Dispersion, piège à cons !
Le PS compte sur les électeurs qui ne savent pas compter
Publié le 28 mai 2009 à 13:37 dans Politique
Mots-clés : Europe, Parti socialiste
Plus la campagne avance, et plus le PS concentre son argumentaire sur deux idées-forces. Rassurez-vous, il ne s’agit pas de politique, mais seulement de propagande, et passablement mensongère en l’espèce. Celle qu’on retrouvait déjà en filigrane sur les premières affiches du PS “7 juin : un seul jour, un seul tour, un seul vote !” Et pour les malcomprenants, celle qu’annone désormais en boucle Harlem Désir dès qu’on lui tend un micro: “Pas d’abstention, pas de dispersion !”
Que signifie exactement cette double antienne ? Allons-y voir de plus près ; après tout, on a le droit, Harlem ne nous a pas explicitement ordonné : “Le 7 juin, pas de réflexion !”
Primo, surtout pas d’abstention. Oh oui, bien sûr chef, pas d’abstention ! Qui pourrait dire le contraire ? Eh bien moi, par exemple. Parce qu’aux européennes, comme dans n’importe quel autre scrutin, l’abstention a un sens. Quand vous êtes invité à un mariage, et que vous décidez de ne pas y aller, ça veut dire quelque chose, même si ça peut pouvoir dire plusieurs choses différentes. Que vous avez plutôt envie d’y aller, mais que vous êtes déjà pris ailleurs ce jour-là. Ou bien que vous n’avez pas la moindre intention de vous taper trois cents kilomètres en voiture pour un cousin que vous connaissez à peine, et qu’en plus vous ne pouvez pas blairer. En tout cas, ne pas déférer à une invitation n’est jamais neutre. Convenons que c’est encore un peu plus vrai pour une élection.
Il n’y a aucun problème structurel d’abstentionnisme en France, quiconque prétend le contraire est un charlot. En 2007, pour le duel Sarkozy-Royal, 84 % des électeurs se sont déplacés, à peu près le même chiffre qu’à chaque présidentielle, hormis le second tour baroque de 2002. Et je suis prêt à parier ma paye contre celle d’Harlem qu’il n’y aura guère plus de 16 % d’abstentionnistes au second tour de 2012, à moins d’un choc au sommet entre Francis Lalanne et Nicolas Hulot.
Donc, si ce 7 juin 2009, il se trouve une majorité de Français, et accessoirement une majorité d’électeurs socialistes, pour choisir de rester chez eux alors que le bureau de vote est à trois pas, ça voudra forcément dire quelque chose. Peut-être, allez savoir, que la mariée n’était pas assez belle…
Secundo, Harlem nous dit, et il nous le dit plus spécialement à nous les degauches : “Pas de dispersion !” Le mot est plaisant. C’est celui qu’employaient certains curés d’autrefois pour sermonner gentiment les maris volages. Dispersion, ça fait aussi penser au reproche adressé par le Créateur à Onan, si vous voyez ce que je ne veux pas dire. On songe aussi à l’épouse dépensière, qui gaspille l’argent du ménage en fanfreluches chez H&M. Bref, on l’aura compris, pas de badineries le 7 juin, sinon, c’est le PS qui sera dispersé. Façon puzzle, cela va de soi.
Le mot est plaisant, donc, mais l’intention est profondément déplaisante: la criminalisation, ou plutôt, comme ils disent, la stigmatisation du vote de gauche non-socialiste. Dis-moi, Harlem, c’est quoi le danger mortel qui nous guette cette fois ? Que Lionel Jospin ne soit pas présent au second tour ? Dis-moi, Harlem, si des gens de gauche veulent exprimer une opinion dissidente – genre, au hasard, “TCE, j’en mange toujours pas !”, il faut qu’ils renoncent à le faire parce que c’est ontologiquement dégoûtant de ne pas voter socialiste ? N’y aurait-il plus dans l’esprit de mes amis solfériniens qu’un rapport si ténu, quasi résiduel, entre le suffrage universel et le droit de dire ce qu’on pense? Ben oui, c’est comme ça, discipline d’abord, politique plus tard : dimanche, Harlem ne veut voir qu’une seule tête. De liste, cela va de soi.
