Trump ou Clinton: qui est le plus dangereux? | Causeur

Trump ou Clinton: qui est le plus dangereux?

Un péril peut en cacher un autre

Auteur

Thomas Eustache

Thomas Eustache
Journaliste . Il est, également, rédacteur chez Webedia.

Publié le 17 mars 2016 / Monde

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Malgré son caractère outrancier et ses propos extrémistes, Donald Trump représente une menace moins évidente pour la stabilité mondiale que sa rivale démocrate.

Sipa. Numéro de reportage  : AP21859389_00000.

Les médias français nous le répètent à longueur de journée : Donald Trump est richissime et vulgaire, raffole des blagues machistes, trouve la torture tolérable et n’est guère gêné à l’idée de recevoir le soutien d’un ancien leader du Ku Klux Klan – nos journalistes ne manquent pas de nous rapporter toutes les saillies provocatrices du candidat aux primaires républicaines. En revanche, ceux-ci ne s’attardent guère sur une question qui, plus que toute autre, devrait focaliser leur attention : quel est le projet de Trump en matière de politique étrangère ?

America first ?

La question est d’autant plus intéressante qu’une profonde fracture se dessine, sur ce sujet, entre les favoris républicain et démocrate pour la présidentielle américaine de 2016. Et, cette fois, l’opposition classique entre un « faucon » de droite et un prudent diplomate de gauche ne semble pas au programme. Bien qu’elle ne prône pas un unilatéralisme aveugle à la George W. Bush, Hillary Clinton est convaincue de la nécessité – et de la légitimité – du leadership américain sur le monde. « Aucun défi ne peut être relevé sans les États-Unis », déclarait-t-elle lors d’un discours sur la politique étrangère en 2009, alors qu’elle était encore secrétaire d’État. En tant que candidate à la primaire démocrate, elle a réaffirmé cette conviction, notamment lors d’un échange avec son rival Bernie Sanders sur la situation en Syrie : « si les États-Unis ne dirigent pas, il n’y a aucun autre leader – il y a un vide».

Donald contre la Manifest Destiny

L’idée selon laquelle l’Amérique se doit de guider le monde (Manifest Destiny) est certes très banale outre-Atlantique mais Donald Trump, lui, la rejette franchement. Aux antipodes des néoconservateurs ayant inspiré la politique étrangère de George W. Bush après le 11 septembre 2001, le front-runner républicain souhaite que les États-Unis se « concentrent sur eux-mêmes » et cessent de faire la guerre aux quatre coins de la planète au nom de quelque messianisme démocratique. « Nous ne pouvons pas continuer à être les gendarmes du monde », a-t-il affirmé à plusieurs reprises durant la campagne des primaires, accordant volontiers une part de cette responsabilité aux autres grandes puissances – Chine et Russie.

Faucon de gauche contre réaliste de droite

Pragmatique et prudent – et sans doute peu soucieux de défendre les droits de l’Homme –, Trump compte sur Bachar Al-Assad pour rétablir l’ordre en Syrie et étouffer l’État islamique. Les renversements des dictatures irakienne et libyenne, assure-t-il, se sont révélés catastrophiques, tant pour les intérêts américains que pour la sécurité et la stabilité des sociétés concernées. « Nous ne pouvons pas aller dans chaque pays dont nous ne sommes pas tout à fait satisfaits et dire “nous allons le recréer” », déclare-t-il au journal britannique The Guardian en octobre 2015. « Cela n’a pas marché. […] Rien de tout cela [les projets américains de « nation building »] ne marchera jamais ». Un positionnement iconoclaste au sein du camp républicain qui, paradoxalement, le rapproche de Bernie Sanders – la coqueluche de la jeunesse progressiste et pacifiste américaine.

Hillary Clinton, à l’inverse, semble avoir toujours été convaincue par les bienfaits des opérations de « regime change ». En 2002, alors sénatrice de l’État de New York, elle vote en faveur de l’intervention américaine en Irak. Elle a par la suite regretté publiquement ce choix… mais s’est félicitée du renversement du régime de Kadhafi en 2011 (alors qu’elle était secrétaire d’État) et a reproché au président Obama la faiblesse de son soutien militaire aux mouvements insurrectionnels syriens. Par ailleurs, elle n’hésite pas à comparer le chef du Kremlin à Hitler, quand Donald Trump entend dégeler les relations russo-américaines et laisser aux États européens le soin de s’occuper eux-mêmes de leur défense…

Bien sûr, un observateur avisé des primaires américaines ne manquera pas de noter que les positions du « Donald » en matière de politique étrangère restent à ce jour, sur certains points, floues – voire contradictoires. Le candidat à l’investiture républicaine a soutenu, par exemple, l’idée de retourner en Irak pour « prendre le pétrole » … Mais le parti pris interventionniste et belliciste d’Hillary Clinton, lui, ne souffre aucune équivoque.

