Deux petits tours et puis s’en vont

Exit les régionales, place aux choses sérieuses

Publié le 22 mars 2010 à 17:35 dans Politique

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Urne

Tout d’abord, les grands équilibres. Sauf à considérer la non-bascule de l’Alsace –qui a toujours voté à droite depuis son Anschluss à la France- comme un événement historique, les résultats actent d’un rapport de force régional à peu près intact entre les deux blocs dominants. Le même, donc, qui avait préludé à la victoire de Sarkozy en 2007. Personne, sauf quelques militants post-ados du MJS, n’a eu le mauvais goût de hurler à la victoire hier soir à Solferino, où Martine a imposé sans trop de mal sa ligne du triomphe modeste.

La modestie, quoique d’un genre différent, était aussi de rigueur à l’UMP. Pour une fois, chacun avait appris sa fiche de contrition par cœur, et même les moins qualifiés pour ce genre d’exercice repentant (Morano, Lefebvre, Estrosi) y sont allés de leur mea culpa – sans jamais chercher à chipoter quant à la réalité de la claque.

Un seul credo hier chez les sarkozystes : “Nous n’avons pas su nous faire comprendre car nous n’avons pas su entendre.” À l’avenir donc, c’est promis-juré-craché, l’UMP sera à l’écoute du pays avant d’engager des réformes. On est content pour eux, sauf qu’on n’en croit pas un mot. Car sur le gros dossier du moment – à savoir les retraites- la seule façon d’être “à l’écoute”, c’est de l’enterrer vivant avant même que François Fillon ne le ressorte de son attaché-case. Malgré les rodomontades généralisées sur les réformes indispensables, il n’est pas dit que ledit dossier ne soit pas déjà mort dans l’esprit du président : l’Elysée vaut bien un parjure.

Dans ce tsunami d’autocritique à droite, l’unique mais lourdement martelé bémol aura été le distinguo entre élection nationale et pipis de chat intermédiaires. Mauvaise foi, peut-être (remember les hourras des européennes); mais vérité néanmoins. En ne s’engageant pas plus que ça, et en minimisant la portée du scrutin dès que les sondages ont commencé à sentir le sapin, bref en sautant son tour sur ce coup-là, le chef de l’Etat a préservé l’essentiel –tout en permettant aux sarkozystes d’en bas d’exprimer leur ras le bol avec leur pieds, de pousser une gueulante gestalto-thérapique sans conséquences majeures. Sans vouloir nous vanter, mais un peu quand même, c’est pile le scénario anti-catastrophe qu’on avait prévu.

On nous fera remarquer, à raison, que cette bouderie, l’électorat sarkozyste ne l’a pas seulement manifestée en s’abstenant, mais en requinquant concomitamment le FN – seul parti où hier soir, la modestie n’était pas de mise. À tort, au moins pour un des arguments répétés en boucle par le père et la fille -et repris tels quels par nombre de politologues trop pressés- comme quoi pour la première fois le Front progresse sur le premier tour là où il se maintient. C’est vrai, certes, sauf que c’est encore plus vrai pour tous les autres acteurs de triangulaires, sans exception : en Limousin, le Front de Gauche progresse de 7 points sur le premier tour ; en Bretagne, Europe Ecologie en gagne 5, même topo en Corse pour la liste de Simeoni. Bref, quelles que soient leurs casquettes, les troisièmes larrons ont fait une bonne affaire, la belle affaire. Eh oui, on rappellera pour les plus distraits qu’il n’y aura pas de troisième candidat au deuxième tour de la présidentielle. Et que le bon score du FN, permettra en 2012 tant à Sarko qu’à son challenger socialiste de s’en servir à nouveau comme épouvantail pour appeler au vote utile dès le premier tour afin d’éviter une répétition du 21 avril de sinistre mémoire. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser les hésitations chez les écolos à présenter un candidat autonome, d’aucuns jugeant plus avisé de faire un package deal avec le PS avant 2012 genre “on présente personne à la présidentielle, en échange de 50 circonscriptions blindées aux législatives”. Ce serait le pur bon sens, mais bon, les Verts et le bon sens, hein…

