Grandeur et décadence des nouveaux enfants du siècle | Causeur

Grandeur et décadence des nouveaux enfants du siècle

Dernier inventaire générationnel avant liquidation

Publié le 04 novembre 2016 / Culture Politique Société

Mots-clés : , , , ,

Dans "Les nouveaux enfants du siècle", le journaliste Alexandre Devecchio ausculte les trois facettes d'une génération radicale révoltée contre la fin de l'Histoire : souverainiste, identitaire et... djihadiste. Passionnant.
devecchio zemmour michea djihad

Zemmour et Michéa par Hannah Assouline. Abu-Bakr Al-Baghdadi; Sipa. Numéro de reportage : AP21971011_000002.

« Nous sommes les enfants de personne » assenait il y a quelques années Jacques de Guillebon dans un livre qui se faisait fort de dénoncer le refus d’une génération de transmettre à l’autre l’héritage culturel et spirituel de notre civilisation, préférant se vautrer dans le relativisme et l’adulation de la transgression. Douze ans ont passé. Et de ce reproche, il n’y malheureusement rien à redire. Mais il y a à ajouter. Car la France a vu ressurgir les faits sociaux quand ce n’était pas la barbarie ; et c’est précisément à partir de ce postulat que le brillant journaliste et désormais essayiste Alexandre Devecchio a enquêté avec une rigueur qu’il convient de saluer.

Génération radicale

Lorsqu’on n’a plus de repères, et a fortiori de pères, certaines figures putatives viennent naturellement combler ce vide dont nous avons horreur. Car plutôt que de se désoler d’une filiation disparue, pourquoi ne pas s’en inventer une à travers certains hérauts qui, depuis quelques années, de manière différente et plus ou moins controversée, n’ont jamais accepté l’empire du bien auquel a succédé l’empire du rien ? C’est ainsi que toute une génération, sur le même constat d’une civilisation dévastée, se retrouve désormais au carrefour tragique d’une certaine radicalité d’où partent en étoile des destins.

Il y a la génération Dieudonné. L’humoriste fut nourri au lait de l’antiracisme en même temps qu’on le sommait – comme à tant d’autres – d’exacerber son identité. Quelques années plus tard, le voilà désormais à souhaiter le déclin de la France tout en célébrant l’antisémitisme et en mettant à l’honneur une jeunesse de banlieue, pour la plupart désœuvrée, essentiellement issue de l’immigration maghrébine. Cette jeunesse souvent ignorante, en mal d’espérance n’est ni Charlie ni Paris, ni Cabu ni Hamel ; en réalité elle ne se veut rien qui pourrait la confondre avec ce qui, paradoxalement ou non, fait la France. Ce n’est pas le social, ni une quelconque politique de la ville qui motive son combat. En quête d’un grand récit, d’une épopée, d’une mystique, d’un combat métapolitique, elle se voue à l’islamisme et à ses formes étatiques car « pour ces enfants du siècle, le djihadisme constitue la réponse rivale maximale au vide métaphysique de l’Europe, une manière de dire non à la fin de l’histoire. »

Zemmour et Michéa

La génération Zemmour est assurément de l’autre bord. L’auteur du « Suicide français » a su cristalliser les angoisses de ceux qu’Aymeric Patricot a osé appeler « les petits blancs » ; de ceux que Bernard Henri Lévy jugeaient odieux parce qu’ils étaient « terroirs, binious, franchouillards ou cocardiers ». De condition modeste, frappée du mal de l’identité malheureuse, ayant le sentiment d’avoir été dépossédée par l’Europe, l’immigration, le marché et la mondialisation, cette jeunesse reconnaît à Eric Zemmour de savoir mettre des mots sur les maux, sans faux-semblant, avec intelligence et une certaine aura. Elle ne supporte plus les accusations lancinantes d’une élite déconnectée qui se targue détester les siens et s’aime d’aimer les autres. Et semble appeler de ses vœux une révolution conservatrice tout en vibrant au discours d’une Marion Maréchal-Le Pen à la Sainte-Baume : « Nous sommes la contre-génération 68. Nous voulons des principes, des valeurs, nous voulons des maîtres à suivre, nous voulons aussi un Dieu ».

