Dévaluation : que ferait le Général ? | Causeur

Dévaluation : que ferait le Général ?

Pour De Gaulle, une France forte, c’était un franc fort

Auteur

Guillaume Nicoulaud

Guillaume Nicoulaud
est un blogueur et économiste français

Publié le 15 octobre 2013 / Économie Politique

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de gaulle franc

Le général De Gaulle revient au pouvoir le 1er juin 1958, lorsque, sept mois avant qu’il ne prenne ses fonctions de premier Président de la Vème République, l’Assemblée nationale fait de lui le dernier Président du Conseil de la IVème République. Il y demeurera jusqu’à sa démission, le 28 avril 1969. Pendant un peu plus d’une décennie, donc, le « plus illustre des français » présidera aux destinées de son pays ; décennie qui se trouve être, selon les données de l’Insee, la meilleure que la France ait connu en terme de croissance économique 1. La présidence du Général, c’est le tiers le plus glorieux des Trente glorieuses ; fait d’autant plus remarquable que, lorsqu’il reprend les rênes de la France, l’essentiel de l’effort de reconstruction de l’immédiat après-guerre se trouve derrière nous.

Il n’est donc pas surprenant, au-delà de son auguste stature et de son rôle historique lors de la seconde guerre mondiale, que la figure tutélaire du général continue, aujourd’hui encore, à marquer de son empreinte la vie politique du pays. À n’en pas douter, Charles De Gaulle est de ces hommes qui, en redonnant à la France la fierté d’être elle-même, a profondément marqué notre imaginaire collectif. Avec la patine du temps, le Grand Charles, à l’image de Carolus Magnus, se confond avec les statues qu’on a élevées en sa mémoire ; il est devenu un mythe et, comme c’est souvent le cas avec les mythes, on a aujourd’hui tendance à lui prêter des traits qui n’entretiennent que peu de rapports avec la réalité historique.

De Charles De Gaulle, en effet, l’Histoire semble avoir retenu l’image toute militaire d’un dirigiste, d’un jacobin centralisateur, d’un stratège colbertiste, d’une subtile synthèse des tendances étatistes « de gauche » (social ?) et « de droite » (conservateur ?). Bien sûr, il y a là une part de vrai. Seul l’imbécile pense le monde, l’histoire et les hommes en noir et blanc : la réalité n’est que nuances de gris. Si, à bien des égards, Charles de Gaulle fut bien, tout à tour et en fonction des sujets, progressiste et conservateur, il n’en reste pas moins que sa politique s’inscrit profondément dans une volonté explicite de libéraliser l’économie française.

Symbole parmi les symboles, ce n’est à personne d’autre qu’au très libéral Jacques Rueff 2 que le général, par l’entremise de Georges Pompidou et d’Antoine Pinay, confie dès l’automne 1958 la mission de préparer un rapport destiné à remettre la France sur pieds. Les propositions du « plan Pinay-Rueff »3, présentées formellement à De Gaulle le 18 novembre et rédigées sous leur forme définitive le 8 décembre, seront adoptées dans leur intégralité dès le 23 décembre 1958 ; soit deux jours à peine après l’élection du Grand Charles. Le plan, résolument libéral, prend l’exact contrepied des idées défendues par l’aile dirigiste du gouvernement d’union nationale – notamment Albin Chalandon (UNR) et Guy Mollet (SFIO) – et affiche principalement trois objectifs : l’équilibre budgétaire, l’ouverture des frontières et la création d’un franc lourd.

Il serait long et fastidieux de détailler l’ensemble du plan de Jacques Rueff, sa mise en œuvre et ses conséquences. Tout au plus nous contenterons nous, en sus des éléments cités plus haut, de dire qu’il est généralement considéré comme un grand succès tant dans la réalisation de ses objectifs directs que dans ses effets à long terme. Un point, néanmoins, mérite sans doute qu’on s’y attarde : la volonté gaullienne de créer un franc fort, de mettre fin au cycle infernal des dévaluations qui avait prévalu sous la IVème République et ainsi d’« arrêter la descente aux abîmes de l’inflation »4. Ce dont il est question, bien sûr, c’est du nouveau franc qui sera mis en circulation un an plus tard.

