Django, cent ans dans les nuages
Django Reinhardt est né il y a cent ans
Publié le 24 août 2010 à 18:00 dans Culture
Mots-clés : Musique

Django Reinhardt.
À deux doigts près, la face du monde en aurait été changée… Deux doigts, dont le petit. Et pourtant. Privés de ces deux appendices, il aura tout de même réussi à imposer un style, une technique époustouflante, des phrasés uniques. Alors avec deux doigts en plus… On se prend à rêver… Comment Django aurait-il joué si sa roulotte, en 1928 − il avait à peine 18 ans −, n’avait pris feu, le blessant grièvement à la main gauche, la fameuse, celle qui justement court sur le manche de sa mythique Selmer Maccaferri ? Pris dans les flammes, il en réchappa de justesse, l’annulaire et l’auriculaire recroquevillés pour toujours, l’obligeant, à force de travail et de volonté, à inventer dans les deux ans suivant l’accident un jeu d’accords mineurs fait de barrés et de solos magiques. Il est vrai qu’en planant au dessus de Nuages, en écoutant Tears la larme à l’œil ou en gigotant sur Minor Swing, ce handicap − il détestait le mot − est totalement oublié. La vélocité des deux doigts survivants, le pouce faisant office de rail derrière le manche, fut telle que l’ombre du géant, né il y a cent ans en Wallonie, masque encore la plupart des guitaristes appartenant à ce peuple étonnant, les Manouches, enjoué et chaleureux à l’extrême, indestructible en dépit des nombreuses tentatives de l’éradiquer, surdoué de la guitare, de la mandoline, du banjo, du violon et de l’accordéon, autant d’instruments facilement transportables en roulottes.
Django est plus qu’un guitariste. D’une aisance souveraine, d’un port de tête royal, il est devenu, dès les années 1930, celui que Patrick Williams ( Django, 1991), nomme le “héros” de ceux qui “hors des Etats-Unis, adhèrent au jazz tout en voulant garder ce qui leur vient de leurs racines“, “le seul à avoir épanoui un type d’expressivité qui ne renvoyât pas à celle des musiciens afro-américains”. Cette liberté le fait naviguer de la chanson populaire − incarnée par Jean Sablon − au jazz, en passant par le swing et le bop, pour flirter avec le musette et alterner guitare “sèche” et Selmer électrique à pan coupé, équipée du fameux micro Stimer qui donne à l’instrument l’incomparable son métallique si caractéristique.
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 25Juillet/Août 2010

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L'auteur
Patrick Anidjar est journaliste et écrivain.
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Alpheratz51 dit
Il continue de jouer dans le paradis des musiciens.
Django s’entend dans les nuages.
“Quand j’ va mourir
Moi j’veux aller
Dans l’paradis des musiciens
Là où tout l’monde
Çà s’met ensemble
Là où çà chante de belles chansons
Là où tout l’monde
Cà s’met ensemble
Et çà joue toute la nuit…..
Danielle Messia – Le paradis des musiciens.
Benjamin dit
@zenaztec
Vu que l’article a été écrit à l’occasion d’évènements musicaux parisiens (et paru dans la version papier, bien avant le “buzz médiatique” suite aux Sarkofoly’s), je ne crois pas qu’on puisse accuser quiconque d’opportunisme.
laborie dit
Les Rosenberg et Bireli à Marciac cette année, de vraies bombes atomiques……l’enregistrement live va être monumental…….
Gil Mihaely dit
@zenaztec: 232€ plus exactement – il faut enlever 68€, l’amende pour avoir fumé dans un lieu public
zenaztec dit
Est ce un hazard la tout d’un coup cette ode(meritee bien entendu) a Django?
Voudriez vous faire entendre qu’aujourd’hui cet un type à qui on filerait 300€ et hop frontiere….
L'Ours dit
Oui, la virtuosité… mais lui à la guitare et Grapelli au violon, des compositeurs de la légèreté et du bonheur touchés par la grâce.