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La violence, ce jeu d’enfant

Quentin Tarantino se déchaîne dans Django

Publié le 26 janvier 2013 à 17:05 dans Culture

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Ceux qui reprochent à Django unchained son inconséquence n’ont probablement pas tort. Tarantino est une sorte d’enfant qui joue à faire des films. Plus que jamais depuis Inglorious Basterds, ses personnages passent leur temps à jouer. Les déguisements, la comédie : une certaine atmosphère de carnaval passe d’un film à l’autre.  Mais comme dans tout jeu, il faut des règles : la langue dans laquelle on parle est l’une de ces règles. Dans Inglorious Basterds comme dans Django unchained, les personnages joués par Christoph Waltz prennent plaisir à changer la langue utilisée. C’était le cas du colonel Hans Landa, c’est le cas du docteur Schultz, qui joue aussi bien de son anglais châtié que de son allemand natal.

L’intrigue même de Django Unchained fonctionne sur une série de trois conciliabules entre le docteur Schultz et son protégé Django (Jamie Foxx) et les développements du récit sont clairement programmés : 1) Schultz achète Django à des négriers et lui fait part de son projet : s’associer avec lui pour tuer trois frères renégats dont la tête est mise à prix. 2) Le duo s’entend pour la suite des événements : ils passeront l’hiver à chasser des primes avant de libérer la femme de Django. 3) Django et Schultz fomentent un plan pour libérer la femme de Django.

Trois temps, donc, dans lesquels Django joue trois rôles différents. Dans le premier acte, il se transforme en valet – occasion pour lui de porter un costume bleu extravagant – dans le second, il devient chasseur de prime et dans le troisième, il compose un personnage de négrier noir. C’est par cette succession de théâtres que Django devient un homme libre : grâce à Schultz, il découvre que l’on peut choisir qui l’on est. Ce côté émancipateur de la fiction est quelque chose de nouveau chez Tarantino, du moins sous cette forme aussi méthodique et linéaire. En discrète toile de fond, l’histoire de Brünhild et de Siegfried, racontée un soir par Schultz, confère à Django l’aura de la légende.

La mécanique du jeu est indissociable de la parole, omniprésente dans Django unchained. Étrangement, Tarantino est plutôt économe dans les effets de mise en scène. Même ses gimmicks, comme l’usage immodéré du zoom, viennent souligner des répliques : tout tient dans les dialogues. Il est surprenant que Tarantino ait résisté à la tentation de mettre un duel dans son western spaghetti. Les confrontations restent verbales, comme s’il suffisait d’installer par la parole une atmosphère d’affrontement larvé. Un maniériste aurait pris plaisir à étirer les scènes de duel, Tarantino est un maniériste au carré qui se contente de jouer avec l’idée de duel.

La violence de Django unchained participe de cet équilibre précaire qui, dans le far west, tient lieu de justice. Le désir de vengeance de Django procède du même principe de justice, où il faut rendre à chacun ce qui lui revient. La violence n’est pourtant pas toujours aussi bien balancée. Un sain malaise vient dérégler ce petit jeu. Vers la moitié du film, Django laisse un esclave, surnommé « d’Artagnan », se faire dévorer par les chiens de monsieur Candie, le méchant joué par Leonardo DiCaprio. Quelque scènes plus tard, quand il en a enfin l’occasion, il venge l’innocent en tuant les assassins. Le « Pour D’Artagnan ! » qu’il lance à ce moment là semble bien dérisoire et n’efface pas le souvenir de ce corps démembré par les chiens.

Il est dès lors surprenant d’entendre les commentateurs critiquer d’un côté une violence « gratuite », ou exalter de l’autre une violence « jouissive ». Il semble au contraire que cette violence soit là, plus que jamais chez Tarantino, pour poser problème. Dans la manière par exemple dont elle se donne en spectacle à travers les combats d’esclaves.