Il est étrange de constater que les gaullistes d’aujourd’hui sont bien souvent les plus ardents partisans d’une dévaluation. C’est un contresens historique total. Si un élément distingue indiscutablement la politique du général de celles qui l’ont précédé et de celles qui suivront, c’est précisément cela : le franc fort. De fait, il n’y aura, tout au long de cette décennie gaullienne qu’une seule et unique dévaluation du franc, celle de 1958 5, et la présidence du général coïncidera avec la plus longue période de stabilité que le franc, par rapport à l’or et au dollar, ait connu depuis qu’il a cessé d’être « germinal » (1914).

Contextualisons : lorsque le général revient au pouvoir, la France, à l’image de ce qu’il était convenu d’appeler à l’époque le monde libre, est signataire des accords de Bretton Woods ; accords par lesquels elle s’engage à maintenir une parité fixe du franc par rapport au dollar ; lequel est lui-même garanti par 1/35ème d’once d’or6. Techniquement, si le franc venait à s’apprécier face au billet vert, la Banque de France était tenue d’user de sa planche à billet pour acheter des dollars et ainsi faire baisser la valeur relative du franc. Dans le cas contraire, si le franc se dépréciait, elle devait revendre ses réserves de change en dollar contre des francs pour rétablir la parité officielle (à plus ou moins 1% près).

Seulement voilà : l’utilisation massive de la planche à billet tout au long de la quatrième République va provoquer une dépréciation continuelle du franc et, les réserves de la Banque de France étant limitées, cette dernière ne parvenait tout simplement pas à suivre le rythme. Il a donc fallu, de la Libération à la dévaluation gaullienne de 1958, dévaluer la parité officielle du franc pas moins de sept fois – lui faisant perdre au passage 90% de sa valeur face au dollar des États-Unis – et instaurer un sévère contrôle des changes qui s’appliquait non seulement aux mouvements de capitaux mais aussi aux transactions commerciales au travers d’un contingentement des importations.

C’est à cette situation que Charles De Gaulle entend mettre fin. L’objectif, symbolisé par la création du nouveau franc, est d’en finir avec l’instabilité monétaire, l’inflation et le contrôle des changes. Cette dévaluation de 1958 devait être la « der des ders », celle qui permettrait de restaurer la convertibilité du franc, de libéraliser les échanges avec nos voisins européens et d’appliquer le Traité de Rome en temps et en heure. Si certains auteurs estiment qu’elle visait aussi, mais dans une moindre mesure, à consolider la position de l’industrie française au seuil du Marché commun, le fait est que De Gaulle s’y tiendra : la parité d’un dollar pour 4,2 nouveaux francs (420 anciens francs) va rester vigueur de décembre 1958 jusqu’à la très contestée dévaluation pompidolienne d’août 1969.

Le général dévaluerait-il aujourd’hui ? Tout laisse penser le contraire. D’une part, l’homme était indiscutablement compétent7 et ne cachait pas son attachement à l’étalon-or – ce qui exclut très vraisemblablement qu’il ait jamais considéré la dévaluation comme une politique sensée. Par ailleurs, le Président De Gaulle, durant toute une décennie, a défendu la parité du franc face à un dollar gagé sur l’or : il serait pour le moins surprenant qu’il considère sérieusement cette option dans un monde de changes flottants où les monnaies ne cessent de perdre de la valeur face au métal jaune. À vrai dire, si Charles De Gaulle était encore des nôtres, il est plaiderait sans doute pour un retour au franc ; mais un retour au franc lourd et peut-être même au franc-or.