La génération Michéa est sans aucun doute la plus complexe. Elle doit au philosophe d’avoir théorisé à travers de nombreux ouvrages l’alliance objective du libéralisme et du libertarisme et d’avoir exposé les conséquences d’un Etat libéral philosophiquement vide, qui laisse le marché remplir les pages laissées en blanc, tout en instillant sa morale aux hommes. Pour la plupart issus des rangs de la Manif pour Tous, hier enfants de bourgeois, ces jeunes sont devenus l’armée de réserve d’un combat culturel qui ne dit pas encore son nom. Ils ne veulent plus jouir sans entraves ; ils ne veulent plus de ce marketing agressif, de ce déracinement identitaire, de ce décérébrage médiatique, de ce relativisme moral, de cette misère spirituelle, de ce fantasme de l’homme autoconstruit. Face à ce système déshumanisant, l’écologie intégrale qu’ils proposent offre une alternative radicale: moins mais mieux! Indissolublement humaine et environnementale, éthique et politique, elle considère la personne non pas comme un consommateur ou une machine, mais comme un être relationnel qui ne saurait trouver son épanouissement hors-sol, c’est-à-dire sans vivre harmonieusement avec son milieu, social et naturel. Dans la conception de leur principe, l’écologie intégrale ne sacralise pas l’humain au détriment de la nature, ni la nature au détriment de l’humain, mais pense leur interaction féconde.

Entre ces trois jeunesses rebelles, la conjonction est improbable, mais l’affrontement est-il impossible, interroge l’auteur ? « Le fait est que, aujourd’hui, ces trois jeunesses se regardent en chien de faïence. Si elles venaient à s’affronter, ce serait parce que, plus largement serait advenu la guerre de tous contre tous ». Depuis plusieurs années le tocsin sonne. Pour répondre à ce défi, le journaliste veut voir quelques prémisses : le retour d’un grand récit national, la fin du multiculturalisme en même temps que de l’uniformisation planétaire, l’assimilation, la réconciliation de la nation et de la République. « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve » disait le poète Hölderlin. Alexandre Devecchio n’affirme pas autre chose lorsqu’il déclare: « Si le pire n’est pas certain, c’est aux enfants du siècle, et sans doute grâce à leur esprit insurrectionnel que viendra sublimer quelque miraculeuse inspiration, que nous devrons de l’avoir conjuré ». Dieu, s’il existe dans ce nouveau siècle, veuille qu’il ait raison.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 8 Novembre 2016 à 19h14

      Hannibal-lecteur dit

      …tain, que de grandes idées !!! Querelle de grandes idées égale discours inutiles : déconnectés du quoi faire.
      Et pourtant, c’est assez simple : prenons comme hypothèse une éducation de la prime jeunesse aux simples valeurs de politesse , respect d’autrui et de son bien ( donc du bien public ). C’est peu de chose, apparemment , et c’est une acquisition qui ne nécessite rien de plus qu’un cadre familial, jamais une intervention administrative : donc bon marché.
        Sur ces simples bases une société peut se construire avec sécurité, il n’en faut pas davantage, et on peut laisser au panier toutes les grandes idées, …ou au moins les laisser à ceux qui en sont capables .
      Pour les malheureux dénués du cadre familial, alors il faudra que l’administration s’en occupe, mais est-ce si difficile? 
      C’est un critère infaillible : si vous rencontrez qqu’un muni d’un Grande Idée, vous mesurez ipso facto la dimension de sa connerie : c’est la même. 

    • 7 Novembre 2016 à 14h26

      rolberg dit

      L’élite financière et les élites politiques à son service se sont amusées au dépend du peuple ordinaire, pratiquant joyeusement l’aliénation. La question ? Y a-t-il une limite aux effets de cette aliénation ?

