69, année du “Merckxisme” | Causeur

69, année du “Merckxisme”

Bertrand Lucq remonte l’Aubisque

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
est journaliste et écrivain...

Publié le 26 juin 2016 / Culture Sport

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(Photo : SIPA.00279194_000030)

Le 103ème Tour de France prendra son envol des plages du Débarquement. Au menu de cet enfer jaune, 21 étapes avec 4 arrivées en altitude (Andorre Arcalis, Mont Ventoux, Finhaut-Emosson et Saint-Gervais Mont Blanc), soit, au total, 3 519 km dans les pattes du 2 au 24 juillet. Cette année, les organisateurs ont même prévu une virée en Espagne, en principauté d’Andorre et en Suisse. Des sommets de l’Izoard aux mystères des éprouvettes, le vélo fait pédaler notre imaginaire. Il est le réceptacle, chaque été, de nos plus vilaines frustrations et de nos plus sincères emballements. Pour les juilletistes, le tracé de l’étape du jour dicte l’heure de la baignade et, pour les aoûtiens, l’événement encore frais dans les mémoires nourrit les conversations de l’apéro. Nous perdons toute lucidité quand une poignée d’hommes accomplit de tels exploits sportifs.

Le cycliste du dimanche s’incline devant la maestria du héros qui le venge, par procuration, de tant d’efforts inutiles. Notre roman national se dessine alors dans la perpétuation des légendes, fussent-elles belges ! Bertrand Lucq, avocat au barreau de Dax et pigiste au quotidien Sud Ouest, s’est intéressé à un homme, Eddy Merckx qui a fêté en 2015 ses 70 ans et à une étape mythique : Luchon-Mourenx-Ville-Nouvelle, longue de 214,5 km.

Ce mardi 15 juillet 1969, le « cannibale » a dévoré l’Aubisque. L’Ogre des Pyrénées avait une faim de loup. Certains disent même qu’ils l’ont vu voler. Il y a des jours où la supériorité ne s’explique pas, où le rationnel est une insulte au talent pur. En hommage à cet acte de bravoure, Bertrand Lucq a publié aux Editions Atlantica Coup de foudre dans l’Aubisque, un texte poignant à mi-chemin entre le roman et le reportage d’ambiance. L’auteur, d’un habile coup de plume, fait revivre cette montée infernale. Merckx, intouchable, inatteignable et, derrière lui, à plus de 7 minutes, les autres : Dancelli, Van Den Bossche, Bayssières, Pingeon, Theillière, Zimmerman et Poulidor. Le fils de l’épicier aux couleurs de l’équipe FAEMA (fabricant de machines à expresso) avait du jus. « Les superlatifs ne manquent pas pour saluer l’exploit de ce météore d’or vêtu. Je ne me souviens pas avoir vu quelque chose d’aussi beau. Il est tellement impressionnant. Ce type est extraordinaire. Plus fort que Coppi et Bartali ! » écrit-il, emporté par l’émotion.

Comment ne pas être fasciné par ce boxeur du bitume, dur au mal, toujours à l’offensive qui ne laissa aucune miette à ses adversaires durant une décennie ? Giro, Vuelta, Paris-Roubaix, il les lui fallait toutes !

Ce livre plein de sueur et de joie est aussi un hymne aux reporters sportifs, notamment à Pierre Chany, gloire de L’Équipe. C’était un temps où la grande presse formait les esprits, faisait naître des passions au cœur de l’été. La France se mettait en danseuse devant son téléviseur. On louait à la fois la beauté de notre terroir, notre riche patrimoine et le courage des coureurs. Le Tour réussissait l’amalgame de l’autorité et du charme comme dans une chanson populaire de Michel Sardou.

Coup de foudre dans l’Aubisque – Eddy Merckx dans la légende, Bertrand Lucq, Ed. Atlantica.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 26 Juin 2016 à 16h55

      Héron dans l’eau dit

      Est-e qu’on ne pourrait pas une fois pour toutes mettre les commentaires dans un tiroir coincé où le lecteur moyen n’aurait pas à connaître le degré zéro d’intelligence et de talent dans lesquels se complaisent ceux qui écrivent ici, y compris moi, d’ailleurs?

    • 26 Juin 2016 à 8h59

      clark gable dit

      Vraiment un sport pour pauvres et beaufs , n`hésitant pas a attendre des heures non pas pour voir les cyclistes mais la caravane publicitaire et ils prendront en pleine gueule divers échantillons de produits bas de gamme
      C`est dire le niveau !