 

  1. Le Produit intérieur brut ajusté de l’inflation croît de 5,9% par an de 1959 à 1969.
  2. Membre de la Société du Mont Pèlerin aux cotés de Hayek, Mises, Knight, Friedman, Director, Allais, Polanyi, Popper etc. C’est dire !
  3. Antoine Pinay, bien que raisonnablement libéral lui-même, n’était, dit-on, pas particulièrement enthousiaste à l’idée de suivre Rueff. Si son nom reste accolé à celui du plan, c’est essentiellement par soucis cosmétique et parce que c’est finalement lui qui a dû le mettre en œuvre.
  4. Charles De Gaulle dans son allocution radiotélévisée du 1er août 1958.
  5. Il y aura, pour être précis, deux dévaluations en 1958 : la première, en juin, n’est que la régularisation d’une dévaluation camouflée en 1957. C’est la seconde, celle de décembre, qui s’insère dans le plan Jacques Rueff.
  6. Il s’agit ici de l’once de Troyes (<i>troy ounce</i>, Oz) qui reste encore aujourd’hui l’unité de masse standard des métaux précieux aux États-Unis. Comme son nom l’indique, son origine est française même si elle s’est quelque peu alourdie en traversant l’Atlantique (de 30,59g à environ 31,10g actuellement). À ne pas confondre avec l’once avoirdupois qui, aux États-Unis, est l’once des épiciers.
  7. Voir, notamment, sa conférence de presse du 4 février 1965 et se demander quand, pour la dernière fois, vous avez entendu l’un de nos dirigeants prononcer un discours d’un tel niveau.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 30 Octobre 2013 à 17h47

      Eddie Constantine dit

      De toutes façons il n’y a que l’inflation qui nous permettra de sortir du piège de la dette, comme après guerre. Et cela peut se faire en épargnant les petites économies au détriment des grands thésauriseurs (pas tout à fait la doctrine Hollande qui tape dans toutes les caisses). 

    • 30 Octobre 2013 à 17h40

      Eddie Constantine dit

      Votre article n’est pas sérieux, mr Nicoulaud.

      Oui, le Général dévaluerait aujourd’hui, quoiqu’en pense l’auteur de l’article qui parle à la place des morts ! 
      Je rappelle simplement que lorsque De Gaulle est arrivé aux manettes, IL A COMMENCE PAR DEVALUER. Et pas qu’un peu.
      Deux dévaluations:
      - en juin 58, de 20 %, puis en
      - décembre 1958, de 17,55 %,

      - 37,55 % en 7 mois !!! 

      Il crée ensuite le « franc lourd » qui vaut 100 anciens francs. C’est simplement un changement de valeur FACIALE, la rapport à l’or ne changeant pas !

      Deuxième remarque:  où est passé l’étalon OR ?
      Où est passée la Banque de France ?

      Autre chose. Quel rapport avec la situation d’aujourd’hui et celle d’hier ? C’est que nous avons une situation économique qui ressemble à une situation d’après guerre, avec tout à reconstruire.  
      Quant au Franc-or, ce pourrait être effectivement une seconde étape, bien que nos dirigeants ces dernières années aient liquidé pratiquement tout notre stock. Je verrais d’un bon œil le Trésor Public emprunter à la Banque de France et la rembourser quelques années plus tard, lorsque nos finances et notre économie auront été remises d’aplomb, en allant acheter de l’or sur les marchés internationaux.
      Enfin il faut prendre en compte aussi que la qualité d’une monnaie, hors intervention, vaut aussi ce que vaut son économie. 

    • 17 Octobre 2013 à 21h25

      eclair dit

      dire ce que ferait le général c’est une gageure 

      La situation de la france par rapport à 1958 est catastrophique.

      On est endetté à 140 -170% du PIB.
      Il y a une monnaie fantoche qui joue la planche à billet le dollar.
      l’industrie  il en reste pas grand chose. L’industrie lourde on vient de la solder avec florange.
      l’agriculture n’en parlons pas on exproprie pour bétonner.

      On a un monde de rentier. bourse dette.

      Le général s’il voulait relancer la machine n’aurait d’autre choix que de dévaluer  et d’anesthesier les rentiers.

      • 17 Octobre 2013 à 21h27

        Parseval dit

        anesthésier ou euthanasier ?

        • 30 Octobre 2013 à 17h53

          Eddie Constantine dit

          disons anesthésier avant d’euthanasier… ;)
           

      • 30 Octobre 2013 à 17h51

        Eddie Constantine dit

        @eclair:
        on sera endetté bientôt de 2000 milliards, soit ±100 % de notre PIB. La situation est déjà catastrophique, c’est pas la peine d’en rajouter. 

