Du sport à l’école ?
Oui, mais pas trop…
Publié le 07 juin 2010 à 6:00 dans Société
Mots-clés : École, Luc Chatel, Sport

Je ne peux pas dire que je n’aime pas le sport. Les années olympiques, vaut mieux pas essayer de me joindre pendant les directs, idem pour les championnats du monde d’athlétisme.
Pourtant, quand Luc Chatel annonce que nos rythmes scolaires devraient ressembler à ceux de nos voisins d’outre-Rhin, je tique. En vrai, je tique à chaque fois que j’entends parler Luc Chatel ; à chaque fois que je le vois débiter ses lieux communs entrepreneuriaux issus tout droit d’une cafétéria d’école de commerce – sans oublier la myriade de barbarismes et d’agressions contre la syntaxe qui va avec. Je ne sais quelle combinaison intra-UMPesque l’a amené au 110 rue de Grenelle, mais, excepté le hors-concours Estrosi à l’Industrie, j’ai du mal à imaginer contre-emploi plus avéré.
Voilà donc que le ministre de l’Education, sans doute écœuré de nous servir en vain son brouet corporate comme remède magique aux mille maux de l’Ecole, vient de trouver un nouvel élixir miraculeux : le sport. Un nouveau rythme scolaire, avec cours le matin et sport l’après-midi, sera donc testé, a-t-il annoncé, à partir de la rentrée, dans une centaine de collèges et lycées.
Le pire, c’est que, pour une fois, tout le monde a l’air d’accord avec ce pauvre Chatel. Je m’explique. Certes, la gauche, les syndicats, les parentsdélèves et pas mal de médias lui sont immédiatement rentrés dans le lard. Mais pour arguer en chœur que c’était une énième annonce démago et que, faute de crédits, on ne verrait jamais le bout du petit doigt de la journée teutonne. En clair, tous les concernés lui reprochent seulement de ne pas avoir les moyens de sa politique mais sont d’accord sur le principe de l’école mi-cours/mi-sport, donc avec la philosophie ministérielle.
Pas une voix dissidente pour dire que l’urgence n’est pas de réduire les horaires de cours old school quand l’Ecole est incapable d’honorer à 100 % ses engagements minimaux : apprendre à lire, écrire, compter, mais aussi à savoir situer la Finlande sur une mappemonde, à ne pas confondre Michel et Jean-Pierre Foucault, à pouvoir réciter quelques vers de Nerval et même, éventuellement, à les aimer…
Personne pour rappeler que, structurellement, le sport est en contradiction totale avec les valeurs égalitaires dont on nous gave. Bon dernier de ma classe en gym, sans jamais déroger, entre le CP et le bac (et aussi, tant qu’à faire, en dessin, en musique et en travaux manuels), je sais de quoi je parle. À 7 ans, j’avais déjà compris que je pouvais me défoncer, je finirais toujours dix plombes après l’avant-dernier coureur au 100 mètres. Certes, on peut affiner sa technique, mais, en dernier ressort, le sport, c’est toujours la loi du plus fort : l’éducation physique est un oxymore.
Faut-il préférer le quadriceps au cortex ?
Fort heureusement pour moi, en ce temps-là, on n’en faisait pas tout un fromage. Mais j’ai du mal à imaginer que, le jour où il y aura autant de temps dévolu aux quadriceps qu’au cortex, les critères de notation ne suivront pas en fonction et qu’une nullité crasse en maths ou en histoire ne sera pas aisément compensée par un vrai talent de dribbleur ou une jolie pointe de vitesse. Sur ce coup-là, les râleurs ont tout faux : cette réforme se fera. Parce qu’elle est radicalement dans l’air du temps.
La place sidérante désormais prise par le sport, et plus largement par le corps, montre ce qui nous attend. Comme l’Ecole doit, n’est-ce pas, s’adapter au monde où nous vivons, le sport à haute dose ouvrira la porte au reste de la novculture : ce sera même la voie royale pour atteindre un jour l’objectif mythique des 80 % de bacheliers. Cours de breakdance pour les garçons, cours de diététique pour les filles, surtout à l’approche des vacances.
- Hey, les mecs, y paraît que Kévina flippe grave pour son bac : à l’exam’, elle arrivait pas à rentrer dans un slim taille 34 !
