Les HLM au fond de l’impasse | Causeur

Les HLM au fond de l’impasse

Entretien avec le professeur Gérard-François Dumont

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 17 février 2017 / Société

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Pour sortir du marasme, les pouvoirs publics doivent encourager l'investissement privé dans l'immobilier, qui seul peut satisfaire l'essentiel de la demande de logements.
Gérard-François Dumont HLM Politique de la ville

Gérard-François Dumont est professeur à la Sorbonne, président de la revue "Population & Avenir", auteur notamment de "Populations et Territoires de France en 2030"(éditions de L'Harmattan).

Propos recueillis par Gil Mihaely

Causeur. Comment jugez-vous la politique française en matière de logement social ?

Gérard-François Dumont. Sur cette question, deux idéologies opposées structurent le débat : « Tous propriétaires ! » ou « Tous en HLM ! » En France, c’est le « Tous en HLM ! » qui a dominé : tous nos gouvernements ont considéré par principe qu’il fallait construire le plus de logements sociaux possibles. En conséquence, le logement social n’est pas conçu comme une réponse aux problèmes de logement de personnes en difficulté, mais une solution pour toutes les catégories ne disposant pas de revenus élevés, dont les classes moyennes. D’ailleurs, selon les critères donnant accès à une demande d’un logement social, les deux tiers de la population peuvent y prétendre. Cela supposerait des financements publics considérables, bien au-delà de ceux, déjà très élevés, consentis aujourd’hui.

A lire aussi >> HLM: le clientélisme est roi: des logements attribués à partir de procédures opaques

Mais la HLM à la française ce n’est pas uniquement un choix socio-économique, c’est aussi « une certaine idée de l’urbanisme, de la ville »…

En effet, l’histoire du logement social en France ne peut être dissocié d’une idéologie urbanistique qui explique son coût colossal : aux investissements publics de départ, s’ajoutent les coûts de gestion, puis les dépenses visant à tenter de réparer les erreurs passées, ce que l’on appelle désormais la « rénovation urbaine » – au total ces coûts directs se montent à au moins 90 milliards depuis vingt-cinq ans ; il faudrait aussi compter les coûts indirects liés au fait que, dans nombre de quartiers, la géographie du logement social ne contribue guère à la réussite des habitants ni à la concorde sociale.

Vous parliez d’idéologie…

J’y viens. En effet, les principes guidant cette politique sont issus de la charte d’Athènes dans laquelle, en 1932, un certain nombre d’urbanistes, sous la houlette de Le Corbusier, déclarent qu’il est temps de construire des villes nouvelles et hygiéniques faites de barres et de tours. Il s’agit bien de faire table rase des villes du passé. L’application de ces principes, qui n’a d’équivalent que dans les pays communistes, s’est traduite par trois choix dont la France subit toujours les conséquences. D’abord, la France a exclu

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    publié dans le Magazine Causeur n° 43 - Fevrier 2017

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    • 22 Février 2017 à 4h23

      Livio del Quenale dit

      Pour loger qui ?

    • 17 Février 2017 à 19h07

      clark gable dit

      C`est toujours les pauvres qui posent probléme niveau logement , les autres arrivent toujours a se débrouiller plus ou moins

      • 18 Février 2017 à 11h49

        IMHO dit

        C’est bien vrai, ça !
        Et c’est toujours les malades qui posent des problèmes à la médecine .

    • 17 Février 2017 à 16h12

      accenteur dit

      L’habitation est une vaste question : hiérarchie sociale, donc distinction 1° verticale dans le passé, étages riches versus les chambres de bonnes, 2° horizontale de nos jours les quartiers chics qui se distinguent pas des loyers inaccessibles aux faibles revenus, les quartiers pauvres. L’accroissement de la population a donné carte blanche à des architectes-thaumaturges qui se crus obligés de nous faire un discours socio-hygiéno-politico-philo-con. On a mis des décennies à s’en remette. Enfin l’architecture redevient belle. Oui mais elle est la même sur toute la planète puisque ce sont les mêmes architectes.