    • 17 Octobre 2013 à 20h38

      Beaumanoir dit

      Vive De Gaulle??????
      Apres dix ans de pouvoir quasi absolu il nous enfonce dans la m… de mai 68, il se barre sous les jupes de Massu en Allemagne et se fait limoger dans la honte un an plus tard.
      Et le resultat de mai 68 nous conduit a Mitterand et finalement Hollande. La seule devaluation importante qui a eu lieu est celle de la France, et De Gaulle en est responsable

      • 30 Octobre 2013 à 17h42

        Eddie Constantine dit

        Tiens, un anti gaulliste primaire ! Il en existe encore…

    • 16 Octobre 2013 à 14h11

      saintex dit

      Mon Maréchal et d’autres,
      Pour bien comprendre Kaplan et pour construire les réponses à lui faire, il y a quelques éléments à intégrer.
      Kaplan est sincère, honnête et d’une grande intégrité morale (1).
      Kaplan est monomaniaque, pire encore que Gégène et ses haredim (2).
      Kaplan est gentil, patient et poli (1).
      La pensée de Kaplan est comparable à une comète. Il y a un gros météore gazeux en tête. Il se nomme libéralisme et, comme toute masse gazeuse, ses contours sont variables et mal définis. Ensuite il y a la queue qui ramasse tout ce qui traîne et son contraire, et sert à alimenter le météore dans un vrac chaotique total (3).

      (1) Surtout aucune moquerie, et même qu’on peut en prendre de la graine.
      (2) Mais qui est exempt, sinon de monomaniaquerie, au moins d’étroitesse sur certains sujets.
      (3) Ben oui !

      • 16 Octobre 2013 à 15h35

        Villaterne dit

        Mais à l’approche du soleil, en raison des vents solaires, la queue précède la tête !
        Mais ça c’est chez la comète, pas chez Kaplan ! ;)

      • 17 Octobre 2013 à 11h30

        Schiczu dit

        Alors si je peux ramener ma fraise de rustre physicien perdu chez les littéraires : Le centre d’une comète est un gros caillou avec du gaz congelé dessus. Sa forme est bien définie quand il se balade dans l’espace inter-sidérale, mais il a tendance à se déformer violemment à l’approche d’une étoile lorsque ces-dits gaz se subliment et donc augmentent de volumes brutalement. Donc sa queue est composée de ce gaz et des morceaux du cœur qu’il a arraché en se décompressant et si la comète agrège un truc, ça sera sur son cœur qui seul est massif.

        Ceci-dit: 1) l’image est tout de même jolie. 2) Je n’ai pas pu résister à l’envie de caser “inter-sidérale” et “sublimer”dans le même paragraphe. :)

        • 17 Octobre 2013 à 11h43

          Alpheratz51 dit

          Oui, plus çà chauffe, plus la queue grossit et s’allonge !
          :O) 

    • 16 Octobre 2013 à 12h49

      Schiczu dit

      Oui, n’empêche qu’il a commencé par une bonne grosse dévaluation. Je veux bien vous suivre pour dire qu’il n’y pas vraiment d’intérêt long terme à dévaluer sans plan de relance, mais le plan Rueff n’aurait pas réussi non plus sans cette dévaluation. Dans le cas présent, n’y-a-t’il un problème de taux de change avec la Chine?

    • 16 Octobre 2013 à 11h12

      Vassili Tchouïkov dit

      De l’art de faire parler les morts….et de les enrôler. M. Nicoulaud-Kaplan ne recule devant pas grand chose.
      On decontextualise, on glisse sur la conception de l’État du père de Gaulle, celle qui a guidé toute sa vie. Et on en fait un Chicago boy! 
      Le Grand était un immense politique et un pragmatique. Un libéral, je rêve!
         

      • 16 Octobre 2013 à 12h04

        Georges_Kaplan dit

        « De Charles De Gaulle, en effet, l’Histoire semble avoir retenu l’image toute militaire d’un dirigiste, d’un jacobin centralisateur, d’un stratège colbertiste, d’une subtile synthèse des tendances étatistes « de gauche » (social ?) et « de droite » (conservateur ?). Bien sûr, il y a là une part de vrai. Seul l’imbécile pense le monde, l’histoire et les hommes en noir et blanc : la réalité n’est que nuances de gris. Si, à bien des égards, Charles de Gaulle fut bien, tout à tour et en fonction des sujets, progressiste et conservateur, il n’en reste pas moins que sa politique s’inscrit profondément dans une volonté explicite de libéraliser l’économie française. »
        Vous ne savez pas lire ou c’est un problème de perception des nuances ?

