On n’en finit jamais avec Drieu | Causeur

On n’en finit jamais avec Drieu

Son procès fictif raconté par Gérard Guégan

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
est journaliste et écrivain...

Publié le 10 septembre 2016 / Culture

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drieu la rochelle guégan

Drieu La Rochelle. Image: Soleil.

Les mythologies littéraires continuent leur long travail de sape. La mondialisation n’y changera rien. Plus elle récure, nettoie, efface à la javel le moindre signe de vie, de dissidence, plus les réprouvés font de la résistance. Les écrivains bannis des lettres repoussent comme de la mauvaise herbe. Ils reviennent au galop piétiner nos « belles » valeurs, faire exploser notre « humanisme » en peau de lapin. Ce sont des salisseurs de mémoire. Avec eux, on respire enfin l’air de la discorde, des combats perdus, des âmes en peine. Ce parfum enivrant de la défaite. Les vainqueurs de l’Histoire nous débectent toujours un peu dans leur uniforme de bon samaritain. Le désespoir est plus salvateur que la victoire. Il y aura toujours dans une achélème mortifère ou dans une campagne désolée, un jeune homme qui lira dans le creux de la nuit, quelques auteurs couverts de déshonneur. Avec Drieu, Morand, Céline, Chardonne et consorts, les puritains s’étranglent. Leur prose fielleuse ravive les vieilles plaies. On ne se débarrasse pas si impunément des stylistes.

Les derniers jours de Drieu la Rochelle fascinent

Politiquement, ils eurent tort mais artistiquement raison. Lâches, fourbes, médiocres et sublimes à la fois. Les derniers jours de Drieu la Rochelle fascinent nos plumes actuelles fatiguées de se fader les mémoires des animateurs télé. Après Aude Terray chez Grasset, c’est Gérard Guégan qui s’y colle dans une fable éblouissante de références et de sincérité. Dans « Tout a une fin, Drieu » paru chez Gallimard, Guégan déploie son savoir-faire littéraire et il est grand. Ceux qui ont la chance de le lire chaque week-end dans les colonnes de Sud-Ouest, savent la pertinence et la profondeur de ses jugements. Ce procureur impitoyable qui a l’élégance d’écrire encore en français fait partie des derniers mohicans de la presse quotidienne régionale. Ecrivain, critique, inlassable passeur de livres qui perdure, surnage dans un océan de médiocrité. En Aquitaine, il garde le cap du style, seul aiguillon possible dans une société sous naphtaline. Sans se laisser émouvoir par les flonflons de la Libération, Guégan invente une autre fin pour Drieu et convoque ses maitres à penser dans un réquisitoire flamboyant. L’homme à femmes, passé du doriotisme au stalinisme, revenu à Paris, n’a plus que son pardessus de grosse laine anglaise pour donner le change. Il le portait lors du voyage d’octobre 1941 de la Propaganda Staffel. Durant cette nuit, Drieu est enlevé par un groupe de résistants en bordure de Parti. Il sera jugé devant ce drôle de tribunal populaire mené par un certain Marat, double de Roger Vailland. Il devra répondre de ses actes, en l’occurrence de ses écrits. Dans ce face à face, digne des meilleures pièces de théâtre (metteurs en scène, jetez-vous dès maintenant sur l’achat des droits !), Guégan met de la chair sur les mots, du vitriol sur les idées.

Drieu pitoyable se laisse porter, comme à son habitude, par les événements. Toujours spectateur de sa propre déchéance, il se complaît dans l’autodénigrement. « Mettez ça sur le compte de ma mollesse » lui fait dire Guégan qui exécute là, un portrait psychologique criant de vérité. On se régale des saillies, des mots d’esprit et de cette atmosphère de jugement dernier. « Les professeurs d’université, les officiers supérieurs, les académiciens, les critiques littéraires, toutes ces figures de papier mâché qui se sont pensées au-dessus de lui sans jamais faire preuve de savoir, d’audace, de créativité, Drieu les a vomies, et il les vomit encore davantage à l’approche de la mort » tonne-t-il d’une verve libératrice. Entre Marat et Drieu, une connivence s’installe, l’amertume des écorchés est un puissant rassembleur qui va bien au-delà des camps. A lire d’urgence !

Tout a une fin, Drieu, une fable de Gérard Guégan, Gallimard, 2016.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 13 Septembre 2016 à 20h47

      GigiLamourauzoo dit

      sanch ,tit plan Q,au zoo que tu veux,ça t intéresse po?Nous 2 a poil topless,chantant et dansant sur du drieu,ça te tente pas?avec babouins et zotres amis zanimos? pls!

    • 12 Septembre 2016 à 17h24

      agatha dit

      Warboi, rassurez-vous, il n’y a eu que 12 commentaires, dont 4 de vous-même.

      • 13 Septembre 2016 à 1h32

        Warboi dit

        en voici un cinquième, for your eyes only.