A priori, cette résurrection pré-pascale du FN fait donc comme d’hab’ le jeu du PS. Sauf qu’à notre avis, elle roule aussi pour le président. Entendez-vous dans la campagne monter le grondement du chantage à la non-représentation de notre bon Nicolas S ? Sa femme d’abord (qui dit qu’un mandat c’est bien assez), puis lui ensuite. Genre, puisque vous ne m’aimez pas, puisque ce pays ne m’aime pas, je vais faire conférencier à la Bill Clinton ou à la Tony Blair, même pas peur. Et trouvez-vous un champion -Raffarin, Copé, Villepin, Morin- pour sauver la France. On parie ? Les petits moutons bleus vont venir pleurer sur le paillasson de l’Elysée en moins de 10 minutes. Et le grand Nicolas Sarkozy reviendra nimbé de sa pauvre houppelande de petit homme providentiel. Celui qui peut ramener le frontiste à la raison…

Aimable moyen aussi de piquer une partie de leur fond de commerce aux villepinistes. Ceux-ci espéraient surfer sur défaite sarkozyste, ils risquent au contraire de se prendre dans les dents un retour de bâton unioniste et légitimiste. (On verra ce que donne, jeudi, leur grande surboum de printemps)

On ajoutera à cela que si le président a un peu le FN en travers de la gorge, il n’a plus l’écharde géante du Modem enfoncée profond dans la voûte plantaire. Idem pour le PS avec la regroupusculisation du NPA au profit d’un Front de Gauche remuant certes, mais monitorable.

Bref à gauche comme à droite, les compteurs sont à zéro. Les élections ne se sont pas passées hier, elles commencent aujourd’hui.

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  • 24 March 2010 à 8h46

    Jardidi dit

    Il me semble qu’Aimée et Marc font une erreur de perspective, qu’il n’y a pas à comparer aux régionales de 2004. La politique est une dynamique continuelle, la vie est continuellement changeante et ne revient pas au point de départ. Depuis 2007, nous avons constaté la mort du PS et, ce que nous voyons actuellement, est la démolition de l’UMP par Sarkozy. Il renforce ainsi le PS et le FN mais cela n’est pas l’essentiel. Les deux prochaines années nous montreront si la folie est celle de Sarkozy ou de l’ensemble de l’UMP. La ralliement de Tron et Baroin fait pencher vers la seconde hypothèse.
    Les grands partis conformistes sont en auto-destruction. Sarkozy devrait continuer à nourrir le PS mais nous avons une bonne chance d’avoir un scrutin encore étonnant en 2012. Peut-être simplement une très forte abstention, inhabituelle pour des présidentielles, peut-être le FN au second tour, avec nettement plus de 20 % des suffrages exprimés ou les partis dominés et les candidats solitaires avec un bon score.

  • 23 March 2010 à 19h10

    Black Jack dit

    @Odilon
    Vous êtes bien d accord avec moi, le raz de marée a eu lieu en 2004. Cette fois il n y a eu que confirmation, ce qui est déjà beaucoup mais qui n est pas la même chose.
    J insiste car il me semble que ce succès risque de griser le PS et ainsi repartir de plus belle dans la guerre des chefs plutôt que de travailler sur le programme. Et puis l autre donnée c est l arrivée d Europe Écologie sans qui beaucoup de régions auraient basculé

  • 23 March 2010 à 13h36

    Six HERONS dit

    54% de peu de suffrage exprimés, c’est de toute façon moins bien que les 47% de l’illuminée du Poitou en 2007. Les pourcentage ça ne sert qu’à permettre aux Duhamel et consort de justifier leur émoluments ce qui compte c’est les données brutes et à ce compte là, tout le monde à perdu sauf peut être les communistes.

    Je ne suis pas d’accord avec votre analyse. Le Front National ne sert en rien Sarkozy. C’est un gros boulet qu’il avait un peu vite enterré en jetant ses engagements de campagne à la poubelle pour faire le paon devant les amis de sa femme toute neuve. A preuve la pantalonnade qui a tenu lieu de débat sur l’identité nationale. Ce n’est pas tant cette “discussion” (c’est vite dit) qui a servit le FN que la manière dont le gouvernement a passé son temps à s’excuser d’avoir osé réfléchir à la question. L’effondrement du Modem et la résurrection (même si dans le détail c’est plus discutable) du FN sont les deux gros atouts d’un PS qui n’a ni programme, ni idée mais en revanche pléthore de candidats pour porter la vacuité de sa pensée du coté de l’Elysée.

