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Du plomb belge à l’or flamand ?

Le parti nationaliste flamand gagne son pari. Malheureusement.

Publié le 15 juin 2010 à 12:00 dans Monde

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Albert II

Albert II. Photo Flickr / Frederic della Faille.

Finalement, Bart De Wever est un grand poète. Le N-VA, parti autonomiste ou indépendantiste on ne sait plus trop, qui a fait 29% en Flandres et qu’il dirige est devenu la première formation en Flandres après les élections législatives anticipées du 13 juin. Mais, d’après ce qu’il dit, grâce à lui, ce ne sera pas la Yougoslavie ni même la Tchécoslovaquie au bout de mon jardin lillois mais un processus très poétique, très gracquien qui présidera à la disparition de la Belgique : l’évaporation. Il y avait un pays, et hop !, évaporation… Comme ces brumes chères aux romans fantastiques de Jean Ray ou Thomas Owen, aux poésies de Verhaeren ou de Rodenbach célébrant Bruges la morte : elles voilent un paysage, les rues d’une ville et quand elles se lèvent, vous êtes ailleurs. Vraiment ailleurs, parfois. Et même en plain cauchemar qui transformerait comme un rien l’arrondissement BHV en bande de Gaza ou en Srebrenica tendance anguille au vert.

J’aurais donc été très injuste avec le flamand Bart De Wever… C’est vrai, je ne devrais pas me laisser avoir par les mauvaises réputations. Ce n’est pas parce qu’on a un physique de garçon boucher que l’on ne peut pas avoir des grâces éthérées quand on veut mettre à mort une nation. Ce n’est pas au hachoir ou à la feuille qu’a l’intention de travailler Bart De Wever, c’est dans l’extase chlorotique, la vapeur charmante. D’après lui, la Belgique va mourir sans s’en apercevoir, dans l’élégance phtisique des jeunes filles de Fernand Khnopff. Bon, s’il y a ici et là quelques crachats de sang ethnique dus à une quinte de toux xénophobe, on regardera ailleurs.

L’alchimie appliquée à la géopolitique

L’évaporation, pour notre ami Bart, c’est l’alchimie appliquée à la géopolitique. On va passer du plomb belge à l’or flamand par une étape dite confédérale. On aura des voisins mais comme dans les grands ensembles, on se croisera seulement de temps à autre aux réunions de copropriété et comme souvent aux réunions de copropriété, ce sera pour s’engueuler et trouver que le régisseur, euh pardon le Roi des Belges, il coute un peu cher. On boira rapidement un mauvais mousseux pour le bien mal nommé pot de l’amitié en se regardant en chiens de faïence : quel dommage tout de même de devoir encore partager avec ces cons un drapeau, une équipe de foot et une politique étrangère…

Bart De Vewer, en plus, a sérieusement fait reculer l’extrême droite flamande, le Vlams Belang. On va donc lui passer beaucoup de choses, dans les cercles autorisés qui font semblant de ne pas voir que les idées extrémistes ont vraiment gagné quand leurs leaders historiques en sont dépossédés et qu’elles infusent chez ceux qui savent les débarbouiller, leur passer un coup de peigne et leur donner des allures de premier communiant. Peu importe qu’ils disent à peu près la même chose, puisqu’ils y mettent les formes…

En même temps, Bart, avant de faire le poète symboliste, il connaissait bien l’extrême droite: des années de militantisme dans les cercles ultranationalistes, ça aide, surtout ceux de l’université symbole de Louvain qui dut faire scission en 68, après l’établissement de la frontière linguistique. Scission pour cause d’affrontements ethniques, évidemment, les francophones préférant de guerre lasse reconstruire leur propre fac dix bornes plus loin, dans une ville nouvelle.

Oui, Bart, l’extrême droite, c’est toujours un peu sa famille. Le NVA qu’il a créé en 2001 est au Vlams Belang ce que Marine Le Pen est à son père. On de dit plus, chez Bart, comme aux bons temps des rassemblements annuels à Dixmude au pied de la tour de l’Yser : “Crève, Belgique” ou “Les Wallons sont des rats.” mais, avec le sourire, “Evapore toi, Belgique.”

Le PS wallon : pour une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire

Qui est là, pour s’opposer, désormais, à l’homme qui veut étrangler la Belgique avec des gants de velours ? Pas grand monde. L’électorat wallon a de nouveau placé loin en tête, à plus de 30% le parti socialiste d’Elio Di Rupo qui laisse sur place les libéraux et les démocrates chrétiens du CDH. Malgré ses élus corrompus, sa gestion parfois rock’n'roll roll, les électeurs ont fait confiance au PS pour une raison bien simple : ils semblent être les seuls à ne pas avoir peur de Bart de Wever, et, à travers l’élégant Di Rupo, antithèse physique de Bart (la politique, surtout en temps de crise, c’est aussi une question de style et même de corps), à savoir défendre l’idée d’une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire. Ils seront aussi, les socialistes wallons, plus nombreux au parlement que les élus du N-VA et, avec leurs homologues flamands du SpA, forment de loin la première famille politique du pays.

