Jean-Luc Mélenchon a de quoi désespérer. Les élections européennes approchent et s’annoncent comme une dérouillée de plus pour le Front de Gauche. Si l’on en croit les sondages (mais faut-il les croire?), le parti de Jean-Luc Mélenchon plafonnerait à 8% des intentions de vote. Pire: le Front National, contre lequel il s’est inventé tout seul une guerre des urnes, s’apprêterait à devenir le premier parti de France!

Jamais, sous la Vème République, gouvernement n’a été autant réprouvé par l’opinion que le gouvernement en place. Un expert en science politique nous expliquerait qu’en théorie la déconfiture des socialistes offre à l’extrême gauche, mieux qu’un tremplin, un trampoline dernier cri pour s’élancer vers un triomphe électoral. Las! les experts en expertise ont parfois la théorie vaseuse, et le trampoline de Jean-Luc Mélenchon est aujourd’hui méchamment troué.

Ne faisons pas le malin, l’explication en est simple et connue. Malgré la consanguinité des programmes économiques du Front National et du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon a commis, aux yeux des électeurs, la pire des erreurs en niant le problème que pose l’intensité des flux migratoires sur le territoire national et en laissant entendre que , même s’il existe, il se réglera par la distribution de papiers français à tous les clandestins. Notre homme est un vieux de la vieille de la politique. Il ne pouvait ignorer que cette prise de position lui nuirait. De ce point de vue, aussi aberrante soit-elle, elle est respectable et lui fait, au moins en partie, honneur. Mais l’honneur se marie mal aux succès électoraux.

Jean-Luc Mélenchon peut-il rebondir?

Bien qu’hostile à ses idées, j’apprécie l’homme. Comme mon père, c’est un Pied-noir, et il a la principale qualité de ce peuple: c’est un sentimental. Encore faut-il préciser qu’un Pied-noir n’est pas un sentimental lambda. C’est un sentimental persuadé que personne ne l’aime et que chacun le méprise. Jean-Luc Mélenchon n’a pas rompu avec le PS en raison d’un désaccord politique, encore moins par goût du marxisme. Il a fait ses valises parce qu’il a cru que les socialistes ne l’aimaient pas. Voilà la raison de sa fureur. Un rien permettrait aux socialistes de se rabibocher avec lui. Il leur suffirait de lui dire qu’ils l’aiment. Pas pour ses idées – il s’en fiche –, plutôt pour son intelligence, ses qualités de coeur, sa beauté, l’élégance de ses costumes, la réussite de sa coiffure. Comme tout Pied-noir,  aussi furibard soit-il, on le désarme en lui adressant un mot doux.

Malheureusement, le tempérament des hommes de là-bas demeure incompris par les Français de France [1. On se souvient du mot d’Albert Camus à propos des méthodes terroristes employées par le FLN pour obtenir l’indépendance de l’Algérie: “Si c’est cela la justice, je préfère ma mère”. Certains, pour disculper Camus auprès de ceux qui y ont vu l’aveu de conceptions colonialistes, ont fait valoir qu’à l’époque sa mère vivait à Alger où elle était exposée aux bombes. Erreur: l’indiscutable portée particulière de sa formule ne peut être dissociée de sa portée générale. Prise dans sa double dimension, particulière et générale, elle est l’expression de l’affectivité débordante et contrariée de tout un peuple – qui, et c’est essentiel, si elle a été exacerbée par la guerre d’Algérie, préexistait à cette tragédie dans le tempérament des Pieds-noirs. On sait, d’ailleurs, qu’Albert Camus dans sa vie intellectuelle et littéraire a dû, bien avant la guerre, composer avec le sentiment d’être mal aimé un complexe d’infériorité qu’il n’a jamais réussi à vaincre.], et la gauche au pouvoir, avec à sa tête un président dans lequel flotte un ectoplasme à la place du cœur, n’est pas près de l’amadouer. Vous souvenez-vous pourtant comme le leader du Front de gauche a, de son propre aveu, perdu pour toujours le courage et l’envie de s’en prendre à l’une de ses adversaires, Roselyne Bachelot, le jour où celle-ci lui fit remarquer qu’il avait les plus beaux yeux de l’Assemblée Nationale? Voilà une anecdote qui rachèterait le dernier des salauds.

Aussi, je voudrais l’aider dans sa stratégie pour récolter le maximum de voix. A ce propos, je l’ai entendu dire qu’il souhaitait qu’on revienne aux principes de la Constitution de 1793. C’est une très mauvaise idée: s’il pense qu’avec ça il va intéresser le bon peuple qui ne connaît pas l’histoire et ne sait rien de la Constitution de l’an I! Cela dit, il peut faire d’une mauvaise idée un bon coup médiatique. Qu’il en appelle directement au retour des pratiques de 1793.

Et le hasard fait bien les choses… Il y a quelques semaines, la vente aux enchères d’une guillotine Napoléon III (elle aurait été fabriquée et utilisée sous le second Empire) a échoué. L’engin n’a pas trouvé preneur. Selon le commissaire-priseur, il est pourtant en “état de marche”. Si j’avais pu, je l’aurais acheté pour mon usage personnel, mais les sous me manquent. Que le Front de Gauche trouve le moyen d’en faire l’acquisition et que Jean-Luc Mélenchon à chacun de ses meetings le tienne près de lui en menaçant de s’en servir.

S’il a la bonne idée de suivre mon conseil, plus besoin pour lui d’éructer contre les faveurs accordées au FN par les médias. Il deviendra leur nouveau roi. Et aux prochaines élections : +5 points garantis. Au minimum.

*Photo: SAUTIER PHILIPPE/SIPA.00637631_000031

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