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    • 22 Mars 2016 à 16h50

      walkyrie dit

      Au vu de cette vidéo, Clinton est parfaite pour ridiculiser l’Amérique.
       http://www.realites.com.tn/2016/03/usa-spot-electoral-hillary-clinton-aboie-les-jihadistes-passent/

    • 21 Mars 2016 à 18h46

      salaison dit

      des “fous” comme les anciens Bush !(criminels mais toujours libres)…… ou un fou comme Trump……pas sûr que la différence soit si limpide !…..
      quant à Hillary Clinton…… c’est évident “socialistes” et menteurs (ses) comme toujours !……. et toujours aussi “va-t-en guerre” (mais chez les autres)……. car c’est socialiste !

    • 21 Mars 2016 à 10h10

      Grouex dit

      Nous avons ici un condensé : anti-américanisme primaire (hé oui), adoration des droits de l’homme, refus de considérer le pouvoir de celui qui paie et est donc reponsable…..etc

    • 20 Mars 2016 à 19h20

      salaison dit

      les “américains” veulent “dominer” et “policer” le monde entier 
      c’est aussi pourquoi  la France socialiste actuelle approuve et se laisse faire!

      monde entier

      • 22 Mars 2016 à 17h31

        salaison dit

        comme les Français socialos en somme ?…… qui sont capables de donner des leçons à tout le monde? mais sont Incapables de regarder chez eux . (ou leurs”façons de faire”…..) quoi que…… si c’est pour leur apprendre comment….. il ne faut pas s’étonner de ce qui se passe dans certaines parties du monde (africain par exemple)

    • 20 Mars 2016 à 18h58

      salaison dit

      Trump est ce qu’il est (mais Américain) et Hillary Clinton est aussi ce qu’elle est, mais “socialiste” (faussement “démocrate”) ET Américaine !!!!!
      CQFD….. ( et elle est soutenue par les socialistes français) 

    • 20 Mars 2016 à 5h34

      Pearldecorail dit

      Manifestations samedi à New York contre Donald. Un de ses supporters annonce qu’ils sont de plus en plus physiquement intimides. Certaines sources soupconnent Soros d’etre derriere les manifestants anti-Trump.
      Si on arrive a ‘creer’ des emeutes un peu partout contre Donald, il y a le risque que la Martial Law soit declaree et que les elections soient suspendues. Ce qui avait d’ailleurs ete denonce depuis tres longtemps par Ben Carson.
      …ou comment les democraties manipulent les foules !

      • 20 Mars 2016 à 19h03

        salaison dit

        “ou comment les démocraties (américaines) manipulent les foules !
        et c’est pareil chez nous en France !…… (mais beaucoup ne s’en rendent pas compte !) pas encore! quoi que !…….
        et les “Droites” actuelles sont AUSSI dangereuses! 

      • 21 Mars 2016 à 10h59

        Laurence dit

        Soros, ce ne serait pas étonnant, c’est un des donateurs de HC.
        Nous connaissons aussi, en France, les méthodes peu démocratiques de ce monsieur.

    • 19 Mars 2016 à 19h04

      Chr martel dit

      Cet analyse en ce qui concerne Trump exprime exactement ma pensée, que finalement, son election, s’il en etait…, serait et doit etre le choix des citoyens americain, et non nos medias et “elites” autoproclameés de boboland. Ceci dit, meme si le personnage est tres demago,trivial etc, est elu, cela n’est PAS notre problème, mais releve du choix du peuple americain. Par contre c’aurait pour nous pas mal d’avantages collatéraux; pour commmencer, deja l’arret de toutes négociation sur le TAFETA et soumission à l’otan,l’atlantisme etc,..? car par l’otracisme de nos dirigeans  envers le bonhomme, ils refuseront tout debat avec lui. Et comme la politique de tramp, c’est L’isolationnisme il  en aura rien à foutre.
      L’avantage de sa volonté isolationnisme, les USA cesseront de jouer les juges et gendarmes dans le monde, ne se meleront plus de la politique europenne,  se raprocheront des russes, donc plus de de ” neo-guerre froide” et sûr tout aisseront tomber les pays du golf, mieux chercheront â produire leur propre petrole, ce qui les affaibliraient d’autant plus. Quand â la turquie, elle perdrait pas mal de son pouvoir de nuisance.
      Bref, je n’y voit que des avantages… 
      avec Clinton, j’en voit aucuns

    • 19 Mars 2016 à 17h15

      curnonsteen dit

      On n’a rien à attendre de cette fichue garce qui sera malheureusement élue et qui va presque certainement continuer les sottises des Etats-Unis en matière de politique étrangère ( Cuba, Vietnam, Irak et j’en passe beaucoup ). Ceci dit, il serait souhaitable qu’en Europe et surtout en France on devienne plus indépendant du continent nord américain (on a le droit de rêver).