    • 5 Novembre 2016 à 20h29

      Robinson dit

      Un point commun entre ces trois tendances : aucune n’est vraiment dans la repentance.
      Car ceux qui peuvent être dans ces mouvances, cherchent la fierté pour leur existence.

    • 5 Novembre 2016 à 15h44

      Orwell dit

      Suite : « la Manif pour Tous, hier enfants de bourgeois, ces jeunes sont devenus l’armée de réserve d’un combat culturel » Non, l’armée de réserve est aussi constituée d’enfants d’ouvriers abandonnés par la nouvelle gauche totalitaire. Mais l’apparition sur le net de nombreux site de réinfosphère se comprend : face aux mensonges des médias aux ordres, le combat culturel est indispensable. Il ne sert à rien de voter Macron, Juppé, Sarkozy. La contre-offensive politique n’a aucune chance si la contre-offensive culturelle ne l’emporte pas)
      « ils ne veulent plus de ce marketing agressif, de ce déracinement identitaire, de ce décérébrage médiatique, de ce relativisme moral, de cette misère spirituelle, de ce fantasme de l’homme autoconstruit » (et je leur donne raison. On ne peut en vouloir à cette jeunesse d’adhérer aux discours de Marion Maréchal lorsqu’elle est la seule à se dresser contre la chienlit. Il serait naturellement préférable de ne pas choisir l’option FN. Mais ces jeunes ont-ils encore le choix devant la pensée unique et la domination de Big Brother ?)
      « Le fait est que, aujourd’hui, ces trois jeunesses se regardent en chien de faïence » (de toute manière, la guerre civile est proche : nous devons cela à cette gauche ex-marxiste devenue multiculturelle qui a détruit l’unité de la France. L’avenir est sombre, mais il n’est pas question de nous rejouer la parodie des Accords de Munich. Si cette guerre est nécessaire, cette fois ci, les vrais Français choisiront la guerre au déshonneur pour ne pas subir les deux à la fois)

    • 5 Novembre 2016 à 15h43

      Orwell dit

      « Nous sommes les enfants de personne »… dans un livre qui se faisait fort de dénoncer le refus d’une génération de transmettre à l’autre l’héritage culturel et spirituel de notre civilisation
      (Un être humain n’existe pas par lui-même, il est nécessairement l’enfant de ses parents, et subit à son gré ou contre son gré leur éducation. Le refus de transmettre à leur progéniture le propre héritage de ses propres parents a été la pire chose que les malfaisants de 68 ont pu commettre.°
      « Il y a la génération Dieudonné le voilà désormais à souhaiter le déclin de la France tout en célébrant l’antisémitisme et en mettant à l’honneur une jeunesse de banlieue » (on imagine laquelle, cette engeance qui ne maitrise pas plus de 60 mots en français, et qui est à l’origine du règne de l’insécurité généralisée.)
      « En quête d’un grand récit, d’une épopée, d’une mystique, d’un combat métapolitique, elle se voue à l’islamisme » (chaque individu a besoin d’un idéal, d’un modèle à suivre. C’est la France et sa démission face au devoir de procurer ces derniers qui a fait le lit du fanatisme musulman.°
      « La génération Zemmour Elle ne supporte plus les accusations lancinantes d’une élite déconnectée Nous sommes la contre-génération 68. Nous voulons des principes, des valeurs, nous voulons des maîtres à suivre, nous voulons aussi un Dieu » (chaque extrémisme a suscité la genèse de son contraire : la monarchie absolue a engendré la révolution de 1789. Qu’aujourd’hui, un attrait pour une contre-révolution apparait est parfaitement légitime et naturel).

    • 5 Novembre 2016 à 9h22

      IMHO dit

      Il faut reconnaître, à la décharge de Théophane, que rendre compte amicalement du livre de Devecchio sans s’infecter de son style demande un immunité au verbiage qu’on n’a pas à son âge .