    • 16 Octobre 2013 à 8h53

      Georges_Kaplan dit

      thdo,
      — La dévaluation de 1945 n’est que l’enregistrement de l’inflation qu’a connu le franc pendant la guerre ; elle n’a pour objet que de permettre à la France de rejoindre le système de Bretton Woods sur la base d’une parité acceptable (à un niveau plus élevé, la Banque de France aurait pu acquérir des dollars pour une somme dérisoire et les convertir en or : chose tout à fait inacceptable pour les autres membres du système).
      — La dévaluation de 1958 (la seconde) a pour objectif de rétablir la parité officielle franc/dollar à un niveau réaliste (c’est-à-dire à un prix de marché) afin de mettre fin au contrôle des changes instauré par la IVè République. C’est un préalable à la création du nouveau franc ; nouveau franc que le Général veut lourd (de Gaulle est un fervent partisan de l’étalon-or).
      — Le fait est que la décennie gaullienne a été la première période de stabilité du franc depuis Poincaré. Pendant une décennie entière, la Banque de France a géré la masse monétaire du franc avec rigueur (en limitant, notamment, la possibilité qu’avait le Trésor à emprunter auprès d’elle*) et il n’y a pas eu une seule dévaluation.
      — Je n’ai à aucun moment écrit ni même suggéré que de Gaulle était un « doctrinaire », un « lobbyiste » et encore moins un « libéral échevelé ». J’ai même explicitement affirmé le contraire. Le fait est que sa présidence se place sous le signe d’une libéralisation de l’économie française : en imposant Rueff et en rejetant les propositions dirigistes d’un Chalandon ou d’un Mollet, il a fait un choix explicitement libéral ; c’était d’ailleurs le principal reproche qu’on a fait au plan : d’être « libéral ».

      (*) La fameuse loi de 1973, contrairement à ce qu’on lit un peu partout, ne fera que perpétuer ce principe.  

    • 15 Octobre 2013 à 20h23

      Georges Saval dit

      Oui enfin, pour De Gaulle, une France forte c’était avant tout un Franc. Fort ou moins fort c’était d’abord la souveraineté et le pouvoir de battre monnaie.

    • 15 Octobre 2013 à 19h37

      thdo dit

      “Il est étrange de constater que les gaullistes d’aujourd’hui sont bien souvent les plus ardents partisans d’une dévaluation. C’est un contresens historique total.”

      Non, ce n’est pas un contresens puisque de Gaulle lui-même a eu recours à deux dévaluations, l’une en 1945, l’autre en 1958, c’est à dire comme élément d’une politique visant à enrayer le déclin des régimes précédents.

      De Gaulle n’était nullement un doctrinaire de tel ou tel thèse économique : “Ce n’est point que je sois convaincu par des arguments théoriques. En économie, non plus qu’en politique ou en stratégie, il n’existe, à mon sens, de vérité absolue. Mais il y a les circonstances.”.

      Et c’était encore moins le lobbyiste de tel ou tel groupe d’intérêt, cherchant à imposer la doctrine qui leur convient le mieux, comme on en croise parfois, et même un peu partout…

      D’ailleurs, il faut se souvenir que la France a tardé à dévaluer dans les années 30 :

      http://krugman.blogs.nytimes.com/2013/09/14/but-wheres-my-phoenix/?_r=0

      et que c’est Paul Reynaud, homme politique que Aron décrit comme l’un des deux seuls valables de cette période (avec Blum) qui en a pris la décision.
      Paul Reynaud était aussi le mentor de de Gaulle, qui l’a appuyé dans sa tentative de mettre en place des divisions blindées et qui l’a fait entré au gouvernement peu avant le 18 juin.