En plus, comme tout ne peut être tout à faire sombre dans ce scrutin, j’aimerais saluer l’exploit du sympathique socialiste Michel Daerden, l’homme qui a fait de l’ivrognerie publique une méthode de gouvernement : il a obtenu un nombre record de voix de préférence : plus de 60 000. La voix de préférence est une spécialité belge, avec les sacs Delvaux et la croquette de crevette, qui consiste à envoyer un “poke” électoral diraient les facebouquistes à une personnalité que vous souhaitez voir jouer un rôle important en plus de sa simple élection.

Tout cela suffira-t-il à empêcher Bart De Wever qui sera le premier politique entendu par un Roi qu’il déteste, de transformer la Flandre en une manière de micro-état égoïste et nationaliste, qui voit le monde avec les yeux d’une société anonyme ?

Les jeux sont ouverts.

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  • 16 June 2010 à 20h04

    Impat1 dit

    Nadia, et Sophie,
    J’ai compris !
    Quand je te vois écrire, Nadia, qu’il y a “une histoire belge, une littérature belge, une musique belge, une cuisine belge, un sport belge, une architecture belge, un humour belge” j’approuve totalement ces mots, qui te tiennent manifestement à cœur car ils sont exprimés sur un ton un peu plus ferme que celui qui t’est habituel.
    Donc j’approuve…mais je ne vois là rien, rien de rien, qui s’oppose à l’éventuel rattachement souhaité par Sophie, et d’autres.
    Mais toi, Nadia, tu y vois un obstacle insurmontable. Et c’est là que “j’ai compris”. Le problème vient de ton jacobinisme farouche, et d’ailleurs assumé. Avec un “rattachement” tu verrais une Wallonie abandonnant toutes ses spécificités. Au contraire, j’y verrais un apport supplémentaire de “littérature, histoire, musique, cuisine, architecture, etc.” ajoutés à la France.
    Un dernier mot: ces spécificités existent autant avec par exemple l’Alsace, le Pays Basque, la Provence. En ajoutant même, pour les deux premiers, la langue maternelle différente. Ces provinces n’en sont pas moins françaises, sans restriction.

  • 16 June 2010 à 19h58

    Saul dit

    pas le seul pays à avoir le bilinguisme, c’ est vrai…
    mais les autres ont une langue vernaculaire, parlé par tous..
    quelle est la belge ?

  • 16 June 2010 à 19h23

    PMB dit

    Grangil, ma réponse a enfin franchi le barrage de la modération !

    A vous ?

  • 16 June 2010 à 19h01

    nadia comaneci dit

    La Belgique n’est pas le seul pays à pratiquer le biliguisme. Il y a même bien “pire” ! Deux langues mais une littérature.

  • 16 June 2010 à 18h46

    Saul dit

    “Que tu le veuilles ou non, il y a une histoire belge, une littérature belge, une musique belge, une cuisine belge, un sport belge, une architecture belge, un humour belge bien sûr”

    et une langue belge ?
    une nation belge ?

    ( hummm, j’ ai quand meme un doute que tout ce que tu viens de citer soit vraiment semblables entre les 2 communautés…et qu’ il n’ y ait pas de différences dues à la langue…la littérature belge par ex : en français ou en flamand ? )

  • 16 June 2010 à 18h40

    nadia comaneci dit

    Sophie, je n’ai pas à y être favorable ou pas, parce qu’il me semble que l’explosion de la Belgique n’a pas de raison d’être. Mes arguments ne sont pas que techniques ou administratifs, mais plus de l’ordre de l’impalpable, de l’immatériel, du culturel en un mot. Il me semble que la Belgique est une entité propre depuis 200 ans, quand bien même sa création a été artificielle, avec des Belges wallons et flamands qui ont tout à faire ensemble au delà de leurs différences et rien avec les Français. Que tu le veuilles ou non, il y a une histoire belge, une littérature belge, une musique belge, une cuisine belge, un sport belge, une architecture belge, un humour belge bien sûr, cette façon unique que vous avez de prendre de la distance et pas la tête qui est si difficile pour des Français. La belgitude n’est pas soluble dans la France et c’est tant mieux. La Belgique, je l’aime belge, pas vingt-quatrième région de la République française.

  • 16 June 2010 à 17h33

    Grandgil dit

    Djauni ? Il est belgo-suisse par le fisc, et sa femme est quand elle simplement tatasse (De Tatasserie).

  • 16 June 2010 à 17h31

    Sophie dit

    Nadia, j’entends bien tes arguments techniques et administratifs rendant, d’après toi, cette réunion impossible.

    Mais comme l’a remarqué Impat, ça peut se modifier.

    Si c’était le cas, tu y serais favorable, ou pas?

