DSK, Villepin : le business de l’innocence
En France, c’est tous les jours le Grand Pardon
Publié le 14 septembre 2011 à 17:42 dans Politique
Mots-clés : Dominique de Villepin, DSK, Robert Bourgi

Notre bestiaire politique national comporte désormais deux innocents estampillés par des juges au-dessus de tout soupçon : Dominique Strauss-Kahn et Dominique de Villepin. Tous deux ont retrouvé, jusqu’à nouvel ordre, une virginité judiciaire car il a été impossible de prouver « au-delà d’un doute raisonnable » qu’ils s’étaient rendus coupables d’agissements que les codes pénaux, américain pour le premier, français pour le second, enjoignent de punir.
C’est tant mieux pour eux, et aussi pour la bonne administration de la justice, car il est moins dommageable pour les libertés publiques de laisser filer un coupable que de condamner à tort un innocent.
Ceci dit, la prise de bénéfice politique d’une décision judiciaire favorable est peut-être de bonne guerre, mais n’est pas de nature à assainir le climat dans lequel se déroule la précampagne pour la présidentielle de 2012.
On sent bien que DSK (ou ses proches) cherchent la première ouverture pour se replacer dans la mêlée des primaires socialistes, par une intervention au 20h de l’ex-client de la suite 2806 du Sofitel de New York. Il existe en ce moment une armée de petites mains et de petites plumes qui peaufinent des éléments de langages destinés à réinstaller DSK dans le paysage politique français. Notons, pour le déplorer, que les excitées du féminisme radical l’aident puissamment dans son entreprise.
Quant à Galouzeau, son appel à la compassion nationale à l’issue du procès en appel qui l’exonérait de toute turpitude dans l’affaire Clearstream était plus que touchant. Il nous ferait presque oublier les manœuvres tordues de toutes sortes – et avérées – auxquelles il s’est livré en 2005 et 2006 pour écarter Nicolas Sarkozy de la présidentielle de 2002.
Les « investigateurs » ont beau s’agiter comme des malades et sortir des scoops en rafale, montrant que des Levantins interlopes ont transporté des valises d’avoine africaine pour telle ou telle écurie présidentielle en 1995 ou 2002, le peuple s’en bat l’œil. D’abord, ce sont de vieilles histoires, et la sagesse des familles enseigne que l’on n’a jamais intérêt à aller agiter le fond de la fosse septique, car les remontées risquent d’éclabousser tout le monde. Ensuite, parce que pour les non-initiés, ces
«affaires» sont totalement incompréhensibles. Pour qui bossent Jouhri, Bourgi ou Takieddine ? Faites le test auprès de vos proches et vous verrez le résultat.
En France, contrairement à l’Italie, la corruption au sommet est tolérée, pour autant qu’elle n’affecte pas la vie quotidienne des citoyens, car dans son immense majorité l’administration haute, moyenne et petite est préservée de ce fléau. L’innocence y est un métier d’autant plus facile à exercer que les Français ne sont pas trop exigeants envers leurs élites politiques, médiatiques, économiques ou littéraires.
C’est pourquoi les repris de justice politique, comme Juppé, Balkany, Emmanuelli et quelques autres moins connus, à gauche comme à droite, retrouvent sans problème la faveur du suffrage universel une fois leur purgatoire judiciaire achevé. Par ailleurs, la France est le paradis des «écrivains » plagiaires, des journalistes bidonneurs, qui s’auto-amnistient à tour de bras lorsqu’ils ont été pris la main dans le sac. Le Français est débonnaire, et pardonne pour autant que le pécheur présente des qualités professionnelles humaines suffisantes. Il pardonne d’autant plus facilement que lui-même est chaque jour tenté par la corruption des petites gens, cette fraude fiscale et sociale qui fait aujourd’hui l’objet d’une campagne de sensibilisation radiophonique. Alors, innocent ou coupable, quelle différence ?
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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11114444 dit
A tout prendre, business pour business, je préfère celui de l’innocence que celui des inquisiteurs de la hargne victimaire.