Je ne suis peut-être pas assez démocrate, j’accepte volontiers la critique, mais je le serai toujours plus que les tenants du vote utile, fut-il remixé en vote non-dispersé. Instiller l’idée qu’on doit voter pour autre chose que ses idées, c’est niquer l’idée même de démocratie. Et là, on n’instille pas : on rabâche, on martèle, on monothématise, c’est carrément la tournante!
En plus, en l’état actuel des intentions de vote, cette injonction disciplinaire se double d’une assez grossière escroquerie arithmétique. En l’occurrence, dans beaucoup de régions, le parti socialiste est crédité d’environ 20 %, ce qui donne deux sièges. Son principal concurrent dans sa zone de chalandise, le Front de Gauche mélenchono-communiste tournicote autour de 6 %, ce qui donne zéro siège. Imaginons un déplacement de 2 % Ça donne dans ce cas de figure 18 % pour le PS, donc vraisemblablement toujours deux sièges et 8 % pour le FG, soit un siège. Zut alors, la gauche vient de gagner un siège! Vous avez dit dispersion ?
Pour cause de capacité à nous faire rêver encore plus étique que celle de Michel Barnier – ce qui est tout de même assez grave – j’avais depuis longtemps émis des doutes sur la légitimité d’Harlem Désir à conduire la liste socialiste aux européennes dans la région capitale. J’avais tort… Si c’est pour multiplier les contre-vérités flagrantes avec la candeur d’un mec qui y croit vraiment, à ses propres sottises, Harlem est sans aucun doute l’homme de la situation…
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L'auteur
Marc Cohen est rédacteur en chef brèves de Causeur.
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xly dit
@nadia comaneci
Méfiez vous quand même du bourreau qui sommeille chez beaucoup. Avant le 14 Juillet 1789, les guillotineurs de le Terreur n’avaient jamais tué, même pas une poule. On a vu la suite.
Et puis-je me permettre de dire ici que le racisme de “classe” a été beaucoup plus meurtirier au cours deu 20ème siècle que le racisme de “race” (encore que le racisme de race cache souvent un racisme de classe).
Tous les régimes qui ont aspiré au rabotage des inégalités – consubstantielle à l’espèce humaine – ont temriné en régimes policiers, dictatoriaux et assassins.
Pour le 7 juin j’appliquerai une règle vieille comme le monde, je voterai pour ma famille, sans me poser trop de questions sur les grands enjeux, les programmes, les promesses. C’est une façon comme une autre de pratiquer la démocratie : voter pour ceux qui sont chargés de faire , le moins mal possible, le boulot à notre place, et tant pis si ils se trompent, font des erreurs, ou ne font pas ce qu’on voudrait qu’ils fassent.
nadia comaneci dit
Je me disais bien aussi que j’étais un peu allergique à la révolution… Le sang qui coule ne m’a jamais fait vraiment vibrer.
Quant à Mélenchon, il a effectivement l’air tout à fait débonnaire, je ne le voyais pas du tout en Che à la française.
Franz dit
@nadia
L’idee d’une revolution sans flaque de sang est une arnaque intellectuelle et historique.
Rappelez-moi quand Melenchon a parle de faire une revolution?
nadia comaneci dit
@Franz ” Le vrai vote qui derange est FDG, ca cassera le pied nickele Besancenot, qui amuse la galerie avec ses idees de revolution sans flaque de sang”
… donc le vote FDG, c’est la révolution avec flaque de sang ? Voilà qui s’appelle parler vrai.
Jérémy Bizet dit
Je vous invite a causer aussi la dessus ;)
http://www.youtube.com/watch?v=rp5IF41b8zs
Franz dit
@Tetunicois
“Plus le pays est pauvre , plus l’islamisme prospère.”
Pouf pouf pouf le bon raccourci… Vu d’Arabie Seoudite, votre propos me fait sourire!
Je proposerai plutot: “Plus les femmes ont acces a l’enseignement superieur, moins l’islamisme prospere”
“Je vote socialiste par conviction pour que l’Europe soit sociale et solidaire, qu’elle soit laique, protectrice des minorités et pas livrée au lobby cléricalo libéral.”
C’est marrant, mais qu’est-ce qu’ont fait les socialistes en Europe ces vingt dernieres annees, sinon voter toutes les directives qui permettent une concurrence parfaite (ouh la blague), le demantelement des services publics, s’asseoir sur le vote democratique des peuples qui osent voter contre le grand machin qu’ils nous ont fabrique a Bruxelles, laisser les capitaux s’echanger a la vitesse de la lumiere,…?
