Drogue contre HIV
Le mauvais deal
Publié le 21 juillet 2010 à 14:18 dans Société

La conférence internationale sur le sida de Vienne semble mal partie. Pas d’argent pour le financement, quelques fausses bonnes idées, une pression énorme des ONG. Tout cela risque de finir comme à Copenhague.
On meurt toujours du sida de par le monde. Un peu moins dans les pays développés où l’information et les trithérapies sont facilement accessibles, toujours autant dans les pays les plus pauvres. Alors les participants cherchent de l’argent. Mais la crise est passée par là et les robinets se ferment. Il a été facile de trouver des milliards à la pelle pour sauver les banques et le système économique, mais il est probable qu’en ces temps de rigueur, les malades du sida ne feront bientôt plus partie des prioritaires.
Et puis, par delà cette question fondamentale s’accumulent les fausses bonnes idées qui relèvent du “y a qu’à”. Un exemple en est une “taxe Robin des bois”, sortie de leurs manches par les ONG. Cela consiste à prélever une taxe infime sur les transactions financières et qui rapporterait 300 milliards de dollars. Il est légitime de rêver sur des chiffres aussi faramineux que peu crédibles, qui d’un coup de baguette magique résoudraient tous les problèmes. Il avait été question d’une telle taxe pour permettre aux gouvernements de récupérer une partie des milliards prêtés aux banques en faillite. Une taxe impossible à établir et à prélever, alors la même chose pour lutter contre le sida, vraiment, faut pas rêver…
Autre idée, elle parfaitement stupide, un appel publié par le journal Le Monde et dont la teneur laisse pantois. Le Monde n’hésite pas à dire que cet appel “fera date dans l’histoire des politiques publiques en matière de drogues”. Rien que cela, mes amis ! Le contenu de cet appel est simple, il est même simplissime : les drogués sont contaminés par le virus HIV parce qu’ils se piquent avec des seringues pas propres. Conclusion ? Il faut légaliser les drogues, dures évidemment, afin que les drogués puissent se piquer en toute légalité et en toute stérilité. Mais bien sûr, “y a qu’a” !
Les sapeurs Camembert sauvent le monde…
Légaliser les drogues pour sauver des malades du sida, c’est juste n’importe quoi, un délire absolu. L’Espagne et les Pays-Bas ont essayé, ils sont bien vite revenus sur leur générosité naïve. Le nombre de drogués a augmenté dans de telles proportions que la chose n’était plus tenable. Et l’on mourrait d’overdose autant que du sida.
Une autre réalité plaide pour la vacuité de cet appel “historique” : légaliser les drogues, c’est légaliser l’argent sale. Au moment où près d’une centaine de personnes se font flinguer au Mexique parce que les barons de la drogue se battent entre eux, c’est bien le moment de blanchir officiellement les milliards de la came. Tout comme il devient inutile d’envoyer des soldats se faire trouer la peau en Afghanistan, si les talibans et les barons du grain de pavot de ce pays peuvent désormais s’inscrire au NYSE ou au CAC 40 . Oublions les producteurs de coke de Colombie qui pourraient faire une fusion-acquisition avec les FARC, afin de financer la révolution…
Sérieusement, les initiateurs de ce texte qui fait pleurer d’avance le bulletin paroissial du bien penser ont-ils réfléchi à ce que représenterait le déluge d’argent du pavot et du coca dans les flux de l ‘économie mondiale ? Pas de doute, ces nouveaux milliardaires aussi blanchis de leurs méfaits que l’est actuellement leur argent pourraient s’offrir les fleurons des grandes entreprises mondiales. Cash.
Flagrant délit d’irresponsabilité
Les mêmes ont-ils pensé aux millions de camés, pauvres hères accrochés à leurs seringues, déshumanisés par l’addiction avant de crever lamentablement comme des bêtes en manque ? Combien de dizaines de milliers de morts, la came légale? Est-on vraiment sûr d’ailleurs que cela ferait baisser le nombre de morts par HIV ? Rien n’est moins certain.
On rappellera à ces grands esprits qu’il existe des moyens simples et peu onéreux pour se procurer des seringues propres : en France il suffit d’acheter, en vente libre et anonyme, une Stéribox dans n’importe quelle pharmacie. Pour quelques euros, il y a dedans tout ce qu’il faut pour se piquer clean et désinfecté. Les bons esprits diront que c’est peu moral, les réalistes diront que cela a fait baisser le nombre de contaminations par seringues.
