Transférer l’ambassade américaine à Jérusalem? | Causeur

Transférer l’ambassade américaine à Jérusalem?

“Yes He Can!”

Auteur

Philippe Karsenty et Pierre Lurçat
Maire-adjoint de Neuilly ; avocat

Publié le 27 janvier 2017 / Monde

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Promis par Donald Trump, le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem serait un signe fort de sa volonté de changement. Il mettrait aussi fin à la situation actuelle, qu’une majorité d’Israéliens considèrent comme aberrante. L’absence actuelle d’ambassade étrangère à Jérusalem est en effet une anomalie politique et historique.
Donald Trump Israël Jérusalem ambassade américaine transfert polémique

Une affiche sur un un immeuble en construction de Jérusalem remercie Donald Trump de sa promesse, janvier 2017 (SIPA : AP22002474_000001)

Le refus international de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’Etat d’Israël s’habille de divers arguments juridiques et politiques. Il repose notamment sur la Résolution 181 des Nations unies du 29 novembre 1947, qui avait fait de Jérusalem un “corpus separatum”, soumis à un “régime international particulier”. Par ailleurs, depuis le début des négociations israélo-palestiniennes ayant conduit aux accords d’Oslo, en 1993, on considère généralement que la question de Jérusalem étant la plus complexe et la plus épineuse, elle doit être reléguée à la fin des négociations, autant dire reportée aux calendes grecques… Derrière cette argumentation politique et juridique, d’autres motivations, plus profondes et moins explicites, expliquent le statut particulier de Jérusalem sur la scène internationale. La reconnaissance des droits du peuple Juif sur la Ville sainte pose en effet un problème d’ordre théologique pour le monde catholique et pour le Vatican en particulier.

Un tabou à réactions

En 1904 déjà, lors de sa rencontre avec le Pape Pie X, le fondateur du mouvement sioniste Theodor Herzl s’était heurté à un retentissant “Non possumus” : “Nous ne pouvons pas” [reconnaître la nation juive]. Soixante ans plus tard, lors de la première visite d’un Pape en Israël – celle de Paul VI en janvier 1964 – celui-ci évite soigneusement tout geste pouvant être interprété comme une reconnaissance, même implicite, de l’Etat juif. Son avion atterrit à l’aéroport d’Amman et lors de son accueil par le président israélien Zalman Shazar, à Jérusalem, il insiste sur le caractère purement spirituel de son voyage. Cette visite est un événement religieux majeur, mais dénué de toute portée politique, la reconnaissance d’Israël par le Vatican n’étant à l’époque pas à l’ordre du jour. Elle interviendra finalement en 1993, avec l’établissement de relations diplomatiques pleines et entières entre le Saint Siège et l’Etat d’Israël.

Le refus de reconnaître Jérusalem comme capitale d’un Etat juif devient de plus en plus flagrant après 1967 et la réunification de la ville sous souveraineté israélienne, et plus encore depuis 1980, quand elle est proclamée par la Knesset “capitale éternelle et indivisible” de l’Etat d’Israël. Avant 1967, 23 pays, pour la plupart africains et sud-américains, avaient ainsi installé leur ambassade dans la partie occidentale de la ville. Après 1967, alors même que la ville sainte réunifiée devient, pour la première fois de son histoire plurimillénaire, un lieu ouvert aux fidèles de toutes les religions et que la liberté de culte y est garantie pour tous, le nombre des représentations diplomatiques étrangères va en diminuant.

Ainsi, lors du vote par la Knesset, le 30 juillet 1980, de la Loi fondamentale sur “Jérusalem capitale d’Israël”, la réaction internationale ne se fait pas attendre. Le Conseil de Sécurité, dans sa résolution 478 du 20 août 1980, déclare que la loi israélienne viole le droit international et appelle les Etats membres de l’ONU ayant établi des missions diplomatiques à Jérusalem à les transférer à Tel-Aviv. Ceux-ci obtempèrent de manière quasi-unanime, seuls le Costa-Rica et le Salvador conservant leur ambassade à Jérusalem. Ces derniers finiront par transférer eux aussi leur ambassade à Tel-Aviv en 2006, date à laquelle plus aucune ambassade étrangère n’était installée dans la capitale israélienne.

Jérusalem, symbole de l’entrée dans l’ère Trump ?

Dans ce contexte, le transfert éventuel de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, nonobstant les menaces et les réactions négatives qu’il suscite dans le monde arabe et musulman, constituerait une victoire, politique et symbolique, pour l’Etat d’Israël. Sur le papier, la promesse du candidat Donald Trump de transférer dans la Ville sainte l’ambassade américaine n’est pas nouvelle. Il s’agit en effet d’un dossier déjà ancien, une promesse similaire ayant été faite par plusieurs présidents américains (Bill Clinton et Georges W. Bush notamment) pendant leur campagne électorale, mais vite oubliée au lendemain de leur investiture. Le 23 octobre 1995, le Congrès américain a voté la Loi sur le transfert de l’ambassade à Jérusalem (Jerusalem Embassy Act) votée par les deux chambres à une très large majorité. Mais cette loi n’a jamais été appliquée, les présidents Clinton et Bush ayant usé de leur veto pour s’y opposer au nom de “l’intérêt national” américain.