- Rhô, la teuhon ! Mais elle a intérêt à rester zen si elle veut pas en plus foirer l’épreuve de yoga !
- Heureusement pour elle qu’elle a assuré un max à l’oral d’éducation sexuelle !
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L'auteur
Marc Cohen est rédacteur en chef brèves de Causeur.
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michel Kessler dit
le sport rend con donc tout est pour le mieux: façonner des générations d’abrutis performants. Le sport c’est la barbarie à peine apprivoisée, les abrutis ont réussi à transformer les arts martiaux en sports de combat! Comme si la guerre pouvait être un sport, comme s’il pouvait s’agir de mettre sa vie en jeu dans le sport: du chiqué, rien que pour de rire: le sport n’est qu’une mascarade virile pour épater la galerie et faire des quantités ahurissantes de fric et vendre des godasses et des survêtements aux keums de banlieue…le sport n’a aucun autre intéret que le spectacle, si j’ai besoin de me dépenser physiquement pour une raison ou une autre (maigrir, suer, effacer une cuite…) je travaille, je cours, je marche, j’escalade la colline voisine (344 mètres d’altitude) je vais au bois chercher des champignons, ramasser du bois mort, aux champs cueillir des fleurs, à la rapine de quetsches ou aux mûres: il ne me viendrait jamais à l’idée de “faire” du sport! Pourquoi pas le suicide dans la foulée? Rien que le souvenir de l’abominable odeur composite (sueur-pêts-pieds-eau de javel) des vestiaires au Lycée me soulève le coeur! “quand me vient l’envie de faire du sport je me couche et j’attends que ça passe” disait un grand homme! Au secours! des bibliothèques pas des stades: vous avez déja essayé d’organiser un défilé de 15000 personnes en short avec des torches et des pelles dans une bibliothèque?….
ramon mercader dit
@ rackam
hé oui !
avoir monica lewinski pour préparer à l’oral d’éducation sexuelle du bac c’est du favoritisme !
les malheureux qui auront rika zaraï peuvent s’estimer discriminé
on contactera la haldeu à toutes fins utiles
ramon mercader dit
comme disait mon père
“les allemands . une nation trrrrrès sportive”
vous voyez à quoi je fais allusion
précision ; le cher homme a fété ses 88ans ce printemps
ramon mercader dit
@ marc c
je vous rassure l’ami
il y a eu pire que chatel à l’éduc nat ( ça m’écorche la plume de l’écrire)
c’était djack
il y a eu pire que djack
c’était nanard tapie ( tépaÏ) au ministère de la ville ( ça aussi ça m’écorche la plume ! ministère des zep zip zup zob ……)
on est un peu cousins vous zé moi !
dernier en gym moi zaussi !
c’était d’un chiant….
et depuis ……tous ces sporteux qui viennent me voir
“docteur quand je cours 30 km j’ai une douleur là ! et là aussi ! et là encore !”
“mon kiné dit que c’est pasque j’ai un’jamb’ pus court’ ! cé quoi un’ jamb ‘…..”
“faut faire du laser hein docteur….du laser….ma concierge on lui a fait du laser”
et au service militaire …..ho putain !
tous ces types en apparence pas cons ; devenant livides pasqu’ils foutaient pas les 3 balles dans la cible ou pasqu’ils se vautraient dans le sable ou qui s’essouflaient dans la course d’orientation ( voui nous les aspi médecins on nous a fait galopper comme des crétins )
comme disait churchill ” no sport”
chateaubriand dit
Je suis un mauvais Français. En effet, suite à une polémique sur l hôtel des Bleus, le gouvernement appelle à l union sacrée derrière lesdits bleus. La Patrie est en danger, formez vos bataillons ! Je refuse d être enrôlé et réclame le droit à l objection de conscience. J espère, traître que je suis, que l équipe de France soit bien vite éliminé pour éviter l hystérie collective de 98. Pendant que les patriotes s exciteront devant la télé, j irai faire du sport …
caouas dit
Loin de moi l’idée de vouloir défendre les profs et encore moins les profs de sport mais la notation du sport a changé. On reconnait la progression, la technique et non plus la simple performance …
Cette réforme se fera parce qu’elle est dans l’air du temps, ça c’est sur … L’enfant-roi, les lubies sur les pays protestant et leur gestion de l’enfance sont des obligations morales aujourd’hui.