On rappellera aussi aux initiateurs de cet appel, que sont Mme Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine pour la codécouverte du virus HIV, à M. Cardoso, ancien président de la république du Brésil et à Mme Brigitte Schmied, présidente de la société internationale sur le sida qu’il y a abus caractérisé d’irresponsabilité à balancer ainsi dans les médias de telles énormités, qui témoignent d’une indigence intellectuelle rare ainsi que d’une culture économique nulle.
Et, afin de n’oublier personne, on rappellera au fameux journal de référence qu’il est tout aussi irresponsable de publier sans le moindre appareil critique les mêmes âneries dans ses colonnes. C’est, bonjour Monsieur Lénine, justement ce qui fait la différence entre les courroies de transmission et les vrais journalistes…
-
L'auteur
GS est journaliste et traducteur.
-
Plus








La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
203Nos offres
1 an : 55 € ............................................ >
1 an : 34,90 € ....................................... >
Souris donc dit
@ Ramon
Pour résumer votre pensée, le meilleur médecin n’est pas forcément le meilleur malade, sauf en psychanalyse ? Bravo.
ramon mercader dit
on rigole
espérons que le spécialiste de la chirurgie de la cataracte ou de la main n’a pas bénéficié de ces techniques………pasque sinon il serait aveugle et manchot ( dur pour faire la manche à la sortie des églises)
et que pour soigner les cancers du colon il ne soit pas nécéssaire d’avoir bénéficié d’une colostomie et de 6mois de cysplat’ ……………
hé bien figurez vous que pour être psychanalyste il faut être passé entre les mains d’un chose-frère !
lorsqu’on sait quelle somme de conneries on se croit forcé de dégoiser dans ces cas là…..ça laisse rêveur
pirate dit
Altaica, lisez, après vous pourrez parler, parce que déjà tout de suite vos suppositions sont totalement à côté de la plaque
Minos dit
Putaing!!! C’est sérieux sur ce fil!!! Je retourne sur celui de son altesse me faire traiter de vieillard par Rackam. Au moins, on rigole un peu….
Altaica dit
d’ailleurs ceux qui déterminent le smic sont rarement au smic!
Si c’était le cas, je pense qu’on aurait le smic à 2000€, et… plus d’économie du tout!
Heureusement qu’en effet, ceux qui déterminent le smic sont détachés du problème: et dans les deux sens: ce ne sont pas non plus les patrons qui décident du smic… Sinon il serait à 600€, et bonne chance pour les ouvriers qui devront vivre avec 600€ par mois à Paris!
Donc très bonne idée de prendre le smic comme exemple: ceux qui sont les plus à même à en parler sont… Ceux qui ne sont gênés directement ni par sa baisse ni par son augmentation. Mais qui savent aller sur le terrain, voir si les gens ont besoin de plus, discuter avec les entreprises pour savoir si ils peuvent facilement l’augmenter ou non…
Altaica dit
@pirate: Les livres dont vous me parlez, aussi humain et poignant qu’ils soient, ne viendront pas relativiser le bien ou le mal. Ils entraîneront le lecteur à comprendre comment on en vient à choisir le mal pour en éviter un pire, mais ils ne toucheront pas au Bien et au Mal, quoi qu’on en dise. Je suis sûr qu’en les lisants, je me mettrai à maudire je ne sais quelle institution qui est censée représenter le bien, ou crier après l’injustice de la justice. Je serai entièrement d’accord avec les agissement d’un voleur ou le meurtre d’un méchant.
Mais ce n’est pas parce que je penserai momentanément qu’il a bien fait de tuer le méchant, de voler le riche, d’aider le drogué à se droguer que je changerai par ma seule pensée le Bien et le Mal.
@Dandy: cela vous blesserait-il de savoir que les spécialistes de la drogue en connaissent plus que vous alors qu’ils n’en ont jamais pris eux même? De savoir qu’un patron honnête sais mieux qu’un ouvrier qu’il est bon pour lui de réduire ses primes?
C’est pourtant la dure vérité que les personnes un peu humble acceptent.
pirate dit
Dandy les sophistes sont vos cousins apparement.
Dandy de Grandchemin dit
Je vais stopper cette discuss’. J’enregistre donc que le mec qui n’a pas connu ce dont il parle est bien plus pertinent que celui qui l’a vécu puisqu’il est plus détaché.
Très bien.