      • 5 Novembre 2016 à 11h05

        mogul dit

        Pas d’avantage au vôtre, apparemment…

    • 5 Novembre 2016 à 2h09

      IMHO dit

      J’aimerais sincèrement savoir où l’on apprend à écrire si bien .
      J’en suis vert d’envie .
      Encore qu’en y regardant de plus près, c’est un peu galimatias, quand même .
      En fait, en troisième lecture, c’est rempli de mots impropres, de fautes de syntaxe et d’assemblages de mots incohérents:
      “les faits sociaux ??? quand ce n’était pas la barbarie: et c’est précisément à partir de ce postulat, non, constat ”
      ” se retrouve désormais au carrefour tragique d’une certaine radicalité d’où partent en étoile des destins “, ça craint aussi .
      Bref, je n’aurais pas du relire .
      Ma lampe de bureau vient de s’éteindre pour toujours, je l’ai achetée chez Aldi, faut dire, faut que j’arrête, du coup .
      A demain !

    • 5 Novembre 2016 à 0h02

      Sancho Pensum dit

      Il est gay, Méné ? Il fait si bien l’andouille…

      • 5 Novembre 2016 à 11h07

        mogul dit

        Vous en êtes bien une, quoiqu’ayant perdu tous vos A depuis lurette…

    • 4 Novembre 2016 à 20h48

      marat…bout dit

      Bla bla… car ? Sa vie est un roman. Où voit-on que la jeunesse se divise en 3. L’empilement d’adjectifs ne fait pas réflexion. Et… quelle liquidation? Titre pub pour un développement narcissique. La vie est plus simple: Il faut vivre et tenter d’exister.

    • 4 Novembre 2016 à 19h35

      Cardinal dit

      Sancho Pensum à raison, Alexandre Devecchio aurait bien fait de donner quelques chiffres : combien de jeunes dans chacune des trois catégories ?
      C’est le grand truc et la grande faiblesse de ce genre d’analyse on oublie l’arithmétique et même les statistiques.
      Tout bon journaliste indigne de ce nom prend un cas, un seul, et en fait la généralité.
      Pourtant, après Charlie, le Bataclan et Nice, cent (100) fois plus de jeunes se sont portés volontaires pour servir leur pays que de fous d’Allah partis en Syrie chez al-Bagdadi.
      On ne doit pas enseigner les maths dans les écoles de journalisme, à SciencePo et chez tous les bavards.
      Un seul Téléthon, en un seul soir, entre jeunes volontaires, chorales de jeunes et d’enfants et jeunes spectateurs produit plus de jeunes français que Daesh ne peut même imaginer attirer.
      Que le pessimisme soit à la mode, en particulier chez Zemmour, c’est une chose, mais uniquement le fait que les intellos pleureurs ont remplacé les pleureuses professionnelles payées pour pleurer aux obsèques.
      Intellos pleureurs qui gagnent, en pleurant sur leurs papiers, beaucoup plus d’argent que les pleureuses.

      • 4 Novembre 2016 à 23h58

        Sancho Pensum dit

        Alexandre Devecchio est journaliste au Figaro. La jeunesse qu’il décrit, et qui n’en est qu’une petite fraction, doit recouvrir celle qui achète le Figaro, soit pour le lire (les racistes et les réacs pour faire court) soit pour s’en torcher le cul (les islamistes).
        Devecchio étant jeune lui-même, et peu soupçonnable d’islamisme, il est aisé de le ranger dans une ou deux des trois cases qu’il a définies. Puisqu’il lui semble, à lui, qu’il n’y en a pas d’autres.

    • 4 Novembre 2016 à 16h09

      mitch-savoy dit

      Même si il est écrit “Entre ces trois jeunesses rebelles, la conjonction est improbable, mais l’affrontement est-il impossible, interroge l’auteur ?”Quel vil moyen que de mettre au même niveau un des plus grand meurtrier barbare du moment avec deux hommes qui n’ont pas de sang sur les mains…

    • 4 Novembre 2016 à 16h09

      Sancho Pensum dit

      Heureusement tous les jeunes ne sont pas cons, racistes ou catho-facho. Il y en a de très bien. Et c’est l’immense majorité.

      • 4 Novembre 2016 à 16h10

        mitch-savoy dit

        Par contre des islamistes il y en a moins de très bien!