      • 19 Mars 2016 à 20h06

        salaison dit

        !!!!!…… il ne faut pas oublier qu’ils sont “socialistes” (malgré le nom qu’ils se sont attribué faussement “Démocrates” !……..
        le reste est  à l’avenant! 

    • 18 Mars 2016 à 18h08

      MLBACH dit

      Intéressant point de vue; je n’avais pas vu cela sous cet angle… Toutefois, cesser d’être les “gendarmes du monde” (un rôle que personnellement je ne prise guère) laisserait sans doute à Poutine (voire aux Chinois) la bride sur le cou pour le même rôle, non? Et cela ne me plairait pas davantage…! Bref il est bien difficile d’imaginer ce qui va se passer dans un cas comme dans l’autre. À première vue, Hilary me semble plus accessible à la discussion sensée; mais qui sait?…

    • 18 Mars 2016 à 15h15

      thierryV dit

      Les peuples occidentaux sont entrain de s’apercevoir que leur élites tiennent toutes le même discours humaniste outrancier (obligatoire). Ils n’ont pas le choix de refuser et sont aussitôt montré du doigt par des presses internationales a l’unisson. Le désarrois gagne les pays les plus sages du nord de l’Europe . Les peuples , a bout de patience commencent a envisager de se jeter dans les bras des hommes forts ou des partis extrémistes . Poutine , Trump sont les révélateurs d’un grand écart pratiqué par des nations “humanisées de force” .
      je suis frappé par les similitudes de discours entre les différentes rédaction des grands journaux européens et parfois même américains . Un peut comme si , a l’échelle de la planète , et raccourcis par l’instantanéité des communications ,les réactions des gouvernants avaient le même but . tempérer l’anxiété des peuples en ébullition pour leur expliquer qu’ils n’ont pas le choix (Clinton). Cela a comme effet d’aggraver les angoisses et les refus et d’agrandir les sentiment de défiance envers les représentants .
      il est interdit , au niveau planétaire maintenant , d’aborder certains sujets , sauf a être dénoncé comme nation réactionnaire (Hongrie , Australie etc…). Le monde court droit a sa perte a cause de médias et de politiques serviteurs d’un discours de nivellement et de contrôle des peuples .

    • 18 Mars 2016 à 8h31

      Pearldecorail dit

      Ce qui tue nos pays est le soi-disant systeme democratique. 50% gauche-democrates/50% droite/republicains – les incapables qui nous gouvernent tirent leurs marrons de cette division pour mieux regner.
      Le Texan Ted Cruz n’est pas aime par ses collegues du Congres, car il n’aime pas que le Party (republicain) lui dise quoi faire..
      Donald ne se laissera pas non plus dicter par l’etablishment (republicain).
      Souvenez-vous, c’etait la pensee de JF Kennedy (lire son livre Profiles in Courage, ou Le courage en politique) ; eminent historien, il y fait l’apologie des hommes politiques americains qui ont prefere mettre en danger leur carriere ou meme leur vie, pour defendre au mieux la Constitution americaine, plutot que d’accepter les diktats de l’un ou l’autre Party. Il etait certes democrate, mais Catholique. Il etait profondement catholique et humain! ‘ils’ l’ont sali, et ‘ils’ l’ont tue. Pourquoi ? son livre avait devoile le fond de sa pensee.
      hilary va essayer de tirer profit des voix de ceux qui n’ont aucune connaissance La partie n’est pas gagnee – (d’autant qu’on ne peut eliminer l’idee des trucages electoraux)
      Oui, les Etats-Unis ont besoin de vos Prieres ! Ce qui se passera aura des repercussions des deux cotes de l’Atlantique. Si Trump & Poutine avancent de concert, c’en est fait de la ‘pieuvre’ Europe. Et la France aura des chances de renaitre en tant que grande Nation !

      • 18 Mars 2016 à 12h11

        expat dit

        Fellow compatriot? Vous avez cent fois raison. Je préfère mille fois Cruz à HC ou DT – tous les deux des enfants du système.