  • 16 June 2010 à 17h21

    Impat1 dit

    Nadia, la réponse à ce score misérable est est plus bas, à 16h04.

  • 16 June 2010 à 17h11

    nadia comaneci dit

    Je vous rappelle que le parti rattachiste existe très officiellement, qu’il s’est présenté aux élections et qu’il a fait un score misérable. Pour un pays prêt à se rattacher (ah cet amour du bondage. C’est charmant mais ça ne fait pas un programme), c’est étrange, non ? Les Wallons sont apparemment belges et socialistes.

  • 16 June 2010 à 16h22

    Béret dit

    Le divorce entre flamands et wallons est déjà effectif. A un point tel, qu’un retour en arrière n’est plus envisageable.
    Il ne reste plus qu’à franchir l’ultime étape : vider du contenu qui lui reste le pouvoir fédéral (sécu et autres…). C’est ce qui va être mis en route maintenant. Rien, ni même la nomenklatura de l’UE, ne pourra s’y opposer.
    Seuls restent à connaitre le rythme et l’alchimie de l’évaporation.

    Quand tout sera consommé aux yeux des peuples, ils imposeront très majoritairement leurs décisions : rattachement à la France pour les wallons, intégration de la wallonie pour les français.

  • 16 June 2010 à 16h04

    Impat1 dit

    Sophie, la déclaration de Jacques Myard est en effet intéressante, même si bien sûr il ne représente pas la France. Cette déclaration il ne l’aurait pas faite il y a encore peu d’années, et s’il l’avait faite personne n’en aurait parlé. Les choses bougent.
    Dans les commentaires à cette déclaration j’ai relevé celui-ci: “En 1957, à peine 1 % des Français étaient “POUR” le retour de De Gaulle au pouvoir”. Cela prouve, s’il en était besoin, à quel point les choses aussi imprévues qu’inéluctables, voire impossibles, peuvent se produire très vite.

  • 16 June 2010 à 15h59

    Béret dit

    Ne soyez pas inquiète Sophie, ça se fera.

    Ce député dit les choses simplement et clairement, et sa conclusion est nette: c’est inéluctable !

    Son analyse est moins sophistiquée que beaucoup de choses lues ici, mais par contre, pleine de bon sens.

    La politique qui tient compte des réalités, qu’il disait le Général !

  • 16 June 2010 à 14h43

    Mnésiclès dit

    Je ne vois pas ce qu’il y a de malheureux dans le constat d’un fait : la Belgique se confond avec sa caricature d’état improbable qui n’a jamais su ou voulu être une nation. La Flandre, quelles qu’en soient les raisons – motivées en grande partie par un réflexe égoïste mais également enracinées dans un sentiment d’appartenance ethnique – a mis les points sur les “i” en donnant un premier rôle à un parti peu suspect de complaisances belgicaines mais qui a aussi su se préserver des tentations ouvertement xénophobes. Les Francophones ont choisi, eux, la frilosité du repli sur un parti socialiste pourtant largement responsable, par ses errements calamiteux, du succès des tendances sécessionnistes flamandes. Qu’on s’en désole ne change rien à l’affaire : la Flandre a voté dans le sens de l’histoire, le dynamisme est de son côté et les Francophones ont émis un vote marqué par la frousse de cet avenir auquel ils n’échapperont pourtant pas en dépit de leurs jérémiades et de leur patriotisme de patronage. J’ose espérer qu’ils surmonteront vite leur répugnance à affronter les réalités même s’ils n’y seront, semble-t-il, pas aidés par le chef socialiste Di Rupo qui s’échine à minimiser ce qui s’est passé en Flandre pour ne pas effaroucher son électorat apeuré.On peut toujours rêver et penser que c’est une posture et qu’il fera preuve du courage politique qui l’amènera à négocier la fin de la Belgique plutôt que de donner l’impression de subir les évènements.

  • 16 June 2010 à 14h40

    Béret dit

    La lecture de toutes ces interventions m’a bien instructionné sur l’affaire belge : nombreux rappels historiques savants, considérations géopolitiques averties, et même – hommage au surréalisme belge ? – prédictions du retour vers la barbarie !

    Ma conviction est faite. Et basée sur les réalités comme aimait à le conseiller le Général.
    Flamand, je serais séparatiste. Wallon, rattachiste bien sûr. Belge, bruxellois.

    Celui qui n’entre dans aucune de ces catégories serait sans doute ce qu’on appelle un citoyen du monde, à l’aise partout. Un peu comme Johnny Halliday, français par la naissance, belge de cœur et donc rattachiste à l’envers, et suisse pour l’air pur.

  • 16 June 2010 à 14h20

    PMB dit

    La modération pourrait-elle s’occuper de mon post du 16 juin 2010 à 10:13 ?

    Merci d’avance.

  • 16 June 2010 à 14h00

    turbo22 dit

    Bon après-midi rackam

  • 16 June 2010 à 13h59

    turbo22 dit

    Voila, c’est fait, merci encore à tous.