L’écrivain, cet ennemi de l’intérieur | Causeur

L’écrivain, cet ennemi de l’intérieur

Pour en finir avec la littérature

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
est journaliste et écrivain...

Publié le 19 novembre 2016 / Culture

Mots-clés : , ,

Paul Morand écrivain

Paul Morand (SIPA_00274899_000002)

Quand j’en vois un dans le poste, j’ai des envies de meurtre. Cette mine satisfaite de bon élève content de sa pitoyable rédaction, de son petit pâté scriptural, je rêve de le coincer dans la cour de récréation et de le rouer de coups, juste par défoulement, juste par plaisir. La correction comme rééquilibrage des rapports de domination. L’uppercut en forme de parabole. Le coup de tête, franc et net, pour stopper ce conformisme gluant. Dernier moyen de (légitime) défense face aux sévices impunis du stylo que les écrivains manient avec toujours plus d’inconséquence.

Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée

La puissance de l’écrit supplante aujourd’hui celle de l’argent car elle a vocation à nous soumettre totalement et durablement. Alors, militons pour un nouveau monde sans littérature, sans injonction culturelle, sans bibliothécaire apothicaire et sans artiste vomitif. Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée. Il est temps de faire taire tous ces usurpateurs ! Les contraindre par la force s’il le faut à cesser cette ignoble activité et leur interdire de déverser un torrent d’âneries glaçantes chaque mois de septembre. En finir aussi avec les rentrées d’automne et les Prix afférents, ce folklore d’internat sent la sueur et l’encre rance. Ces sinistres individus jouent contre la Nation. Il en va de notre cohésion. Si nous voulons continuer à vivre ensemble, les écrivains doivent changer de métier. Souhaitons-nous transmettre à nos enfants une société gangrenée par l’acte d’écrire, pervertie par l’égo de quelques-uns ? L’essai en tubes de moraline à prendre matin et soir, ça suffit !

Le roman, échappatoire dérisoire, au panier ! De quel droit, tous ces hommes de lettres, instructeurs et procureurs cyniques, s’autorisent-ils à piétiner notre vie quotidienne ? Pourquoi notre organisme aurait-il besoin de littérature comme d’une béquille psychologique ? Nous abhorrons vos rêves, vos fantasmes, vos histoires, vos divagations ! Gardez-les à l’usage de votre cercle familial pour les longues soirées d’hiver. Ne partagez plus votre désarroi, votre acrimonie, votre pusillanimité, nous ne sommes pas une déchetterie à ciel ouvert, nous ne recyclerons plus vos troubles intérieurs. Si votre vie vous dérange, vous insupporte, changez-en, sans pour autant vous répandre sur du papier imprimé, sans souiller ces milliers de feuilles inutiles.

Les écrivains poussent à la paresse

Libérez vos machines à écrire, laissez voler vos caractères ! La revanche de la page immaculée a sonné. Vous vous êtes volontairement extraits de la communauté et, de votre piédestal, vous continuez pourtant à nous juger, à nous ordonner de marcher au pas cadencé. Cette assommante musique militaire nous fait saigner des oreilles. Et puis, arrêtez d’élever la lecture en agent actif de la Démocratie comme si elle était indispensable au bon fonctionnement de nos institutions. Le livre, gardien de nos libertés fondamentales, la bonne blague. Une hérésie. Ecrire, lire et élire, vous n’avez que ces verbes à la bouche. Rien que des injonctions de régiments ou de conseils de classe. Des ordres qui veulent contraindre notre réalité à épouser votre imaginaire.

Cette soumission n’a que trop duré. Si lire émancipait les peuples, ça se saurait. Il n’y a que les attardés pour imaginer qu’un texte puisse changer les mentalités. Divertir serait déjà d’une prétention crasse, faire réfléchir une honteuse imposture, quant à agir, de la pure divagation. Les mots publiés ne sont qu’un écran de fumée. Les écrivains, agents serviles du système, poussent à la paresse, au ressentiment et à la prétention intellectuelle. Ils font croire à la jeunesse qu’écrire serait une profession respectable, un don du ciel, alors qu’elle n’est qu’un ramassis d’oisifs, vaniteux et dangereux. Un pays où tous les gens se mettraient à écrire, courrait à sa perte en moins d’une génération. Il disparaîtrait de la carte alors que tant de peuples illettrés prospéreraient. Et puis, cette suffisance à vouloir notre bien-être, cet irrépressible besoin de s’exprimer comme si le silence était l’apanage des faibles. Les écrivains insultent notre intelligence et salissent notre sensibilité en saturant l’atmosphère de leur prose nocive. Le temps de la rédemption et de la page blanche est donc venu !