    • 12 Septembre 2016 à 11h39

      Sancho Pensum dit

      D’où vient cette attirance toute causeurienne pour Drieu ? De ses tentations
      totalitaires ou de son tropisme trouble pour l’homosexualité ?

      • 12 Septembre 2016 à 12h33

        Warboi dit

        C’est une question que je me pose depuis longtemps, tous les auteurs qui ont fricoté avec la collaboration quand ils ne l’ont pas carrément embrassée ont ici statut d’icône, en rangs d’oignon, il en manque pas un…Il parait qu’ils avaient du style et que morale (pas Moralès !)et littérature ne font pas bon ménage.
        Mouais mouais mouais. J’t'en foutrais de “l’air de la discorde, des combats perdus, et des âmes en peine”, arrête ton char Ben Hur et remballe tes trémolos… La littérature et les états d’âme des fascistes de salon ont bon dos, tout ça sent la plus trouble des fascinations pour la transgression taillée dans une peau de lapin piquée aux humanistes.

        • 12 Septembre 2016 à 12h39

          Guenièvre dit

          …dans une peau de lapin ! Vous avez dit une peau de lapin ? :-)

        • 12 Septembre 2016 à 17h16

          Warboi dit

          Celle que le texte affecte aux humanistes. La même. La peau de lapin a cette particularité d’être souple et adaptable à tous les publics.

        • 12 Septembre 2016 à 17h18

          Warboi dit

          Sinon vous avez aussi la peau de zob, mais c’est beaucoup plus cher, forcément il y a moins de matière.

        • 12 Septembre 2016 à 17h21

          Guenièvre dit

          :-)))

      • 12 Septembre 2016 à 19h37

        GigiLamourauzoo dit

        drieu est un con, et tous sur ce site sont a moitié homos,t as bien raison.Au fait tu fais quelque chose ce soir?:)

        • 12 Septembre 2016 à 23h39

          Sancho Pensum dit

          Désolé, je sors pas avec les fascistes !

    • 10 Septembre 2016 à 9h52

      alain delon dit

      Alain Delon n’avait pas été informé qu’André Rieu se produisait à La Rochelle…Merci pour lui

      • 10 Septembre 2016 à 19h17

        Warboi dit

        -;))

        André Rieu rode en ce moment même son dernier spectacle grandiose, “Débine, lâcheté et médiocrité” avec livret de Moralès dont nous vous livrons les paroles en exclu mondiale. Gageons qu’il y aura du monde et du meilleur.
        Les kleenex pour pleurer sur les crapules et autres ordures so so chic zet fascinants sont livrés avec le sac à gerbe.

        A toi, A toi mon frère
        Que j’ai aimé comme un père
        Mort sur la route du devoir
        Te voila maintenant rendu
        Au pays des disparus
        Toi qui l’auras trop bien aimée
        Et parfois même abusée
        Te voila donc dans la bière
        Car par delà de ta mort
        Et de ses vers qui te picorent
        Dans mon esprit tu brilles encore
        Tu étais simple dans ta tête
        Tu était simple dans tes geste
        La société t’as rejeté
        J’avais t’un compagnon … Que j’aimais,
        Il était mon ami, mon frère,
        Comme une sœur dans mon cœur … Je l’aimais
        Je t’ai pleuré, mon camarade
        Versé des la..armes
        Loin des fe..emmes
        Rien ne te remplaceront
        Ni la bière, ni ma mère,
        Ni mon arme, ni les dames
        La femme est l’avenir des po…ommes
        Comme dit Aragon, roi des cons
        Et je te jure sur ta tombe
        Qu’un jour un monde
        Où la pureté,
        Triompheront,
        Car l’ennemi règne ici-bas,
        Méchanceté…ée, brutalité…ée
        Et les dealers, et les chômeurs,
        Les communistes, psychanalystes
        Tous des pédés, dégénérés …. Au temps pour moi

        • 11 Septembre 2016 à 12h25

          steed59 dit

          et puis sur ce coup l’auteur n’a pas la – mauvaise – excuse d’appartenir au PCF

    • 10 Septembre 2016 à 9h39

      IgorPremier dit

      “Evidemment Alice ne lui offrait que la suggestion rétrospective des formes qui l’avaient faite si belle. Mais la ligne un peu fléchissante d’un sein, un peu redoublée d’une hanche, si elle ne s’est point trop écartée des points où elle assurait hier son triomphe, semble, par un tremblement hallucinant y repasser dans les moments magnétiques où une femme qui a toujours plus se redresse pour plaire encore. Ainsi la beauté devient émouvante ayant perdu la froideur du premier coup de ciseau presque idéal, et chez celui qui la regarde et la possède la dure admiration se transforme en une tendresse magnifiquement mélancolique, car non seulement il voit ce qu’elle est devenue, mais ce qu’elle était”.

      P. Drieu La Rochelle (Gilles)

    • 10 Septembre 2016 à 7h49

      kozurenaiokami dit

      Tout a une fin, sauf le boudin, qui en a deux.