      Enfin, présenter de Gaulle en libéral échevelé, surtout au sens que cela a pris actuellement avec d’une part la concurrence de puissants pays tout à fait étatisés et centralisés, d’autre part les empiétements de plus en plus nombreux de l’UE via notamment la monnaie, c’est, je suis désolé de vous le dire, à proprement parler se foutre du monde.

      De Gaulle explique très bien pourquoi il souhaite renforcer la concurrence : selon l’argument classique, pour pousser à moderniser.
      La différence est qu’il entend que cette modernisation se fasse dans le cadre du dirigisme étatique, et qu’il s’est réellement donné les moyens que cela fonctionne, notamment via les grandes entreprises publiques et les programmes de développement scientifique.

      Pour prendre un exemple, France Telecom a été mise en concurrence, privatisée, parfois mal gérée par des gourous du “management moderne”.
      Le résultat en est aussi une diminution de sa R&D, anciennement très performante, et une fragilisation d’Alcatel.
      Allons-nous nous retrouver dans ce domaine, après avoir eu confirmation de quantités de choses que tout le monde suspectait sur l’espionnage technologique, à nous équiper chez des constructeurs chinois…?
      Il y a tout un tas de cons que cela ne gênerait pas plus que ça. Cela fait peur, et de Gaulle doit tourner en boucle dans sa tombe qu’on essaie de l’enrôler à leur service…

    • 15 Octobre 2013 à 19h36

      Jérôme dit

      L’article est passionnant, bien écrit et documenté. Bravo.
       
      Mais… rien ne va plus en France, et pour preuves : 

      1- Le fn fait parler de lui de la façon la plus policée qu’il n’est jamais été. Les français se laisseraient presque tenter. C’est vrai, pourquoi pas en fait ! 
      2 – Les sujets favoris des médias sont conso, chômage, dette, cul et météo. Un cocktail qui nous élève si haut.
      3 – On en est à se demander qu’est que le Général aurait fait en 2013.. Et le bon Roy Henry, il aurait voté pour qui à Brignolle ?

        
      Mais bon sang, un peu de joie !! Remettez-moi les gens au taf pour de vrai. Arrêtons de pleurer.
      Que font nos ministres-serviteurs, faudra-t-il se réinventer des élites ?

      Papaoutai, Papaoutai, Papaoutai, Papaoutai…….

      • 15 Octobre 2013 à 19h43

        Calembredain dit

        Remettez-moi les gens au taf pour de vrai.

        Le travail disparait, et on l’a voulu : on a remplacé les hommes par des machines -et c’est pas plus mal. Mais du coup, le travail disparait. Il y a toujours du travail : mais pas assez pour sept milliards d’habitant sur la planète. Alors, on peut s’en offusquer, mais c’est comme ça. Les usines n’emploient plus que quelques ingénieurs. Bref, y a plus de travail. En revanche, y a eu un accroissement des rendements et de la productivité : seulement, tous ces gains n’ont pas profité à l’ensemble des populations, mais seulement à ceux qui avaient de l’argent, qui ont donc continué à accumuler de l’argent. Aller voir le blog de Paul Jorion sur le sujet.

        • 15 Octobre 2013 à 19h56

          Parseval dit

          Voilà. Et pour continuer à contrôler la populace par le travail on a créé des métiers inutiles (RH, managment, communication, …) pour occuper tous ces gens.
          http://www.strikemag.org/bullshit-jobs/

        • 15 Octobre 2013 à 20h53

          Villaterne dit

          De bonnes éoliennes qui font leur beurre avec du vent !

        • 16 Octobre 2013 à 1h18

          Michel Zim dit

          Si, du travail il y en a à la tonne, mais cela demande des efforts physiques.

          Si nous sommes tous assez cona pour acheter les marchandises douteuses produites en usines et délasser ce que peuvent faire de merveilleux les artisans en respectant temps et matières…alors oui… tant pis pour nous.

          La révolution ne peut qu’être individuelle, la masse se faisant ( et se fera ) de toute façon berner… depuis toujours.

          Ha..oui, je suis artisan, je fais tout entièrement à la main, et je me prends le temps qu’il faut pour bien faire, même parfaitement……simple non ?

          Allez belle journée….vivent les ateliers des artisans.

          MZ