On ne peut s’empêcher, dans ces moments-là, de penser à l’un des premiers plans du film par lequel Tarantino nous donne à voir le dos également lacéré de Django. Si certaines scènes grand-guignolesques peuvent donner l’impression d’une catharsis pour les nuls, il y a en contrepoint des séquences très dures et prenantes qui semblent se coller à la rétine des personnages. La cruauté de l’esclavage n’est pas seulement punie rétrospectivement, elle est aussi présentée comme complexe et retorse. L’excellent Samuel L. Jackson y est pour quelque chose, avec son personnage de mauvais démon déguisé en oncle Tom.  Devant tout cela, quand les dialogues ne savent plus pondérer ni la mort ni la souffrance, le docteur Schulz n’a plus qu’à faire feu avant de soupirer : « Sorry, I couldn’t resist ».

 

*Photo : cadependdesjours.com

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  • 2 Février 2013 à 11h18

    Bel-Ami dit

    Ce jeu d’enfant ?

    Avant Inglorious Bastard, Tarantino s’amusait, oui. Comme un gosse.
    Les histoires étaient finalement assez intimistes et ne dépassaient pas le cadre de la rue. Des petits malfrats parlaient de Big Mac et un petit psychopathe kitsch et minable faisait peur aux filles.
    L’ado a grandit mais ne l’accepte pas. Aussi on retrouve des tentatives de situations décalées, mais dans un cadre qui se veut grave (pour la critique unanime en extase devant la “maturité” du maître) la sauce ne prend plus. Les chemins de traverse ont laissé place à des rails en acier trempé.
    Tout porte à croire que le thème de son prochain film sera l’écologie ou les guerres en Irak des vilains Bush.
    Enfin l’Oscar pour le cinéaste.
    Au fait, Jamie Foxx n’exprime aucune rage sourde intérieure, il joue simplement comme une huitre.

    • 4 Février 2013 à 4h06

      pirate dit

      L’avis éclairé d’un spectateur qui ne sait même pas de quoi il parle et qui le dit avec expertise.

  • 27 Janvier 2013 à 11h50

    Angel dit

    Bonjour a tous les causeurs,

    j’aime beaucoup Tarantiono. Ces premiers films comme ”reservoir dogs” ou meme les Kill Bill. J’ai adore malgre le cote loufoque et exagere les ”Inglorious Batstrds”. La par contre de la loufoquerie il est passe du cote loufoque vers le politiquement correct (mis a part leshectolitres d’hemoglobine). Bon esperons qu’il s’agisse d’un accident de parcours.

    • 27 Janvier 2013 à 12h17

      pirate dit

      Où on apprend soudain que le politiquement correct c’est de parler de l’esclavage en mal. Intéressant. Où faire bouffer son esclave par un chien devient politiquement correct, où achever un type à coup de marteau après lui avoir arraché la langue devient politiquement correct… très éclairante remarque.

      • 27 Janvier 2013 à 13h16

        Angel dit

        Bonjour Pirate,
        pas du tout. L’escavage est plus que condamnable. Qu’il le fut dans le sud des Etats unis, enAfrique, auxCaraibes, en Amerique du Sud, sous l’Empire Ottoman ou actuellementdans lenod du Nigeria, en Mauritanie ou Arabie Saoudite.

        Mais dans le politiquement correct jque je critique c’est le cote caricatural des personnages. Dont celui (brillamanet joue par ailleurs) par Leonardo Di Caprio. Il (Tarantino) n’etait pas oblige d’en rajouter pour comprendre que ce personnage, cet esclavagiste etait une ordure.