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 20 Novembre 2016 à 17h55

      Schlemihl dit

      De l’ horrible danger de la lecture 

      Nous , Youssef Cheribi , à tous les croyants , sottise et bénédiction . Rappelons l’ usage immémorial de la Sublime Porte de ne jamais dire écrire ou imprimer quoi que ce soit pouvant signifier quelque chose ni de prononcer quatre mots d’ ou on puisse tirer un sens clair et net , recommandons selon les traditions de n’ employer que des mots et des phrases ne signifiant rien et risquant d’ induire à réfléchir et penser ……

      Eriatlov 

    • 20 Novembre 2016 à 10h32

      André Plougardel dit

      François BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois BusnelFrançois Busnel

      • 20 Novembre 2016 à 11h07

        André Plougardel dit

        La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.La grande libre et rit.

        • 20 Novembre 2016 à 21h09

          alain delon dit

          Vous ne seriez pas Jack Nicholson?

    • 19 Novembre 2016 à 10h47

      Le littérateur attardé dit

      La pulsion de l’écriture, comme le rire, est souvent l’instinct d’un refus.

      Aujourd’hui, combien de livres jalonnent les étagères des librairies, lors des rentrées littéraires, pour ne rien dire, sinon flatter l’époque égocentrique des uns et des autres ? Pourtant chacun pense avoir son mot à évoquer, de là une terrible confusion.

      L’écriture se doit d’être subversive, artisanale, artistique et pensée ; sinon c’est du divertissement, une rédaction de collégien, avec une dimension didactique tout au mieux. Mais aucunement de la littérature…

      Un écrivain digne de cette qualité à le devoir de se remettre en cause à chaque instant, et ne pas oublié qu’il pose sur le papier un fardeau, sa peau, son âme ! L’écriture doit être douloureuse, aucunement hédoniste !

      • 19 Novembre 2016 à 13h44

        Habemousse dit

        « L’écriture doit être douloureuse, aucunement hédoniste ! »

         Comme tous les métiers poussés à leur perfection, l’écriture demande du temps, procure affres et tourments jusqu’à la consistance finale, que le lecteur doit dévorer des yeux jusqu’au point final.

        Ce n’est pas une nouveauté.

        Le personnage principal de toute littérature c’est le lecteur, qui est roi. 

      • 20 Novembre 2016 à 11h08

        André Plougardel dit

        François Busnel l’a dit

        • 20 Novembre 2016 à 11h09

          André Plougardel dit

          Elkarabache Jean_Pierre l’a dit!

        • 20 Novembre 2016 à 12h13

          Habemousse dit

          Non, François Busnel cherche à redonner des lettres de noblesse à un vieux métier qui fait sa réapparition, celui de pleureuse, en le faisant passer pour une littérature intimiste.

    • 19 Novembre 2016 à 10h42

      Habemousse dit

      « Si votre vie vous dérange, vous insupporte, changez-en, sans pour autant vous répandre sur du papier imprimé, sans souiller ces milliers de feuilles inutiles. »

       Si ce conseil s’adresse aux écrivains « d’état », dans la droite ligne des idées du pouvoir, qu’une certaine émission cherche à nous imposer chaque semaine, en mettant en avant des essais sur le nombril, je dis bravo !

       Si ce conseil s’adresse aux prix littéraires, faits pour plaire au pouvoir plutôt qu’aux lecteurs , encore bravo !

       Le chemin de la publication est long pour les esprits indépendants et c’est tant mieux. Reconnaissons tout de même à ce siècle, qu’à côté hu « High-tech » qui aimante l’attention, la musique des mots et l’odeur du papier continuent à nous ensorceler comme jamais .

      Et puis d’Artagnan et le Capitaine Nemo sont là pour guider jeunes et moins jeunes, à travers une histoire, celle de l’imagination, si prenante qu’elle les emmène sur des siècles visiter le terrain de vie des hommes, habillés en mousquetaires, chevaliers, marins ou astronautes.

       Longue vie à leur descendance qui luttera, flamberge au vent, pour convertir la réalité en épopée à la gloire des mortels.

      Elle est là l’éternité de la page écrite : et comme le trésor, à chacun de la découvrir, les bons guides devenant de moins en moins fiables.

      Et puis, vive la page blanche, en attente de pâtés, de ratures et de galops : sans elle pas d’écrivains, de cour ou de talent.