JMS dit
Comme disait Galouzeau la France est un vieux pays, donc en matière de vie politique elle en a vu beaucoup.
Dans tous les pays, il y a une dose assez large de corruption politique les pire étant ceux où on en parle le moins.
pgrand dit
étonnante vision à la fois de la présomption d’innocence, de l’autorité de la chose jugée et de la possibilité de rédemption. Salauds de Français qui ont la faiblesse de garder quelque considération pour ces concepts vieillots
lisa dit
Un innocent de plus, Gollnisch relaxé en cour de cassation il paraît.
livia dit
Bien dit Thalcave
Euh , en plus pour l’anesthésie si on ajoute la grande consommation d’anxiolytiques et d’anti -dépresseurs car il parait que nous sommes les champions du monde dans ce domaine.
vingtras dit
“Les « investigateurs » ont beau s’agiter comme des malades et sortir des scoops en rafale, montrant que des Levantins interlopes ont transporté des valises d’avoine africaine… le peuple s’en bat l’œil ” C’est vous qui le dites: le moi surdimensionné de Gourbi et de ses confrères en étalage va finir par laisser échapper de mauvaises odeurs.
Florence dit
Je ne partage pas cet avis sur la mansuétude des Français. Je crois plutôt que quand la conjoncture se maintient à peu près, nous sommes plus indulgents mais quand la conjoncture se dégrade, les “coupables” risquent bien d’avoir chaud aux fesses.
Je crois que la colère gronde.
Impat1 dit
Il faut, je crois, que quelqu’un le dise:
Villepin a, depuis, plutôt mal tourné, mais il est juste de se rappeler qu’il nous a fait honneur devant le monde au moment de la seconde guerre d’Irak.
isa dit
Ah?
Mangouste1 dit
“auxquelles il s’est livré en 2005 et 2006 pour écarter Nicolas Sarkozy de la présidentielle de 2002″
S’il est toujours aussi lent à la détente, il ne risque pas d’aller bien loin… ;o)
isa dit
Ouarff!!!
Thalcave dit
Cela fait longtemps que les français sont dépolitisés, désyndicalisés et désabusés. C’est l’héritage de la guerre froide et de la fin de ce qu’on appelle abusivement les 30 glorieuses.
Notre surmoi s’est construit sur la rémission des péchés, l’intercession de l’État qui guérit les écrouelles, l’achat du paradis par les indulgences. Le choc pétrolier de 1973 n’a pas provoqué de sursaut; l’État providence a anesthésié les consciences; on a multiplié le nombre d’élus et d’apparatchiks avec 5 couches administration qui absorbent plus de la moitié du PIB; à l’inverse, pour survivre les entreprises se sont déterritorialisées et vont installer leurs comités exécutifs à Hong Kong; on ne va bientôt plus avoir à se vendre que des sandwichs tant notre compétitivité est en chute libre.
Il faut craindre l’épuisement de la mansuétude pour les politiques, l’accablement devant leur impuissance et leur vaine faconde, une énorme abstention aux présidentielles.
isa dit
Merci thalcave.
je ne supporte plus le mot même “d’intercommunalité”.
commines dit
Luc Rosenzweig Vous dites : “En France, c’est tous les jours le Grand Pardon”. Nous faire jeûner tous les jours dans le pays de la gastronomie, vous n’y pensez pas sérieusement ? Si!
Bibi dit
Et surtout prier! Dans la République laïque!
Et l’accent… Oy!
l’oiseau bleu dit
En France certains ont déjà commenceé : 30 jours plein été
Jacques de Guillebon dit
Moui, le Français pardonne, mais il aimerait parfois que le pécheur fasse pénitence et se rachète.
L'Ours dit
Mauvaise langue, Mace Scaron ne fait pas dans le plagiat mais dans “l’intertextualité”.
Aux innocents les mains pleines!
Marie dit
mais aussi lâché
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/09/14/97001-20110914FILWWW00654-le-guen-demissionne-du-parti-de-villepin.php
Marie dit
Responsable mais pas coupable?