Je vais donc adopter le point de vue de l’UMP sur la drogue, ils ne savent pas de quoi ils parlent mais l’essentiel c’est qu’ils soient détachés.
Et puis tiens, tant qu’à faire, je vais adopter la position du patron qui pense que le smic doit être baissé voire supprimé. Après tout il est le mieux placé pour savoir de quoi il parle, il n’a jamais dû vivre avec un SMIG, il en est donc bien détaché.
C’est super cette théorie. ça va changer ma vie.
pirate dit
Oui je suis un très bon papa… de l’avis du fils de ma compagne qui a un très bon papa… et c’est facile en plus, je suis moins sûr que je serais aussi bon quand je le serais.
Pour la question particulière du guerrier qui aura une vue biaisé du fait du carnage, Altaica lisez de ce pas “Sympathy for the Devil” de Ken Anderson, c’est un chef d’oeuvre de la littérature méconnu, écrit par un ancien FS et d’une humanité incroyable. lisez aussi “Chien de Nuit” du même qui est aussi un ancien flic, ça relativise le bien, le mal, et ce qui est humain ou non…
Altaica dit
S’il y a des conseillers conjugaux, et que ça marche bien, c’est bien parce que un regard extérieur est vraiment beaucoup plus enrichissant. Détaché, il ne va pas s’accrocher à des décisions prises par passion. Là où le mari et la femme ne sont pas capable de se mettre d’accord parce qu’ils tiennent à leur position, une tierce personne, qui pourtant connait peu le couple, sera capable de réfléchir, de comprendre chacun des deux désidératas, et de trouver une solution répondant aux deux personnes, alors qu’elles ont passé un an sans en trouver!
Altaica dit
@Dandy
pour reprendre mon exemple de militaire du vietnâm, c’est certain que s’il devient à la fin de la guerre un historien, ça sera le plus à même de parler de ce qu’il a vécu, et de faire des conférences vraiment passionnantes.
Malheureusement, je pense que ce ne sera pas le plus à même à réaliser des ouvrages objectifs. Il aura toujours du mal, plus que quelqu’un qui n’aura pas subi la guerre, à reconnaître que dans le conflit, l’autre camp n’était pas un amas de barbare, mais des gens comme lui, qui se battaient pour un autre idéal et un autre pays, qui a ses qualités et ses défauts.
Dire “arrêtez de parler, vous ne savez pas de quoi vous parlez, vous ne l’avez pas vécu” est un cri compréhensif de la part de quelqu’un que ça a fait vraiment souffrir, mais qui est dénué de sens. Comme le dit pirate, on est capable par empathie de saisir ce que ressentent les autres. Et on est plus enclin à l’empathie pour deux personnes à qui on n’a rien à reprocher, qu’avec des personnes qui nous ont fait du mal ou avec qui on a vécu une situation douloureuse.
pirate dit
Dandy j’ai un jour fait lire un texte à un garçon ou je parlais d’un sujet dont j’ignore absolument tout, la guerre, et dont il ignorait rien vu que c’était un combattant, et il a été stupéfié par sa justesse.
J’ai fait l’expérience une autre fois sur une seynette écrite se déroulant dans un milieu que je ne fréquente pas du tout, la prison, et mon lecteur a eu la même surprise.
Ca s’appel le sensitif, la sensibilité, l’empathie.
Ca répond à la question ?
Dandy de Grandchemin dit
Altaica : de celui qui est dans le labyrinthe et de celui qui le survole, qui a la meilleure vision du problème et de sa résolution?
C’est bien trouvé.
Mais je te parlais de l’expérience de celui qui a été dans la came et qui en est sorti. Pour reprendre ton image, il survolerait le labyrinthe aprés y avoir été et s’en être sorti.
Altaica dit
@Dandy
ce que je veux dire, c’est que entre le mec qui a fait le viet-nâm et l’historien qui étudie l’histoire de cette guerre, ce second a une bien meilleur visibilité:
-il a les points de vue des deux camps
-il a la connaissance des enjeux politiques, géographiques,
-il a la connaissance des mécanismes globaux du conflit
bref il est bien mieux placé pour expliquer comment la guerre s’est produite et comment l’éviter que ce brave soldat, qui pourra tout au mieux dire pourquoi ne pas la reproduire!
Altaica dit
@Dandy
de celui qui est dans le labyrinthe et de celui qui le survole, qui a la meilleure vision du problème et de sa résolution?
