c’est assez déprimant. Mais sinon je trouve l’Internet formidable, sinon comment ferions-nous pour échanger comme nous le faisons en ce moment!

  • 22 December 2010 à 9h57

    pirate dit

    “Je ne lis pas moins de livres qu’avant, et je lis beaucoup de textes. Donc je lis plus. L’ordi c’est comme le téléphone portable, il suffit d’être le patron pour que ça soit profitable”
    Voilà en gros ce que je pense, et ce que je vis. Jamais autant écrit non plus depuis l’avénement informatique, ce qui ne m’empèche nullement l’usage du moleskine. Je trouve cet article à la sauce poussière, qui oppose de façon bien unilatérale, l’informatique à la bonne vieille école, alors qu’il n’y a rien à opposer et qu’il serait peut-être temps de considérer que l’informatique ne va pas disparaitre et que ça plaise ou non il faille l’intégrer à l’enseignement, et le soumettre à celui ci (et pas l’inverse naturellement). Comme je trouverais innovant une école qui donne des cours de sémiologie dans ce contexte, autant qu’il apprenne au citoyen lambda à décoder les images qu’on lui présente comme vrai (ou simplement séduisante, c’est souvent la même chose aujourd’hui) tout en la rapportant au réflexion qui ont été faite ailleurs et à d’autre époque sur ce qu’on définit ou non comme vrai ou signifiant.

  • 22 December 2010 à 9h00

    PMB dit

    //Quant à Kamou, « depuis quand utiliser un PC empêche de lire un livre ? » //
    Je ne lis pas moins de livres qu’avant, et je lis beaucoup de textes. Donc je lis plus.

    L’ordi c’est comme le téléphone portable, il suffit d’être le patron pour que ça soit profitable

  • 22 December 2010 à 4h53

    elisa obisbo dit

    Je travaille dans l’enseignement , les élèves utilisent tous les jours leur dictionnaire
    et seul , le professeur d’anglais a utilisé un PC portable pour montrer un dessin animé en VO.
    @ A.Jugnon
    J’ai des voisins Marocains musulmans pratiquants ; ils fêtent Noêl chaque année
    et reconnaissent Jésus et Meryem comme des personnages historiques.

  • 21 December 2010 à 21h28

    lisa dit

    @Alain Jugnon
    “mes amis arabes ne soient pas eux de la fête”, et les arabes chretiens, ce ne sont pas vos amis ?
    Et vous devez savoir que des musulmans fêtent Noêl.

  • 21 December 2010 à 18h41

    rackam dit

    Mais mon zantropounet est en forme.
    Il fait des blagues à ricochet.
    Supercalifragilistiexpiallydocious !

  • 21 December 2010 à 18h36

    Zantrop dit

    “Pour la réduire cette fracture-là, je vous souhaite bien du courage.”
    Bof, de toute façon, passé un certain âge, la seule fracture vraiment préoccupante, c’est celle du col du fémur. Du myocarde, à la rigueur.

  • 21 December 2010 à 18h08

    respect & terror dit

    ah ?

  • 21 December 2010 à 18h06

    respect & terror dit

    Très bon article: quand les libertés individuelles sinon informatiques seront un peu respectés, quand le harcèlement moral sera puni pas qu’à l’intérieur des entreprises comme cela commence aux US, nous pourrons parler, d’ailleurs…

  • 21 December 2010 à 16h48

    Marie dit

    @alain jugnon
    “Noël : obsession française !”
    Vous devriez sortir, tiens par exemple à midi il était question du Noël chez les plus vieux chrétiens de l’Inde, curieux ils préparent Noel, seraient ils des français qui s’ignorent!