Heureusement, ils nous sortent tous les ans une grande grande emotion, ils agitent le chiffon du developpement durable, du mariage homosexuel, du risque de fascisme imminent en France pour convaincre des pauvres “degauches” de continuer a voter pour eux. C’est un cache misere. Le PS n’est plus qu’un parti de bobos, liberaux en economie, libertaires sur la societe, dans lequel Jaures ne resterait pas un quart d’heure.
Le vrai vote qui derange est FDG, ca cassera le pied nickele Besancenot, qui amuse la galerie avec ses idees de revolution sans flaque de sang a chaque coin de rue. Voter socialiste, c’est laisser suffisamment d’espace a gauche pour que le joufflu, allie objectif de Sarkozy, torpille toutes les elections a venir.
Enfin, j’attends avec impatience l’avenement du parti papiste, qui ne manquera pas de placer un garde suisse au pied de votre lit pour verifier l’orthodoxie de vos moeurs!
L’Ours dit
Barry,
par rapport à la remarque que vous m’aviez faîte sur
“Les musulmans et une petite partie de l’ultra gauche vont voter Dieudo,”
je corrige, et c’est important, car la phrase ne correspond pas à ce que j’avais à l’esprit, vous avez bien fait de le noter…
Dieudo va trouver son électorat chez les musulmans, etc.
Ce n’est pas tout à fait pareil!
BArry dit
La diabolisation du FN était prévue dès le départ.
BArry dit
@ nadia comaneci:
Vous avez tout à fait raison. Et il a créé SOS racisme pour lui faire la nique. Ce sont les deux versants d’une même stratégie.
hO-Chi-Binh dit
“Si vous voulez donner une bonne claque au sarkozisme , votez socialiste .”
Mouais, le problème, c’est qu’en votant socialiste, j’ai l’impression de me donner une bonne claque.
nadia comaneci dit
@Gwendan
Mittérand a surtout imposé Le Pen dans le paysage politique grâce à la proportionnelle en le faisant rentrer à l’assemblée par la grande porte. Le FN ratissait très large, de l’extrême droite catho pure et dure genre chantiers de jeunesse à la ceinture rouge. L’electorat de Besancenot me semble sociologiquement plus homogène, la gauche déçue par le PS. Mais c’est un miroir aux alouettes, le facteur ne veut pas du pouvoir. C’est pourquoi je ne peux pas l’imaginer au second tou d’une présidentielle. Ce serait surréaliste.
Gwendan dit
@Nadia
C’est simplement le retour de baton, Sarkozy reprends à son compte la stratégie Mitterand/FN (où vous pensez comme nous où vous êtes un facho) avec Besançenot à la place de Le Pen .
nadia comaneci dit
Zed
Je ne crains pas la prise du pouvoir par les extrêmes, mais le choix affligeant que serait un second tour Sarko/facteur en 2012. Résumer l’opposition aux trotskistes en leur offrant sur un plateau le label de “meilleurs opposants” de France me fait froid dans le dos.
David Desgouilles dit
Jérôme, si vous voulez me faire dire que je voterais pour Mélenchon contre Sarkozy au 2e tour de la prochaine élection présidentielle, vous pouvez considérer cela comme acquis.
En ce qui concerne mon vote au premier tour, il dépendra de l’issue de cette ignoble chasse aux signatures de féodaux.
Zed dit
@ nadia comaneci
L’extrême droite comme l’extrême gauche ne prendront en France jamais le pouvoir. Tout comme le parti de Dieudonné qui à reçut l’appuie du terroriste Carlos et le ralliement de nouveaux ex-frontistes…Ce parti est un ramassis de paumés plus ou moins tordus qui ont en commun d’avoir des idées méphitiques .
Il est certain que le PS se portera largement mieux lorsqu’il aura réussit à se débarrasser de la gelée Royal qui à méchamment plombé ce parti politique .
GPS dit
Dans la phrase « celle qu’annone désormais en boucle Harlem Désir », le verbe devrait s’écrire « ânonner », ce qui est parler comme un petit âne, un ânon. A moins qu’il ne s’agisse de stigmatiser discrètement une fille nommée Anne, ou un garçon de ce nom. Erreur de prénom : on dirait alors plutôt ségoléner.
Jérôme Leroy dit
DLR, c’est bien aussi, c’est la famille.