Kid_A dit
Oui, oui, l’article est bien, mais doucement sur les cris d’orfraie…
Faire du sport l’après midi n’empêche pas de devenir ingénieur, journaliste ou tout ce qu’on veut. Obama a probablement fait beaucoup de sport sur ses campus américains, il n’est pas totalement crétin. C’est une question d’était d’esprit.
Perso j’ai beaucoup souffert dans ces cours interminables, enfermé dans une salle laide avec un prof qui rabâche pour la centième fois des considérations sur Manon Lescaut, alors que j’aurais été volontiers dehors pour courir, sauter, faire un jeu d’équipe, prendre l’air quoi. Mes premiers échanges scolaires avec les allemands m’ont fait prendre conscience de tout ce qu’ils faisaient en plus des “maths, littérature, histoire géo et langues”, c’était plein de sport, de travaux artistiques… j’étais super jaloux.
Alors aujourd’hui je suis heureux de connaître la capitale du Burundi, de savoir un peu de Baudelaire par coeur, et d’avoir étudié les probabilités, mais je pense que des activités physiques plus nombreuses m’auraient fait le plus grand bien, sans conséquence trop néfaste sur le reste. Ce cartable de 12kgs tous les matins, il me semblait insensé.
Mais c’est vrai que M. Cohen parle juste quand il évoque le sport comme une métaphore de notre société où domine le plus fort…
chateaubriand dit
D un côté je suis plutôt favorable au réaménagement du temps scolaires. Mais si la journée de cours est réduite, il faudrait en retour réduire les vacances, surtout l été, pour avoir le même nombre d heures. Que propose M Châtel à ce sujet ? D autre part, ne faisons pas de l école une garderie ou un centre de loisirs.
Claribelle dit
Cette réforme se fera, non seulement parce qu’elle est dans l’air du temps (et qu’on n’aura pas le choix), mais aussi parce que l’EN la fera à moyens constants (voire moindres) grâce à un partenariat (obligatoire) avec les associations sportives locales et les collectivités territoriales. Il n’a jamais été question de rajouter du personnel EN en cette période de réduction drastique de son budget par tous les moyens (la question des “moyens” évoquée par les syndicats est pertinente).
Traduisons:
- plus de sports mais pas plus de profs de sports labellisés EN puisque partenariat oblige = économie (et progressivement arrêt de la filière profs de sport puisque le partenariat se transformera rapidement en transfert de compétences -sans transfert de charges ou presque- dont l’Etat a le secret)
- inégalité de l’offre sur place puisque dépendant des assocs existantes et des moyens territoriaux mis en place (communes, département, région)
- et donc “accessoirement” augmentation des impôts locaux pour financer tout ça.
La tactique de Châtel est bien rodée:
- finir ce qu’a commencé Darcos en loucedé (fin du Rased, limitation maternelle à 2 ans, etc.) ou si comme plus personne ne râlait (mastérisation des profs – les étudiants se sentent obligés de s’inscrire en master sinon ils ne pourront se présenter aux concours)
- faire de la démagogie avec les rythmes scolaires en positivant le sport à l’école ou les heures d’accompagnement au lycée (sans parler des horaires de cours en moins)
etc
Florence dit
Le pire est que personne ne dit rien. Tout le monde a l’air d’accord !
Pour moi, ce système resemblerait à un véritable cauchemar. Sport obligatoire tous les après-midi ! Il y a de quoi devenir abruti !
Quelle est la part des mêmes qui passeront l’après-midi devant la télévision ou l’ordinateur ?
Cricri dit
Bonjour,
C’est exact, le sport n’est pas tout. Ca entraîne bien sur à faire des efforts, à se dépasser, à respecter les autres (sauf au foot semble t-il !!), à conditions de l’appliquer ailleurs aussi. Mais que fera-t-on de tous les enfants qui ne pourront, pour diverses raisons, faire de sport… Fourniront-ils un certificat médical et iront-ils en “étude” !
Et pour ceux qui aiment le sport, mais aussi l’art… peinture, sculpture, musique, théâtre etc… ? 0u ne l’on pas encore découvert, l’école doit être là également, avec un suivi de ces matières jusqu’au bac. Les parents n’ont pas toujours le temps et les moyens de leur offrir cela en dehors de l’école.