        Mais l’exageration est la marque de fabrique de Tarantino. Donc……

      • 29 Janvier 2013 à 12h22

        Jérémy Stoerkler dit

        Politiquement correct, oui, parce que dans le film il n’y a qu’un gentil blanc, un Prussien, un non-Etats-unien, pour ainsi dire un extra-terrestre, un tout-autre, un non-blanc pour le blanc américain très WASP, et en outre la ligne de conduite scabreuse de notre héros, qui s’échine en racisme anti-blanc jusqu’au bout, sans état d’âme, sans remords, sans révision de ses principes malgré l’intervention du Prussien, bêtement, obtusément, histoire que Tarantino offre une vengeance radicale en bonne et due forme, mais sans nuance, sans révision de principe, stupide, crétine. Au final, c’est la Victoire des blacks, le moralisme contemporain est sauf, les blancs repartent avec leur mauvaise conscience comme s’il était utile de se fustiger cent ans plus tard, et en-dehors des USA encore, et comme si les blacks pouvaient irrémédiablement se targuer de leur supériorité post-victimaire, sur un grossier et trivial air de rap sauce western anachronique. C’est vraiment faire un film pour ne rien dire, où de fait, comme le dit cet article que nous commentons, ne reste que “la violence en tant que jeu d’enfant”. J’appelle ça : des enfantillages. Et Tarantino a beau ressembler à ce mégado grâce à quoi il fait des originalités de film, tous les précédents portaient quelque chose que celui-là à abandonné. Tant pis pour lui.

        Cordialement,
        http://jeremystoerkler.blogspot.fr

      • 4 Février 2013 à 4h12

        pirate dit

        Jeremy j’ai vu rapidement le blog à la gloire de votre égo et je comprends mieux vos approximations en ce qui concerne ce film, pourrais je vous suggérer la prochaine fois que vous allez manger des glaces, de ne pas le faire dans une salle obscur, devant votre télé devait suffire, il parait que la série les Experts y continue.

  • 26 Janvier 2013 à 21h09

    zapping dit

    @cage
    Pas très malien… Tu parles… En tout cas, si ça avait été un film grave, il ne se serait pas passé au Bénin non plus. Pffff….
    http://www.exorcismes-postmodernes.fr

  • 26 Janvier 2013 à 19h01

    cage dit

    C’est un film qu’est qd même pas très malien.

  • 26 Janvier 2013 à 18h39

    pirate dit

    Bon, je vais pas m’étendre ici sur ce que je pense du film, vous lirez ca demain dans Tak, mais il me semble que vous oubliez très notamment que la violence de Django n’a strictement rien à voir avec celle de ses précédents films, période polards, qui est traité d’une manière réaliste et beaucoup plus “responsable” qu’on veut bien le dire. A mes yeux le final emprunte au Grand Guignol autant qu’au cinéma italien des années 70, jusque dans la nature du sang lui-même (dans les années 70 on y allait volontiers à la peinture rouge et on ne cherchait pas à reproduire avec du sirop et du colorant alimentaire les différents aspect du sang). Il est clairement abusé (on pense à la scène de massacre dans le Magnifique avec Belmondo) et voulu comme un contrepoint aux atrocités réaliste vu précédemment. D’ailleurs la scène des chiens est surtout traité en off alors que l’éxecution du négrier au tout début renvois à un réalisme choquant. Et puis, la troisième partie du film emprunte énormément au film de Fleischer “Mandigo” qui avait lui-même une vision pornographique de la violence (on parle de cinéma d’exploitation n’oublions pas avant de sortir le goupillon du politiquement correcte). J’ai vu dans cet ensemble d’hommage une référence donc à notre Grand Guignol, puisque nous sommes les inventeurs du gore, et plus globalement à l’Europe, la France, qui a fait la gloire de QT. C’est la violence ludique et bien jouissif d’un gamin en colère, contre celle réelle et cruelle du monde adulte. N’oublions pas également, que comme le fait remarquer Django à son mentor, il incarne un rôle, aussi cruel doit-il paraitre, aussi dur doit-il se montrer, il doit endormir la méfiance des sadiques qui détiennent sa femme. A Rome on fait comme les romains, en enfer aussi donc.