    Ceci étant rien n’est fait, la Gauche est très capable de se couper les deux jambes. Michel a raison, les socialos qui devront céder leur place de député aux écolos ne vont certainement pas danser dans la rue à cette perspective, il va y avoir de la dissidence dans l’air. Des tas de bébé Frêche en somme :-)

  • 23 March 2010 à 10h17

    Pierre dit

    Faut-il rappeler encore une fois que ce sont toujours les cons qui perdent et que la cause c’est presque toujours l’ignorance. La gauche fait aujourd’hui un score historique, le plus haut depuis 1958. Alors raz-de-marée ou seulement la Corse ? Les deux, mon vieux.

  • 23 March 2010 à 10h16

    Odilon dit

    @pirate
    “la suite va être Shakespearienne, version Henry III”
    Vous vouliez sans doute dire Richard III? À mon avis, le drame est déjà bien avancé, et nous entendrons bientôt Sarkozy s’écrier “A horse! a horse! my republic for a horse!”

  • 23 March 2010 à 9h58

    Odilon dit

    @Black Jack
    “Il y a une SEULE région qui est passée de la droite a la gauche. Est ce là un raz de marée? Non”
    Avant 1998 il n’y avait que 2 régions métropolitaines à gauche, et 7 entre 98 et 2004. Elles ont donc presque toutes (19 sur 22) connu l’alternance entre droite et gauche, et sont donc gagnables a priori par l’une ou l’autre. Il y a donc bien eu un raz de marée à gauche, comme en 2004.
    Faut juste ouvrir les yeux.

  • 23 March 2010 à 6h30

    pirate dit

    Joubert et Cohen j’ai autant confiance dans vos analyses politiques que dans la lecture du marc de café, et je suis polis, le marc de café c’est joli, on peut peindre avec. Je me souviens d’un article fumeux où vous projetiez qu’au fond Sarko s’en fichait des régionales et que ça lui servirait bien à lui. On voit en effet la brillante démonstration. Tout le monde se tire dans les pattes, l’américain remanie son gouvernement en tendant la main à la chiraquie (un comble !) et, en effet, c’est maintenant que ça ce joue. Pour une fois je suis d’accord avec votre collègue la suite va être Shakespearienne, version Henry III….

  • 23 March 2010 à 5h18

    michel dit

    ” …on présente personne à la présidentielle, en échange de 50 circonscriptions blindées aux législatives…”.

    Vont être content les “ceusses ” à qui on va retirer leur fromage !!!!!
    Ils vont tirer à la courte paille ???
    Imaginez si Fabius ou Aubry étaient désignés pas le ( mauvais ) sort !!!!
    Les fusils à tirer dans les coins vont être de sortie rue de Solférino sans oublier les armures …..

  • 22 March 2010 à 22h12

    Black Jack dit

    @caton
    La Corse bénéficie de subsides de l état depuis très longtemps et lorsqu ils ne sont pas considérés comme suffisant, quelques explosions permettent de les faire augmenter rapidement. Tous les gouvernement ont payé pour avoir la paix en Corse.

  • 22 March 2010 à 22h09

    Black Jack dit

    Faut qu on m explique! Il y a une SEULE région qui est passée de la droite a la gauche. Est ce là un raz de marée? Non, donc pas de quoi faire un triomphe et le PS a raison de rester modeste. Le vrai problème c est les abstentionnistes, c est curieux, il me semble qu’il y a 3 raisons essentielles. La première c’est le nombre incroyable de cumulards qui se sont présentés à ces élections ( à gauche comme à droite) dont certains ont annoncé avant le premier tour que de toute façon ils ne siègeraient pas. Pourquoi alors se présentent ils? La seconde est surement la plus grave et la moins commentée : le chômage ( actuel et futur). La majorité actuelle ne propose pas de solutions à mettre en œuvre pour rendre les conditions favorables a la création d’emploi et la gauche ne fait aucune proposition si ce n est qu’elle s accroche a des vieilles lunes comme l interdiction de licencier ou les emplois fonctionnaires. Personne parmi les hommes politiques ne prend en compte la préoccupation principale des français, pourquoi ceux ci prendraient soin de leur donner des mandats supplémentaires.