En leur faisant découvrir et pratiquer vraiment, avec de bons professeurs et des artistes, et non des animateurs “formés”, des activités artistiques qu’ils auront choisies, on les aidera à développer leur sens du beau, à l’apprécier, donc à leur apporter des émotions profondes. Ainsi leurs bases de vie seront complètes.
Le sport apporte des montées d’adrénaline momentanées, que certains essayent de reproduire souvent en dehors du sport proprement dit, avec les dérives que l’on voit.
On sait que le sport de haut niveau français manque cruellement de réussite, mais ça n’est pas une raison pour transformer une génération en “la tête et les jambes” en oubliant le “coeur”.
Que la réforme envisagée soit vraiment pensée et pesée… avant ! Alors elle sera une réussite.
Zantrop dit
“Nous n’aurons plus que des sportifs, mais je signale simplement que la filiere est déjà ulra-bouchée. “
Mais pour la retraite, c’est tentant : on n’attend pas 60 ans, ni 41 (2, ou 3) ans de cotisations.
Cyd dit
100% d’accord.
Désespérant de se rendre compte que personne (syndicat de prof, de parents d’éleves, cadres de EN et même opinion publique) ne veut plus d’école qui apprendre qqchose, même pas la cuisine, la plomberie ou la mécanique.
Ou trouvera t’on les scientifiques , les ingénieurs, les cadres petri de sciences humaines, qui nous font déjà tant défaut ?
Nous n’aurons plus que des sportifs, mais je signale simplement que la filiere est déjà ulra-bouchée.
Sportif ca n’est pas un métier d’avenir
A mettre en paralléle et en complement de l’oraison funebre de Jerome Leroy sur le sujet.
steed59 dit
cela dit, cher Marc Cohen, la manière dont vous vous faites une idée de la culture d’entreprise est aussi quelque peu caricaturale. Pour ça vous ressemblez assez bien à vos ex-amis enseignants. A croire que vous n’avez jamais vu le bout d’une entreprise qu’à travers les épisodes de “Caméra Café”.
steed59 dit
Rien à dire sur le fond c’est clair, net et bien torché. Faut dire, moi aussi j’étais un gros nul en sport (et aussi en dessin et en musique), je ne peux qu’adherer. Juste une chose : je trouve plutot positif qu’on ait pas mis pour une fois un prof du genre Bayrou à la tete de l’EN qui aurait copiné avec ses anciens collègues pour maintenir les avantages et petits privilèges de la caste enseignante. Qu’une personne qui viennent du monde du privé fassent tache dans ce monde ultra-clos, ça saute aux yeux. Cependant, c’est plus un spécialiste de com’ que vraiment un entrepreneur. Ceci explique la raison de sa nomination
rackam dit
L’inégalité la plus révoltante c’est que, pour l’oral d’éducation sexuelle dont parle M.C., certaines ont eu Monica Lewinski comme coach. D’autres non. Motus et bouche cousue.
Florence dit
C’est très simple :
les familles aisées et avisées auront maintenant du temps pour s’occuper elles-mêmes de leurs enfants. Je parie un million de dollras que les enfants des familles aisées ne passeront pas leurs après-midi sur les stades de foot. Leurs gamins prendont des cours parallèles.
Finalement, puisqu’il était impossible de sortir par le haut de ” 80% de bacheliers”, on en sort par le bas. Il fallait bien en sortir. C’était tellement explosif.
Souris donc dit
Nous copions les Teutons ? les Teutons nous copient, puisqu’ils veulent mettre fin au sport l’après-midi. Ils sont aussi nuls que nous au classement PISA. Les borgnes et les aveugles.
Zantrop dit
Mon premier réflexe était de me dire “Bof ! Encore une lubie !”
Mais hélas, après lecture de l’article, j’ai bien peur que Marc Cohen n’ait raison quand il prédit : “Sur ce coup-là, les râleurs ont tout faux : cette réforme se fera. Parce qu’elle est radicalement dans l’air du temps.”
valérie dit
“le sport est en contradiction totale avec les valeurs égalitaires dont on nous gave”, dites- vous, mais va savoir, peut-être moins que l’intelligence….