Dandy de Grandchemin dit
Pirate,
« Et bien sûr je maintiens qu’il faut quand même un peu d’expérience personnelle de la dope pour en parler avec justesse. » et je maintient le contraire, et moi j’en ai une certaine expérience…
Je crois que l’on va entériner amicalement ce désaccord. Je fais quand même une dernière tentative, c’est un peu comme si tu comparais le point de vue sur le Viet-Nam du mec qui s’est retrouvé là-bas avec celui du gars qui a juste vu Apocalypse now, quel serait le plus juste ?
Encore un essai, si Altaica avait eu une période défonce, est-ce qu’il ne dirait pas un peu moins de conneries selon toi ?
Sinon, tu l’auras compris, mon point de vue sur la dope est évidemment fait de ce que j’ai vécu. On en a vu des pires que moi mais on en a vu aussi des plus raisonnables sur la seringue.
Altaica dit
“la liberté c’est choisir sa prison après tout. ”
Et oui, si Dieu est une prison, alors je m’en fais prisonnier directement!
De même que si mon ex-fiancée acceptais la prison que je suis, j’accepterais la prison qu’elle est. Mais pour l’instant elle est “libre” de choisir comme prison l’absence de moi!
Mais toutes les prisons ne se valent pas! Et la mienne, je n’ai jamais été aussi malheureux que parce que je m’en éloignais! Malheureux dans le sens où ma vie avait moins de sens, moins de goût, plus de but, plus de moteur.
Existe t il des substances qui donnent à la fois un sens, un but, du goût à la vie?
Du goût, je n’en doute pas. Un sens et un but: peut être… Mais franchement, je plains ceux qui ont pour sens de leur vie la requête de leur dose quotidienne!
Même si souvent je me prends trop la tête à philosopher là où profiter de la vie devrait suffire, je préfère quand même cela à leur sens…
pirate dit
“Et bien sûr je maintiens qu’il faut quand même un peu d’expérience personnelle de la dope pour en parler avec justesse.” et je maintient le contraire, et moi j’en ai une certaine expérience…
pirate dit
Bah oui, c’est bien, et je ne dis pas le contraire au sujet de la drogue, je suis ici une exception qui ne confirme pas la règle, ni ne l’infirme. Il se trouve que j’ai très tôt eu conscience de certaine chose (vraiment très tôt même) et l’une d’elle est que je voulais bien m’aventurer mais quema liberté était au dessus de tout le reste, absolument tout. Donc m’aventurer mais pas me faire enfermer. La liberté avant tout. C’est mon mot d’ordre depuis l’enfance, et tout ce qui peut altérer cette liberté sera fusillé. Ais je systématiquement réussi ? Non. J’ai eut des moments de prison. Mais bon… tôt ou tard je prends la tangeante ou la vie m’y a obligé.
et je ne dis pas : ” et toi, penses tu que la liberté donnée à Dieu est meilleure que la liberté donnée au THC?” je dis que chacun trouve sa liberté, dans une molécule ou un mythe, ce sont toujours des convenances (mythe ou réalité, molécule et ses effets) la liberté c’est choisir sa prison après tout. Et finalement c’est choisir, tout simplement. As t-on réellement le choix ? Pas si on croit à la destinée, je suis trop relativiste pour y croire.
Dandy de Grandchemin dit
Buzy : “Ce qui n’est pas différent, c’est l’expérience de la dépendance… THC , héroïne, chocolat, amour/haine, sexe, etc”
Oui Buzy, aimer le chocolat au point de s’en dire “accro” c’est exactement la même chose que d’être accro à l’héro ou au crack. On a essayé de proposer à des junks en manque une plaquette de Galak, et ça a super bien marché. Le traitement devrait bientôt faire son apparition.
Altaica, oui le docteur Olivenstein était incapable de compassion. Il a juste consacré sa vie entière à essayer de sortir des toxs de la dépendance.
Incroyable, les conneries que l’on peut lire sur ce fil.
Et bien sûr je maintiens qu’il faut quand même un peu d’expérience personnelle de la dope pour en parler avec justesse.
Pirate, Baudelaire disait qu’un boucher sous haschich faisait des rêves de… boucher. Manière de dire qu’en effet la créativité n’est pas dans la défonce mais dans celui qui la prend. Baudelaire en savait quelque chose, accro au laudanum (l’opiacé le plus courant à son époque) jusqu’à la fin de sa vie.