La volonté de changement radical que le nouveau président entend incarner dans la politique américaine, à l’intérieur comme à l’extérieur, et son souhait exprimé dans son discours d’investiture, de “retirer le pouvoir à [l’administration de] Washington pour le rendre au peuple américain”, ne saurait être traduits en actes de manière plus manifeste et éclatante qu’en tenant cette promesse envers l’Etat juif. Ce faisant, Donald Trump donnerait raison au Congrès et au peuple américain contre le Département d’Etat, et il inaugurerait une nouvelle ère dans les relations d’amitié, fondées sur des valeurs et des intérêts partagés, entre les Etats-Unis et Israël.

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    • 1 Février 2017 à 18h28

      Bibi dit

      Un Second saoudien vient s’ajouter au précédent et au koweitien, publiant des articles en faveur du déplacement de l’ambassade US à Jérusalem.
      Pour plus de détails (en anglais)
      https://www.memri.org/reports/prominent-saudi-journalist-west-jerusalem-part-israel-moving-us-embassy-there-part-overall

    • 1 Février 2017 à 15h49

      Bibi dit

      C’est l’hystérie “spontanée” chez les négationnistes de Ramallah. Ils vont finir par réveiller l’attention du Pape!

      • 2 Février 2017 à 8h45

        ji dit

        Boker tov,
        Regardez vous des séries ? Dans le dernier épisode de Homeland, un remake américain d’une série israélienne, Saul, un américain, va voir sa soeur dans une colonie, implantation, je ne sais plus ce qu’il faut dire. Il lui dit que sa seule présence est une entrave à la paix, elle lui répond qu’elle, au moins, a un but, une communauté, et que son mari, qui l’a entrainé, lui a permis d’assumer le fait d’être juive.
        On a un different sur le Messie, mais pas très embêtant car je pense qu’il y a un tel tronc commun spirituel, que le dialogue est intéressant, possible et sûrement enrichissant. En revanche, sur ce point particulier d’Israël je suis dubitative, quand j’ai vu cette scene, elle m’a semblé très bonne et réaliste. Évidemment, je ne soulève pas ce point pour le plaisir d’un conflit, mais vraiment comme un dialogue.

        • 2 Février 2017 à 8h58

          Bibi dit

          C’est toujours un plaisir de discuter avec des personnes de bonne foi (ds tous les sens du terme!).
          La question des implantations touche en fait au droit des juifs de s’installer, re-habiter, dans leur patrie ancestrale.

        • 2 Février 2017 à 15h15

          Bibi dit

          En tout cas, je vous félicite d’avoir choisi la fête de la chandeleur pour reprendre le dialogue :-)
          Ce fil va fermer, on va continuer sur un autre.

    • 31 Janvier 2017 à 15h56

      QUIDAM II dit

      Le 29 novembre 1947, l’Assemblée Générale de l’ONU (résolution 181) approuve le plan de partage de la Palestine qui comporte la création d’un Etat palestinien.
      Ce plan est accepté par les dirigeants de la communauté juive en Palestine, mais les Arabes refusent ce vote de l’ONU parce qu’il créait en même temps l’Etat d’Israel. Le 28 octobre 2011, lors d’une interview télévisée accordée à une chaîne de télévision israélienne, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déclaré que « le rejet du plan de partage de 1947 était une erreur, l’erreur du monde arabe dans son ensemble » (Huffington Post, 28/10/2011)
      Sous l’impulsion de Hadj Amin el Hussein (grand mufti de Jérusalem, et créateur de la Waffen SS Handschar (13e division de montagne), plusieurs armées arabes coalisées déclenchent une guerre dont l’objectif très officiellement proclamé est la liquidation du nouvel Etat d’Israel recréé par l’ONU après plusieurs siècles sous domination coloniale.
      Le 18 mai 1948, la Légion Arabe entre dans Jérusalem, et après plusieurs jours de combats intenses, obtient la reddition du quartier juif de la vieille ville. La Légion Arabe procède alors à un véritable nettoyage ethnico-religieux : la population juive a été chassée de la ville, et les toutes synagogues rasées.
      19 ans plus tard seulement, les Israéliens, lors de la guerre des six jours, récupèrent la vieille ville de Jérusalem où les juifs ont vécu sans discontinuité depuis la plus haute antiquité jusqu’en 1948, c’est-à-dire pendant de nombreux siècles avant l’impérialisme, la conquête et la colonisation arabes. 

    • 31 Janvier 2017 à 4h22

      Bibi dit

      Les responsables palestiniens réclament des excuses après une déclaration faite à la radio israélienne par le nouveau chef des Nations unies, qui a affirmé que le temple qui avait été détruit par les Romains était un temple juif.

      Il est « complètement clair que le temple que les romains ont détruit à Jérusalem était un temple juif », a souligné le secrétaire-général de l’ONU Antonio Guterres vendredi à la radio israélienne lors d’un entretien avec le correspondant de la station à New York.

      Le dirigeant des Nations unies a également déclaré que « personne ne peut nier le fait que Jérusalem est une ville sainte pour trois religions aujourd’hui », dont le judaïsme.

      Adnan al-Husseini, ministre des Affaires de Jérusalem au sein de l’Autorité palestinienne, a indiqué au service de presse chinois Xinhua que Guterres “a ignoré la décision de l’UNESCO qui considérait la mosquée Al-Aqsa comme un patrimoine islamique pur ».

      Il a également ajouté que Guterres “a violé toutes les coutumes légales, diplomatiques et humanitaires. Il est allé au-delà de sa fonction de secrétaire général… Et il doit présenter ses excuses au peuple palestinien ».

      http://fr.timesofisrael.com/mont-du-temple-les-palestiniens-reclament-des-excuses-apres-les-propos-du-chef-de-lonu/