  • 22 March 2010 à 22h01

    caton dit

    Une certitude: la seule région pour laquelle Sarkozy s’est personnellement engagé, la Corse, est un désastre pour l’UMP malgré les torrents d’argent public accompagnant les venues répétées dans l’île de Sarkozy.

  • 22 March 2010 à 21h42

    Roba dit

    Le FN fait un tabac dans le Nord?

    BIENVENUE CHEZ LES CHTIS !!!!!!!

    Mais qu’en pense Dany Boon ? Ira-t-on encore pisser dans le canal et manger des frites à la baraque ?

  • 22 March 2010 à 21h00

    Pierre dit

    Mais non, pas comme ça, chers Aimée & Marc.
    Le FN ou le foutoir noir a toujours profité à la gauche, il faut relire Mitterrand. Quelqu’un en PACA termine tout juste de se bouffer le couilles merci à ce gros foutoir noir.
    Et puis ce n’est pas certain qu’ils vont voir le même trou noir en 2012, je parie même qu’un des deux va pousser l’autre dedans. Tiens, pas con Stéphane Guillon, il y a un fond de vérité en ce qu’il a dit. Malheureusement, le petit N n’a pas compris une leçon stratégique du grand N : se méfier de la faiblesse de son flanc droit, ne pas rester figé au centre droit au mur, pour enfin subir le débordement par son aile gauche.
    Waterloo ? Pas encore, pour l’instant seulement du water clos

  • 22 March 2010 à 20h02

    Fernando dit

    Bon, en gros, pour se résumer :
    la gauche réunie a obtenu 50% des votes à ces élections;
    sachant que 50 % des français n’ont pas voté, 25% seulement des français votent à gauche.
    Idem pour de FN: .entre 7 et 10% des français votent à l’extrême droite, et ce depuis toujours… rien de nouveau en somme.

    Seul élément nouveau : 50% des français ne votent plus, par ce que las de voir tous ces guignols se disputer le pouvoir.
    Comme des millions de français, j’ai voté Sarko en 2007 (ben oui…);
    comme des millions de français je ne suis pas prêt de revoter pour cette droite-là.
    Je me demande encore comment ce petit bonhomme a pu faire autant de dégâts… en à peine 2 ans !

  • 22 March 2010 à 19h18

    nsx dit

    L’ouverture va en prendre un coup, et c’est tant mieux, ça devenait insupportable de voir les Hirsch & Co. se pavaner devant les caméras avec pour seule performance … d’inventer des taxes nouvelles !!! C’est beau l’imagination de gauche au pouvoir !!!!

  • 22 March 2010 à 19h16

    Roba dit

    Pourquoi le ’21 avril de sinistre mémoire’? C’était en fait hilarant de voir ces gamlnes socialistes sûres de la victoire se mettre à hurler hystériquement comme devant Brad Pitt lorsqu’elles ont vu apparaître le visage du second larron, ce bon M. Le Pen, au cours du pince-fesses ayant lieu à l’atelier de M. Jospin. Et que dire de ce dernier, réel autiste, descendant les escaliers sûr d’être toujours dans la course alors que ses ‘camarades’ prévenus qu’il y avait un ‘couac’ restaient accrochés à leurs portables, ch… dans leur froc et redoutant de révéler la triste vérité à leur ‘Duce’.

  • 22 March 2010 à 18h22

    Béret dit

    Quand je dis ce sera pareil mais en pire, faut nuancer. Ou compléter plutôt : ce sera pareil mais en pire, d’accord. Mais surtout ce sera Du-ra-ble. Et là on a hâte d’y être.

  • 22 March 2010 à 18h10

    Béret dit

    m’ouai…on peut dire ça…ou le contraire. Tout le monde y va de sa science depuis hier soir. Mais personne ne sait de quoi demain sera fait. Ou plutôt oui on le sait tous très bien. Ca sera pareil mais en pire. Maintenant savoir si ça se fera sous la houlette du p’tit Nicolas, du patron du FMI ou de la pourfendeuse de dérapages languedociens, nul ne peut le dire aujourd’hui. C’est pour ça que ça vaut la peine de vivre jusqu’en 2012.
    Aujourd’hui on joue aux chaises musicales, on lance une coopérative politique (ah le bel esprit coopérativiste), on analyse les messages, on décrypte les signaux (de fumée ?). Et basta ! A chaque jour suffit sa peine (à jouir).